‹ Voyage en Italie dans l'année 1815Chapitre 9 sur 16 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

RErOLUTION DE NAPLES.

ous étions arrivés à Naples ai^ec le projet d'y passer quinze jours et de retourner à Rome; les courses dans les environs nous retinrent plus long-temps. Bientôt le théâtre de li^uerre qâi. avoit éclaté en Italie se rapppocba^f les communications devinrent, difficiles; enfin nous nous vîmes enfermes dans la ville et contraints d'attendre la fin de la révolution. Sept semaines après notre arrivée, elle étoit terminée. La mai* son de Bourbon , exilée de Naples depuis neuf ans, étoit remontée sur le trône ; la famille qui avoit occupé sa place e'toit proscrite et fugitive. Pour rendre compte d'un changement de fortune si prompt et si frappant, je transcrirai quelques morceaux des lettres que j'écrivis de Naples ; cet espèce de journal présentera , je crois^ plus d'intérêt qu'une simple narration*

Naples, 16 avril 181 5.

/ ''Nous voici, chers an>is, depuis quelques

jours , dans cette ville située à l'extrémité de

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rEuropé, sî frappanle par les mœurs de ses liabitans et par la beauté de sa position. Elle est bâtie au fond d'un golfe immense , formé par les coteaux de Pausilippe et par ceux de Sorrente. Le Vésuve s'élève à la gauche de Naples, et les fumées du volcan soni le plus souvent les seuls nuages qui ternissent un ciel si pur. Une. nombreuse population couvre ces rivages: dés pêcheurs dorment sur la grève à coté de leurs filets; ^es enfans denfi-nus jouent au soleiL Ici la vie est facile, et le peuple, au-* quel un léger travail suffit pour obtenir sa subsistance, semble/né pour le plaisir et le repos. Dès le matin il entoure les tréteaux des bateleurs et des joueurs d'instrumens. Des jeunes gens robustes jouent aux cartes et aux dés dans les places ; des cabriolets dorés parcourent rapidément les rues pavées de larges laves , et ' transportent au galop, à Portici , à Résina , dans toutes les villes de la côte, les familles qui s'entassent dans ces légères Voitures- Cependant cette population oisive qui ne pense jamais ati lendemain, s'agite, crie, gesticule avec feu. On la croiroit occupée des intérêts 1#^ plus importans. Bientôt elle oublie le sujet de tant de mouvement , et se tait.

Dous sommes montés à l'ancien couvent des

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chartreux qui domine la ville. Chaque cri de^ habitaos de Naples parvient dans ce lieu tranquille, et forme xin bourdonnement continuel. Un homme qui n'est pas accoutumé à ce tu-* multe, pQurroil croire la ville en proie à une violente sédition;, mais les inteVêts seuls de la vie ordinaire font naître toute cette agitation» Les moines ont été remplacés dans le couvent par de vieux soldats qui y sont entretenus aux frais du gouvernement : le plus grand' nombre sont aveugles, et la riante vue que Ton découvre de leur demeure, est perdue pour eux. On les estime liem^eux de pouvoir mourir ici en paix ; mais tous ces hommes qui n'ont plus d'intérêt dans la vie et qui n'intéressent personnci seroient pères de famille , jouiroient d'une santé vigoureuse , s'ils n'avoient pas suivi la carrière des armes* Le souvenir de ce qu'ils ont fait, le plaisir de s'entretenir sans cesse de leurs anciennes guerres, peuvent -ils remplacer les, alfections qui font le bonheur de la vie, et qui doivent être si nécessaires à son déclin? Nous les sivons vus à table. Dans les rangs étoit un enfant qui avoil perdu l'usage d'une jambe : être invalide à quinze ans ! La guerre , cause de

tous ces maux , va éclater plus violente que jamais. Le roi est en avant avec une armée

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brillaûte ; il marche sans renconlrer de grands obstacles. On ne saîi que penser ici de celle détermination si brusque et si étonnante. On en attend le résultat pour la juger et pour déclarer qu'elle e'toil ou inconsidérée , ou hardiment conçue.

"Murât, pour augmenter son parti , proclame des idées libérales ; il promet à Tltalie l'indépendance *; mais cette indépendance , dont la pensée seule fait palpiter le cœur des Italiens^ pourra -t- elle jamais être autre chose qu'un appât mis en avant par des ambitieux , ou les rêves d'une imagination exaltée ? L'Italie est compose'e de nations se'parées depuis des siècles , de mœurs, d'affections, d'intérêts opposés. Aujourd'hui chaque grande ville, qui est une Capitale, conseniiroit*eUe à' céder ses honneurs et sa gloire à une rivale? Celte belle contrée courbée sous tant de jougs difiFérens , semble n'être plus que l'apanage des maisons souveraines au-delà des Alpes, qui viennent 'sursoti sol répandre le sang de leurs sujets.

La cour de Naples a été fort brillante cet hiver. Les étrangers y ont été admis facileinetjl, les Anglois y étoient fêtés ; les bals , lés pafilie^ de chasse se sont succédés.«La maison du roi est splendide. Il s'entoure d:'officicrs^de h couronné

l66 * VOYAGÉ EN ITALIE

qui reçoivent des traitemeos considérables, et qui étalent beaucoup de luiie. II a un grand nombre de ministres ; il entretient une armée nombreuse. Pourra- t-il se Soutenir long-temps sur ce pied? J^e peuple, accablé d'impôts, regrette Ferdinand et parle de son règne comme de l'âge d'or. Nous avons assisté à une représenta tion par orrfr^, dans le théâtre St. Charles. La salle étoit brillamment illuminée. La reine^ entourée de ses enfans, étoit en grande loge.*^, Elle étoit accompagnée de son frère Jérôme et de sa mère , qui sont arrivés ici je ne sais coinment , et je ne sais d'où. Les plus grands seigneurs de Naples, décorés de l'uniforme de chambellans et d'écuyers sont restés debout derrière eux tout le temps de la représentation. Le roi, a dit-on, *de grands^ succès. Les événemens désastreux.dé la France affermissent les souveraine actuels de ce pays sur leur troue. La fortune sourit à cette famille : elle parott triocDphaate et comblée de joie. <

4 Mai.

Iii y a quelques jours que Murât étoit maître de Florence , de Bologne , de Parme , de fleggio , de Modènç ; il meoaçoit la ligne du Pô« Les ducs de Toscaiie tf, de Modêne a voient

BAî/s li^ANNéE l8l5. 167

quitté leur capitale; Farmée autrichiennû^ qui n'ë(oit pas en force , se re^^roit ; la proclamation du roi, du 3o mars . daiéé de Rimint avoit £iit une grande sensation ; il y annonçoit enfin ses projets.- Un seul cri , disoit-il , devoit se faire entendre des Alpes au détroit de Scylla : V indépendance de V Italie. Il ne s^adressoit pas seulement aux militaires, qu'il inviioit à se réunir à lui , il cchâuiFoit riniaginalion des légistes , des politiques, des hommes à projets, en leur denlandant une constitution. A Bologne, l'effervescence étoit extrême. Un nouveau gouvernement y avoit élé établi. L'université se levoit en masse et demandoit des armes. Que de gens vont être compromis pour avoir ajouté foi à des promesses qui ne paroissent pas devoir se réaliser ! Murât a été battu à Occhio-Bello , et contraint de se retirer devant une armée considérable d'Autrichiens ,^ i»ous les ordres du général Frimont. On le dit à Ancône , où il prend de fortes positions. On compte peu/ sur les troupes napolitaines qui se battent mal; on ne fonde de l'espoir que sur les étrangers, qui sont en petit nombre. Du reste , on ne reçoit presque point ici de nouvelles de l'arnxée. Le gouvernement met tous ses soins à ce que l'on n*en sache rien ^ %i ce silence forcé ai»g-

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mente rinquiétude. Le Moniteur des Deux- Siciles ne parle pli|^ des opeVations militaires , le plus souvent il se contente de dire : Nous aidons la congélation d'apprendre que la santé du roi est excellente. Le reste de la feuille est rempli d'anciens 'détails sur les af-«faires de France, de quelques adresses des communes dont on eiige des dons volontaires, et de longues dissertations sur l'amour de la patrie.

Tandis que le nord de PItalie est en feu , tout ici est calme et tranquille ; mais il est probable que l'incendie parviendra jusqu'à nous* Une circonstance donne quelques inquiétudes : on a vu il y a peu de jours à l'horizon, deux vaisseaux anglois , et des frégates. Ces vaisseaux restent à la distance de trois ou. quatre lieues en mer. Le gouvernement leur a fait demander quels étoient Jeurs projets : On ne counoit pas leur réponse. On forme bien des conjectures : la plus probable est qu'ils viennent observer et qu'ils sont prêts à former le blocus du port , lorsqu'ils en recevront l'ordre. Murât , dans son manifeste ^ Bvoit laissé entendre que l'Angleterre étoit disposée à soutenir sa cause : on voit combien peu on doit ajouter foi à ses insinuations.

La frégate françoise la Melpomiène , qui ve-

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Bôit cherche^ à Naples la famille de Napoléon ,

a été prise par \» vaisseau aoglois le Rivoli.

La frégate portoit les couleurs tricolores ; elle

a amené son pavillon après vingt-cinq minutes

de combat. Son équipage a beaucc^up souffert.

La mère de Bonaparte , Jérôme et le cardinal

Fesch , dévoient s'embarquer pour la France

sur le brick de Napoléon , qui , du golfe de

Juan , est venu mouiller ici. Il fist probable

qu'ils ne pourront partir. On dit cependant que

la croisière angloise ne s'opj^ose pas h la sortie

des bâtimens. Plusieurs étrangers qui craignent

une catastrophe, s'embarquent pour Marseille,

d^autres pour la Sicile : no\is partons demain

pourPaestum.

11 Mai.

Nous voici bloqués par terre et par nier, et devenus élrangors à tous les grands événemeus qui vont se passer autour de vous , chers amis. Dans ce moment , où quelques » jours suffisent, pour opérer de grands bouleversemens^ peul-on , sans une vive inquiétude , être privé de nouvelles sur un pays aussi rapproché que le notre du théâtre* de la guerre qui va commencer., et aussi intéressé dans cette lutte ? On dit que le commandant de la croisière' angloise a annoncé qu'il rçs-.

pecieroît le pavilloo incolore , et que la fre'gaie françoise sera rendue-, comme n'ayairt pas été légilimement prise. Ainsi donc la guerre avec NapolcfoD n'es<. pas déclarée ; qu'est-ce que, cela antionce ? Ce n'est que de la France que Iq cour de ce pays peut espérer son salut. Le parti de Murât est bien malade. On s'efforce de ranimer l'esprit public. Il y a* quelques jours que l'on tira le canon pour célébrer un avantage remporte' sur le général Frimont , la prise de plusieurs pièces d'artillerie , et de quelques milliers de prisonniers. Le Moniteur en annonçant cette victoire , se résertoit d'en donner dans la suite de plus grands détails. Il n'en a . plus parlé , et l'on dit que de grands revers, ont suivi quelques succès remportés le deux et le trois. Les actions ont eu Jieu à Toleniino et à Macerata*, dans la marche d'Âncône. Murât, forcé à une retraite pre'cîpiiée , est rentré dans le royaume de Napl^s vivement poursuivi par le général Bianchi.

Le général Belliard est arrivé ici en qualité d'imibassadenr de Buonaparte ; il a débarqué . dans une des îles, malgré le feu dé la croisière angloise ; nous descendions le Vésuve lorsque ilous avons vu les deux bricks' françois qui sont ici , sortir du port à pleines voiles

BANS l'année i8j5. 171

"pour protéger Tenlrée du gëoéral à Naples ; on a saîsi ce moment pour répandre des nouvelles qui ne paroissent pas croyables , mais c|ui cependant ont produit quelque sensation et que personne ne peut démeniir , puisque les communications avec la France sont interrompues ; Napoléon , dh - on , après avoir gagné une bataille en Allemagne ^ s'avance à grandes journées sur Vienne ^ tandis que des corps de troupes françoises descendent en Italie pour prendre en queue les Auirîcbiens , qui se trouveront entre deui ennemis : la crainte qu'ont plusieurs personnes de voir Naples le théâtre de la guerre , leur fait ajouter foi à tout ce qui peut les tirer du danger ; Murât auroit besoin de ce secours inattendu pour sortir de l'éiat dans lequel sa précipitation et son imprudence Font jeté. On dit que le jour ménf)e où il émettoit sa proclamation , le congrès de Vîenne prenoit une détermination en sa faveur et lui assuroit sa couronne ; il éioit trop tard lorsqu'il en reçut la communication ; la fortune lui sourloit , il voulut pousser ses succès. ; depuis , il a cherche' à revenir sur ce qu'il avoit iîiit , il a demandé un armistice ^ mais en vain ; quelques personnes annoncent qu'il est emre Fondi et Terracine -

d'aatres qu'où l'attend à Naples avec les dé- ' bns de son armée ; la reine , qui est re'gente , maintient la tranquillité et conserve dne attitude calme au milieu de si grands sujets d'inquie'tude ; toutes les troupes réglées quittent la capitale ;. on en /voit partir chaque jour des convois d's^tillerie et de munitions ; on approvisionne Gaëte.

* i5 Mai.

Les communications sont absolument interrompues, il'seroit inutile, chers amis , de chercher à vous faire parvenir des lettres ; pour me faire illusion sur cette privation , je .vais commencer un journal que je vous enverrai quand je le pourrai , et qui vous donnera une idée de ce qui se passe ici ; ]a catastrophe approche, l'armée du roi seconde mal son courage , elle fuit et se débande, il n'ose plus la mettre aux m*ains avec le»

Autrichiens ; tandis qu'il s'efforce de la réunir y de l'encourager , de prendre de bonnes positions el d'arrêter la marche rapide des ennemis, ses affaires sont ici en très- mauvais état ; la croisière angloise qui s'est peu-à-peu rapprochée est maintenant devant la ville , elle demande . impeVieusement la reddition des forts

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et des deux vaisseaux napolitains le JToachim et le Capri ; mais peut-dn rendre deux vaisseaux j des foi'ts armes , garnis dé batteries à 6eur d'eau , * Ime ville entière , à un seul vaisseati de ligne et à deux frégates., car la flotte du Commodore Campbell n'est pas plus considérable ; depuis deux jours on s'attepd à chaque instant à élre attaqué , et chaque soir on pense qu'on sera réveillé dans la nuit par le bruit de l'artillerie ^ ce que l'on craint bien plus que quelques bombes, c'est l'agitation du peuple: aux premiers coups dq canon, on verra, dit -on , une foule de Lazaronis sortir de leurs demeures , se répandre dans les rues, et sur le port en poussant des burlemens, et choisir ce mocnent pour se livrer au désordre ; le souvenir des excès que la populace a commis dans la dernière révolution glace' ' d'effroi tous les habitans aisés de la capitale ; chacun tremble pour sa famille et pour ses propriétés j les négocians cherchent tous les moyens de mettre leurs caisses en sûreté, ils se fortifient dans leurs maisons , y fout des amas de sabres, de fusils, de tromblons ; ils rassemblent leurs amis et leurs voisins , ils en composent une garnison qui est instruite des endroits foibles , et des ressources de la place,

174 VÔYAGB B» ITALTB

et<|ut ^e prépare àsouteoîr un BÎége;*ce sîége ne peut être long, pa^ce qu'il suffit de monirer de la résolution et d'opposer ^ queVque résis- , tance à cette vile;, populace , pour TefiTrayer.

Nous arrivons du porf , nous avons e'té en bateau de la jetée à la villa Réale; les bâtiin^us angloisse sont extrêmement rapprochés ce soir; ils croisent devaut la ville-, aHant et venant dans une attitude fière et menaçante. Rien n'est plus majestueux et plus élégant qu'un vaisseau avec toutes ses voiles , c'est l'image de la force et de la légèreté ; les peuples sauvages , en les voyant pour la première fois, durent les croire les divinités de la mer. Le Tremendous s'est tellement approche , et a pris une position si menaçante, que nous avons cru qu'il allott corn-mencer le feu; nous^nous sommes bâflés de débarquer; qu'arrivera -t- il celte nuit? Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que Naples est remplie de familles angloises , dont plusieurs fort marquantes.

'i5 mai/

Les bâtimens anglois sont depuis hier à l'ancre , dans une position très-pacifiqùe ; une convention a été signée an moment dû le commandant alloit coron^encer les hostilités; on dit qu'on lui remettra les vaisseaux, les forts ^ et

DANS li^ANNÉB l8l5. 176

que la reine sera iransporlçe en France. Ce* pendant les Anglois ne débarquent point encore ; le commandatit a déclare' qu'il recevroit sur son bord tous ceux qui s'y pr^senteroieni* Nous soa^mes montés sur le Treoiendous; il étoit entoure' de bateaux napolitains qui y portoient des fruits et des herbes; le vaisseau e'tôit rempli de prêtres qui examinoient tout avec une grande attention : l'extrême propreté'^ l'ordre , la discipline qui régnent sur un vaisseau anglois , excitent toujours une nouvelle admiration. ^ •

i La reine a reçu ce mati|p les officiers de là Sotte. Ce soir , nous l'avons vue sortir de sop palais; elle e'coit dans une calècbe attelée de six che-» vaux blancs; sa contenance étoit ferme ; elle saluoit gracieusement à droite et à gauche; elle étoit suivie des cavaliers de la garde nationale , dont l'uniforme de hussards, bleu émargent, est très-brillant. £n perdant sa puissance , la reine s'est fait remarquer par son affabilité et les grâces de ses manières ; elle aimoit les arts et protégeoit les artistes ; aujourd'hui, elle déploie un grand caractère ; elle a envoyé ses enfans i Gaëte , elle est reste'e sejile , sans troupes de ligne , dans une ville où il est si facile d'exciter de sanglantes révolutions. Naples lui doit le

calme doot elle a joui jusqu'à présent. La reîne a donne' une nouvelle existence à la garde nationale ; . elle l'a passée en revue , il y a quelques jours ; elle étoit à cheval^ en uniforme aux couleurs de sa garde j elle a dit un mot aimable à chaque officier , a rassuré tout le nijonde • et a excité des acclamations universelles. II est impossible de ne pas s'intéresser au sort d'une femme belle et malheureuse.

18 mai^

Le roi est à Caserte, maison de plaisance à quelques lieues de la vjlle, où il fait des proclamations pouf ralliet* l'armce, mais il n'a plus d'ar* mée ; ses soldats sont dispersés dans les Abruzzes, dans la terr^ de Labourât dans la PouiHe ; Murât s^enioure de, ses ministres : il prend conseil , il cherchequelquesmoyens'd'éloignersa ruine: où pourra-t-il les trouver? ses malheurs sont au comble. Yoilà donc le résultat de cette brillante expédition qui devoit le rendre maître de toute l'Italie, expédition si témérairement concertée I 11 y a six semaines qu'il étoit tiiomphant et qu'il faisoit paroitre sa d^aration. On voit encore dans la ville, des mQuvemens militaires ; des trains d'artillerie, des caissons sortent des forts et se dirigent vers Capoue; d'un autre côté^ la

DANS l'année i8i5. 177

^Ile se remplit rie fuyai^sy dp corps de troupes qui rentrent ^ d'officiers qui quittent Tarme'e ; chacun dans ce moment,fait< ce que bon lui semble; il n'y a plus ni Qvdrcy ôi discipline ; oqi est dans une grande inquiétude : ce ne sont point les Autrichiens^t les Jkoglois que l'oa redoute , on les attend comme des protecteurs^ c'est la basse population de Nâpies qui est lô véritable ennemi, c'est contne.e|le qu^e l'on se fortifie ; on cherche à eniinposer aux Lazaronis ^ on les persécute même, .pav mesure de pre'-^ caution. Une nouvelle gardie de stireréiivient d'être formée ; elle esti;camposëe en^ grati^ partie de nëgocians, dont plusieurs sont: ëtrann gei^s ; elle occupe de certains postes j;» < pose dissfactionnaires, fait des 'pair^uîlJes, et seconde Fanciemie garde nationale, qui . s'acquixie de ses fonctiûdîs'ayec beaucoup de vigilance >èl de zèle : il résulte de cette multiplication <ie< senn tiBelles, de corp&^de-garde , de i^ondes'^ / que. la nuit on de |>eot-fâii^ quelques pas.hors des rues et des places principales, ^ans être arrêté ^ sans eritendre de partout cviev:. qui, vive ? sans être forcé de se détourner; il faut être prompt à répondre et à obéir.

De noire appartement , le soir, ion entend quelquefois un coup de fusil, quil est ^vi de

plusieurs autres, puis uo grand tumulte; ou sort sur le balco^ , ob demande ce que c'est ; chacun parle , chacun crie ; on apprend enfin qu^n factionnaire a vu un homme qui se glissait le long des maisons , il n'en a point obtenu de réponse, il a tire son coup, tout le .oorps^de-garde est sorti et a fait feu , mais le drôle etoit déjà bien loin; là-dessus on raisonne; la sentinelle, qui^e:veut pas avoir donné une alerte mal i -propos, affirme que cet homoie e'toit de très-^niauvaise mine et ne pouvoit avoir que des mlentions suspectes ; d'autres appuient son rapport , et assurent iqu'il y avoit un complot Ibrmë ; qu'une masse de Lazaronis de voit , le doir mairie, surprendre le corps -de» garde ,^^ ëgot^eî^ tdus, ecù* qui ]5'y trouv^roient , s'em-^ parer des armes: que n'auroient-ils pas fait si on «''avoit pas déjoue leur projet? Peut-être cependant cet individu qui a cause un si grand mouvement, n'étoit qu'une ombre , un. chien y tkfihomii>e timide qcie la frayeur a fait fuir.

Tout ne se pa&se pourtant pas d'une manière:

aussi pacifique ; il n'y a presque pas de nuit qi}e quelques-uns de ces ^malheureuiL Lazaronis ne soient tués ; on ne leur permet pas de sortir le soir, et dès qu'on eu voit trois ou quatre vitssemblés:^, on leur suppose demauvais desseins ^

BicNS li'Al^KlÊE 1845. 179

eo les attaque ; quelquefois ils se déreudent et blessent leurs assaillaas. Les scènes désastreuses qui ont eu lieu dans les cbangemens de gou* Ternement à Naples, légitiment cet excès de défiance : dans ce moment-ci , les prisonniers de'tenus à la Yicairie , au nombre de plusieurs milliers, avoieùt formé un. complot qui s'é«f ehdoit dans les autres prisons ; ils dévoient égorger leurs gardiens et se re'pandre dans la ville; leur projet a été déjoué ^ on a pris des mesures de rigueur , lorsqu'ils étoient déjà ea pleine insurrection ; on a placé de l'artillerie contre les prisons , et on a tiré à mitraille; plusieurs de ces malheureux ont e'te tués oa blessés : quels désordres ne devoit-on pas at-* tendre de ces hommes aigris par une longue détention , enhardis par la souffrante , le crim^ et le désespoir ; dont plusieurs éloieqt peut-* être sous le poids d'une accusation capitale ! Les habitans ont frémi en apprenant le danger auquel ils ont échappé. En visitant le palais de Justice, nous avions vu ces -prisonniers sortir' leurs mains à travers les barreaux d}x cachot où iis étoient entassés; demander l'aumône aux passans ; ces hiftmmes à demi-nus , la barbe longue , le visage pâle , avoienjt une expression de férocité ; ..l^tirs femmes^ leurii enfans, v^^

l8o VOYAGE EN ITALIE

noîeD^ Kbrement du dehors, converser avec eux : il leur e'ioit facile d'entretenir ainsi une^ communication avec la ville et les autres prisonniers.

l^our faire diversion à ces îde'es pe'nibles y nous sommes ;sillés au couvent des Camaldules, situé sur une hauteur à deux lieues de la ville f le chemin qui y conduit serpente dans àts terrains cultivés , et atteint ensuite des bois : la « situation du couvent est peut-être la plus bjslie qu'il y ait en Europe. On de'couvre la partie septentrionale du royaume de Naples jusqu'à Gaëte, pn voit d'un côlé les rivages de Pouz-? zoles , de Baies , ces lieux que Virgile a décrits dans son sixième livre, le lac d'Averne, le promontoire éleyedeMisènè, les îles d'Ischia, de Procida ,*el le petit rocher de Nisida , plus rapproché du rivage ; de l'autre , la ville au foncî du golfe, l'île de Capri , les rivages de Poriîci , le Vésuve fumant ; un pays èouvert d'arbres , colipé de sentiers , orné d'habitations dont le toit aplati formeune terrasse. ^ , -, .

' Les religieux de l'ordre des Câmaldiifes vivent séparés les uns des autres; chacun d'eu)t possède un enclos qui renferme un petit jardiri et une habitation , composée d'une chapelle et. d'une cellule : la réunion <le «, ces petites

DANS L*AMNiiE l8l5. l8l

caaisons forme une soçte dé village, au hiilieu duquel s'élève, une belle église et le co\x\;^nt. Pans ces lieux y loql est gravée et. tranquille ; on n'y entend pas de bruits, il y règne peu d'acliviit;; un jar4in occupe la portion de l'enjplos qui domine sur tout Jç pays. En voyaiTi Jes religieux ,, en longues . robes /ioires ., traverser d^un pas grave ces ruçs solitairejs et* ces sentiers ornés de/fleurs , je me rappelois ces ombres silencieuse"^ que les poètes placent^ dans les Champs Ëlysées. A, l'extrémité de la terrasse ^ dans. le lieu oi^ la vue est la/plus cftendue^ est placé un grand. )](anc de pietrr^ de forme circulaire , ombrage, ^de; {^eaux cUénfôs verds; là, les religieux peuvent se liv,r^r aux méditations; qii'un si brillant amphithéâtre doit leur inspi^çir et auxquelles, leur genre de vie contemplative les ram^P^ ^at^ cesse ; ils voient le Vésuve lancer d'épaisses fumiées , vopiir des flammes, couvrir ses bases de feu ; la mer tantôt «gitee ndenacer les, navigateurs, tantôt calme et tranquille , sillonnée par les b^ûmens qui glissent sur sa surface : à l'abri de la fureii^r des clépiens, insensibles à la joie et à la crainte , ils contin tient leur monotone carrière que l^s orages ei les beaux jours ne changent point; Us voient à leurs pieds les princes se disputer cette

18j VCtAGB EîT ITAt«tS

belle contrée; ils ont entendu le b mit de Farlillerie qui annonçoit l'arrivée de Murai sur le trône ; ils entendront les coups qui céIel)reront solD départ et le retour de Tancienne dynastie.

A notre retour , nous avons vu les habitans des villages se livrer à la joie ; cVtoit un jour de fête : les jeunes gens dansoient au son du tambour dt basque ; les gens riches sont dans inquiétude; ceun qui n'ont rien à perdre attén* dept tranquillement le retour de Ferdinand , et ^ l'annoncent ouvertement ; les nombreux trétaux de Naples sont toujours entoures de la foule ; PoHçhineUë canrrnne à baranguer^ les représentations des marionettes sont suivies, les grands théâtres sont de'serts.

Nous alloîDS souvent le soir respirer le vent . de nier sur la jetée du port , qui \^ à cette , heure , est remplie de promeneurs ; tih vieillard assis sur le bord de la mer • récite des stances dii Tasse et de l'Arioste à la foule qui forme un cercle autour de lui; on voit dabs le lointain sortir des vapeurs des eaux, les rivages de Sorrente , patrie du célèbre et malheureux poète don^ les vers charment encore^le peuple de Naples; tes murailles blanches du couvent des Chartreux qui domine la ville , se détachent sur un ciel d'azur^ brillant d'étoiles j les vagues qui

BAKS i.'ann£e i8i5. i8S

TÎenDeDl mourir contre les rivages , le bruit de$ bateaux qui abordent y Jes préparatifs de la nuit sur les bâtin^ns de toutes les nations qui remplissent le port, la lampe qui éclaire le souper des mariniers, ces différentes scènes, ce coupd'œil si imposant, nous retiennent long- temps dans ces lieux.

so mai.

Iii a p^u une proclamation de Murât , dans laquelle il se plaint des bruits alarmansquei^on se p}a(t k répandre ; il cherche à ras^iir^er (es esprits , il pi*end rengagement de ne poidt ex^ poser sa capitale aux dangé^rs de ta gnert^e : sî le sort lui devenoit contraire , ce seroU lui seul, et non son peuplé , quiven seroit la vîôtime. Malgré le ton de tranquillité qu'il s'ellbrce de prendre , bien des gens ont cru Toir un adieu dans cette proclamation; on a e'té fort étonne' , le lendendaio ^ de voir affichée une constitution en picvsieurs centaines d'artîcfes, que Murât donnoit k son peuple; il l'avoit promise depiiis long-temps : voilà le moment qu'il choisit pdur la pre'senter.' Les ministres vont et reviennent journellement de Caserte aux avant*posies ; il paroît qu'on négocie ; il est temps de décider quelque chose pour Naples. Le ministre des

l84 VOïAGfe Eîf ITALIB

finances a rassemblé les négocians et a exigé d'eux une contribution, le trésor* étant absoluroentvide. Lie peuple, vivement pressé d'ao quitter les impôts , ne se bâte guère.

Un corps de troupes milanoises s'est /retiré ici ; ces malheureux se trouvent dans une postlion très*fâcheuse ; ils ont été forcés par les circonstances, à prendre les armes contre leur souverain l'empei^eur d'Autriche, qui , dans ce moment de tumulte, s'occupera d'eux? Pourra- 1-on obtenir leur pardon? ou leur fournir un bâtiment pour s'embarquer? Nous nous sommes entretenus avec un sous - officier de -ce corps , qui portoit le bras en écharpe ; il nous a donné quelques détails sur les combats dans lesquels il s'est trouvé ; il parle avec indignation de la conduite des tréupes napolitaines, il frémissoit d^avoir été associé à elles. La brillante et téméraire valeur de Murât n'a rieu pu sbr ces troupes , qui , du reste , manquoient de tout dans leur retraite , et qui ne prenoient aucun intérêt à la cause qu'elles défendoient. <

On croit que l'armée autrichienne est prête à passer le Yolturno , seule ligne qui puisse arrêter sa marche sur Naples.

21 mai.

Les beaui jours de îa famille de Murât son^ jîuis; elle a quitté en fugitive, ce pays sur lequel elle a règne six .ans; ,son pavillon a été enlevé du palais, le. peuple se décore avec enthousiasme de la cocarde rouge , couleur des' Bourbons ; le nom de Ferdinand est rjépéié partout. Le jg au soir, Joachim renira dar^s la ville, escorté de dragons; il ^t reconnu par le peuple , et quelques Lazaroois le suivirent en le saluant de leurs acclamations; il descendit au palais et se rendit auprès de la rçine ;'il l'avpit quittée il y avoit deux mois; il dcvoit alors se rendre maître .de toute Tltalie , jamais sa cour n'avoit été' si brillante; aujourd'hui ils alloient se , séparer j Murât n'a pas même été nommé dans la convention conclue entre les généraux allemands et napolitains; il ctiercbera à gagner la France.} mais comment se présentera- t-il , vaincu et dépouille' , devant Bonaparte , dont il avoit abandonné la cause? Quelle a dû être la conversation des deux époux dans cette entrevue ? Que de regrets ! qiie de reproches peutêtre ! Joachirn s'est embarqué secrètement sur la côte vis-à-vis de Nisida: Caroline est restée k Naples ; aujourd'hui on a lu une proclama7

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tion qui annonçoit qu'elle abaodonDoit le titre de régente , et qu'elle quittoit la ville : elle s'est embarquée à bord du Tremendous. La flotte angloise de la Me'diterranée sous les ordres de lord Ëimouth , composée de quatre vaisseaut de ligne et d'une fre'gate , est entrée .ce nnaliu, dans le port ; elle a été saluée de plusieurs coups de canon; en même lemps, des corps d'infanterie angloise ont débarqué dans la ville pour prendre» possession des forts ; ils ont été accueillis par les applaudissemens de la populace qui les suivoit en foule : ce moment a été le signal du désordre; on a vu' d'abord paroit^e quelques cocardes rouges; elles ont été b en tôt portées par la vilï^entière ; des étrangers ont été arrêtés, forcés de descendre de voiture pour s'en décorer. Du palais Lieii où nous demeurops, au 'ïnilieu de la rue de Tolède , nous voyons toute l'effervescence du peuple; dans ce moment où l'on ne sait à quelle autorité on est soumis , chacun se livre à la fougue de ses passions, sans craiadre d'être réprimé: ici un officier attaché a la cause de Murât, accable de coups de sabre uu pauvre Lazaroni, orné de la cocarde des Bourbons ; un autre officier, poussé par un sentiment contraire , arrête tous les individus décorés de la médaille d'honneur ^ tant

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