‹ Voyage en Italie dans l'année 1815Chapitre 12 sur 16 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

NAPLKS.

On

est réveillé de grand matio à Naples par le bruit du peuple. Des marchauds sortent de leurs maisons et s'établissent dans la rue ^ un artisan siiivi de ses ouvriers se place devant la porte de sa boutique; à coté de lui, un changeur pose sa banque ; la fume'e d'une chaudière de macaronis attire une troupe de gens du peuple ; chacun d'eux reçoit pour un grain une portion de son mets favori; des ânes chargés de légumes sont dirigés sur la place du marché; des magasins de blé, de lentilles, de pois et de farine , des corbeilles de fleurs et de fruits ornent les rues. Au milieu de cette abondance , circule une population oisive et déguenillée ; des jeunes gens pleins de force et à demi-nus jouent aux cartes dans les carrefours, ou s'endorment le long des murs des maisons ; des mendians harcellent les passans et les fatiguent de leurs cris. Bientôt les portes et les fenêtres des palais s'ouvrent et laissent découvrir ce qui se passe dans l'intérieur do

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Tapparlement : les babhans paroîssçnt sur leurs balcons ) eu babil du malin ; les feaime$ saluent leurs amis de ce geste gracieui.de la maio géne'ralenieDt adopté eu Italie; cf est sur le balcon qu'elles reçoivent. les visites, q'est de-lâ que s'établissent par signes des conver^ar tions avec les babitans des maisons voisines : des entretiens très* animés ont lieu de cette manière ; des déclarations d'amour et d^s/.répouses fort tendres passent d'une rue à l'autre sans trahir les deux amans. ::

Le bruit et le mouvement augmentent; les cris des cochers 9 ceux des marchapds em*^ bulans , les gestes passionnés , les disputes, les jeux de la populace, offrent ,des spectacles curieut ; de petits chevaux ornés de rubans et de plumes , dirigés par un caveçon , entraînent avec rapidité des cabriolets dorés ; quelquesfois un moine remplit îi lui seul l'intérieur de ces légères voitures ; le conducteur^ .assis* de côté sur Iç brancard ^ les jambes pendanies^^ tient les rênes ; un petit garçon, debout: der^ rière , est chargé de fouetter le cheval et de l'exr citer par ses cris ; le religieux , dans une heureuse insouciance , fend la fbule et voit ses ouailles s'incliner à son passage.

Dès le matin, la rue qui conduit de la place

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Medine au port, est couverte dé tre'teaux , d'où des batteleurs haranguent le peuple ; des écrite^tïx , des peintures y prometient des spêctaclès^intéressans. Le démonstrateur de la laûlerîier magique fait successivement passer en revae. aux enfaos qui se groupent autour de encaisse, Madrid^ Je fameux Capitole de Rome ^vec la statue équestre du grand Empereur , Arlet|nin qui danse. Un théâtre danlarionnettes donne «es- représentations en plein air , et les galériens eux-mêmes obtiennent d'arrêter un mbnieni^ la» char luette à laquelle ils sont enchaînés , powr voir une scène de Polichinelle qui bat sa femme. Une musique bruyante attire le peuple près d'une e&itade ; quelques femmes brûlées par le seleil^ vêloes d^oripeaux brillans dexpaîHeites, joignent les accens de leur voix fatigiiéeïiu bruit du violon et de la trompette; PoJiehinetle t, ^couvert d'un surplis qui devroit éireWan,^^ , feit tour-à-tour sortir d^une espèce lie corne de» '«009 rudes et discordais , et tourfi*-tbuhiS^ihtbrrompt pour se livrer au rôle pénible dé boiiffén auquel il est condamne , tandis qu'une» d^«sen^ exécuta *h côté de lui quelques tours d'adresse ; tout- à-coup le' maître d'orchestre pose son ♦viôfon et fait ^igne qu'il Teut parler; la musiq[ùei cesse. Polichinelle,

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s'écrîe le -virtuose , que penses-tu de Vincon^ cepabla agilité </<? cette dame? des tours aussi remarquables f étonnent ? Eh bien , Poli-* chinelle , dis à cette honorable assemblée qu'ils ne sont rien , absolument rien , en comparaison de ceux qui vont s'exécuter sur notre théâtre. Oui , Seigneurs , dit-il , eh s'adressant à la foule déguenillée qui se presse autour de lui , i^ùtre très - humble serviteur a réservé pour cette dernière représentationtout ce qu'il y a de plus étonnant et de plus remarquable ; vous y verrez V inconcevable Giulietta y déployer le talent qui Va fait admirer dans toutes les cours de V Europe , et l'illustrissime Fantoschini ^ le premier tnaitre du monde , se surpasser lui-même dans l'espoir de vous plaire. Accourez tous, hâtez-vous d'entrer , la salle est remplie^ kl ' représentation va commencer. Q grande merveille!* 6 choses étonnantes y qu'on n'a jamais vues et qu'on ne verra jamais ! Le$ iniisiciens ^ répoâéâ pendant cet intervalle \ recomnaencent avec plus de force. Quelques sonfB^ets donnés au pauvre Polichinelle font naître Ja gaîté parmi les spectateurs ; rassemblée, déjà ébranlée par l'éloquence de l'orateur^ ne peut résister à Pemraînemént qu'inspîi^nt

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des sons si harmonieux , de si heureuses plai^ sauteries, et tous ceux qui possèdent quelques grains se hâtent de les changer contre un billet d'entrée,

A une heure après midi, le mouvement di« nânue , les Napolitains se retire^nt pour dîner et pour dormir; les balcons som abandonnés, les volets se ferment; les rues, pendant deux heures, sont presque désertes.

Au coucher du soleil, les habitans aisés se rendent à la promenade ; les voilures, I^s calèches , les hommes a cheval se dirigent en grand nombre le long de la villa Réale et de la côte de Mergelinê , vers le chemin neuÇ qui s'élève en terrasse ^u-dessus de la mer.

La villa Réale est un jardin public situé sur le rivage ; il est séparé de la rue de Chiaia par des grilles ; le soir , les habitans s'y rendent en foule; on y voit le soleil se coucher .derrière les coteaux de Pausilippe , et ses raypns dorer les côtes éloignées de Sorr^nie ; à droite , la rue , remplie de voitures qui vont et reviennent; à gauche , la mer étincelante des derniers feux du jour , et d^ns le lointain l'île de Capri qui ferme cet immense golfe. La villa Réale est plantée de fleurs et d'arbres légers ; elle est grnée d'un gr,an4 ûpaibrede statues ; le groupe

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le plus reman^tiiable est celui du Taureau Far-* nèse , coaiposé de six figures taillées dans un seul blôc de marbre ; Il fut découvert a Rome , daus les thermes de Caracalla , sous le ponti-* ficat de Paul III.

Lycus, ix>i de Tbèbes, ayant répudie' Antlope, épousa Dircé. Ântlope, pour se soustraire aux persécutions de sa rivale , se réfugia dans les bols du montCytheron , où elle rencontra ses deux fils, Zétbus et Amphion, qui y avolent été élevés , et qui la crurent d'abord une esclave fuglilve. Dlrcé, à la tête des Bacchantes , arrive sur le mont Cytheron , à la poursuite d^Anliope , dont elle veut la mort; Zéthus et Amphlon reconnoissent leur mère : aidés d'un vieux pasteur qui avoit soigné leur enfance , ils arrachent Antiope des mains de son ennemie , et attachent Dircé par les cheveux aux cornes d'un taureau sauvage qui entraîne cette malheureuse dans les ronces et les ro^ chers : le statuaire a représenté le taureau retenu encore par une corde , près de s'élancer. De la promenade, les Napolitains se rendent au spectacle ; plusieurs petits théâtres donnent deux représentations dans la journée , l'une à vingt-deux heures , l'autre à deux heures , c'est-à-dire deux heures avant et deux heures

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après le coucher du soleil. Cette manière de diviser le jour suivant sa longueur , n'a rien ide fise , et les habîtans sont contraints de régler leurs habitudes sur la marche du soleil : dans ces petits théâtres , on entend souvent de la bonne piusique et Ton y voit de jolies scènes ; quelques-unes sont de Goldoni , mais chargées et métamorphosées en opéra; d'autres sont traduites du François et arrangées dans le goût italien : l'histoire de France et celle d'Angleterre sont mises à contribution pour amuser un peuple qui ne connoît pas même celle de son pays ^ les mœurs locales et celles du temps n'y soat pas trop observées. Nous y avons vu Henri , roi d'Angleterre , combler d'éloges le magistrat courageux qui avoit arrêté et fait conduire en prison l'héritier présomptif de la couronne , accusé d'un délit de police ; nous avons assisté à la représentation de Henri IV, ou le passage de la Loire : Polichinelle jouoit un grand rôle dans pette dernière pièce ; les transports de joie du fameux masque Napolî-^ tain en voyantHenri IV, ses danses, ses amours avec les jeunes paysannes françoises, qui ont coutume de trouver dans letirs amans plua^de galanterie et de bravoure, pouvoiei)t, au premier coup-d'œil, paroîlre fort extraordinaires 3 mais

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]abalne prononcée de cet Italien du n^îdi , pour le parti de la ligue , lui méritoit dans cet occasion des lettres de naturalisation.

Sur ces théâtres , le bouffe étant le premier acteur , il en résulte que Tamant favorisé est souvent poltron , inléressé , gourmand : une femme charmante est éprise d'un homme plein de ridicules ; dans les momens fàcheui , il a peur, elle le cache et s'expose au danger pour l'y soustraire ;. le péril passé , il devient fanfaron , il ne craint rien ; il tralhspercera tout le mondé de son épée ; souvent il dit qu'il est malade , il tousse comme un vieillard cacochyme ; elle le plaint:, elle le soutient, elle le console ; pour prix de soins si tendres , il la gronde , il est brusque et insupportable ; il lui déclare qu'il ne l'épousera point si son tuteur la prive dé sa dot ; il a une mise grotesque, un habit rose, un chapeau disproportionné à sa taille , -un excessif embonpoint j il parle le langage du peuple, et à la fin de la pièce, un héros si peu fait pour toucher le cœur d'une belle, obtient la préférence sur tous ses rivaux.

, Le soir , les rues et les places se remplissent de promej^e^r^; la brise qui s'élève de la mer rend la Vi^ et Is^ gaité^à une population ac-

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présentations de Topera , voîlî^ ce qui remplit la journe'e des riches Napolitains; des attacbemens faciles à former, suffisent à leur cœur, que Tarabltition et le besoin de s'instruire occupent peu. Est-il étonnant qu'une terre si fertile, habite'e par un peuple ennemi de la peine , ait cté si souvent conquise? Depuis l'invasion des Normands , l'histoire du royaume de Naples ne présente qu'une succession de princes étrangers , de dynasties nouvelles qui se disputent le trône. Naples , source éternelle de discussions entre les empereurs, les familles d'Anjou et d'Arragon j les papes, les rois de France et d'£spagne , a été pour l'Italie la cause de maux incalculables , par |es armées ^étrangères que le désir de s'emparer de cette belle contrée y a attirées.

Ce pays, dé^solé si souvent par les orages politique^, est exposé encore à des révolutions d'une autre .nature. On voit dans les environs de Naples dès couches immenses de lave, d'anciens cratères de volcan : des exhalaisons sulfureuses , des eaux thermales qui sortant d^ Hptérieur de la. terre, annoncent que le^fe^x qpi.l'onl bouleversée ne sçnt pas encore, éteints. .

Insensible à ces funestes présages, Je pqupl^, couvre de champs et de fleurs cette terre vol-

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caoique ; il babiie au pied du Vésuve , et s'eodort paisiblement à la vue des Samuies qui le, menacent ; lorsque la lave se dirige sur sa demeure , il fuit et entraîne en pleurant sa famille loin de ce théâtre de désolation. L'éruption finie, il rebâtit sa maison sur le lieu même où l'ancienne a été engloutie y et en construit les murailles de morceaux de lave.

Le miracle de la liquéfaction du sang de Si. Janvier, qui s'opère pendant une suite de jours fixés d'avance , est un des spectacles qui excite le plus vivement l'émotion du peuple , quoique la régularité que depuis tant d'années le Saint met à satisfaire le vœu de la nation, dût diminuer le mérite de cet événement.

Xous les voyageurs ont décrit cette scène :

plusieurs ont déploré l'abus qui donne un caractère religieux à un spectacle offert k l'oisiveté du peuple. Les pompes de la cour de Rome ont souvent un caractère de grandeur

qui frappe l'imagination et qui peut faire naître l'enthousiasme; les pratiques superstitieuses du peuple de Naples, encouragées par le gouvernement , étonnent et afSigent les nations qui ont ramené le culte chrétien à sa première et noble simplicité.

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Nous vîmes le buste de St. Janvier , orné de brocarts , de colliers nie rubis et d'émeraudes, un bouquet de fleurs au côte', la mitre en tête , transporté de l'église cathédrale dans celle de Sie. Claire , y recevoir les hommages de irenie-deùx saints dont les bustes d'argent^ soutenus chacun sur les épaules de quatre porteurs, venoient sWrêier et s'humilier devant lui , tandis qu'une bande de musiciens faisoient entendre une musique bruyante et peu harmonieuse. Celte visite finie , on tire la phiole qui contient le sang , on eiitoure l'adtel , tout le monde se met en prière , le prêtre élève la phiole et la rabaisse sans cesse ; il la présente aux assisthns ; elle est avidement pressée par toutes les lèvres, le temps s'écoule, les Pater, les x\ve Maria redoublent , l'inquiétude gagne tous les cœurs, la figure du prêtre indique une grande agitation ; lout-à-coup une cloche se fait entendre, le miracle est opéré, mille cris remplissent l'église. O Saint Janvier , notre Protecteur ! 6 divine Vierge ! quelle grâce pour ton pauvre peuple ! Les femmes s'arrachent les cheveux, des larmes de joie coulent de leurs yeux.

L'église de Ste. Claire est adossée à un couvent de femmes j les religieuses, dans une ga-

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lerie masquée, avoîeni été témoins de la cérë* luonie ; nous les vîmes à genoux dans leur chapelle , encore émues , et remerciant le ciel de ses faveurs : elles obtinrent la grâce d'arroser de leurs larmes la phiole précieuse. Au monfienV du départ , les pensionnaires et les noviceti \inrent à la grille dire adieu a leurs sceurs e( ^ leurs amies qui rentroient dans le monde. La guimpe de ces filles modestes contrastoit avec les plumes et les fleurs qu^ ornoient leurs anciennes compagnes. Soupiroient-elles en voyant les barrières qui les sëparoient d'elles? Hélas! &. Janvier et son miracle devenoient leur seule conversation, alloieut former tous leurs plaisirs ! .

Dans la nef de l'église cathétrale , on voit le tombeau d'André, roi de Hongrie, qui fut assassiné le i8 septembre l54i!5, dans un couvenf ^près d' Averse, où Jacourrësidoit alors. Jeanne de Naples, son ëpous/e, âgée de dix-huit ans, fut convaincue d'avoir au moins cokisenti 4 cette mort, qui attira, de si grands maux sur, le foyaume. La férocité d'André' l'avoit renda odieux à cette reine voluptueuse, trop célébra par ses fautes et ses malheurs. Elle se fit dé<clarer innocente dans un consistoire tenu à Avignon , auquel elle assista^ et envoya sa justi-

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ficatioo à Louis de Hongrie^ qui marclioit sur Naplesavec une arraëe , pour venger la mort de son frère. (( Jeanne (lui répondit ce Prince) , votre vie déréglée , l'aulôriie' que vous avez retenue , la vengeance négligée , un mariage pre'cipilé , et vos excuses , prouvent que vous êies coupable. y> '

L'e'pitaphe que Ton lit sur le tombeau , proclame le crime de Jeanne^ dans la ville ou elle re'gna.

Andreae Carofl Uberti , Pannonue i-egî , Napolitanorum régi ,

Johannx uxoris dolo et laqueo necato ,

Ursi Minutuli pietate Lie recundito :

Ne régis corpus insepuUum , sepuUumve facinus remaneret.

11 me paroît difficile de rendre en francoîs Pénergie de cetle dernière ligne : je ne l'essaie

pas.

On voit dans la chapelle du tre'sor , des fresques, dernier ouvrage duDominiquin. Cetle chapelle a été le théâtre des perse'cutions qui donnèrent la mort à cet homme célèbre. Le Dorainiquin , si mal apprécié pendant sa vie , ignora lui-même la perfection de son taleat.

Sa timidité, son assiduité, le peu de brillant de sa conversation , lui atiirèrent les railleries des autres élèves de l'école de Bologne. On le

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coinparoit à un bœuf qui trace péniblement SOT sillon; il n^opposoil que le silence aux sarcasmes dont on raccabloit, et il se crut toujours justement critiqué. Lanfranc, qui*^ malgré le mépris qu'il afiecloit pour les ouvrages du Dominiquîn , avoit su probablement ^^ découvrir une supériorité sur les siens qui Firriioit, s'attacha à ses pas , comme un génie malfaisant, pour lui nuire. Plus d'une fois il le força d'interrompre un travail qu'il avoit commencé, et obtint de l'achever lui-même : triste exemple de la jalousie qu'on voit régner souvent entre les artistes. Dans une fresque du couvent de St. Grégoire à Rome, qui représente le martyre de St. André, le Dominiquin s'est peint lui-même sous la figure d'un homme du peuple qu'un soldat repousse brusquement , tandis qu'il laisse approcher ceux qui l'entourent ; image touchante des contrariétés qui avoient hérisse sa vie. Cet homme infortuné , qui probablement n'osoit se plaindre, faisoit ainsi à la postérité la confidence de ses peines secreitesj mais lorsqu'il peignoit St. Jérôme mourant, le sentiment de ses forces ne devoil~il pas le consoler de l'injustice de son siècle?

Pour mettre le comble à ses maux , le Dominiquin fut appelé à peindre la chapelle

2l4 VOYAGE EN ITALIE

du trésor h Naples , ouvrage que plusieurs peintres avoîent déjà commencé , et que les intrigues des artistes du pays, jalouit delà préférence accordée à des étrangers , les avoîent forcés d*înlerrompre. Là, tout fut tnîs en usage contre lui : sa mélancolie habituelle lui rendoit ces perséculions encore plus amères. L'Espagnolet et un nommé Carenzio se liguèrent contre lui. Lanfranc , constant dans sa haine , Favoit suivi à Naples. On tourne ses ouvrages en ridicule , on le calomnié auprès du viceroi , on engage ceux qui pre'parent ses couleurs, aies dénaturer; le malheureux peintre, effraye' des menaces donl il est journellement l'objet, s'enfuit secrètement à Rome , mais on arrêie sa femme et ses enfans qu'il avoit laissés à Naples , et on refuse de les mettre en liberté' s'il ne vient achever son ouvrage : il est contraint de rentrer au milieu de ses ennemis. Le chagrin et la défiance le rendirent le plus infortuné des hommes; il ne travailloit qu'en secret; il ne prenoit de nourriture qu'avec les plus grandes précautions. Dans une semblable disposition d'esprit , pouvoil-il retrouver le génie qui l'avoit inspiré autrefois? Aiissî eston forcé d'avouer que ses derniers oùvrfiges sont fort inférieurs à ceux d'un ténîps moiris

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orageux : il 'mounil enfin. Lanfraoc détruisit plusieurs de ses fresques , et les remplaça par des peintures de sa main. On fil mênje resliiuer à la famille du Dominiquin une partie du .prix qu'il en avoit reçu.

Les statues de la villa Farnèse , transportées de Rome à Naples , ont été réunies , dans le palais degK studii ^ à celles trouvées à Herculanum ; elles forment une magnifique collection : on y remarque les statues e'questres du proconsul Balbus et de son fils , qui semblent faites sur le même moule ; elles ornoient le théâtre d'Herculanum ; la belle Vénus 4:al]ipège , Aristide, la Flore, Apollon enfant, auquel un Satyre enseigne à jouer de la Bute de Pan, et un très-grand nombre d'autres morceaux pre'cfeux. Une salle e^t remplie d'anti* quités égyptiennes, qui prouvent combien les Grecs l'emportoient , par leur goût et par le sentiment du vrai beau , sur les autres nations anciennes.

Dans le centre de la galerie, est placé le célèbre Hercule Farnèse. Le lieVos, complètement nu , s'appuie sur sa massue, a Le statuaire nous le représente (dit Yinkelpiann.) les veines gonflées, les muscles tendus et élevés, cherchant à respirer après sa course pénible au jardiodas

3l6 VOYAGE EN ITALIE

Hespërides , dont il tient les podiaies dans sa main. » 11 ne faut point chercher sur les traits d'Hercule le caractère de la divinité qui lui fut accordée pour pri^ de ses exploits ; c'est encore un homme accomplissant sur la terre la tâche pénible à laquelle il fut condamné dès «on enfance; c'est uu athlète dont la stature, la proéminence des os et des muscles, indiquent la prodigieuse vigueur. Quelle force ne déploiera pas ce heVos, maintenant dans l'attitude du repos , lorsque le mouvement animera ces bras robustes , lorsqu'un sentiment d'indignation relèvera sa tête fièchie , et agiiera sa massue redoutable !

A côté de celle statue colossale , où les formes semblent exagérées, est placée celle de f^énus Vicirice , appele'e aussi Vénus de Ca- *poue. Cette déesse tient encore la pomme , trophée de sa victoire. Qui ^ en effet , pourroît lui disputer le prix' de la beauté ? Le statuaire n'a emprunté à la figure humaine que ses formes les plus nobles , que la l^eauté la plus pure ; sur ce front empreint d'une dignité céleste , règne une jeunesse qui triomphe du temps»

!jLa déesse est a demi-nue et sans ornement ; son attitude est aisée et pleine de grâces. L'ai^ 'tiftte qui produisit l'Hercule avoit une connois*

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sance parfaite de la structure de notre corps ; le père de la Vénus éloit un poêle ; il Ta cree'e telle qu'Homëre et Virgile ont dépeint cette déesse y dont la beauté trahissoit toujours le secret , lorsqu'elle vouloit se cacher sous les traits d'une mortelle ; près d*elle , les brillantes fables de la mythologie se présentent sous les couleurs les plus riantes.

Il existe dans le cabinet degli studii une collection de tableaux : le plus frappant est de Fécole françoise , du célèbre Gcos ; il représente une charge de cavalerie , commande'e par le général Murât, qui détermina le succès de la bataille d'Aboukir , dernière victoire de Bonaparte en Egypte.

Djtns le groupe principal , on voit le gëneVal Murât , le pacha de Roniélie qui vient d'être pris , et qu'on enlève de son cheval ; son fils qui s'élance vers lui avec une grande expression de sensibilité ; les chevaux expirans s'abattent sous leurs cavaliers , le sang coule ^ le désordre , la fureur des assdillans , la terreur de ceux, qui voient le sabre s'abaisser sur leur tète , sont exprimés avec énergie. Ce mé* lange de nations si différentes qui se réunissent dans ces plaines arides pour se donner la niort, le contraste des amples et riches vétemens de

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