‹ Voyage en Italie dans l'année 1815Chapitre 14 sur 16 · J^N^IRONS DE NA^LES · texte numérisé non relu

J^N^IRONS DE NA^LES

N sortant de Naples par Cliîaia et la côte de Mergelinej on arrive à la grotte de Pausîlîppe ; cette grotte , longue de près d'un mille , est le^ principal passage pour la population de Naples qui se rend à Pouzzoles 4i Bauli, et pour les babitans de cette côte qui portent des légumes et des fruits à la ville : ce chemin sou* terrain y construit pour éviter une route rapide sur la colline dans laquelle il est percé, est fort ancien^ il exisftoit du temps d'Auguste; Sénèque en parle; il se plaint de sa longueur, de son obscurité et de la poussière qui y étoit entassée^ il a été exhaussé dans des temps modernes, et pavé de quartiers délaves; des lampes placées de distance en distance y brûlent jour et nuit, mais ne suffisent pas pour l'éclairer; on éprouve une sensation extraordinaire en entrant dans ce passage obscur, au sortir d'une ville immense et populeuse; peu à peu les rayons du jour s'évanouissent, et on chemine dans les ténèbres, on

entend le retentissement des voitures et des pas des chevaux que l'on ne voit point: quand on traverse la grotte à pied , on a souvent quelque peine à se frayer une route à travers les chars , les ânes et les troupes de paysans. A l'issue du passage, est situé le petit village de Fuori lagroita;\dL vue, ordinairement si étendue dans les environs de Naples, y est bornée par des colhnes qui forment un vallon d'un aspect champêtre et tranquille; les pampres de la vigne s'y rattachent à la tige élevée des peupliers, et se balancent au-dessus des champs de lin et des prairies e'maille'es de fleurs. Une belle avenue d'arbres se prolonge jusque sur les bords de la mer, vis-à-vis de la petite île de Nisîda , qui sert de lazaret ; un chemin sur le rivage, taillé en plusieurs endroits dans des couches de lave, conduit à Fancienne ville de Pouzzoles, qui présente des objets intéressans aux amateurs d'antiquités.

On voit dans une petite place de la ville un piédestal orné de bas-reliefs dont Tacite parle dans le second livre de ses Annales.

Douze villes de l'Asie mineure , ïmolus , Cyme, Philadelphie etc. , ayant été renve^rsées par un tremblement de terre, Tibère, qui régnoit alors, les fit reconstruire : ces villes

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rècannoîssanteslui élevèrent une statue à Pouz*zotes, où il résidoit al^rs. Douze figures sculptées sur le piédestal , représentent les douze cités; une inscription annonçoit le bienfait de l'Empereur : la statue n'a pas été retrouvée. Près de Ja ville , on voit les restes du magnifique temple de Serapis. Sérapis étoit une divinité égyptienne; la ville de Pouzzoles, renommée par son commerce étendu, avoit autorisé le culte de ce dieu, que les marcliands de Memphis et de Canope y avoient introduit.

A peu de distance de Pouzzoles, on voit encore les restes de l'ancien amphithéâtre de cette ville; on y célébroit des jeux du temps d'Auguste. Les portiques et les caves où l'on ^ nourrissoit les bêtes féroces , eiisient encore ; une de ces loges a été changée en chapelle :

on dit que St. Janvier y fut renfermé avant d'être exposé atàx bêtes qui se prosternèrent à ses pieds lorsqu'il parut dans l'arène. L'aspect de ce monument est bien difllerent de ce qu'il étoit; il est entouré de jardins où des légumes croissent sous les figuiers et les pins à parasol; une treille atteint de ses ramaux la muraille circulaire , et forme un berceau , à l'ombre duquel nous vîmes établies les familles de paysans qui habitent les loge^ destiqées autre-

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fois aux animaux féroces; une femme filoit et berçoit son enfant placé à ses pieds ; des petites filles qui alloient et venoient , le chien de la maison ^ un coq , des poules , un âne charge de sacs attaché aux crocs de fer de l'antique muraille , aninioient ce tableau : quelle jolie scène pour un peintre de paysages !

Les environs de Pouzzoles , c^x de Misène et le pays adjacent méritent l'attention du voyageur, sous les trois points de vue de l'hbtoire naturelle , de la poésie et de l'histoire.

Tout indique dans ces lieux un sol tourmenté par les volcdns et les tremblemens de terre ; à chaque pas on rencontre des fragmens de lave , des tufs , des pierres ponces j on marche sur une poussière de pouzzolane ; on vqit d'anciens cratères. Des vapeurs chaudes, ' des fumées 5 des dépositions de soufre et d'àmoniaque , des sources d'eau thermale , anoncent que la terre recèle encore des matières inflammables qui pourront un jour se rallumer; aussi les anciens avoient-ils nommé ces lieux les champs phlégréens.

La formation subite du Monte - Nuovo est Un des phénomènes les plus frappaus de l'his* loire de cette contrée : Marco Aniônio delli Falconi i*aconte en détail cet événement. Lq

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dimaoche 29 septembre i538y fêle de St. Michel j après plusieurs secousses assez fortes de tremblemeot de terre, ou vît des Qammes sortir de l'eudroit où étoit situe le bourg de Tripergola; elles se fixèrent ensuite dans une petite vallée près du mont Barbaro ; bientôt la terre s'ouvrit et vomit une si grande quan-* tité de cendres et de pierres , qu'elles couvrirent tout le pays d'alentour, et qu'il en parvint même jusqu'à Naples, >

Falcopi nous représente les faabitans de Pouzzoles quittant leurs demeures , couvertes de cette pluie noire et limoneuse , les uns soutenant leurs enfans^ d'autres portant des sacs rechpiis d'effets et conduisant des ânes charges de leurs familles; les flots qui s'étoient retirés avoient laisse sur le rivage une grande quantité de poissons morts, et les oiseaux suffoque's tomboient du haut des airs. En se tournant du côté de l'éruption, on voyoit des montagnes de fumée d'où sortoient des flammes, des cendres , des pierres : le bruit qu^on entendoit étoit semblable à celui d'une décharge d'artillerie.

Le sixième jour , l'éruption paroissant finie y quelques personnes se hasardèrent d'approcher de ce théâtre de désolation } elles annon-

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cëreot qu'une mooiagne de trois mille de cîr« conféreuce et d'une hauteur presque égale à celle du mont Barbaro , avoit > été formée sur le bord de la mer; elle couvroit le châleau de Trjpergoia et les bâtimens adjacens : lepays avoit tellement changé d'aspect , qu'il n*étoit plus reconnôissable.

Le dimanche six octobre, plusieurs curieux dirigèrent leurs pas vers la nouvelle montagne j ils étoient déjà pai^venus à la moitié de sa hauteur, lorsqu'il furent surpiîs par une éruption si considérable , que plusieurs d'entr'eux furent suffoqués^ d'autres disparuretit et on ne put retrouver leurs corps.

Est-il étonnant que les peuples anciens aient attaché des idées supei-siiiieuses à des lient si souvent le théâtre de Calamités de celte nature , et que les poètes en aient fait le séjour des malheureux que poursuit la vengeance céleste? On retrouve dans cette contrée des noms aux-^ quels nous avions, dès noire enfance, associé des impressions profondes ; ces noms , qui ne s'étoient présentés à nous qu'agrandis par là poésie , réveillent dans notre esprit de sombres images : on est étonné d'entendre les habitans se servir des expressions consacrées par Homère et Virgile^ parler du lac d'Averne comrn^ d'un

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lac ordinaire. Nous parc<itlrons les bords du Phlégtiton, sur lesquels ôd ne voit plus errer les ombres malheareuses ; àou^ pëne'troos dani la^'groue dt la Sybllle, et nous nous enfonçooà dans ses dët^urs à la lueur des SambeaWj mais au hùû de ces Nombres retraites une voit redoutable rie prononce point des oracles, lé rameau d'or D« brille plus dans la forêt, et là nacelte du pêcheur a remplacé sur Fancieii Achéron la barque du nocher des enfers.

8i les lieux destines à la punition des coupables ont perdu une partie de leur horreur, la contrée que l'on nomme les Champs-Elyse'éi n'a point l'aspect enchanteur qui devbit être là récompense des hommes vertueux ; elle est un p^.u mieUx cultive'e que le reste de la côté, niais les villages paroissent misérables j et lors"que nous les traversions , des bandes d'enfans nous stii votent en demandant Pau mône.

* Il existe sut ces rivages un grand nombre dé ruines, des débris de temples, de thermes^ des réservoirs d^eaux, des tombeaux: on croit y voir les restes des maisons de campagne de Marins, LucuUus , Cicéroil , Pompée , Horiensiusj des terrasses s'e'levoient les unes au* d^ssus des autres, des rochers étoient perce's à grands frais , des digues repoussoient le$ flots

Sa8 VOYAGE EN ITAIils'

de la mer, d'immenses coostructions se pro* loDgeoient jusque sous les eaux : ces. palais qui couvroieot la côle rëunissoieat toutes les jo.uis* sauces du luxe et de la mollesse; des galeries délicieuses ouvertes sur le golfe , reofermoienfl des manuscrits ) des statues, les; chefs-d'œuvre des arts; les Empereurs veqoient passeï; dans ces lieux une partie de l^nn^e., il^ J etoient suivis d'une foule de courtisans. Le laq Lucrain devint le théâtre de £etes magifiques^;. on y donnoit d^ representaliops de batailles i^avales ; ses rives retentissoient du son des instruraens; des barques élégantes sillonnoient ses eaux couvertes de feuilles de jroses.

Les prodigieuses dépenses faites pour la construction de. ces maisons de pl^isance^ ia vie mplle de ceux qui les habitoient ont excite l'indignation d'Horace, de Sçnèque, de Martiale La beauté de ces rivages, la n^agoificencja qu'oa y déployoit , l'air mên^e , inspiroient la vor lupté. Heureux, cependant, le^ Romains, si ces lieux n'avoîer^t elé les témoiijs que de ces desordres, qui sont la suite trop ordinaire, de la splen^deur des Etats e^ d'une haute .civil\*satiou; mais leurs Empereurs, qui dévoient porter les excès au-delà de toutes les. borAea^ les souillèrent de leurs crimes^

DANS 1,'année i8i5. aag

Calîgnla fit construire un pont qui joignoit Bauli à Pouzzoles, sur un espace de 55oo pas; il réunit un grand nombre de bàtimens affermis par leurs ancres, et fit pratiquer au-dessus une chaussée. Vêtu de pourpre et d*or, couvert d'une cuirasse qu'il prétendoit avoir appartenu à Alexandre-le-Grand) couronné de chêne, l'Empereur , après avoir fait des sacrifices à Neptune, monte sur le' pont à Bauli, harangue ses soldats, et attaque Pouzzoles, où il entre comme dans une ville conquise ; et de même qn'i) avoit changé la mer en terre,, il voulut que la nuit fût métamorphosée en jour; il fit couvrir les' collines qui entouroient Baies, de flambeaux qui répandirent une lumière si éclatante que l'œil en étoit ébloui; une mër calme réfléchissoit dans son sein l'ccfal^de tant de feux. Caliligula se vanta d'avoff ipspiré de la terreur k Neptune lui - même , et ne parloit qu'avec mépris de Dariu^ et de Xerxès.

Après trois jours de semblables folies , l'Empereur, sortant d'un superbe festin , cédant à la £crocité de son caractère que l'ivresse augmentoit encore , fjnt précipiter dans la mer les personnes de sa suite , parmi lesquelles en comptoit des hommes reivétus des chargea les plus importantes de FEmpire.

23d VO*AGB EKITAXTE

Snr ce» mêmes rivages, Agrippîne reçwi la mort par l'ordre ,de son fils : le récit de ce forfait a ëlcf fait par Tacite , il pourra conserver de l'intérêt dans nn foible extrait.

(c Catuç Vip<<anîiis et Fontejus e'iant consuls , Néron ne voulût pas retarder un crime long-temps médité ; son audace s'étoit accrue par l'habitude du commandement; sa passion pour Poppée augmentoit chaque jour : cewp femme n'espérant point de voir Oclavie répudiée et son sort uni à celui de l'Empereur tant qu'Agrîppîne vivroit, animoit Néron souvent par des reproches, quelquefois par des plaisanteries.

» Néron évitoit de se trouyler seul avec sa mère, et lorsqti^elle se rendoit dans ses jardins , soit à Tusculum , soip 'dans les champs des Antiates , il .rapprouvoiWe chercher le repos. EnSn , fatigué de sa présence partout où il la rencootroit , il résolut de la faire périr , incertain, entre le 'poison, la violence ou quelqu'autre moy^n; le poison luk paroissoit préférable, mais si on le lui donnoit à table, pourroiton attribuer sa mort au hasaj^d? Britannicus avoit péri de cette manière ! 11 étoit difficile de se procurer des complices ; enfin l'affranchi Anicetus lui promit son ministère : il étoit le

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cheî de la floue de Misène , le précepteur de Néron, odieux à Agrippine qu'il abborroit.

)) La circonstance étoît favorable : le Prince passoit à Baies les jours de féie ; il y attire sa mère, atTeotant de répéter qu'il faut supporter les emportemens de ses parens. A la nouvelle de son approche, il se rend au de-*vant d'elle sur le rivage ;. il la prend par la ni£^in , l'embrasse et la conduit à Bauli; un bâtiment plus orné se distinguoit au milieu des autres , comme pour honorer sa mère , qui «voit coutume d'aller en trirème et de se servir de rameurs. Afin qu'on put atteindre la nuit qui devoit voiler le crime , Ne'ron inviter Agrippine à se rendre à un* festin, et par sa réception amicale et ses caresses^ il dissipe toutes ^es craintes; il l'a conduit a une place an-dessus ^ de la sienne : }a , par de longs entretiens, tantôt dictés par la familiarité d'un jeune homme , tantôt sérieux, il prolonge le repas ; il'la suit jorsqu'elle se relire y il la regardoil sans cesse; il se couchoit sur son dein , soit pour porter au plus haut point la dissimulation , soit que }a dernière vue de sa mère, près de mourir, reiînt encore cet homme féroce.

» Une nuit Heelairëe de la lumière des étoil0s, imfe mer paisible^ setnbloient annoncer la

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volonté des Dieux, dé dévoiler le crime de Ne'ron.

)) Le vaisseau n'étoit pas fort éloigné du rivage : deu^ desaffidés d'Agrif^ioei l'accompagDoieot; Creperejos Gallus, étoii à peu de distance du gouvernail; Aceronia, aux pieds de sa maîtresse, chercboit à l'égayer eolui parlant de son retour à la fa^ur et de la repentance de son fiis. A un signal donne', la partie supérieure du bâtiment couverte de beaucoup de plomb , s'écroule ; Crêpe re jus en est accablé ; Agrippine et Aceronia sont protégées par les soutiens du toit, qui par hasard, se trouvent trop forts pour céder au fardeau ; la dislocation dti bâtiment ne s'opéroit point dans le trouble général, parce que le plus grand nombre des matelots, ignorant le complot, portoieni obstacle à œux qui en étoient instruits ; on ordonne aux rameurs d'incliner la galère d'un côté et de la submerger , mais le mouvement n'est point assez prompt, et plusieurs faisant des efforts dans le sens contraire, rendent la chuté plus douce. Aceronia, égarée, qui s'écrie qu'elle est Agrippine , qu'on ^e hâte de secourir la mère du prince, est tuée à coups de raines et de perches ; Agrippine , qui reste daqs„ le silence et qui n'est pas reconnue , re-

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çoît une blessure à Tëpaule; cependant ^ eh se soutenant quelque temps sur les eaux et secourue par de petits bateaux de pécheurs, elle est transportée dans sa villa sur les bords du

lac Lucrain.

)) Là , Agrippîne, réfléchissant aux honneurs qui l'avoient attirée sur ces rivages trompeurs, â ce naufrage , qui n'étoit point dû aux vents et aux rochers ^« et qui paroissoit préparé d'avance , à la mort d'Aceronia et à sa propre blessure , comprit que le seul remède à tant de per&die , étoit d'en ignorer la cause ; elle envoie Agerinus à son fils^, lui annoncer que la bonté des Dieux et la fortune Font préservée de ce terrible accident; qu'elle le supplie de surmonter l'efiroi que le danger qu'elle avoit couru alloit lui causer y de ne pbint venir la voir encore, qu'elle n'a besoin que de repos*

» Cependant on annonce à Néron ,que sa mère a échappé et n'a reçu qu'une légère bleasure; alors,, pâle de frayeur, il s'écrie qu'elle, va tout mettre en oeuvre pour se venger, soit en armant ses domestiques et rassemblant des soldats, soit en se rendant auprès du aénat et du peuple pour leur faire le tableau de son naufrage, de sa blessure, du nieuftre de ses amis : quels moyens lui resteni-ils contre elle?

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Burrhns et Sénèque peuvent s^uls lui en suggérer fi ils sont itoandés auprès de lui. Connoissoient*»iIs le complot ? on l'ignore. Ils resient , Ttin et l'autre j plongés dans un long silence : eraignoient-ils l'inutilité de leurs remontrances,, ou pensoieut'ils que les choses en étoient venues au point que la vie d'Agrippine entraînât la mon de Néron? Enfin Sénèque, le premier, regarde Burrhqs, comme pour lui dexnapdet s'il fallœt commander aux soldats le meurtre d'Agrippine : celui-ci répond q«© le* troupes prétoriennes sont trop attachées à la jEamille des Césars, et ont conservé un sou^ venir trop vif. de Germaniciis , pour rien cni^-eprendre de criminel contre sa fille ; qu'Anicetus , dit-il , exécute ce à quoi il s'est engagé. Anicetus, sans balancer, demande la sorpme promise pour ce crime : » Néron s'écrie que dans ce jour il reçoit l'Empire de sa main, qu'il se hâte et se fasse "suivre de' ses affidés. Apprenant^ qu'Agerinus se rend auprès de lui par ordre d'Agrippine, il imagine un nouveau forfait-: tandis qu'Agerinus s'acquitte de sa commission, il lance à ses picd^ Une épée; alors, comme l'ayant saisi en 'fla-^ gfanl délit , il le fait charger de fers- afin qu6 l'on crût que sa mère avoil comploté sa per^ie,

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et que la honte de se voir découverte, Favoli portée à se donner la mort.

)) Cependant , le bruit du peVit auquel Agrippine vient d'échapper se répand sur le rivage; les uns escaladent les digues, d'autres montent eut les bateaux qui sont à leur portée ; plusieurs entrent dalis l'eau : le rivage retentit de plaintes , de voeux ^ des cri§ de ceux qui interrogent et répondent tour-à*tour ; une immense multitude arrive avec des flambeaux, et comme on apprend qu'Agrippine est sauvée, le peuple s'approche pour la féliciter , il est repoussé par les menaces des batarllons armés.

y> Adicétus entoure la villa de soldats ; il enfonce la porte , arrête les domestiques qu'il rencontre, et parvient à l'entrée de la chambre où couchoit Agrippine ; un petit nombre d'affidés y étoit resté , la frayeur avoît dissipé les autres: unefoible lumière échtiroit la chambre, et une seule des femmes de l'impératrice étoit avec elle. Agrippine, de plus en plus inquiète, ne voyoit venir personne de la part de son fils, pas même Agerinus. Le rivage a changé d'aspect , il est devenu désert ; on y entend des cris précipilés , tout y présage le crime. Et toi aussi tu m'abandonnes, dit Agrip^iine à sa eompagne qui Ja quittolt ! Voyant entrer Ani^

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cetus , accompagné du Trîarque Hcrcnleo el d'Oiarito y ceniurion de la flotte : SI tu viens pour me voir , annonce que je suis rétablie ; si c'est pour commettre un crime , je ne pui^ le croire ordonné par mon fils ; il n'a pas commandé un parricide ; les meurtriers entourent son lit; je Triarque , le premier, la frappe à la tête d'un bâton ; Agrippine présente ellemême son sein au fer du centurion , plusieurs coups terminent sa vie.

)) Le corps de la princesse fut brûlé , cette même nuit, sur un lit qui servoit aux festins; ses funérailles se firent en silence et sans éclat; et pendant tout le règne de Néron , aucune clôture ne renferma les lieux qui contenoient ses cendres ; ensuite ses domestiques lui éle-vèrent un petit tombeau à côté du chemin de Misène et de la maison de campagne du dictateur César. L'affranchi Mnester, après avoir mis le feu au bûcher , se perça de son épée , soit par crainte y soit par attachement pour sa mâttresse. Le genre de mort d'Agrippine lui avoit été prédit plusieurs années auparavant par de^ Chaldéens qu'elle consultoit sur le sort de Néron ; ils lui dirent qu'il se pourroit qu'il régnât et qu'il tuât sa mère : « Qu'il la tue, » avoit-elle répondu , <c pourvu ciu'il règne. »

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y> Cepeodant César , après avoir accompli son crioie y en sentir l'énormlté; il passe le reste de la nuit, tantôt plongé dan%le silence, tantôt agité par des terreurs; hors de lui, il attendoit le jour comme devant lui apporter la mort; les flatteries des tribuns et des centurions, qui, sur l'insligation de Burrhus , viennent le féliciter de ce qu'il a échappé aux tentatives criminelles de sa mère, lui rendent Fespérance; . ses amis se répandent dans les temples ; jes villes voisines de la Campaniç témoignent leur joie par des sacrifices et des ambassades ; Penipereur , feignant la tristesse , semble détester cette vie qu'il a conservée ; il pleure la mort dé sa mère , et , pour se dérober à l'aspect importun de ces lieux , il se rend à Naples : où dit, qu'on entendit sur les collines de Baies le bruit d'une trompette et des gémissemens qui sortoient de la tombe d'Agrippine. »' Tacit.

Anna). , Lib. XIY.

Quels tableaux ! Cette nacelle qui s'avance sur une mer paisible, sous un ciel pur, qui proclament le crime de Néron ; la terreur d'un fils qui redoute la vengeance d'une mère échappée à ses coups; Burrhus et Séueqqe , assez avilis pour qu'on réclame leurs avis ; Agrippine , retirée au fond de son palais, se dé-

s58 VOYAGE EN ITAIilE

rcjbe $inx acclamations; le silence funeste qui suc* cède sur le rivage aux clameurs du peuple ; la dernière compagne de PimpeYatrice qui l'a* bandonne; et, lorsque lemetirlr^ est commis^ le prince , effrayé de son horrible sUccès , at« tend avec terreur la lumière du jour qui doit éclairer son forfait I

Quittons ces lieux , the'âtre de tant de dé^i sordres et souillés d*un des plus grands crimes dqntle monde ait été le témoin. Celte contrée^ <pe Cicérop, César, Auguste habitèrent,, que toiis les grands de Rome décorèrent , ne pré-f sente plus que des ruines et de chétives ha^ bitations ; ces villa si brillantes ont disparu ; les forets qpi paroient les coteaux ont été abattues : Pou^a^oles , connue par son immense commerce avec le Levant , n'est aujourd'hui qju'upe misérable bourgade ; la colline de Misène , couverte autrefois.de palais qui s'éle-* voient en amphithéâtre , est inhabitée ; la mer a envahi les constructions qui la repoussoient ; une population pauvre et mal-saine vit dans ces lieux, ,que les exhalaisons des eaux stagnantes rendent dangereux y le mauvais air , le temps, les ravages des Sarrasins ont tout détruit. C'est sur le rivage opposé que l'on doit chercher le mouvement exilé des côtes, de Baies > autrefois si brillantes.

DANS li^ANNÉE l8l5. S^Sg

La riv« qui s'ëtenil de Naples sur les bases du Yésttve, quoique menacée par ce volcan, esC coiuverie des. maisons de Fortici , de Résina , deTorre del Greco ,*<le,lorrB deW Annunziata^ d'un grand nombre dé ^rdins et de bâtimens.

La grande route passe dans le palais même de Portici ; la caur de l'babi talion des rois est sans cesse «ti^versée! par les légères calèches du payé, les pêchet^rs et les paysans des environs^ qui , sous les yeùs du prince ^ viennent se mêler parmi les troupes qàî le gardent et les brillans équipages de sa cour; A quelque di^^ tance , le palais de la Favorite' s'élève entre les flots et les masses dre lav6 qui couvrent les flancsdu Ye'suve. De eette maison de plaisance destinée aux fêtes, distribuëe et meublée avec beaucoup <le goût, ok voit d'un côte la vaste mer, qui, souvent oraf^euse , vient assaillir les Jardins du. palais ; de Fantre^ ces* toiTcns noirâtres qui ont porté la stérilité sur un espai^e immense , couronnés par la fumée qui s'élève du haut du volcan.

Pour monier le Vésuve, on quitte la grande route à Résina : après avoir traversé des terrains cultivés et plantés - de - vignes , oiv atteint les lieux couverts par les éruptiof/s ; la maison de l'ejmite est placée aux deux tiers de la hau^

24o TOYAGE EN ITALIE

leur de la moDtagne^ sur les limites de ce théâire de désolation ; d'nn coté , on voit ces masses de laves qui ont la lorme des flots agités de la mer; dé Tantre , des pentes ornées d'ar- " bustes et de ^gazon que lé volcan a épargnées ; de beaux tilleuls ombragent cette demeure solitaire , qui a été le témoin de tant de bou* leversemens ; mais une colonne* de fumée poussée par le vent , avoit ^ Ioréq«e nous y arrivâmes, flétri le femllage naissant de ces arbres, et détruit les productions du printemps. On gravit ensuite une pente, très-roide, couverte de cendres mouvantes. Lorsque nous atteignîmes le sommet du Vésuve , aucun accident' n'annonçoit une prochaine éruption : quel spectacle cependant qtie celui d'un volcan , même dans un état de repos ! Le cratère du côté opposé à celui où nous étions placés , étoit dominé par de sombres rochers à pic ; è Fentour on ne voyoit aucune trace de végétation ; de ce sol noir , semé de scories rougeàtres et de soufre, sortoit à nos pieds une ionnense colonne de fumée légèrement rosée qui s'élevoit avec majesté et ressembloit aux ondes d'un torrent qui fie précipite en poussière ; un feu vif paroissoit de temps en* temps à l'ouverture du cra'^ tère , et lançoit quelques débris j uû bruit sou-

DANS l'aNNÉ£ i8i5. 24i

terraîa et périodique aanoocoit l'élévaiion de la flanime qui coloroit la base de la coloone : il y avoit quelque chose de solcuoel dans celle .explosion régulière , seul bruit qu'on eiiteadit en ces lieux ; dans la lenteur avec laquelle lai niasse épaisse de la fumée s'élevoit ; dans cecie puissance myste'rieuse et infaiîgable y qui y depuis des siècles , renouveloil ces feux* Nous contemplions en silence ce speclacle , tandis que nos guides saluoient de leurs cri^ la clivioilé «nalfaisanie cachée dans le sein de la montagne. >,

Nous : descendîmes dans le cratère par une penle peu rapide , et nous nous approchâmes du foy er ^ eu recueillant les soufres et les pierres calcinées qui couvroîent les environs ; lout-àcoup une 4lélonalion plus forte que les pré-^ cédenies se fait entendre, des scories enCUmniées sont lancées et tombent à côlé de nous ; nous remontons précipitamment , ne doutant pas qu'une éruption n'allât commencer. Nous nous étions effrayés sans sujet ; le volcan continuoit ses opérations lenies et mesurées ; il sembloit qu'il méprisât de couvrir de ses feux les êtres foi^les qui s^i^toient autour de lui. ' On voit à Résine une partie des .ruines de la ville d'Herculanum , engloutie p^r une ^rupr

343 VOYAGE EN ITAIilE-

tion da Vésuve , la première année da règne de Titus , et la 79-"'^ de l'ère chrétienne. On avoit découveri un théâtre , plusieurs temples et un grand norûbre d'objets curieux; des vasesdestinés au culte des dieux , des meubles do^ mestiques , des ornèmens de femmes ^ et même / des pois et des fèves qui avoient résista' au feu.' L'amphitiieâtre pouvoit contenir dix mille per-sonnes; les édifices et la beauté des morceaux de sculpture attestent l'état florissant de cette ville : l'intérieur de [4usieurs maisons étoît orné de fresques qui représentent des traits de la: fable et de l'histoire j les figures principales' sont entourées d'ornemens , de fleurs, d'oi-* seaux y de poissons et d'arabesques. Ces pein-* tures sont en général médiocres pour le dessia e( le coloris ; les chairs en sont d'un rouge désagréable : le temps et les cendres ont pu en altérer la couleur. Ces morceaux, ainsi que les ustensiles et les objets d'art , avoient été réunis par la cour de Naples dans le muséum de Portici ; nous n'en vîmes qu'une partie, le reste avoit été Ifansporté en Sicile au départ de Ferdinand. Les peintures ont été gravées et décrites ; on distingue la marchande d'amours , ; le repas antique , des scènes comiques , des concerts , de!» sacrifices , un grand '> nombre

d^arabesques et de cotnpositioQS bizarres et faotastiques.

Les morceaux de sculpture trouvés à Herculanucu aaooncent que l'art du statuaire y étoit plus avancé que celui du peintre ; on re* marque les deux statues équestres des Balbus , qui, avec quelques incorrections,' offrent de ^grandes beautés ; un Mercure en bronze, un Silène- ivre, étendu sur une outre; une Victoire, un Faune endormi , elc.

Le roi Charles III , possesseur de monumens si précieux , désira les faire expliquer par do sa vans mémoii^es; il fit venir de Rotne le prélat Bajardi , qui à peine arrivé obtint un traitement de cinq mille ducats et une immense quantité dc^livres. Fendant le cours de cinq années, le prélat publia -un ouvrage d« cinq gros volumes io'4/ , sous le titre d'Introduction aux antiquités d^Herculanum , dans lequel s'appujant sur l'étymologie et sur l'autorité de quelques auteurs anciens, pour établir qu'Hercule avoit été le fondateur de qelte ville , il commença à parler de l'enfance de son héros avec tant de détails , qu'à la fin du 5.^"* volume , il étoit à peine parvenu à la vingt-quatrième année d^ sa vie; le roi, effrayé de ce commencement d'introduction, fit dire à l'auteur qu'il devoît

s'occuper d'Herculadum , et non d'Hercule :

Bajardi , voulant alors se corriger de sa trop grande prolixité , se contenta de faire un catalogue des édifices, des statues , peintures et bas-reliefs, sans y ajouter la moindre explication; le roi, ennuyé d^un homme qui se jetoit dans les extrêmes les plus opposés , se détermina à former une académie des savans les plus disiingue's de son royaume , qu'il chargea de décrire ces monumens.

Après avoir tiré les objets précieux des ruines , il a fallu renoncer aux fouilles , et combler même les galeries, de peur d'ébranler le sol sur lequel étoient placées les maisons de Résina. On ne voit plus aujourd'hui que l'amphithéâtre , qui est resté déblayé : on saisit difficilement le plan de sa structure , en le parcourant à la lueur des flambeaux ; on distingue avec peine les murs antiques , des masses de laves qui s'éioient incrustées dans les places vides de l'édifice, et dont il a fallude grands travaux pour les dégager.

l?our obtenir une idée plus complote de Paspect d'une villfe antique , il faut aller à Pbmpeia, située sur une petite colline qui do- Tùiùe la grande route , à un' mille de la ville délia Torre dell'Ahnuziata: ses ruines, trouvées

DANS l'année i8i5. a45

à quelques pieds dnsol, sont à découvert; on a dégagé des cendres qui s'étoient cliangecfs en terre fertile, deux théâtres ^ plusieurs temples, des rues entières , des places publiques , une partie des murs qui entouroient la ville, le logement des soldats, le quartier des tombeaux, une maison de campagne. Chaque jour les travaux font faire des découvertes : on achève de déblpyer un vaste ampliiihéâtre orné de peintures. C'est probablement dans cet amphithéâtre , fort intéressant par sa grandeur et la beauté de sa forme , que se passa la scène sanghmte dont parle Tacite, Chap. XVII, Annal., Liv.XIV.

(( Dans le même tenips , il y eut pour une légère contestation, un horrible massacre entre les habitans de Nocérie et ceux de Pompeia ; c'étoit à un spectacle de gladiateurs que donnpit Livineius Regulus; la querellie ayoit commence par ces plaisanteries que les habitans des petites villes ne manquent jamais de se faire les uns aux autres ; ils en vinrent ensuite aux injures et aux coups, ils finirent par prendre les armes : les habitans de Pompeia , chez qui se donnoit la fête , eurent l'avantage , et l'on rapporta à Rome beaiicoup de Nocériens mutilés: la plupart avoiènt à pleurer la mort d'un père on

Il ^

246 TOYAGB EN ITALIE

d un fils. Cette alTaîre , renyoye'e par le prince ^u Sénat , et par le Sénat aux consuls, éloît re- ' venue au Sénat de nouveau ; on interdit pour dix ans de pareilles fêtes aux Pompéiens, et î'on romfût toutes les associations illégales qu'ils avolent forme'es. »

Est-il cftonnant qu^on vît sVIever de sem-blables querelles dans les combats de gladiateurs? Ceux qui venoient pour leur plaisir voir répandre le sang des hommes , ne devoientîls pas être bien près de le faire couler euxmêmes ?

Ce fut vingt ans après que la destruction de Porapeia eut lieu.

On ne peut se défendre d%in sentîfment de tristesse en voyant cette ville , qui , protégde par les cendres contre les injures du temps, a encore , malgré son antiquité, un air de jeunesse: le même fléau qui la fit disparoître en a conservé les restes jusqu'à nos jours. Sans ce terrible événement , probablement il n'en existeroit plus de vestiges , et son nom seroit oublié comme celui dé tant d'autres villes aussi peu importantes. On y volrdes traces qui semblent récentes, d'une population qui a disparu depuis des siècles; les bâtimens ne sont pas conservés en entier^ ils oût souffert de l'éruption et des tra-

BAKS Ii'ANN:ÉB l8l5. SL^fJ

Taux des mioeurs , mais ils n'ont ifi^ôint l'aspect de) ruines; le&ornêmens qui les. décorent ont encore de la fraichenr ; les pierres qui pavent les rueS'ftOQt sifloBnées parités traces des roues; cependant , on n'enteod:pluQ le bruit des chars et dos chevaux qui semblent y avoir passé il y a peu d'instans. Pourquoi ne voit-on auGunhabîtant paroitre 1 la porte des boutiques et des maisons? On distingue sur les banques Pemprein^e des jase^ qui y avouent été posés. Yoilà les lits qui servoient aux festins, voilà les cuves de marbre entourées de colonnes , destinées^ aux bpiiis ; les murs sont décorés de peintures; desdanseuses, desanM>urs. Ccs^ruinesy qui sont *pour nous les monumens d'une grande calamité, pdrtent les traces des féteset du plai^r; les noms des soldats sont écrits sur les murailles de leur logement, les fontaines sont en* core debout dans les places solitaire^ , mais elles ne coulent plus» Si pn n'avoit pas dépouillé ces lieux des meubles qui y ont e'té trouvés , les ornemens dûs femmes seroient encore placés dans les appartemens qu'elles occupoienV; on verroit daosles temples les statues des dieux et les dons que le peuple déposait à leui's pieds. Des souvenirs si frappans inspirent de profondes réflexions ; on pense sans

S48 ^TOYAGB KK ITALIB

cesse àiPaffreUse catastrophe qui détruisit une ville entière , él qui otaJa vie à taot d^iinivvidns«'Qa'i}s sont peit de chose , cepefadaDt , les jours dont le vole&ob les a prives , dans rîmlueusité des temps qôî nous sépareni d'eux!

Quelques années plôs tard , ils dévoient tous finir leur carrière.

t.Les travaux des ouvriers et les coorses des voj:igeurs, donnent seuls quelque activité à cette ville ; une population moderne parcotKt •ces rues qui furent élevées avant }e r^ne d'Auguste ; des bœufs , couchés sous un portique , ruminent pendant Theure du repps qui leur est accordé ; <les mano»ivres prennent leur repas daoSoUn carrefour; des curieux , (^

. lîgés par un guide '^ se promènent Jentement dans les rues;x un peintre^ assis sur le^ noarbrps

-qui formoient tes sièges d'un théâtre , dessine tin morceau antique , çt les vétérans auxt|uels Ja garde de .Pompeia est confiée , sont en faction dans le quafltier habité aiitrefois par les léniotts Ronraînes..

La rue des, lombe^aux est une des parties de la ville qtn ont le moins souffert : ces monumens réunis forment comme un taubourg ; on lit sur ces marbres des ii^mptions ; on y voit àQ% bas^ reliefs délicatenient exécutés* h l'entrée de

BAKS li^ANNÉE i8i5. aig

la ville, sont placés de grands bancs de pierre de forme circulaire ; c'est Jà que s'asseîoient les étrangers qui attendoient qu'on leur offrît l'hospitaliié : des arbres leur fournissoient de rom-

iiragé, une source jaillissoit sans doute à peu 4e distance. Transpo|'t6n&-nous dans les temps

, passés, animoias ces lieux par le tableau des mœurs^ncieone^; représentons-nous les jeunes filles de la ville , qui viennent, le soir, puiser de Teau ; et qui approchent leur cruche des lèvres altéiëes du voyageur; suivons un convoi funèbre qi|i va. placer les cendres d'un des hîibitans Asms la tombe de sa famille , tandis que des parens ,, penchés sur ces marbres , répandent des larmes.

On est étonne de la petitesse des maisoips

. de Pompeia, quand on les, compare à la grandeur et au nombre des bâtimens publics. Combien une petite ville de nos jours , dont les logemens des particuliers sont vastes et commodes, paroîl;rpit, à côté de Pompeia , pauvre en édifices de cei genre, et que ses temples, ses théatries , si elle en possède , sembleroient mesquins,. ! Ce rapprochement i*etrace seul la différence des mœurs anciennes et des mœurs modernes : oip voit combien l'esprit public avoit plus de force chez les anciens.

35o VOYAGÉ l&K ITA"liIE

Le dernier jour qtfi se leva pcmr les infortunes habîtans de Pompeia , ils ëtoîdnt , k ce que Ton croit, rassemble'sf an thëàlre : les e'rup*tions du Vésuve n'étoient point connues; s'il y en nvoU eu avant celte e'poque, c'eloît si^nciennement, qu'on en avoit perdu ta tradition; les boutiques etoientôuverfeè, les rues bruyantes et animées; tout àcoupéclatentl^ôs phénomènes dont PJine parle daafis sa lettre a Tacite; la terre est ébranlée de fortes secousses, la mer s'agite, les flots s'amoncèlent , èe replient stir euxmêmes et laissent lé rivage à sec; Fe'pouvante et le tumulte régnent dans Tamplrithéâtre ; un nuage d'une grandeur extraordinaire s'élève du Vésuve , se dirige sur la ville et y répand dès cendrés et des pierres. L'enceinte dès -jeux est abandonnée ; on assiège les temples , on in- ' voque les dieux , on embrasse les autels ; mais les entrailles des Victimes ne présentent que des signés effrayant, et l'encens, repoussé par une atmosphère pesante , retombé sur la terre : les dieux , s'écriet^on , veulent fa ruine de cet univers ; où fuir? oii se dérober à ceà vapeurs suiToquantes , h cet liir embrasé , à ces torrehs de cendres et de matières calcinées qui augmentent sans cesse? La lumière du soleil est voilée; on se |)réssé, on s'égare; des cris de

DANS li'A^KÉE l8l5. 25l

désespoir se font entendre de tons côle's , des mères cherchent I^urs enfans perdus dans la foule , dés enfans demandent en vain leurs pa* rens ; lès flammes qui sortent du volcan e'clai^ rént seules cette scène de de'solation.

Un habitant a voulu sauver ses effets les plus précieux; il va quitter sa deqieure , mais des ' amas de cendres ont fef me sa porte ; il est trop tard , il ne trouve plus d'issue : des femmes imprudentes se réfugient dans un souterrain, les exhalaisons , une température brûlante les a^ccablent , Pair leur manque j elles se pressent les unes contre les autres, et succombent : des prisonïiiers sont publiés dans les cachots ; on n'entend ni le bruit de leurs fers qu'ils agitent, ni leurs affreux gemissemens. Ceux qui quitté* reht la ville trouvèrent -ils leur salut dans les campagnes désolées par cette pluie de cendres qui parvint jusqu'à Rome , et qui, sur la côte opposée , donna aux habîtans de Misène deâ inquiétudes pour leur vie ? Le lendemain , le soleil ne se leva point pour celte malheureuse cohtre'e, et lorsqu'il parut, quel spectacle viotîl e'clairer? Pompeia n'exîsloii plus. Cependant, tandis que chacun s'éloignoit de cette rive infortunée, ÇJine rbncien , chef de la flotte de Misène , traverse une mer orageuse et se rend

fi5ii VOYAGE EN ITALIE

à Siabbia^ sur le lieu mçoie du danger; il cherche à inspirer le calme à une multitude effraye'e , et paroît tranquille et serein au roîlie\i des cris et du tumulte; mais Féruplion augmente sans cesse ^ la mer n'est plus abordable ; il périt victime de son intre'pidiië. Les «habitansd'Herculanum^ plus heureux que ceux de'Pompeia, ne fiuent point ensevelis sou^ les cendres , ils purent quitter leurs demeures à rapproche des flots de laves qui se dirigèoient sur la villje.

Plus de seize siècles se sont écoulés depuis la destruction de Pompeia.et d'Herculanutn jusqu'au moment où on a découvert leurs ruines; on savoitque ces villes avoient <yisté,, mais les antiquaires n'étoient pas d'accord sur le lieu qu'elles occupoient : des habitations , deux villes, un palais s'éle voient au-dessus d'Herculanuni ; des champs, des chaumières couvroient Pompeia, et les habitans, ignorant les révolutions du sol qu'ils habitoient, fouloient aux pieds , sans le savoir , les monumens du luxe des Romains : c'est ainsi que les scènes de la vie changent. Des fouiljes faites par l'ordre du duc d'Elbœuf , en lyiS, firent connoître la situation d'Herculanum ; Pompeia fut de'couverte quelques années plus tard : des peupliers entre-

i>ANs l'année ï8i5. a55

laces de guirlandes de vigne , des pins , des avbres fruitiers croissenl^ encore sur les parties de Pornpeîa qui ne sont pas de'blayées ; peu-àpeu les carreaux de lupins, de blé de Turquie ^ les prairies émaillëes de fleurs, s'écroulent sous les efforts des fossoyeurs, les arbres tombent, la pompe champêtre de ces lieux s'évanouit; ce théâtre des jeux , des danses, des paisibles travaux des habitans disparoît pouf céder la place à une ville vieille de dix-huit siècles; le paysan qui cultive son champ pour la dernière fois, la jeune fille qui en transporte lés fruits, voient à lènrs pieds des débris antiques, des chapiteaui^ y . des colonnes reparoitre à la lumière; on déblaie tide habitation, on retrouve les murs de la ville, on découvre l'amphithéâtre ; les tiges des plantes rampantes qui manquent d'appui se déroulent le long des excavations, et viennent couvrir de leur feuillage et de leurs fleurs la sommité d'un édifice ou d'i^n tombeau.

"^ Si l'on veut voir des thonumens plus anciens encore , il faut aller à Pestûm , situé â une journée et demie de Naples : la route suit les bords de la' mer jusqu'à "forre dell' Annuîiata ; elle s'avance ensuite dans un pays d'une étonnante fertilité ; elle traverse les villes de Nocera et de la Cava. Daûs un village, n^us voyons une

a64 VOYAGE EN ITALIE

foire établie; un marchand a placé dans une ^ange sa cargaison de tambours de basques y un des habitans saisit un de ces instrumens et, en joue , le bal se forme , et les marchés se concluent au bruit des grelots et des cris des danseurs.

rïous dînons h Salerne^ nous arrivons le soir à Eboli ; cette peiite ville de la province citérieure est dans une charmante situation ; une avenue de grands arbres place's irrégulièrement conduit à l'antique porte de la ville, à côté de laquelle coule une belle foht^ine. On entendoit les chants des rossignols retirés sous les oliviers et les orangers j une vieille chapelle isolée s'elevoit sur le chemin , une chouette réfugiée dans l'intérieur poussoit des cris aigus et <noootones, qui devinrent plus perçans dans le, silence de la nuit ; upe petite lampe qui brùloit devant une madone peinte sur le mur de la^ chapelle, éclairoit la grande route*

En sortant d'Ëboli , on atteint des plaines incuhes ; les habitans voyagent à cheval , arméî^ de fusils. Notre voiture étant arrêtée au passage d'une rivière que Ton traverse sur un bac ^ nous nous avançons à pied. Après une heure de marche , nous apercevons les colonnes des temples de Pestum , qui s'élèvent dan^) un pay^ désert^ au milieu des ronces.

BANSt l'année i8i5. a55

Une partie des nionumeus antiques que Toa.

adœire en Italie sont entourés de constructions récentes, et semblent déplacés dan^ le^rues d'une ville moderne ; les temples de Pestum , diins un pays inhabité , à vingt lieues de la capitale , sur le6 bords de la mer y visités feulement par quelques voj^ageurs, conservent toute; la majesté que le temps et la beauté de leurs^ constructions leur ont imprimée. -

On voit d'abord les ruines de l'ancienne muraille de Pestuip y de deux milles et demi de tour : au milieu de cette enceinte, sont placés les trois temples, à peu de distance les uns des autres^; le premier est le moins grand, le second est le plus beau et le mieux conservé ; les colonnes qui le forment ^ comme celles des deux autres temples, sont d^ordre dorique, cannelées, sans base, fort massives dans le bas et diminuant de diamètre |eQ ^'élevant; elles sont de Travertin, d'u»e belle couleur rougeâtre ; l'intérieur du temple en contient de moindres dimensions, qui sont siirmontées d'un rang de plus .petites encore qui forment un second étage. On croit que le trpîsièmçf édifice de Pestum étoit destiné à recevoir les magistrats, qui s'y rassembloient pour s'occuper de^ affaires de l'£tat. Toute^^ les pièces de cons-

a56 VOYAGE 4N ITJkLIE

tructioD de ces monumens, taillées de manière h adhérer les unes aux autres , sont re'unies sans ciment. Ces édifices ne se font point remarquer par ]a délicatesse des ornemetis et par leur élégance, mais ils frappent par leur solidité, leur grandeur, l'harmonie qui règne dans toutes les parties qui les composent ; vus de loin , ils forment comme une forêt de colonnes; de l'intérieur, ces belles colonnes se dessinent d'un côté sur la mer , de l'autre sur les montagues dont elles encadrent leâ pentes couvertes de verdure.

Eu Italie , on voit partout des traces des Romains; on les suit dans toutes les époques de leur histoire : voici des monumens plus anciens que les empereurs et les consuls; ils nous transportent en Grèce , cette contrée si florissante lorsque le nom de Rome étoit obscur, et qui, soumise^ fut encore la maîtresse de ses vainqueurs dans les beaux- arts, la philosophie et l'éloquence.

On croit que la ville de Pestum fut fondée par une colonie de Doriens qui la nommèrent Possidonie , du nom de Neptune : les Sybarites, un des peuples de la Grande - Grèce , ayant été vaincus par les habitans de Crotone , abandonnèrent leur capitale, et se réfugièrent

BANS L^ANNÉE l8l5. 267

à Possidonie, qui, dans la suite, prit le nom de Peslnm.

Les colonies grecques dans la partie mén^ dionale de Pltalie , ^'toient parvenues à un haut degré de prospérité ; elles rivalisoient avec leurs métropoles par leurs richesses et leur magnifieence : des villes opulentes , telles que Crotone y Métaponte, Héraclée, Tarente, Sjbaris, Thurium, foroioient la grande Grèce; Pyihagore, sorti de Samos, fut le législateur de cette cQn- Irée ; il y arriva lorsque Tullus Hostilius r.égnoit à Rome , l'an 85, environ, de la fondation de cette ville.

Pythagore paroit en Italie (1), et les nations grecques se soumettent à ses lois; il leur apprend il vivre en paix avec leurs voisins, à honorer les dieux; il abolit les sacrifices sanglans; il se présente à la cour des tyrans, et les oblige à des-^ cendre du trône ; il ramène les siècles de l'âge d'or dans ces heureuses contrées : les peuples s'écrient qu'un Dieu a paru sur la terre pour les délivrer des maux qui les accablent.

' Représentons-nous Py thagore arrivant à Pestum, suivi de cette foule de disciples que sa renommée attàchoit à ses pas. Cette ville "é^oit

(i) Voyage du Jeane Aoachàrsis^ Gliap. 75.

, 25S ' VOYAGK EN ITALIE

alors remplie des exilés de Sybaris, qui y avoîent' apporté les débris de leurs richesses, et ce goût pour ]es plaisirs qui avoit été la cause de leur perle; le cœur encore aigri par l'espoir de la Vengeance , ils porioiènt leurs regards vers celte patrie qu'ils avôient perdue : combien les leçons de ce grand homme e'iôient nécessaires pour' rappeler le colnie parmi eux. Pylhagôre ensel- ^oit dans tes temples; ainsi donc ces bâiimens abandonnés Torit vu, dans leurs jours de gloire, remplir leur enceinte avec ses disciples, qui, vêtus de robes blanches, emblèmes de la pureté - de leur ame , s'y rendent au lever du jour, et font entendre des hymnes sur leur lyre. Le soir, v ils reviennent au temple , ils y oCFrent de l'encens aux dieux ; les derniers rayons du soleil dorent les montagnes boiséeis qui s'élèvent à Fest; la mer, que, Ton découvre à peu de distance , est couverte de bâtimens grecs qui portent sur les côtes d'Italie les productions de la Sicile et du Levant. Les habiians de Pestum se r^semblent pqur entendre les chants harmonieux des disciples de Pythagore ; à ces accords, succèdent lés discours du maître, qui plarle du respect dû à la divinité, de la paix qui doit régner parmi les hommes : le calme d'une belle nuit ajoute à HmpressioQ dé ses paroles,

DANS i-'année i8i5. aSg

le peuple Pëcouie en silence; des femmes couvejies de voiles de pourpre, assises sur les degrés du temple, sentent leurs cœurs s'ouvrira des sentimens d'enthousiasme et de vertu.

L'an 360 de la fondation de Rome, Pestum tomba au pouvoir des Lucaniens , qui permirent cependant aux hahitans de demeurer dans leur patrie : la nation vaincue institua une cérémonie annuelle pour pleurer la perte de son indépendance , de ses lois^. de son' antique splendeur. Lorsque les destins eurent courbé toute l'Italie sous le joug d'un seul peuple, là Lucanie devint province romaine.

Après la chute de l'empire d'Occident , dans cette période désastreuse où les Lombards et leà Grecs se disputèrent l'Italie , la ville de Pestum dut beaucoup souffrir; ses maux devinrent plus grands enbore dans le c).^ siècle , lorsque les Sarrasins, après avoir conquis l'Afrique et l'Espagne , devinrent les maîtres de la ^icil'e et d'une partie de la péninsule : ils en furent chasses au commencement du 10.^ siècle par les ducs de Naples et de Gaêie, le pape et l'empereur ; mais avant d'abandonner la ville de Pestum , ils la ravagèrent , y mirent le feii et la ruinèreut presque complètement; les habitons cherchèrent uy asile dans les montages

260 VOYAGE EN ITAIilE

voisines^ L'an 108a, Robert Guiscard,.avenglé par UD faux zèle et une piété mal entendue, détruisit ce qui avoit échappé aux barbares de cette malheureuse cité ; il fit transporter à Salerne plusieurs colonnes et d'autres objets précieux qui servirent à l'embellissement de l'église de San Matteo.

Depuis cette époque , elle est tombée daris un oubli complet ; ses ruines, qui avoient résisté à tant de révolutions , servoient d^sile aux pâtres ignorans et aux chasseurs ; ce n'est que dans l'année 1745 que le hasard les fit connoître ; elles furent visitées par des savàns et des artistes : on en a donné des descriptions exactes; elles ont été souvent gravées/

DANS l'année i8i5. 361

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