FLORENCE
LORENCE y dit madame de Staël , semble avoir été bâtie pour la guerre civile. £n effet, la masse prodigieuse des principaux palais, leurs barreaux, les Crocs de fer doot ils sont heVisses, l'élévation du premier étage , les crénaux qui les terminent, leur donnent plus l'aspect d'une forteresse que celui d'une habitation ; et l'édifice' des prisons de la ville paroit, au premier coup-^d'œil , peu diflerent des palais Strozzi et Riccardi. Celte manière de construire n'étonne point, quand on se rappelle les dissensions qui désolèrent presque continuellement celte ville» Chaque citoyen richa et niarqiiant se ménageoit dans sa maison un asile; contre l'inconstance du peuple^ et les factions opposcfes à son parti. A côté de ces palais d'un goût sévère , on voit des édifices d'une arcbifecture plus élégante, et ces ornemens dont on embellit Florence dans les courts mon^ eus de ti'anquij}ité doni elle a joui. Il est peu de villes qui soient décorées d'un
48 VOYACJE EX tl'ALIB
aussi grand combre de statues; la plade dû.
Palazzo Vecchio en contient plusieurs de maîtres célèbres , parnii lesquelles le groupe de Fenlèvement des Sabines me'rite le premiei* rang ; les sujets de ces statues sont tirés in^ difiTeVemment de l'histoire ancienne, moderne ^ sacrée, ou de la fable : Judiih, Perse'e, Her* cnle, le jeune David , Neptune et Corne I*" se trouvent placés à côté les uns des autres et forment une réunion as^ez e^Ltraordinaire.
En voyant une statue eiiposée aux regards • dir public , on s'attend à trouver un rapport entr'elle et le lieu où elle est placée ; le silence d'une église est favorable aux fijgures qui pleurent sur les tombeaux, et les4dées religieuses nous conduisent à celle de la mort ; la statue d'un prince bienfaisant reçoit encore , dans la ville qu'il rendit heureuse, les bénédictions quç le peuple accorde à sa mémoire ; le prélat, que ses vertus mirent au rang des saints ,^ semble protéger son diocèse et faire parvenir au ciel les prières des hommes. Mais quand je vois dans un carrefour le, centaure Dessus terrasse par Hercule, quelque parfait q^e^oit ce groupe^ mes idées sont si elbignëes ue oe trait de . la fable, tout ce qui renioure y a &i peu de rap* port , que je re'fkfchis long-temps avantde pou-
I)AKS I.^ANK1È£ l8l5. 49
Voir mêltre de l'iqtérét à la lutte de c^s^ deui^ rivaux, qui, ou ne sait «pourquoi, Tiennent rendre le peuple de Florence témoin de Uur combat*
Les dieui^ de TOly tnpe , si intéressans pour Tantiquiie', sont aujourd'hui dépouilles du prestige qui les enlouroit, et nç font plus naître ]fi$ mêmes émotions. Les artistes modernes , ^x/l multipliant les images de ces divinités 4écbaet depuis si lopgtemps, ne semblent pas se douter que le peuple au regard duquel ils les expO'* sent, n'est plus celui qui venoit ch'ercl^er à leurs pieds la paix > la sauté , le bonheur. Une statue de Venus excite notre admiration par des formes au-dessus de la beauté humaine ; mais la jeune fille atteinte d^un feu qui la con^sume, ne vient point implorer en secret, cette déesse, et l'entourer chaque jour de guirl^des* En vcîin Neptune placé spr- tine foptaine fajtt jaillir FeiiUide sof) ti:ident,Jp nayigutfj^r, avfint d'aiTroi^t^r les prages, ne répand pas pour lui le sang des victimes j l'artiste lui-même, qui ne croit plus son ci|sçau dirige par une main divine , pourra-^-t^l j&nxa^s atteindre la perfec-* tion des =chefs-d'ceuvre de la Qrèçe ? ,
Les églises de Florence oflrei^ presque toutes des modèles d'une belle architecture , des mo-*
5o VOYAGE EN ITALIE
numens précieux , ou elles rappellent des souvenirs historiques. •
C*est au pied de l'auiel de la- cathédrale appelée autrefois l'église de la Reparata , aujourd'hui Santa Maria delfiore, qrte fut masl^cre Julien ^e Mêdicis : la famille des Tazzi , mhe et ancienne, voyoit avec douleur Laurent et Julien obtenir la toute * puissance ; elle rë*sôltrt de se défaire de ces dangei-eux rivaux. Le pafpe Sixte IV prole'geoit secrètement leur complot; l'archevêque de Pise e'ioit au nombre des conjures; on se servit d'une cérémonie religieuse pour attirer les victimes dans le piège qu'on leur préparoit.
Le d6 avril 1478, le jeune cardinal Riario^ neveu de Sixte, décoré du titre de légat apostolique , entraîne les Médicis à l'église ; les conspirateurs les entourent; Poffide commence , le prêtre e'icve rhostic, le peuple se prosterne; à l'instant Julien tombe sous les cbxips de François Pazzi ;' Laurent échappe aux' mains tremblantes de deux prêtres qui dévoient lui donner ia mort ; ses amis et ses domestiques se rassemblent autour de lui , lui font un rempart de leurs corps , et l'enferment dans la sacristie hors de la portée des assassins.
Le désordre et la terreur régnoient dans le
DANS ï-'ankée l8l5. 5l
temple^ le peuple*/ croyam q«e lés veûtes dé. Pedifiije i^V^oploierK , a voit (ni ép0n\^tité) son! auaehefaieat poifr les M^diois' lia '^ramène avecJ &r«cir «q^ire les cooicitrës ; le 'cardinal éperdu cpurt embrasser l^auiel , et la saihteï^ d'un aûle q«'il avoit eici le p^ernter à profaner y pteut \
à peiné le sativer. Uarohev^êquèf dè'Pise et» le* Pazzi expiem par la mort leur criminelle entre^ prise; leurs cadavres sont expo^Và tous tés outrages de la popubee. ; . » ,
L'assassinat de JuKen^ commis 4ari^ unci église, au moment le plus auguste du service religièut)'avër^> jttgecémii^ie ifl<mériioit de Fëtire ; on sei:d homme a ^berché- à \efîer de Hiot^h^l sur les conspirateurs. C'est • Alfieri , daûs^si^ trà** gé.clie Delfa congiiira dé Pazxi. ' ■ - *
Âlfimi, fidèle à la tÂelie qu^l s'est imposéer^ de rendre odieux tous les dépositaii*es>d<à pou« voir souverain 9 a donpé aux Paen le patrib^ • tisti>eidés rlfpul^IÎGdios dé ramiquitë, tandis qu'ils agissoient uniquement parades motili d'ambition et d^intérét ji^ersonnet : le Iflrngfige emphatique qu'il * met idâns^ la ' bô«die de: «ea^ bei*os efaëris'.^ét qu'il sembleravoir dérpbe aux coryphées dé la révolution françafl^ey^se re^ trouve dans presque tot^tes ses pièces ^ il y Vépatid une monotonie fatîgamù^ et ilserck
6l • VOYAGE ^îf.. IT4.I-IK
propre ^ ÎDspîrer;iclii .4^((09t.pour cet anobur de
1^. Jibei?t€^^ ,^i)^ j.dieniaturç i^. et qu'il sert bien
QOfly %p l'^iag^raqti ReeoQnoUtOfi dans on
pers90p8tge iaqui^i; , s0upçQnBeax y sangninak^e^î f
9p. Lanifei^ y à /(^ui.ropTQprQcbauiilgQàt lro|>
vifppur,)i^<p)sti^jirs; qui'^ voyant: FJorencp me-
P&P'?^ 5 s? lï'l^fwiji erilre* ie$ mains .de'^Ferdinan^î y
tm de N4[>JéSr):p9ijir ^«ver à sa.patirîeJes mau^
q^;^ son etiqenulcH pr0pa4x>ii , et qui, dam lea ^
jours de fête , descehdoît de son palais pour
piren4re.pa^l'.QUX «dçn^ du p^uplft daas les
plaQÇ9,pubUqu0s? . ^r ; , . S
; L^histoire n*oiFne point ;dfauli^: exemple de i
Ve^^qe dëi souveui^inéte qjae Co^e et Ê^urenA e^erOi^r^t; , à ; Ftot^ence. * Sans tiiire , par 'une convention t^c^ie et> par. rinQuence. de leurs ' ^besseij^ et de leurs taltçns, il& obiinrerit Une autorii^id^Mitils^nese servirent que poarlebien de. I^rs'4^0fl[^ajiriotes et l'âvançetnent â^ arts# ;^ :.Les tombeaux de> deux Jllédieis , qui ne * âûreml qu'à , Uur^nom d'échapper à l'oubli , 9ont:tQrnés.(i9. ataïues de la;itnatn de Michel ^nge ; une «bo^elle li'unexnagni^cence înouie , placée près déJ'^li^.ide &tiatHiia»rent , contte^nt Iqs ^çBiansoléeâ de six giând$-duc^. Les corps de Corne et de Laurent^ ces homm^d hmn plus grands que ceux de leur famille qui
DANS li^AVNJÉB. l8i6. 65
obdoreDtJç titre de pnac€i&') sbm plàoéftéous . un simple ,^arlî>re dans feglise; ma» Pépitaphâ gravé^.^ur.Ja pierre qui tcoqvre les' cendrek • de Cômé^ ,rewl l^es «Qtqem^o» sùp^rQu». ;1
Pater PATRiiB. ♦
Nous vtmesdansle mémejour à Florebce, rouvragc le plu»' adcieo et Fouvrage le pins « rccent de Tecole |||||ll^ntiiie ; la Vierge de Cîniabitf^ et la mort de Priam , de Benveouti.- Combien de grands artistes ont brillé dan^ Fespace de près de ^x sièeles .qui séparé- ces dewx peintres ! La Vierge de Cimabue est placée dansPedise de Sancia Maria novella ; son attitujie roide , son manque d'expression et de perspective annoncent une ébauche jle Tenfance de Fart ; elle est encore brillante de * teintes dorées et d'un coloris que les ànne'es n'ont point détruit : cet ouvrage du treizième siède parut aux Florentins le tihjef * d'cebtra . du génie ; il fut porté pendant trois, jours en tripmphe dans la vîMe. -
Benvenuti a voulu rendre dans son tablea'U placé an palais; Corsini/ila 'scène dééhirante par. laquelle Virgile termine la <iescri|n)ed de Femixrasejnent dp' Troie.^ ^/s> :. ^
2* 'V'sdTAi&ïî ÎÉN iTAt^B
Au miKeti da désordre de ^el afltebse nuft , ia résidence des rais rfest point ëpargtiîee ; îê feVoGé Pyrrhus; à>Ia' tête de^s^ soMâts , abat les portes qqi en d^feûdèml^^ilde; Alors oa découvre Finiérieur du p»Iaià et >6e^ longues salles que des femmes e'fJore'es rémp^sseot de gémissemeos.
Daos UÏ10 des €t>ur6 Relève un autel vq^'^n ideui[ laurier couvre^ de son fenillageç c^'est là que les restes infortunés de laffamillb de Priam se rassemblent ; ce pribc€*y paroît lui-même couvert deiSOD armure et prêt à.brciver Fenneïni : gagné par l,es prière* d'Kc'cube r il renonce à son projet et prend place et ses eotés. <c Cet autel ,Jui dit la" reine /nous protégerai tous , ou nous peVÂroos ensemble. » Cepen4ai!i%, Po1itçs> Fun des fils du roi, blessé et poursuivi par Pyrrhps , vient expirer aux pieds denses parens. A cette vue, le vieillard accable le. roeui trier de son fils d^s reproches les plus amers^ et lii i lance , d'une main ^fioiblie , un javelot qui ef*fleure, à peine \^on boudier.
C'est la scène qui suit^ue lè peintre a r^*
Pyri'hu.s foubii^t w^ pieiiUl^ porps de Polîtes, «aisit d'unejndiio la cbèv.elure blw^h^ de;Prïam; de l'autre^ il lui enfonceson épéedansle cèrps i
DANS l'ankée i8i5. 55
rinfortuD^e Hëcube, le front ceint de son fatal diadème, s'ëiance pour défendre son époux; cette foule de jeunes vierges que Virgile compare à des colombes effrayées d'un violent orage, se pressent autour de la reipe , embrassent l'autel, et élèvent en vaiq leurs mains vers le ciel ; Aslianax, qui ne voit que sa mère et qui se jette dans ses bras , contraste , par sa figure riante , avec les physionomies qui l'entourent , et qui peignent l'effroi et le désespoir.
Priant , qui a fourni aux deux grands poètes de l'antiquité' le sujet de tableaux sublimes , devoit en offrir à la peinture. IMais on voit en Italie peu de tableaux d'histoire profane ; les grands peintres chargés de décorer les églises , ont tiré leurs sujets de l'£criture*Sainie, et le$ mêmes scènes sont répétées à l'infini. Il me semble qu'en général les Italiens jugent plus par le mérite des détails que par celui de l'ensemble^. Une figure agréable, bien dessinée , d'un coloris animé , suffit pour attirer les suffrages sur la composition entière : la même indifférence pour le pidu se retrouve dans les ouvrages de liiiérature^ un vers heureux, une idée brillante, voilà ce que Voa recherche. A l'opéra , le sujet du poème u'ifitéress^ perspnne , et ceux qui Toi^t ,vu représenter vingt fois ne le connoisçent pas encore.
66 VOYAGE EN ÏTAIilE
La plus beiie des églises de Floreuce est eélle de Santa Croce ; elle n'a pas de façade , et son extérieur n'annonce {point un édifice remarquable. Cetie église renferme des tableaut des différentes époques de Pécole florentine ; le cbef-d*œuvre qui fait oublier tous les autres est è^Angelo Allori, dit le Brunzino ; on le désigne sous le nom de i limbi ^i santiPadri; il brille également par la couleur et par l'expression. Des hommes et des femmes de tout âge sortent de leurs tombeaux pour jouir du bonheur qu'ils ont mérité, et se rassemblent autour du Sauveur , qui soutient un vieillard et le rap-proche de lui. C'est une entreprise hardie , que de peindre des «cènes si fort au-deslsu& des conceptions humaines ; nous ne savons pas quelles formes les êtres revêtiront dans éeite époque solennelle , et le peintre a été obligé de s'abaisser à celles de cette vie ; mais il a su animer ces figures terrestres d'un feu divin : la pudeur brille dans 4es regards des femmes et des jeunes hommes ; la reconnoissance et l'attendrissement dans ceux des vieillards; partout on voit l'expression de l'innocence et du bpuheur ; des petits eufans enlevés au monde dans leurs premiers jours, reti*ouvent les com'» pagnons de leur âge ^ ^l les ecnbrasseot ; ik
]>AKS l'aKKÉ£ l8i5. 67
conservent dans lecir nouvelle existence là gaîetë et les grâces qui les embellissoient lorsqu'ils quittèrent la terre.
Une partie de Téglise chrétienne condamne les images dans les temples ; il est facile de saisir les motifs qui l'ont engagée à les pros* crire ; cependant , les chefs-d'œuvre de pein* tureet de sculpture f.e peuvent- ils pas ranimer le zèle religieux, en portant sur les objets de dévotion cet enthousiasme qui est la source du plaisir que causent les beaux -arts? Parmi un grand nombre de tableaux destines à produire cette impression , je citerai celui de saint François du Guerchin dans l'église de Carîgnano à Gèâes. Le saint est à genoux à l'entrée d'une caverne; devant lui sont une croix et un livre ouvert ; il a abandonné son livre dans un moment de ferveur , et il porte ses regards vers le ciel : tout ch^ez lui indic[»ie l'adoration ; au milieu des signes de contrition qm l'entourent , sous l'habit grossier qui le couvre , disnsle désert où il s'est cpndamné à vivre ; on lit sur ses traits altérés |iar une pénitence austère et par la ferveur de son zèle , le sentiment d'une }oie céleste; mais.lui ne voit' plus son ciiice, il lié pense plus aux amertumes de la vie qu'il a recherchées , U ne; vit plus sur la terre ; il est déjà 49ns le ciel.
68 yOYAQB EN ITAXIB
L'église (Je Sania Çroce est ornée de tombeaux d'hommes d'état , de savaos , de lUté-*« râleurs , d'arlisics j ou lit sur les marbres funéraires les noms de Filicaia , Machiavel , Micheli , etc. Un des plus marquans est cehû élevé à' Aliieri par la duchesse d'AIbaoi , ouvrage du célèbre Canova. Sur une tombe où sont sculptés les ailributs du poète , se penche une femme qui représente l'Italie, et dont la taille.éievee et majestueuse annonce la dignité; toute sa figure iudique Tabandon de la dou^ leur; un de ses bras repose sur le tombeau et soutient sa têle , Tautre tombe négligemment sur le. côté, et achève d'exprimer rabattement.
r Le grand Galilée a trouvé après sa mort un asile à côté des grands hommes de sa patrie^ grâce aux soins pieuit de Tun de ses disciples. Deux figures repr^entant la géométrie et l'astronomie entourent sonbustis. Loin <le paroitre abattues , leur altitude est fière ; lè^ regards de ce grand homme lui-même se portent vers le ciel; il semble vouloir e^icorje en dévoiler les seoi*ets et rappeler quç là , furent dirigés les travaux de sa vie; que. là, sont ses titres de gloire. On doit, regretter qu'une si buelle pensée n'ait pas été plus heureusement rendue.
BANS L'AHNi^fi l8l5. .59
"li^ plus beau dç ipus les tombeaux est celui (ia Micbel A^gQ ; ^ fut cooslcuit par trois de ^ps disciples , qui chacun y pbcèrenjt une des statues qui le decoreni, Far^hileciure , la peîn^ ture et la sculpture : c^s trois sœurs, dans uue nuitude.differeote , «ntourent le tombeau et pleurent le grand bomme qui leur consacra sa vîe.
La plus admirable de ces stutues est celle de la sculpture,. qiu est placée au milieu ; elle est assise 9jj pied du tombeau , le corps legèrerhebt iqcUné , la téie penchée et appuyée sur un de ses bras , dans l'attitude d'une personne livrée à Ja mélxMicolie la plus profonde ; on n'a pas^vu .d'iniage plus parfaite d'une douleur que rien ne^peut distraire ; le silence et l'immobilité du marbre rendent avec iidélitc cet état de Tame où tout ee qui vous enloure devient indifférent. Cbaque fois qu'on revoit cette belle statue, on croit la trouver plus tnste et plus abîmée dans ses méditations. Quand cette femme quittera-t-elle ce tombeau qui absorbe toutes ses afiections?. Quand sortira- 1- elle de cet aciQablement ? Lorsqu<^ tout est silencieux et désert autour d'elle , elle pleune' seule , ignorée; la .foule , le lircAt ilie peuvent non plus la distraire ; les cérémonies pompe iv^es
6o VOYA^iÉ EN ITALIE
n'obtiendront pas d^elle un regard : depuis '3es elècles elle n*a pu être détournée un îi^taùt', elle ne le sera jamais^ Le speetateur en là contemplant se pénètre peu -à -peu da sentiment qui la donnne; il est iouebé d'une doubleur «i fidèlemenil exprinie'e, ii la partage bien^ tôt, et les pensées mélancoliques empreintes sur le front de cette statue , le suivent ïors* qu^il s'éloigne d^elle.. Ainsi donc*, la pierre peut rendre l'expression que Parue seule communique à nos traits ! Mais la douleur de l'homme est passagère ; en peu de temps, la joie succède chez lui à un chagrin qu'il • croyoit devoir toujours durer : le marbre , fidèle à Vimr ' pression du ciseau, devient l'image d'ime constance dans les aSectious, qui est au-clcs^us des forces de l'humanité. .1
La galerie de Florence renferme une télé qui offie l'expression la plus sublime de la douleur; on l'a appelée l'Alexandre mourant; on a supposé que ce busteétoit celui de .ce conquérant, qui, parvenu au comble des fé-^ licites humaines, voit en un moment s'éva<^ nouir tontes les grandeurs de la vie. La po* sition renversée de la tété , le mouvement forcé du sourcil ,ila Contraction des musole&9 expriment; une violente douleur physiquet et
Qi^falei'i 19919 4^ douleur U *plus nobl^ ejt.Ia pluSigrande ; \\ box pl^ipt a,a t ci0l -^v.eç dignité* ¥aiocu: pour^ in première . fois ^ cODl;rai9t de céder soiis 1^ poids desininûx .qui l'accablent ^ iLu'o^b^ pQÎQit^ eu ipotyr^tiity c« qu'il ai^lé.> A «Qoiré^.;;9eA^ptacé ud ^pfaat qui jopei a^eç^ gni^té^ }f'pfl n^«<;oAiJoit que le$ douceurs ^ela( iMe .dop^ laqQçU^.U eptrp^p, riaut; l'aulr^, def-n sabusë ^ivîdernier iaoa)ej9t de sa. carrière, en »^q\^re toutes les aiuerimïies.
Les solennités du carême donnent aux villes d'U^Iie urt aspplci^ i^çuves^u ^ i lea églises, préçe^4<^nt;^ à chaque heure, ,jUiie. c^ijépiiqme ,diÇ7 ferei^te. P^ ;l4>inauç^, ies^pijpiten^ise^placisnt k g&tf(^àçiiû^lfi$);ismpsi^fi% rfi'ç^env à voix baçse lepir^ jprif>fef;; qu;çlque$^upsi , prosternés sur le piarbre,,'h^ent,le.pavé et ^ traînent à genoux an% dîfTéreptes statio^n^; J^s ip^rcir.^s se rendent diMi^ le& çt^apCjUçs ppur y- dire, la messe. Au bri^ît de la qjoche^^^qui apn^nce réleVâiion 'de |'J;i9stje|9 Içf: ajçsisiiafls ^ ]se. prosjLemen^} Pendant
parpo^iffpt le ij^tpple.^çn ^eociaiifUn^r/maiôpe; des fppiqie&5i;ppliânies.se>plaçejat à lar^pQit^ ^t se hâtent de soulever, pour celui qui e^tre , la pesante portière qui ferme renli:éç. .
j A dix b^itre;sj , les pr^dic«tipixs , çon^men-
6é VOYAGE EN ITAZ.IB'
cent; laloardeei sombrévoîiiïre de l'évêque, réservée pour le lemps du carême , où ;lout; doit rappeler le deuil et la tristesse, ^'afrance lentement àù palais épîscopal verS' la catiie^ drale; le prélat entre datts Tcfglise, acoompâgdé' des chanoines vêtus de longoes «ototonesi 'vio*letles ; ils se prosternent devant YévÀel éV y: restent quelques moftiens en priéreâî Lei^joura^ de fête, des foules de paysans et dé paysaÉK nés, dans des costuoiés Varies^ remptissent fer temple. ' ^ ^ • .'. - i
A midi, les églises se fermètrt; *eltes se r6«" ^rfent deux heùi^s^ôprês ; les services dû'i^èfr*^ célëbre's à^la lumière de mîHe cîèrgéV qui pn^ rent les àûtels, ddt'plus'dtô èôlenfriteque «éet du 'matin ; lé sërvrdè fini , la foule' se *rietî¥e'/ Fôrgue se lait j les flambeaiix sont étcfinls '; les églises restent encore 'lotîg-iempis ouverfèsv L'artisan , après avblr' terminé ses' traWuit^,^ peut y passer quelques instarrs dans le rèciicil** lement ; le pénitent qui fmt le unnnhè''t}ès ûssemMeres nombreuses et la ponipé de^' fêtes | y vîént'i^la-èhiïfè au jotÀ-i pleurer* ^ètf^éci^ei ^s Tantes et Tes expier paV la prière. A là foible clarté des lampes , ori a peine à distinguer qtiéî* ' ques personnes qui , prosternées dans la nef, Vcsieiit ensevelies diifls Tombre dés piKefs et
iiAKs l'année i8i5.^ 65
des voûtes : alors ces vastes cath^driàles seml>leDt s'agrandir par leur^soliiudé et par le silence qui y règne 5 les mqsses d*arcliiiectur0 revêtent un caractère plus imposant ; les figures des tableaux qui ornent les autels , à demieclaire'es , prennent une nouvelle expression; lé% blanches draperies des statues de saints y d'apôtres ) de martyrs de la primitive église, se distinguent au pied des colonnes et dans le fond des obapeUes ; leur immobilité ne contrasté plus avec le mouvement de ce qui les entoure: ces figures pensives semblent partager le reciieiilement des» fidèles^, respecter leur si^ lencBi^'Ies ipviter i la méditation.
Les cerénvoniés d^Fëglise catholique sont une source de spectacles et d'impressions vives. Un convoi funèbre se dirige- vers^ l'église j des frères masqt>és et revêtais d^ robes blanches, des moines d' haLhs^ diffcrelis , tous portant des cierges allumés , précèdent le corps y placé sut iin brancard ' garni kiedrapjsiîès ;- 1^' pàlenr dn iiioi*t , doot le visage.estidëeouvert, contraste avec les orfaemeqs qm l'encourent; son. ioimO"bilité , avec l'agitation. de ceux* qui l'aeoom^ pagtient : le oorté^e s'avance au 'l;>ruit des chants Ingubres des* prêtres;^ il ti averse dgs rues po-* puletfôes où çhaciuï est ^ occupe d^ 'affaires. de
164 VOYAGÉ BK ITAIilB
]a vîe j on les: tnierrompt pour contempler cô frappant spQct^cle el pour former des vœux éa faveur de celui qui vient' d'entrer dqns unô nouvelle existence. •
Les hôpiiaux de Florence et ceux de la Toscane sont remarquables par leur beauté et leur grandeur ; ils ont ete Tobjet de- la sol*^ licliude de Leopold , qui a laissé partout dès . marques de son amour pour ses sujets, et dodt le souvenir est gravé dans le ccèur des Tos(^o&! Jes salles sont terminées par de grandes; grilles de fer, qin les séparent d^ la rue ; l'air y:entr^ librement , ef on voît du dehors .tiùieiJonguiè suite de lits. L'homme qui n'est pas sippeleM faire des hôpitaux un sujet d'étude , répugne souvent à entrer dans ces lieux où sont réunis tous les maux de la vie; la Tieillesse , <la souf^ France , la pauvreté , et, ce qui est plus triste encore , l'isolement et l'abandoui moral ; ce^ pendant le voyageur qui s'accoutume facile-^ tnent à trop s:'occuper deilui^mém^et à ^ap-»porter -tout «..son bien-être/, fera bien de contempler ^un spfectadie'^/ après Jequel il ne devra plus .se <plain<lire n dés; contrariétés qu'U éprouve quelqiuef ois divns^ses plaisirs.:
'Les enl^ns abandonnés , avant d'être ren^ fermés dans l'hospice de f lorence^ sont exposét
DANS L^ANNÉE l8l5. 65
gu (lublic pendant trois jours, pour donner aux p^'irenS le temps de les reclamer ; en traversant \m jour ia place du Duomo , iious en vîmes un de trois» ou .quatre ans , qui.'attendoît sur les marx^hes de l'hôpital ; lé pauvre enfant consideVoit attentivement les personnes qui Pentouroient , et par son attitude , qui annoncott' rabattement et le malheur , il demandoit en vain à la foule qui se pressoi( autour de lui , 1d père ou la mère qui l'avoit abandonné.
La ville de Florenceest bâtie au milieu d'un pays bien cultivé , et couvert d'une multitude de bourgs et de villages; les coliinejs qui Venr tourent sont dominées par de vieux édifices , . des couvens ou des maisons de campagne entourés de pins et d'oliviers; après avoir passé . la oiatinée à visiter les palais, les églises , la ^ galerie , nous parcourions le soir le s environs que Je printemps embellissoit alors , la colline de Bello Sguardo , l'aveniie de cyprès qui conduit au Poggio impériale, la montagne où sont les restes de l'antique ville de Fiesole à laquelle Florence doit son origine ; là on voit encore une place régulière ornée d'obélisques , une église décorée d'anciennes armoiries sculptées sur la façade ; du haut de la sommité qui la domine ^ on découvre toute la ^
66 VOYAGE e|n. itaxie
GODtrëe qui entoure Florence ^ les ëdifices«de cette ville y la coupole de la cathédrale , la haute tour du Giotto ; on voit le soir le soleil disparoître dans les vallons, doreplçs coteaux, et des colonnes de fumée s'élever de cette mulûtude de bourgs et de demeures isolées qui ornent le pays.
£n traversant , à notre retour , les- villages
et les faubourgs , notre marche éioit éclairée
par la petite lampe qui.brûloit devant la figure
d^une Madone peinte sur quelques-unes des
maison^ ; car. le culte de la Vierge Marie
occupe le premier rang dans la multitude des
Saints et des Vierges que révère l'Italie ; le
peuple , qui la voit dans les églises , repré-
semée dans Fattitude de la douleur, répandant
des larmes au pied de la croix qui porte spn
fils , ou recevant sur ses genoux son corps
sans vie , a choisi pour protectrice celle dont le
cœur y si cruellement déchiré , semble devoir
être plus accessible aux prières des malheureux.
Une belle avenue d'arbres à peu de distance
de l'Ârno sert de promenade publique ; à droite,
on voit les collines de Fiesole , à gauche sont
des taillis d'une verdure charmante et de pe-
. tiies allées qui s'étendent jusqu'au fleuve; le
soir ^ une multitude de voitures s'y rendent
DANS l'année i8i5. 67
de Florence, vont,, reviennent, et s'arrêtent "sur une petite place au milieu de la prome- •nade. Là les llomiues descendent et se rapprochent, des femmes , tandis que d'autres voiiures circulent dans les allées lateVales , se «dirigent sur les bords de la rivière , et ^ue des jetines gens^à cheval galoppent dans l'in-. terreur du bois*, et disparoissent derrière des massifiS de verdure.
Le peuple toscan paroît heureux ; rien en effet ne semble manquer à son bonheur. Florence a vu rentrer dads ses murs son aucieni souverain , Ferdinand III, fils de Léopold« Ce prince , uniquement occupé du bien être de ses sujets , s^est empressé à diminiter le poids des impots et des droits dont ils avoient été accables sous une domination étrangère.
La plus grande simplicité règne à sa cour.
Ceux qui , dans ce siècle , se sont trouvés princes sans avoir pu le prévoir , aussi étonnés peut-être que les peuples , de cette prompte élévation , ont imaginé que la souveraineté' résidoit dans le faste , la pompe , l'étalage' des marques extérieures de la puissance ; par leur luxe , ils sembloient dire : F^ous le voyez, c^est bien noua qui sommes les princes, s'eiforçant de persuader aux autres , ce qu'ils avoient quelque peine à croire eux-mêmes.