ROUTE DK^ FLORENCE A ROME. -^ ROME
ÉrÉNEMENS POLITIQUES.
ous avions forme le proje( d'aller de Florence à Rome, en posie , p^r la route de Terni : Taubergisie chez lequel nous logions a Florence, quiavoit des muleis de retour, à louer , nous fit voir mille inconvëniens à prendre la poste, et nous engagea à préférer la route de Sienne à celle de Terni. Nous voilà donc avec trois mulets à notre voiture , coq-damnés à traverser, aii pas de ces paisibles animaux , le pays le plus monotone que je connoisse. La manière de cheminer par vdtturîns, si usitée en Italie , est commode pour celui qui voyage seul ; les moyens qu'elle procure de se perfectionner dans la langue et de s'instruire de mille détails, qui échappent lorsqu'on court dans une chaise de poste, compensent l'ennui d'une marche lente et des longues stations dans de mauvaises auberges.
J'ai fait de cette manière la route de Flo^
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rence en Suisse , en quittant i'Itaiie; j'eus successivement aisrs pour compagnons un prince romain., un étudiant de Bologne, tine danseuse et un marchand. Aucun de ces diSerens indi^ vidas n'avoit sujet d'être content de son sort; cependant , dans la route , ils oublioîent leurs chagrins , et la conversation étoit quelquefois amusante. Le prince , contraint d'accepter une place d'oi&cier dans la garde de Bonaparte , avoit reçu à la baUiUIe de Leipsic une balle ^ qui l'avoit presque entièrement privé de l'usage d'une de ses jambes ; il alloit dans des bains •en Toscane chercher à lui redonner la force qu'elle avoit perdue. L'étudiant, séduit par les .proclamations de Murât , avoit qtiitté le code pour prendre les armes : lorsque le mauvais succès du parti qu'il avoit suivi l'eut forcé de revenir à ses études, le gouvernement autrichien, mécontent qu'un homme qui* se destinoit à expliquer les lois ne sût pas s'y soumettre ^ l'avoit contraint de quitter Bologne, et le reavoyoit dans sa patrie. La Ballerine tpjittoit Un théâtre dont le directeur avmt fait*faillite , pour chercher un emploi de figurante dans une ville <lu Nord. Le marchand, par jeIc fausses opérations, avoit. dissipé son bien et celui de gens qu'il appeloit ses amis. Sn terme de commerce^
f]0 TOYAG^B EN ITAJDIB
OD appelle amis ceux avec lesquels on fait de» afiaires; c'est une amitië qui ne résiste gbères aux changemèns dé fortune ; le marchand le croyoit du moins , car il alioit dans un lieu obscur se mettre à Fabri des poursuites de ses amis.
Cependant en route Toffici^r ne pepsott plus à sa blessure , l'étudiant ne regrettent guères les professeurs dont il s'éloignoît , et le mar-: chand auroit voulu être oublié de ses créanciers' aussi facilement qu'il les oublioit lui-même.
Le plus gai de tous étoit l'étudiant : il se fit connottre à nous , et s'étoit déjà fait annoncer par le- cocher comme poète et littérateur. A peine entré dans la voiture , il déclamoit ses ouvrages , il improvisoit sur le premier sujet qu'on lui donnoit ; il jugeoit toutes les nations avec la présomption et l'ignorance d'un jeune bomme qui n'est pas sorti de son pays ; il appeloit l'Italie le premier pays du monde , les Italiens y le premier peuple ; leur littérature ^ selon lui , réunissoit tous les genres de mérite^ tandis que leâ nations étrangères^ trop heureuses de se partager entir'elles ces qualités , dont il ëtoit si prodiguée pour sa patrie*, étoient classées sans appel dans le rang qu'il daignoit leur ac-^ .'corder. La gaieté de notre poète étoit parfois
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ironblee.à la pensée de la réception que lui préparoit sou père ', qui n'approuveroit pas son enthousiasme potir un roi varncû ; il se rassuroit en peqsant qu'un homme de lettres est indépendant ; il jouissoit d'atance de la sensaiioh t]u'uD étudiant de Bologne feroit au-delà des Alpes ^ et se promettoit dés monceaux d'or d'un ' voyage en Angleterre, pays plongé ^ nous ditit j dans la plus profonde ignorance. Alors il nous récitoit ui^ sonnet qu'il avoit composé pour sa maîtresse ; il ' avoit eu l'béuf euse idée de comparer cette jeune personne à inje rose; lui «'toit l'abeille qui voltîgèoit autour. Lorsque nous lui disions qu'une pareille image étoit usée, il* nous répondoit ' que le mérite de la poésie consistoit à embellir une idée connue ; que la langue italienne étoit u harmonieuse ^ qu'une même pensée pouvolt s'y représenter sôus cent formes différentes.
Tous les étudîatis de Bologne étoient poètes comme lui; cette facilité de versification est générale en Italie. A votre arrivée dans une ville, on vous demande l'aumône en vers; des declamateurs ré'citent des morceaux de poésie dans les places , pour obtenir des assistans une légère récompense. On peut admirer cette harmonie populaire. iN'est*il pas triste cependant^
7a VOYAGE EI^ ITALIE
de voir la ]aogue du génie. ainsi rabaissée et mendianie?
Mais }e retotirûe sur la route de Rome , dont je me suis éloigné, et je me transporte à 3iênne^ où j'arrivai avec les aimables amis que )'ai eu \^ bonheair d'avoir pour compagnons ^ dans tme grande partie de mon voyage.
. Dans cette ville , on voit une belle église gbtbique ornée de peintures du Perrugîn et de Raphaël y et d'autres monumens qui ont été décrits. Nous vîmes affichée dans une mé cette annonce de spectacle :
Aujourd'hui, le théâtre des marionnettes représentera :
Lta passion du Rédempteur , I/amer repentir de St. Pierre, Et le désespoir de Judas.
Le même bâtiment sert à Sienne de prison et de salle de spectacle; les prisonniers sont enfermés dans les deux premiers étages ; dans le troisième y on joue l'opéra.
De Sienne, le pays change; et la Toscane, ailleurs si riante , devient une contrée dépeu-7 plée et inculte. Nous arrivâmes le soir à San Quirico , petite ville placée au pied de la mon^ tagne de Radicofani. San Quirico est bâti sur
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une colline , comme prescpie toutes les anciennes villes d'Ilalie ^ qui commandent des plaines malsaines et dépeuplées ; un^bois d'oii« viers entoure ses vieilles murailles. Les églises qui s'élèvent du milieu de ces. villes, les restes de fortifications «t les vieux châteaux sont aperçus de loin par le voyageur qui chemine d^ns.les plaines ; si l'on pénètre dans l'intérieur, tout y annonce le désordre et la pauvreté ; les rues sont $ales et étroites, les bâtimensy tombent en ruines.
£n nous promenant dans les environs de San Quirico, nous rencontrâmes les deux filles de l'aubergiste chez jequel nouif logijons ; l'aînëe devoit se marier le lendemain. Un jeune homme passant par hjasard à San Quirico, en étoit de- Temi amoureux : il l'avoit demandée à ses parens , il devoit l'emmener dans un village à quarante lieues : on preparoit tout pour la fête du lendemain y mais l'époux n'étoit point encore arrivé , on l'attendoit à chaque instant.
L'épouse, inquiète de ce relard, voyant le soleil près' de disparoitre, étoit venue avec sa sœur jusqu'à l'entrée de la ville, dans l'espérance d'entendre du haut de la colline le pas d'un cheval, ou. d'apercevoir dans le lointain celui qu'elles attendoient; le brouillard du soir,.
qui couvroit la plaine, ne pernieitaat pas de rien distinguer, elles descendirent, tandis que nous allions dans ui^e église voir , aux derniers rayons du jour, un tableau du Sodoma. Une heure après, les deux jeunet filles etoient de retour, mais seules encore; l'inquiétude et la tristesse cotnmençoient à gagner toute la maison, lorsqu'un grand bruit annonça F&rrivcfe de époux.
La montagne de Radicofani , que la route traverse , est triste ; on 's'avance dans un pays inculte ; parvenu près du sommet , on ne découvre* à une immense distance que des cimes arides , des valloUs sans arbres et presque sans habitations, dés torrens qui se creusent un Kt dans ce sol nu et pierreux. Nous apercevions dans le lointain , derrière nous , la colline et les oliviers de San Quirico ; nous pensions au mariage qu'on y célébroit , et l'idée du bon-* heur et de la joie^ se reposoit sur ce seul point couvert de verdure^ , tandis que le vaste dësert qui l'entouroit inspiroit ia tristesse.
En voyageant, on s'attache facilement aux objets qui font nmtre quelques sensations, agréables : un pays fertile , qui donne l'idée da bonheur de œux qui l'habitent, une scène champêtre qui présente lui tableau riant , la
rc0conlre* d'une personne qnî e\cîic noire inlérêt, ont diamant plus dé charmes, que ces distractions sont nécessaires pour rçmplip lé , Tide que laisse IVbsence de ce qui nous est cher; mais lorsqu'on est force de partir, on se plaint d'être toujours arraché de ce qui nous avoit intéressé ; et quand on «a yu disparoître la dernière maison , le dernier arbre du Heu qui occupe notre pensée, l'idée que probablement nous lé quittops pour toujours , que nos destinées né nous y ramèneront plus, laisse une impression de tristesse.
. La montagne de Radicofani est' Pefiroi des voyageurs ; le sol est si 'stérile , qu'on a jieine à comprendre qiie des hommes aient pu établir leurs demeurés sur la «sommité ; la route traverse un torrent sur lequel on n'a pu construire des ponts, et qui se replie cinq ou six fois sur luimême au bas de la montagne du côté de Rome.
Dans les temps de pluie , le torrent grossit et arrête *les voyageurs ; son lit , lorsqu'il est dess^hé, sert de retraite à des bandits, elles passagers sont souvent attaqués dans les bruyères^ qui sont un asile assuré pour les assaillans.
Nous cheminions à pied sur la montagne , et nous allions atteindre l'auberge .située au commencement de la descente, lorsqu'on vint
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nous avertir qu'un accident étoit arrivé à notr^ voiture, que nous avions dépassée; nous retournâmes promptement sur no6 pas. '
La longue file de bœufs et de mulets qui la tiroient avec effort , n'ayant pas été dirigée par le conducteur , s'éloit trop approchée de la pente; heureusement le train de devant s'é** toit détaché , et les chevaux étoient demeurés sur le chemin , tandis que la ^afsse de la voiture rouloitdans le vallon. Le lieu de l'accident oJBTroit un triste sp'eôtacle. Le voiturin y du plus loin qu'il nous aperçut, se jeta sur un rocher , datas l'attitude d'un homme au dése»* poir; en s'écriant î Oimè sono precipitato , sono' rouinato. Ses cris lugubres retentissoient dans cette immense étendue, oii nous n'apercevions pas un homme qui pût venit* à notre aide. Nous , du haut de la roule , .nous coutemplions la voiture couchée sur lé flanc , les malles, les débris des glaces j les livres dispersés sur. le gazon. Cependant un^ heure après, la voiture éioit debout, ramenée dans la grande route , grâce aux efforts de plusieurs paires de boeufs et de quinze hommes, qui étoient accourus du village ; nous pûmes la conduire à l'auberge ^ où le voiturin nous avoit précèdes pour ordonner son dîner, et où nous le. trou-
-yâxnes, oubliant à table les disgrâces de la matinée«
Deux heures après , la voilure , entourée de cordes, ^ans glaces et sans stores, - put se re«mettre en route et nous conduire à Aqnapendente, pi^emiére ville de l'État ecclésiastique; BOUS y arrivâmes tard dans la nuit,, et nous attendîmes long-temps dans la rue, appelant en vain le maître de l'aubei*ge , qui avoit de la peine à quitter son lit pour nous recevoir. Lorsqu'on voyage par des voiturins, ce soàt eux ordinairement qui se chargent des dépenses du soir. Notre conducteur désirant faire oublier ses torts du matin , s'adressant à voix haute k l'hôtesse, nous recommanda, à elle de la manière la plus pressante , et Ipi fit l'entmiération pompeuse de tous les plats qu'elle devoit nous servir ; puis , comme si nous ne l'eussions pas «ntendu , il se -tourne vers nous , disant : }'ai Obmmande à vos seigneuries un superbe souper.
D'Aquapendente , en côtoyant les bords du lacBolsène, on arrive à Montefiascone, bâtie sur le sommet d'une colUae. Cet évéchë avoit e'te donné par Pie YI au célèbre abbé Maury, en re'compense de se& discours éloquensà l'As-* semblée constituwte. Ce prélat , décoré de la poiu*pre, aveugla par son ambition, avoit de-
pais ternî: sa réputation et. mérité les* cemtires dû pape actuel y pour avoir accepté l'arcfae*» véché de Paris , avant d^étre sépare^ des liens qui Tunîssoient au diocèse de Montefiascocfb. JjB cardinal , aujourd'hui repoussé de Paris et de Montefiascbûe^ vit dans la retraite à Rome, éloigné de la présence du pape , expiant les erreurs de la fin de sa carrière que Ténergie dé ses. prepfiières années rend encore pkis frappantes, t *
Nous traversâmes les villes de Viterbe et de Roncillone ; à quelques lieues dé cette dernière, nous rencontrâmes une troupe de bandits que des sbires conduisoient enchaînés ; les meriibres de plusieurs brigands qui a?oientëté mis à iriort) étoient exposés sur fe chemin, dans le lieu même où les voyageurs avoient été attaqués. Baccano fut notre dernière couchée : Tauberge est pla- . cée dans un grand vallon ; l'édifice où logent les voyageurs, et les vastes dépendances, sont les seuls bâtimens qu'on voie dans ce lieu ; cette solitude et ce défaut de mouvement à peu de distance d'une grande ville , sont fort tristes. £n été, le maître deTauberge même quitte ce séjour, qui devient dangereux ; il n'y laisse que quelques domestiques , pour recevoir les voyageurs qui passent rapidement. Ces nowilheureux, dont le
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teîot pâle aDDonce U dangereux métier, se fesigoeot à reprendre la fièvre chaque anne'e. '
Pes centaines d'ouvriers viennent de la Toscane, des Marches et dés Lcfgations, labourer les environs de Rome , qui manquent de bras pour la culture ; ces bandes recueillent avec la même prompmude les produits d'une terre qui fait chèrement acheter ses dons^ en une seule jpurnee , des champs immenses sont laboucës et récoltés. On ne jouit point dan^ces lieux du spectacle des travaux qui embellit des contrées plus heureuses.
Le lendemain, à peu de distance de Baccano, un de nous s'écria : f^ùilà Si. Pierre. Nous découvrîmes cette belle- coupole qui se delàchoit sur Fhorîzon ; nous n'atteignîmes Rome que plusieurs heures après; Notre voilurin , peu ému de l'idée d'entrer dans l'ancienne capitale du monde, ne pressoit point ses chevaux , e( cheminoit à pied en sifflant et en chantant. Pour nous, dont l'imagination se mon toit' dans, cette marche lente ^ nous nous formions des tableaux qui se trouvèrent bien au-dessus de la réalité, lorsque nous entrâmes dans la place du peuple. Les belles églises qui la décorent , l'obélisque élevé par Sixte - Quint , ne nous firent qu'une foible impression^ nous nous engageâmes dans
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des rues qui ressembloi'ent/aui rues de toutes les grâqdes villes; notre voilure y étoit arrêtée^ heurtée. Ou nous conduit à la douane , où nos malles sont ouvertes ettios effets soigneusement examinés. Je crois que la faeade de la doUaoe est celle d'un ancien temple,. et que les co- Ipnnes sont du plus beau style. Mais coonnent admirer ies ouvrages tie l'antiquité , quand on se débat avec des commis au milieu des ballots de marchandises ? Lorsque nous fûmes établis dans les petites chambres de notre logement^ nous uous avouâmes tout bas, que nous étions bien éloignés de trauver Rome telle que nous nous la représentions ! nous ne tardâmes pas à revenir de ce jugement précipité.
Rome peut être divisée en quartiers , qui offrent un aspect différent. La partie de la ville surJa rive droite du Tibre, celle .de l'intérieur et les lieux déserts au-delà du'Capitole ont peu de rapports entr'eui.
Les.Trailstévérins qui habitent les rues dépeuplées situées au pied du Janicule et du Vatican , n'entretiennent pas de relations avec le reste du peuple ; enorgueillis de la puissance des anciens Romains , dont ils se croient les descendaps y ils conservent dans leurs mœurs une rudesse dont ils se font gloire et qu'ils at-
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tiSbuent au sang des Scipîoos et des Brutus , riui, disent-ils, coule dans leurs veines ; mais c^ sang dégénéré produit seulement chez eux une férocité qui se décèle par des coups portés lâchement et en secret.
L'iqtérieur de la ville ressemble à une grande ville ordinaire ; on y voit des monumens an* tiques et les ornemens dont les papes se sont plu à la décorer ; mais un grand nombre de ces monumens perdent une partie de leur mérite par la manière dont ils sont situés, par Fentassement des maisons et des palais. Chaque chevalier romain place sur sa demeure, à côté des armes du pape , ces lettres, consacrées dans l'histoire : S. P. Q. R. (Senalus, populusque Romanus ). 11 est des souvenirs qu'il faut se garder de rappeler, et je suis élonné que \q& pacifiques babitans de Rome moderne cherchent à associer à leur paisible existence l'idée du sénat et du peuple romain d'autrefois. Si Ton ne retrouve point dans ces lieux Pancienne maîtresse du monde, la multitude d'ecclésiastiques , réguliers et séculiers , les robes de différentes couleurs des moines , les bas violets des prélats, rappellent que l'on est dans la capitale du monde catholique. £n avançant vers la place d'j^lspagne , on entre dans le quartier
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habité par les étrangers. Là , les marchands de gravures et de mosaïc|ues étalent leurs trcfsors; là, se dirigent les voitures de poste , qui y arrivent à tonte heure , au bruit des claqu^mens de fouet. On voit s^y rassembler le matin les domestiques de place , les cicérones , les calèches; le mauvais air ramenant chaque soir dans Fintérieur de la ville les troupeaux qui paissent dans les environs ; le bruit des clochettes rappelle quelquefois dans Rome les villages de la Suisse ; un troupeau de chèvres traverse souvent la place d'Espagne, et escalade deux fois le jour le bel escalier de la Trinita del Monte.
Au-dessus de la place d'Espagne s'élève la Villa Médicis, qui sert de logement aux jeunes gens de l'école de France. Cette intéressante et studieuse colonie forme un petit peuple , qui , sons la surveillance d'un directeur , conserve, au milieu d'une nation étrangère les mœurs , les privilèges et l'administratiofi de son pays. Dans les quartiers d'alentour sont placés la plupart des atteliers , où des artistes des différentes parties de l'Europe , oublient leur patrie , en cultivant les arts , et passent leur vie dans la retraite et le travail.
Mais si l'on veut voir Rome , telle qu'on
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se la dépeint avec ses monumens et ses împosans souvenirs , îl faut s'avancer au-delà de la Trinité du mont , ou franchir le Capilole et descendre daiis le Campo Yaccino.
Le Capitole lui-même ne répondra pas à l'attente du voyageur , qui se hâte de visiter ce berceau et ce rempart de l'empire romaia; cette colline s'est abaissée par la tendance de toutes les villes aucienues à s'aplanir : le rocher qui arrêta si long-temps les Gaulois, et d'où Ton précipita Manlius, n'a plus rien qui effraie; le peuple^ pressé dans les environs , a osé placer ses chétives demeures sur la pente de cette colline célèbre. Les étrangers seroient tentés d'eiîger, si ce n'est de tous les Romains, du moins de ceux qui habitent des lieux pleins de souvenirs, de la gravité dans les manières , une espèce de représentation , des tnniques ou la toge po^ vêtcmens , des brodequins pour chaussure ; mais ces gens-là , sans respect pouir la mémoire de Romulus et des consuls, virent comme les habitans d'nne terre vulgaire. Les bourgeois , qui forment la garde du sénateur de Rome , se rendent chaque jour sur le Capitole en uniforme ronge , et se rangent fière* ment en bataille devant là statue de Marc- Aurèle,quine doit point retrouver dans cette troupe la contenance des légions romaines.
^ EcartODs toute idée qui ne serolt pas en harmonie avec la gravité des objets qui doivent nous occuper , pour descendre dans l'ancien Forum et pour en parcourir les environs : là , sont les monts Palatin et Âvenlin ; plus loin l'Esquillin ; le jViminal , le Quirinal ; là , on trouve des monumens de chaque siècle, depuis les rois jusqu'aux empereurs , et l'on peut suivre l'histoire romaine par les temples,, les anciennes voies , les portes , les ruines des palais,, les tombeaux , les aqueducs : ce sol est si riche de monumens , que la terre , légèrement remuée , présente des fragtnens de statues et de colonnes» Le marbre de Paros est brisé sous les roues des chars , et les rues sont pavées de débris travaillés et couverts d'inscriptions. Au-delà des murs même, dans la campagne , où l'on ne voit point de villages et de cabanes, les ruines des templ^ et. des tombeaux des anciennes familles romaines servent d'abri aux bergers.
Il y a peu d'habitations dans lé Gampo Vaccino et dans ses environs ; elles ont été détruites dans une des- guéries dont Rome a été le théâtre ; les habitans furent contraints dje transporter plus loin leurs demeures; mais des souvenirs d!une autre époque se joignent
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ici à ceux de l'ancienne Roaie. On voit paroître une nouvelle puissance j c'est la religi>&n chrétienne , qui a place' ses temples sur les débris des palais des empereurs; là s'élèvent des églises, dont les fondemens furent jetés, dans les premiers siècles du christianisme , sur les lieux que les martyrs arrosèrent de leur sang ; d'antiques I^asiliques, dont le nom est respecté du monde catholique , des édifices pieux , dont la construction est attribuée au premier empereur chrétien.
(c Le i5 octobre 1764, dit Gibbon, rêvant assis au milieu des ruines du Capitole, pendant que des moines nu - pieds chantoient vêpres dans le temple de Jupiter , l'idée de tracer le destin et la chute de cette ville vint , pour la première fois , se saisir de mon esprit ; mon plan éloit d'abord borné à là décadence de la capitale , plutôt qu'à celle de l'empire , et quoique qaes lectures et mes réflexions commençassent à se diriger vers côt objet , quelques années s'écoulèrent., et bien des diversions survinrent, avant que je m'engageasse sérieusement dans l'exécution de ce laborieux ouvrage. »
L'origine de Rome, la gloire et* les vertus de ses premiers habiians étoient connues; le» détails de la chute de cet empire immense res-
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toient ensevelis dans les ténèbres du moyen âge ; ne devolenl-ils pas présenter les tableaux les [)lus frappans ? C'est une promenade solitaire , une me'ditation qui a donné naissance à cet ouvrage , le but de la vie de son auteur.
La manière rapide avec laquelle les voya* geurs visitent les pays qu'ils parcourent n'est point celle qu'on doit adopter à Rome ; il y faut plus de loisir, une existence moins agitée; il faut entremêler ses courses d'études relatives aux objets qui s'ofiient à nous, et se donner le temps de la réQéxion. Ici sont deux spectacles difierens : Rome ancienne , avec les trophée» de sa puissance et les chefs-d'œttvre qui nous restent de l'antiquité' ; Rome moderne , sop gouvernement , ses cére'monies , ses mœurs , les ouvrages de l'art. Pour se reporter dans les temps anciens , on pour appre'cier les travaux des artistes d'aujour4'bui , il faut se livrer sans gêne à l'admiration , et devenir, s'il est possible, indifférent à ce qui lui est étranger. Nous étions bien éloigne's de jouir de celte tranquillité' d'esprit si nécessaire, et les grands e'vénemens qiû se passoient en France dévoient nous arracher aux souvenirs , et aux douces impressions des beaux-arts.
Nous avions passé les Alpes au moment où
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toul promettoit Iç retour de cette paix, qiie la géneVation présente n'a presque point connue; l'ambition d'un seul homme alloit détruire l'espérance du monde. Celui contre lequel l'Ëujope s'éioit re'unie , quittoit l'île qui lui avoit été assignée pour prison , et remoiitoit sur le trône dont les armées les plus considérables avoient eu tant de peine à le précipiter. Nous avions appris , dans la route de Florence à Rome, le départ de Napoléon de Itle d'Elbe.
L'Italie, instruite de cette nouvelle long-temps avant ^e connoitre le Tieu du débarqtieniient , attendoit dans l'agitation. On voyoit déjà Bonaparte descendre à Naples , où il trouvcroit un roi mécontent et une armée qu'on croyoit formidable. Son arrivée^urles côtes de Fratice étonna tout le monde 9 chacun pfédisoit le mau* vais succès d'tmé si folle entreprise , lorsqu'on apprit les pi*ogi*ès de Napoléon et sa marche sur Lvon.
La révolution qtii s'opéroit en France n'au«roit pas eu pour le moment des conséquences immédiates. sur Rome et sur son souverain * mais un autre orage se formoit près d'eux.
Joachim , roi de Naples , inquiet des disposi« tions du congrès de Vienne , avoit rassemblé une armée nombreuse j et le moment où il se
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preparoît à enirer en campagne , correspondoit trop exaciement avec le rèlour de Napoléon en France , pour que l'on j^t douter d'une liaison secrèie entr'eux. Le pape , qui avoit constamment refusé de reconnoitre tout autre souverain de Naples que Ferdinand , venoit de commettre un commencement d'hostilité' contre' Murale, en forçant un de ses agens à quitter tRo me.
Cependant le roi de Naples^ , auquel il cobvenoit de conserver l'apparence du respec envers le chef de l'église , lui fit demander le passage par.^ses états pour sa grosse ariillerie , qui "ne pouvoit j&lre transportée par les iboontagnes des Abruzzes ; le pape le refusa. Il étoit naturel de penser que Murât l'obtiendroit par lâ force , et la ville de Rome, aceou^iune'e. depuis des siècles à ouvrir se& portes à Fennemi , attendit l'arrivée des bandes napo^ lîtaines , dont e]]e connoissoit les^ excès et l'insubordination é Des voyageurs de retoun du nûdi ^e l'Italie, annoncoient de grands mouvemens de troupes , et l'approche d'une colonne sur ■ Terracine ; la princesse de Galles quitta la ville de Naples à la cour de laquelle elle étoit fêtée , traversa sans s'arrêter l'Etat de l'Eglise , et gagna le nord. On appnt en-
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suite à Rome le départ précipité de l'ancien roi d'Espagne, Charles IV, qui y habiioit; Pambassadeur d'Espagne , alarmé pour ce prince^ avoit demandé au pape l'assurance qu'il ne seroit point inquiété. Puis-je vous garantir sa sûreté , avoit répondu le S. Père , tandis que }e ne sais comment pourvoir à la mienne?
Au milieu de ces bruits de guerre , les jours de recueillement de la 6n du carême approchoient. Le pape , avant le commencement de la semaine sainte , vient en ceVémonie faire ses prières à Saint-Pief re ; nous étions dans la magnifique place de cette église , lorsque toutes les cloches annoncèrent Farrivée du souverain pontife. Nous vîmes paroiire à l'e^Ltremité àe la rue opposée les chevau- légers qui précédoient sa voiture. Nous entrâmes dans le temple ; des cardinaux étoient prosternés dans la nef, à quelque distance les uns des autres; le pape parut , vêtu d'uqe soutane blanche ; il tenoit à la n^in un crucifix et donnoit sa bénédictiop ; il traversa l'église #t fut se placer sur un prie*Dieu, où il resta long- temps plongé dans une, profonde méditation.
A la vue de. ce prince prosterné au milieu de sa cour, la foule deg spectateurs s'arrête avec respect et contemple en silence une ce-
go VOYAGE EN ITALIE
rémonîe imposante par sa simplicuë , que la majesté du lemple reodoit plus frappante , et à laquelle les éve'nemeos politiques ajoutoieot lin nouvel intérêt.
Ce prince est un vieillard souflrant , dom le règne n'a été qu'une suite d*amertumes et d'adversij^s. A la veille de quitter sa capitale , dont il a été' éloigné si long-temps , il vient, avec toute l'apparence de la tranquillité , se préparer aux orages qui peuvent l'assaillir de nouveau, et demander à Dietl des forces contre les persécutions qu'il aitend. On pouvoit comprendre les vœux que cet auguste vieillard , ce chef de l'e'glise catholique , faîsoit pour le monde qui couroit aux armes ; sa sérénité au milieu des agitations inspiroit autour de lui le calme et la tranquillité.
La bénédiction des palmes eut lieu le di-r manche suivant ,19 mars , dans la chapelle du palais de Monte Cavallo. Le pape , quinze cardinaux, les prélats , les généiaux d'ordre y assistèrent. Ce fut le cardinal Fesch qui dit la messe ; la passion de notre Seigneur y fut chantée dans une espèce de dialogue ; le chant monotone de l'officiant étoit de temps en temps interrompu par des murmures qui, diton , représentoient les vociférations du peuple Juif, qui accusoit Jésus.
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Le vendredi saint, le pape quiua son palais du Quirînal pour aller , suivant sa coutume , au Vatican; nous l'y vinies arriver; à trois beures nous nous rendîmes dans la chapelle Sixtine , oit s'efforçoit de pénétrer la foule d'étrangers que les cérémonies de la semaine sainte , si long-temps prive'es de leur éclat , avoient attire'e à Rome.
L'aspect de la chapelle Sixtîne est fait pour ajoutera l'impression de tristesse que cette cérémonie doit produire. Elle est éclairée de peu de flambeaui ; les fresques de Michel Ange , qui représentent le jugement dernier , la décorent; la manière sombre de ce grand peintre, la teinte foncée de la couleur augmentent l'impression que font ces voix qui partent du haut de la chapelle , et qui se taisent au milieu des ténèbres.
Un dais étoit élevé pour le pape , à côté de l'autel. Les cardinaux en soutane violette et en camail d'hermine , entroient dans la chapelle ; ils se prosternoient et alloient ensuite se placer selon leur rang, suivis du caudataire qui portoit la queue de leur robe et qui s'asseyoit à leurs pieds.
Les membres du Sacré Collège , long-temps dispersés et éloignés de Rome , se trouvoient de^
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nouveau réunis* Un grand nooihre d'cntr'eux avoient été l'objel des perse'cutions de Napoléon, îrriie' de la conduite pleine de dignité que le Pape et ses ministres opposoient à ses vexations. JVapoléon, accoutumé à donner des ordres aux rois les plus puissans, avoit rencontré de la résistance chez un prince que les considérations humaines et les outrages n'ébranloient point , et les baïonnettes françoises , devant qui tout cédoit alors, ne pouvoient-rien sur la conscience du Pape.
Parmi ces défenseurs du trône pontifical , on distinguoit le cardinal Maltei , doyen du Sacré Collège, qui, dit-on, avoit été près d'obtenir la tiare ; les cardinaux GabrielU, Pacca, di Pietro. Les deux premiers s'éloient succédé Pun à l'autre dans la charge de pro-secrétaire d'état , lorsqu'on enlevbit au pape tous ses ministres, et ils s'éloient acquittés avec énergie d'un emploi qui leur avoit vallu l'exil et la détention. Le cardinal Pacca avoit suivi Pie VII lorsqu'il fut enlevé de Rome ; le cardinal di Pietro s'étoit opposé à la ratification du Concordat , que Napoléon crut avoir obtenu du pape à Fontainebleau , et étoit devenu l'objet de son ressentiment. On voyoil encore dans cette réunion les cardinaux Doria, Rnffb, Fesch, Casella ;
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ce dernier, le seul régulier du Sacré Collège , portoit le camail noir; il avoit^ comme simple théologien , travaille h la rédaction du Concordat conclu, en 1801 , entre le gouvernement françois et le pape. Depuis, il avoit été élevé à la dignité de cardinal, d'évêque de Parme, etc.
Le service étoitdéjà commencé, lorsque le bruit se répandit que le pape n'y assisteroit point ; il étoit, en efiel, parti deux heures auparavant, se dirigeant sur Viterbe. On avoit reçu la veille, à Rome , l'énergique déclaration deî? princes rassemblés à Vienne contre P^jipoléon. Le gouvernement papal , en faisant donner à cette note la plus prompte publicité, avoit prouvé son adhésion à la résolution des puissances ; la nouvelle de l'approche des Napolitains avoit déterminé le départ de Pie VII , quoique Joachim ne cessât , par ses discours , de proclamer le respect qu'il conservoil pour le chef del^çglise.
L'impression que produisit celte nouvelle détourna de l'attention que l'on portoit à la cérémonie , et donpa un autre* cours aux réflexions. Il éloit probable que tous les cardinaux suivroient Iç pape , et que les cérémonies de fa semaine sainte ne seroient point. achevées. Le plus grand nombre des membres du Collège
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avoieht eu à soaffrir des mesures du gonvernemeot françoîs; la résistance qu'ils avoient opposée avoit été plus ou moins ferme chez les différens individus: plusieurs avoient cédé; quelques-uns avoient fini par accepter des places et des décorations. On les accnsoit d'avoir favorisé les vues de Napoléon. On cherclioit à deviner dans leurs traits le secret de leur cœur. Le cardinal Fesch paroissoit embarrasse' ; il avoit mérité l'approbation du pape par la fermeté avec laquelle il avoit défendu les droits de l'église; mais y en apprenant le retour de Bonaparte, il n'avoit pas su dissimuler sa joie, et ses discours peu mesurés lui avoient attiré le blâme jde Rome, A peu de distance de lui, étoit placé l'ancien évéque de Saint- Malo , ambassadeur de France , qui , attaché toute sa vie à la famille des Bourbons , recevoit le prix de sa constance par la faveur dont il jouissoit ; on s'étonnoit de voir, aussi rapprochés l'un de l'autre, deux François dont les intérêts et les vœux étoient si diflerens. *
Le lendemain , les fonctions du pape furent faites par le cardinal Doria , qui lava les pieds des Apôtres ; six cardinaux seulement se rendirent a la chapelle , les autres étoient partis ; le soir il n'y en avoit plus qu'un seul. Cet aban«
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don rappelQÎt les temps où IVgHse etoit persécutée. Une proclamation avoit annoncé le départ du pape et son arrivée à Viterbe ; le St.- Père , en s'éloignant y faisoit les vœux les pins tendres pour son peuple y et Texhortoit à la tranquillité et à la résignation. Le cardinal di Fietro fut nommé pour le remplacer dans les fonctions ecclésiastiques ; l'administration do l'État fut remise ebtre les mains du cardinal délia Somaglia. Les ambassadeurs étrangers suivirent le pape ; les voyageurs quittoient Rome. De cette foule 'qui remplissoit le premier jour la chapelle Sixtine , il ne restoit qu'un petit nombre de curieux, qui pénétroient facilement dans cette enceinte abandonnée. ISous vîmes la cérémonie de l'adoration d^ la croix; les reliques de St. Paul et de St. Pierre furent montrées au peuple , à Saint-Pierre ; mais nous fumes privés des spectacles les plus frappans, l'illumination de la coupole, et la bénédiction.' Rome, abandonnée de son souverain, livrée sans défense aux entreprises" des étrangers, attendoit avec inquiétude l'arrivée des Napolitains. Dans ce moment d'une pénible attente , cette ville fut illuminée deux jours dé suite. On fait des feux- de joie pour célébrer le retour d'un prince que la fortune accopipagne.
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Mais Rome, par une toucbante fidélit^t?, celébroit l'anniversaire du couronnement de son souverain dans le moment où il étoit en fuite ; les flambeaux, décorés des armes delà famille Chiaramonli , qui brilloient devant les maisons des plus pauvres habitans , eclairoient des rues tristes et désertes; et le silence de la ville contrastoit avec cet appareil de fêle.
Cependant les troupes napolitaines n'entrèrent point dans Rome , elles passèrent en-dehors des murs et se logèrent à Tivoli, Frascati^ Palestrina ; on vit seulement paroitre dans la ville quelques officiers porteurs d'ordres pour le Gouvernement ; ils annonçoient que dans peu ils seroient à Vienne.
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