MOKUMENS' DE ROME. — LES JÉSUITES
JLiES pays qui dans les premiers siècles du nioode briUèrent par leur puUsaoce ou par leurs lumières, soot aujourd'hui bien déchus de leur ancienne gloire : PÉgypte et la Grèce sont avilies sous une domination tyrannique.; les cites si opulentes de l'Asie ont perdu leur splen- ^ deuj\ Ainsi donc l'existence des nations est li-. mitée .comme celle des individus. Si l'on com*pare Rome aux autres villes qui ont une fois attire les regards, quelle* disproportion entre la durée de leur carrière et la sienne ! Rome , qui a joué un si grand rôle autrefois, mérite encore l'attention de nos jours. Cette viije fut fondée ySS ans avant J. C. ; ainsi donc elle , compte plus de deux mille cinq cents ans d'existence.
Dans une si longue carrière , Rome n'oc-* cupe pas toujours le même rang ; on la voit à . une époque , soumise et oubliée ; mais elle se relève de cet état d'humiliation, et reprend , si
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ce n'est Ferapire du monde ^ dii uioins une grande . prépondérance dans les aOaires de l'Europe.
La longue tranquillité dont jouit cette ville , parvenue sous les empereurs au plus haut point de sa puissance y lui devint funesie.' Ses, hal>itans, fatigués du poids des armes, confièrent k des étrangers le soin de leur défense ; le sou-» venir de la valeur de leurs aïeux les protégea long'temps, mais le secret de leur foiblesse une fois divulgué , l'Italie fut désolée par les invasions des peuples du Nord ; la ville de Rome fut pillée par lesGoths sous le commandement d'Alaric, et par les Vandales sous Genseric. ^
La destruction de l'empire d'Occident éioît réservée à Odoacre , roi des Hérules , un des c^efs de ces mercenaires étrangers que Rome payoit pour sa défense ; il piit le titre de roi d'Italie, et relégua dans l'exil le dernier des empereurs, Romulus Auguste. L'empire d'Occident avoit subsisté 5ùj ans.
Théodoric défait Odoacre ; il fonde en Italie le royaume des Goths , auquel succède celui des Lombards 9 qui .fut détruit par Cbarlemagne.
Les empereurs d'Orient ^ en qualité d'héritiers de ceux d'Occident, entreprirent d'enlever
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riialie an\ Goths. Bélisaire etNarses, généraux de J«jstinien . y firent valoir avec succès les drolis des souverains de Conslanlinople.
Aux horreurs de la guerre qui désolèrent l'Italie , succédèrent les fléaux de la peste et de la famine ; le flambeau des arts s'éteignit dans cette malheureuse contrée; les monumens furent détruits, les terres étoient en friche. *
Que devenoit Rome dans cette suite de cà*^ lamités? Celte ville au septième siècle étoil soumise aux empereurs d'Orient ; mais l'auto-^ rite de souverains si éloignés y étoit souvent contestée ^ l'opulence des nobles romains, qni alimentoit l'oisiveté du peuple , s'étoit évanouie par la perte des terres immenses qu'ils possé-^ doient en Asie et sur les côtes d'Afrique ; cette ville ne jouissoit plus même du premier rang en Italie* Bavenne, forte par sa position au milieu des marais , avoit été la capitale du royaume des Goths ; elle étoit le séjour des eiiarques envoyés de Constantinople pour trans-^ mettre dans la péninsule les ordres des empereurs.
• Rome ne sembloit plus devoir prétendre à la grandeur; sa carrière paroissoit terminée : elle n'étoit pas une ville forte ; sa situation ne la deslinôit pas à être commerçante^ ses habi-
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tans accoutiKijes au joug ne pouvosent point espérer de leurs armes un changement de sort; mais une puissance dont on ne se dëfioit pas. se formoit dans son sein. C'est aux papes que Rome dut une nouvelle existence.
Une dis(>ute de théologie produisit un grand cliangemenl dans les affaires de l'Italie (i). La discussion sur le culte des images élevée en Orient divisoit le monde chrétien ; l'empereur grec Léon l'Isaurien eut l'imprudence d'attaquer une pratique respectée du peuple ; la force put faire plier les prélats grecs, mais l'Occident résista. Grégoire III donna aux Italiens l'impulsion de secouer le joug , et Rome , après une si longue servitude , se trouva maîtresse de se choisir un gouvernement : des souvenirs éloignés , mais qui étoient chers encore , firent rehailre l'autorité du peuple et du sénat ; ces / 4eux corps pouvoient difficilement se rassembler et délibérer avec ordre. Au milieu de cette confusion y l'influence religieuse donna toute l'autorité au pape , dont la primatie spirituelle étoit déjà reconnue en Europe.
Alarmés de la pubsance et de l'ambition des
(i) Yoyet Pigaotti; StorSa délia Toscana , Lib. It; Cap. 11.
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rois lombards, les papes appelléfïi les François à leur secours. Pépin et son fils descendent en Italie , et cèdent à l'Eglise une partie des provinces enlevées à Astolpbe et à Didier. Léon III couronne Charlemagne empereur: Rome est la capitale désignée du nouvel empire d'Occident; mais les papes surent soustraire celle ville a la domination des successeurs dé Charlemagne; ils leur firent cruellement sentir la force que leur donnoit la puissance ecclésiastique , et ils devinrent les plus grands ennemis du trôné qu'ils avoient eu:x-mémes relevé.
On ne peut sans étonnement re'fléchir à cet empire des papes ^ qui date du temps des empereurs romains , et qui sert de guide a l'historien à travers les bouleversemens de l'Italie , la naissance et là chute des dynasties, les révolutions dé l'Europe auxquelles Rome se rattache par son influence. Au milieu de tant de secousses , les év^ues de Rome que leur obscurité protège, affermissent leur pouvoir dans cett^e ville, oii ils furent long-iemps perse'cutés. Ces anciens pasteurs d'un foible troupeau , ces disciples et ces successeurs d'un maître qui vécut dans rhumiliation et qui prêcha la pauvreté , prétendent gouverner le monde ; ils sont devenus le mobile des grands cvénemens; à leurs
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pieds s^abïiîsse le front superbe des empereurs; à leur voix j TEurope se lève en masse pour reconquérir le tombeau de Jcfsus -Christ; ils ramènent le goût des arts après des siècles de barbarieé
Après avoir vu Rome déchoir et l'avoir vue ensuite rappelée à de brillantes destinées, jetons un coupd'oeil sur ses monumens en les passant rapidement en revue ; npus stiivrons cette yille dans les époques les plus remarquables de son histoire.
Les Romains, sous les rois et dans les premiers temps de la république, construisirent peu d'édific^es considérables; quelques temples, des ouvrages d'utilité publique , voilà ce qui nous reste de cette époque : plus tard , on traça ces grandes routes de la solidité et de la magnificence desquelles nous pouvons encore juger aujourd'hui. L'usage des bains, les thermes , les naumacbies rendirent le besoin d'eau considérable dans une ville dont la population augmentoit rapidement , et les campagnes se .couvrirent de cette longue suite d'arcades qui eonduisoijint à Rome les sources limpides de Tibur, de Preneste, de Tusculum.
On n'élevoit aux héros du premier âge que des tombes modestes^ bien différentes de ces
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^^opstructions d'un temps plus récent y sur lesquelles on lit souvent des noms obscurs et qu'on cherche en vain dans l'histoire; peut-être la pierre couverte de mousse qui couvrit les cendres ignorées d'un Camille , d'un Fabius , sert-elle de siège au berger dans la campagne; peut-être est-elie foulée aux pieds dans les rues de Rome; peut-être £brme-t-elïe la base da tombeau de Tafiranchi d'un empereur.
La puissance de Rome s'accroit; cette ville victorieuse se couvre d'édifices superbes ; des citoyens dont les revenus et le pouvoii* égalent ceux des rois y les embellissent des ri- ^lesses de l'Asie et des chefs - d'œuvre de la Grèce. Marcellus transporte à Rome les statues et les tableaux de Syracuse ; Verres dépouille le reste de la Sicile des marbres, des bronzes, des peintures qui la décorent; Appius, pour rendre plus brillantes les fêtes qu'il donne au peuple pendant ^on édilité, enlève à la Grèce et aux S\^^ leurs trésors ; Lucnllus , au retour de ses campagnes contre Tigranne et contre Mithridate , déploie tout le luxe des princes qu'il a vaincus ; des cirques rassemblent pour les plaisirs du peuple les bêtes féroces des dé^ serls de l'Afrique; les rives de la Méditerranée se couvrent des palais des voluptueux habitans
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de Rome : la mer , dit Horace , est resserrée par les immenses constructioDs qui s'élèvent sur ses bords.
Le Panihe'on est le plus beau monument qoi nous reste des époques brillantes de Rome ; c'est un temple de forme ronde^ décoré d'un portique (le seize colonnes corinthiennes : la petitesse de la place sur laquelle le Panthéon sVlève y les masures qui l'entourent , les orneœens étrangers dont il a été surchargé, nuisent , au premier coup-d'œil , à l'impression que doit produire cet édifice d'une architecture si imposante et si simple ^ il faut le dégager par la pensée del mesquines décorations et des ch4tives constructions qui l'entourent , pour qu'il prodube tout son eSet. Il faut le contempler lorsque la lune éclaire ces colonnes vénérables par leur antiquité et leur masse prodigieuse , et que ses rayons^ pénétrant sons le portique, y forment des alternatives d'ombre et de lumière; il faut entrer dans l'enceinte silency^use du temple éclairé seulement par une ouverture de la voûte ; alors les bruits du jour, les cris du peuple n'importunent plus, et l'on peut passer en revue tous les siècles qui se sont éboulés depuis la construction de cet édifice : contemporain du premier des empereurs, monument
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de la gloire de son règne, î) a vu Auguste et Agrippa pénétrer dans «on enceinte ; il a entendu peut-être le premier refuser- la dédicace de ce temple. Téqioin des époques brillantes de Rome , le Panthéon Fa été aussi de sa déchéance et de ses malheurs; il Va vue pillée par des barbares qui contemploient d'un œil indifférent les beautés de son architecture ; de quelle révolution cet édifice devra- t- il être encore le témoin !
Le luxe augmente sous les empereurs ; chacun d^enx veut surpasser la magnificence des travaux de ses prédécesseurs* La colline que Roniulus entoura des sillons de sa charrue et qui formoit la ville entière , ne suffit* pas à l'habitation de Néron ; les débris de la maison dorée, des thermes de Titus, de Caracalla , de Dioclétien , subsistent encore. Le Colysée bâti par Yespasien est de tous les monumens de cette époque le mieux conservé; cependant les Barbares qui dévastèrent Rome sous le commandemept'de Totila , le dégradèrent en arrachant les bras et les clous de bronze qui lioient les pierres ; les rois goihs et les papes euxmêmes en démolirent une partie , et plusieurs . palais de Rome sont construits avec les matériaux enlevés à cet édifice. Le Colvsee est de
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forme ovale ; la place vide de rialérieur étoit destinée aux combats de gladiateurs et de béies féroces ; les gradins sVlèvent intérieurement du niveau de l'arène jusqu'à la partie la plus élevée ; l'on distingue les diOerens étages , la loge réservée à l'empereur; des herbes Jouffues, d^s, buissons croissent parmi les pierres , ta* pissent les arcodes, les voûtes qui se dégradent, et couronnent la cime des murailles* On peut encore parcourir les galeries, les passages, les vastes corridors où la foule se promenoil en attendant le commencement des jeux : le signal est donne, Ja multitude se précipite dans l'amphiihéâir^e ; cent mille personnes remplissent jusqu'aux gradins les plus élevés. Quel coupd'oeil imposant ! l'empereur , les sénateurs, les vestales ; on entend les hurlera^ens des bétes féroces retenues dans les souterrains, aigries par la captivité et la faim ; quelle agitation , quelle éuiotion, quel silence subit, que de cris lui succéderoni ! Ah I je ne veux point tracer ici l'image des jeux barbares dont l'idée $eule nous est pénible ; je voudrois , pour en effacer l'horreur, pouvoir rattacher à ces lieux le sou-r venir de cet esclave qui , livré sans défense dans une arène à un lion furieux , le vit s'arrêter tout- à -coup, se coucher à ses pieds ^
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comme un chien soumis , et qui reconnut le compagnon dont il avoit apaisé les douleurs et panse' la blessure dans les déserts (i).
Pendant le carême, un prêtre vient le di* manche célébrer un service dans le Colys'ée, qui se remplit de religieux de la confreVie du Gonfalon , masqués , vêtus de blanc y portant des flambeaux , et d'une multitude de peuple. Le prêtre s^arrête devant chacune des chapelles qui s'élèvent dans renceinle circulaire , et adresse des exhortations à la foule qui se prosterne à ses pieds. Les ruines qui l'entourent pourroient fournir au prédicateur des idées' grandes et religieuses. C'est après ses victoires sur les Juifs que Vespasien fit bâtir le Colyséie. La ville de Jérusalem est prise et ruinée, son temple détruit ; les malheureux faabitans accomplissant les prédictions de notre Seigneur, sont arrachés de leur patrie , conduits en cap*tivité à Rome; ils sont employés à la construction de cet édifice , 011 plusieurs chrétiens furent mis a mort.: ce s6l, sur lequel les pénitens se prosternent , a ete arrosé du sang de Tévêque
(i) Le trait d'Androcles se passa dans le grand cirque , dqnt une partie subsiste encore. Voyez Aulagelle, Ut. I, Ch. 49.
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d'Anûoche, saint Ignace; aujourd'hui c'est un temple de la religion qui y a été perse'cutée^ Lorsque le soleil est couché, la multitude sort du Çolysée, traverse en procession le Çarapo- Yaccino, et va se rendre dans une église; les chants du prêtre et ceux du peuple qui lui répond, remplissent l'ancien forum et retentissent jusque sous les voûtes du temple de la Paix et de celui du Soleil.
Les papes pour préserver des dégradations les édifiées anciens , les ont transformés en églises ; ils y ont fait élever des chapelles et placer des reliques. Sur la façade de plusieurs d'enir'eux , à côté du nom des empereurs , ou voit* une inscription qui annonce qu'ils ont été dédiés aux salints ou à la Vierge ; les ornemens du culte ôtent le plus souvent à ces vieux monumens une partie de leur majesté, sans y faire naître des idées de dévotion : la plus bizarre de ces associations d'objets sacrés et d'objets profanes est celle qu'offrent les colonnes Trajnnne et Antonine. Sixte Y a placé à leur cime les statues de St. Paul et de St. Pierre ^ l'humble pécheur de Judée et le dis* ciple de J. C. sont élevés dans les airs au-dessus des trophées et des bas-reliefs qui rappellent les victoires remportées par deux empereurs .sur les Daccs et sur les Germains*
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Les espaces immenses que couvroient les thermes et les palais des empereurs , ont été en partie rendus à l'agriculture ; des paysans ont défriché les avenues et les cours de ces édifices; les salles de. bains leur servent de serres, et ils viennent puiser de l'eau pour arroser les légumes à la source qui autrefois jaillissoit dans des bassins de marbre. Loi^sque vous vous présentez à la porte des thermes de Caracalla ou du palais de Néron', le laboureur quitte sa bêche pour. vous accompagner dans ces ruines, où des tapis de verilure .éraaillés de violettes et de pervanche^ ont succède aux pavés de mosaïques ; la vigne , les figuiers, croissent aux pieds des immenses débri3 de la maison doréç ; Iss aloës, les larges cactus, la ciguë verdissent sur la plate-forme du palais; d^s oiseaux pla* cent leurs nids dans les ronces, et des pigeonii qi^î habitent les appartemens abandonnés des empereurs, s^envolent à l'approche des hommes* On découvre quelquefois dans les ruines, des débris qui en attestent l'ancienne magnificence, des chapiteaux décorés de feuilles d'acanthe , des fustes de colonnes brisées, des corniches, des blocs de marbre sculptés. Ces ornemens ainsi laissés dans les lieux qu'ils décorèrent une &is, ne font-ils pas plus d'impression que s'ils