CHAPITRE VI
TiyoLi^ Bem^x^arts. — route de naples^
Il pus sortîmes de Rome par la porte Saint Laurent, pour aller à Tivoli ;, nous tra^versâmes un pays de'sert par une ronte couverte d'une poussière noirâtre. Tous les voyageurs qui ont donné la cfescription de Rouie ont parle de la tristesse de ses environs : un auteur eu pg^rticulier, doué de l'açt de peindre avec energîeL^ a f^it un tableau frappant de la misère et delà Repopulation de l'ancien Latinni (i) ; je ne puis cependant m'empêcher de revenir sur une ob- *8crvation si souvent présentée.
Les environs des piincipales villes d'Italie offrent tous un aspect différent. ,,
Sur la rive du magnifique golfe de Naples vit une population nombreuse ; les palais et les maisons de Poriici, de Résina, de Torre 4el GrsecQ , au pied du Vésuve, forment, sur l'espace de plusieurs lieues, comme le proloa-
* (i) Voyage dans le Latium , par M, Victor de BonsieUen. Pari\ çt Genève , che^ J.-J^ Paschouci*
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gement de la capitale 5 les cris d'un peliple toujours eu mouvemeot donnent une grande ûctîvite à ces beaux rivages»
La large vallée qui entoure Florence est d'un aspect agréable et champêtre; les promenades sur les bords de PÂrâo se remplissent le soir de brillans e'quipag'es ; le dimanche , les liabitans des innorubrables villages et des métairies qui dominent la ville, ise rassemblent aux portes de FlorencCk' Les prairies sont couvertes de jeunes paysannes d'une figure charmante, d'une parure soignée; tout indique chez ce peuple, connu par la douceur de ses mœurs, Paisancè et le bonheur»
La population de Cénés enfermée entre les.
flots et de hautes montagnes, se presse sur les bords de la mer. C'est sur le port que se dé-^ ^ ploiB l'activité des habiians; c'est là que l'on charge cette iiumense quantité de mulets qui parcourent hes rues étroites de la ville, et qui ce dirigent en longtie file dans les chemins escarpés de la Bochetta.
.: Les festons de vigne qui se balancent dans ïe^ plaines fertiles de la Haute-IlaUe , l'abondante des récoltes , les rivières dont on dirige le cours et qti'on fait serpenjier dans les champs €t les prairies , le grand nombre des feraies
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et des villages , donnent aux villes qu'ils entourent un air de décoration et d'abondance.
Il n'est sans doute qu'une seule ville, nonseulement dans l'Italie , mais dans le .monde entier, qui, pour faubourgs , n'ait qu'une suite d'antiques tombeau)^. Ordinairement la campagne fait naître des idées douces; les environs de Home n'inspirent que de la tristesse ; on en, voit quelques parties cultivées etensemence'es, mais on cherche en vain la chaumière du laboureur : point de ces jolies maisons de cam-
' pagne , de ces jardins couverts de fleurs et de légumes qui embellissent l'entre'e des villes; de longues routes solitaires s'étendent au loin dans ces vastes plaines, qui ne sont pas séparées pai^ des limites, comme si on dédaignoit d'en réclamer la propriété ; quelques églises et des ruines s'élèvent çà et là ; ces ruines d'édifices destinés à renfermer les cendres des ancietis Romains, devinrent un lieu de refuge lors des guerres du moyen âjge. On n'entend ni les
^ «bruits de la charrue, ni le flageolet klu berger^ nul mouvement champêtre , nulle activité commeréiale ; lé peuple de Qome ne sort pas î dés murs de la ville, et une des rues sert aiix pro-^ menades journalières des habitans.
Nous nous arrêtâmes à quelques milles de
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Rome pour voir nn petit lac foriiié par Vacqua Zolfa y qui répand une forte odeur de soufre dans les environs; ses eaux ont laissé des ii)<* crustations à Penlour des joncs et dès roseaux d'un marais voisin : sur les bords du lac croissent des herbes^ toiiffues dont les racines sont flottantes ; les pâtri&s en détachent des masses assez consideVables pour qu'elles puissent les supporter sur l'eau ; la verte nacelle , pousse par le vent qui tncKne les roseaux et les plantes aquatiques, va déposer le berger sûr la rive opposée, et y reste attachée jusqu'au monfent où un nouveau passage la ramènera sur ses premiers rivage^.
Nous descencttmes de voiture au bas du coteau de Tivoli 9 pour parcourir la villa Adriana; nous avions le bonheun d'avoir avec nous un des artistes les plus^ distingués de Rome, qui se préparoit avec une grande complaisance à nous donner des explications sur les. lieux que nous allions parcourir ; mais uii babillant tie la villa , jaloux de son rôle de Cicérone , interrbmpoit notre savant conducteur, réclamoit scm titre de custode, qui donnoit a Ini seùl^ disoit-il , le droit de parler; pour contredire les opinions de notre ami, auxquelles il voyoit^avcc peiilé que nous donnions plus d'attentipn .qu'aux
fr.
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6tem[i€s, il finit par lui dire en secreii: ce Jô vois bien que Vous en savez plus que moi, mais si vous dites tout^ vous m'ôtez mon gagne-^.
pain. »
La villa 'Adriana renferme les débris de lâ niagbifiipie maison de plaisance bâtie par Adrien^ dont Tenceinte avoit trois milles de longueur \ cet empereur avoit réuni dans le même liea des bâtimens faits sur le modèle des e'diBces les plus fameux de l'antiquité ^ le Lycée , le Prytanée,le temple de THessalie; on y montre les ruines de deux théâtres, des maisons de bains , de vastes enceintes pour les jeux , des logemens réservés aux gardes prétoriennes; qn a tire de la villa Adriana un grand nombre de statues qui sont aujourd'hui dispersées dans les diffeVentes parties de l'Europe.
Un examen minutieux de chaque fragment de mur est souvent fatigant ; l'imagination des antiquaires sel monte facilement, et lè specta*^ leur auquel on fait la description d'un édifice magni&qae^ regarde avec inqtiiétude autour de /Ijài ) et voit avec surprise que quelques pierres dut iervi dé tekte Auxamplifications dadémdnstrateur : lorsqu'on n'est pas accoutumé à faire .^es plans et à relever de% ruines, on a de la peine à replacer lont/de colonnes, tant de por*- *liques ^ sur une si légère base.
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Pour 0ioi, sans m'arrêler sur les détails, je clierchois h me représenter ces lieux tels qu'ils éioient'Iorsque le peuple de Rouie y etoit attiré par rédat des fêtes que les souverains y celébroient; je voyois les cours, les avenues remplies d'une foule immense ; de légères naitelles présentent l'image des cotùbatS/ dans l'enceinte destinée aux naumacbies ; l'empere\ir et ses courtisans , placés dans des loges à droite et à gauche , applaudissent aux efforts des combattans : aiy^urs , on voit des courses de charç ; des lutteurs ^e disputent le.prix de la force ; des coureurs rivalisent de légèreté : des acteurs, couverts des masques adoptés sur la. scène grecque et romaine, représentent les Pamphiles et le^rfi^brémès de Térence et de Plante.
Il reste bien peu de chose de tant de constructions, une végétation vigoureuse en couvre les débris ; on voit k leurs pieds des champs de^ blé , de blé de Turquie , de lupins. Les églantiers, lescyihises et d'autres buissons en Û^urs croissoient sur les arcades et obstruoient Pentree des salles de baiqs,. encore ornées d'arabesques et de peintures ; le mélange de feuillages de teintes différentes faisoit un effet charmant* au milieu des ruines : le soleil à son couchant doroit les antiques murailles qui s'élevoient aa
l5o VOYAGE EN ITALIE
milieu des légers oliviers, des figuiers , des pins à parasol, des sombres cyprès^ les oiseaux retires dans ces masses de verdure faisoient en* tendre leurs derniers chants; les laboureurs qiiittoient les carreaux qu'ils cultivoîent à côte du temple de Canope, et se retiroient charge's de leurs bêches dans le temple de Promélhée, den^eure de leur famille.' Voilà ce qu'est devenu le palais d'Adrien, voilà les scènes qui ont succède' à la cour d'un empereur* '
L'impression que produit une belle soire'e Gommuniquoit une teinte plus mélancolique encore à ces ruines déjà si mélancoliques pav les pensées qu^elIes faisoient naître.
Nous nous promeniotis en silence, ne demandant plus le nom et l'histoire de ces tt)nstructions ; c'est le vrai moment de jouissance du voyageur, lorsqu'il se livre atix réflexions que là grandeur du spectacle qu'il a sous les yeux lui a inspirées , et qu'il se laisse entraîner par elles; alors où évite toute conversation ; on se retire pour jouir de cette émotion, de celte espèce d'ivresse dueâ à cette foule d'idées qui vous dominent , et qui Vous transportent pour quelques instans dans xinè nouvelle enistence*
Nous remontâmes en voiture et nous arrî-* vâmes dans les rues étroites de la petite^ ville?
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de Tivoli ; la maison de l'aubçrge est placée à côte du temple dé la Sybille et au-dessus de la chute du Teverone : cous nou» endormîmes au bruit des eaux, nous croyant dans ces villages de la Suisse qui retentissent du fracas des torrens.
Le lendemain, une troupe d'ânes enharna-t ches se présenta à noi,re porte ; la coutume veut que l'on se serve de' ces humbles coursiers pour parcourir le vallon de Tivoli/ Nous nous acheminâmes sur un coteau séparé par le T«« verone de celui ou est située la ville ; nous des* cendions souvent de nos montures pour examiner d'anciennes constructions , des réservoirs d'eau, des débris d'habitations, des templesé On distingue deux manières de bâtir ches les anciens, Vopits reticulaîum et Vopua ineeriumf dans la première , les briques sont placées «vee une régularité' qui présente l'image d'un réseau et qu'on ne relronve pas dans les ouvrages de la seconde manière. v/
On donné à quelques fragmens de eonstruo^^ tiotts le nom de villa d'Horace. Cette villa est? , dans une situation charmante ; elle domine leb diutes du fleuve ; à« côté croissent d'imméfises touâ*es de cactus. £a descepidant k travers i» forêts de châtaigniers et d'oliviet*s, Ic^ vergers et les v^nes^ nous altcf^i||ni«s^)es botàs dit
l32 VOYAGE EK ITALIE
fleuve, tapissés d'one épaisse verdure, que le^ cascades eouvreot de rosée; la colline opposée offre le plus J^rillant aspect.
La ville se déploie sur le sommet f elle est divisée |>ar un pont élancé sur deux arcliçs : le Teverone se précipite dan» un fond que Ton liomme la grotte de Neptune; l'épais brouillard qui s^en échappe vient arroger des pentes de verdure où^l'on voit paître des troupeaux; dc5 pigeons sauvages qui nichent dans les rochers, voltigent au -dessus 'des eaux écuoiantes : le Teverone retombe de nouveau et forme les grandes'cascatelles; le fleuve reprenant ensuite un cours paisible , serpente au fond de la vallée» Là lûlle, en se prolongeant sur Tinelinaison de la. crête du coteatt»,sc teitnine à droite^par les restes d'une construction percée d'arcades que VoB nomme la villa der^Mécène : ce bâtimeni aijété métaœorpbodé.en jine forge^ où l'on travaille le miuérai tiré des terres duv^pviuce de (c^nino;* un torrent .encaissé dànSv des iitiurs jénoroies coule, vavec fracas dans l'ttHérieur de Jè^difièe, en ressort. pai\ une des ^eadesi^ise réf^and Je- long de la penl^ napide^du vallon, et £plrme(les,petiUià)t€ascatelIes à peu de distance ^les grapd^s. Qé, Jkrillant table^^'uiè^t courontié par.|e(^iniple«0faig«^tid^ la Sybillei.qui com-^
«lande la vallée, et par les terrasses diç Ja \m^ <l'£ste, qulVelètventen anipbubeâtre, à la somiiiit^ desquelles est place le palais. La colline est couverte <i'uoe belle verdure ; Tair est rar fraîchi parla poussière humide de tant de chutes et reteiitit du bruit majestuefux des eaux.
Des souvenirs intêressaus embellissent ces lieux ; c'est .là que Pr6perc0 et Catulle célébrèrent ces femmes charmantes qui leur ^utient rim mortalité : peut-on n:e pas penser .à Horace, en voyant ces bosquets qu'il a chantés et. ce fleuve qui depuis lui n'a cessé d'^brànUr de $a chute les rochers qiaî reaviiH>miep^t ? Ces lieux ont été couverts des habitations des grands de Ron>e ; Auguste venoit.^'y délasser des ^ayai^x de l'evnpire. On iiiontre les maiftoi^s decai^i-^ pagne de Brutus cl de Cassius^où fut tramée la conjuration contre César. On a découvert, à quelque distance de Tivoli les r^ti^ (de Ja vij/a <]u'Au rélien donna à Zénobie ; ceitçreiiipf superbe de l'Orient, après avoir décoré ]e triomphe de son vainqueur , pass^ 4ans ces lieux j^s derniers jours de sa vie, se rappelant les leçons de Lôngin pour supporter ^-^vissi gr^nd$ rey,e^.
On notis montra l'e^ndroit ou l^^s^^ues d^s neuf Muses ont été trouvées.* IJn pjjî^seur, forcé par l'orage de chercher tm abri.so^s ou
l54 rOYAmn EK ITALÎB
£irbre , jremarqua qu'un petit ruis^au qui cou- Joit k ses pîeds disparoissoit tout-à-coup dans une excavation du terrain ; à la lueur d'un flambeau , il y découvre des statues : ravi de ce
bonheur inespéré, il ne précipite rien, et forme tin plan de conduite pour n^étré pas obligé à partager le trésor avec le propriétaire du sol^ qui auroit eu droit à la moitié ; il annonce publiquement son intention d'acheter un petit champ eu tout semblable à celui qui renferme les statues ; on lui en offre plusieurs , il les re-^ fuse. Enfin le propriétaire attendu se présenté;
le chasseur 9 quelqne temps après, témoigne le désir de construire une maison sur sa noui^elle acquisition. L'édifice est comtnencé , l'indifférent possesseur ne va .point inspecter les travaux; mais un jour on lui annonce qu'un
> obstacle imprévu arrête les ouvriers, sur la
-direction d'un des murs le terrain est eitcavé à-iitie graftde profondeur* A cette nouvelle, il se plaint de son malheur, il dit qu'il faut toiit abandonner $ on lui répond qu'on peut remé-
' dier au mal en jetant de ^ides fondemens; il
y consent : et quelle est sa surprise , lorsqu'on
\ient lui aiifioncek- qu'on a trouvé des statues !
Nous dtnaaiés au pied du temple dé la Sy-
bil^e y voyant le Teverone se briser à nos pieds ^
BAKs l'année i8i5. i35
et autour de nous un amphilbéâire de collines couvertes d'arbres et d'habitations » dominées par des montagnes arides* Nous cjuiitâioes avec regret ce beau pays^ pour rentrer dans les plaines €{ui entourent Rome.
Il nous reste à considérer Rome sous un > nouveau point de vue; a m trophées de son ancienne gloire, au rôle politique que la suprématie de son éveque peut lui faire jouer encore aujourd'hui y ceiie ville joint l'avantage d'être l'école des beaux-arts popr le monde : lors de la renaissance des lettres, la munificence et le luxe des papes y attirèrent les artistes les. plus distingués de l'Italie^ Ceux qui vinrent étudier de si grands modèles laissèrent eux~niéme$ de leurs ouvrages dans Rome. Les jouissances que donnent les beaux -arts dévoient être recher*chées par ces princes de l'Eglise, dojat les richesses étoient immenses^ que leur dignité éloi- . gnoit des plaisirs trop bruydns et ramenôit à l'étude. Des familles enrichies par l'élévation .. d'un de leurs Qiembres sur le siège papal, décorèrent le^rs pakds de chefs-d'qeuVre; les sociétés religieuses consacrèrent leurs revenus à^ eoibellir leurs couvensf les décimes et \^% \f,o^ . dbltsdes indulgences de toute l'Europe payoient les travaux de Michel Ange et de Raphaël dans
' l36 VOYAG^ EN ITALIE
Rome ; le Itfxe des arts devint celui des Ro-. taaîns. Le, vDyage à Rome est pour les artistes un pèlerinage oblige' ; ils vienfient y chef cher non-seulement de grands'modèles , mais encore ^ des directions, de Tencouragement ,l'eiiihousiasm'e pour les arts. Que d'hommes qiri ne croy oient passer que quelques jours dt^ns cette ville , y ont fixé leur résidence. En lisant Fhistoire des artistes, des antiquaires, combien en verroiis-nous qui , bravant des. obstacles qui paroiss<)ient irisiirraontaWes, ont quitté en secret leur patrie pour se rendre ii Rome: le célèbre Tinckelmann , en s'éloignaiat des objets chéris vie ses -ëtndes, est attaqué d'une profonde mélancolie qui le force à reporter ses pas vers les contrées hors desquelles il ne peut plus vivre. C'est pour les jeunes-gens dont- la fortune Seccmde mal les heureuses dispositions, que la France a fondé une école à Rome; là*, ceux qui ont donné dans leur pairie dès preuves d« leurs taled^, sont entretenus aux frais du gouverneméht ; ilà y isont surveillés pur un directeur qui leur sert de pèiref et <jui les guide dans * leurs trataux : chabun d'eui , Sans doute , en recevant cette flatteuse récompense, sent dans son cœur le besoin de rendre'*un jour à sa patrie ce qu'elle a fait pour lui , et de réaliser
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l'espoir qu'elle a fondé sur ses talens. La France a recueilli Je fruit de cette idsiitution libérale et paternelle ; c'est à Fécole de Rome qu^est due en partie la grande supériorité de l'école de peinture fraiiçoise actuelle \« sur celle des autres nations.
Quelle doit être Fémotion du jeune habitant des pays septentrionaux , qui y entraîné par uq goût que rien n'a pu combattre , entre dans cette ville , dont depuis long- temps il n'entendoil pas sans soupirer prononcer le nom! La voilà cette cité qui a été habitée par tous les grands artistes, oii ils entrèrent jeunes^ sans nom comme lui , et où ils acquirent l'immoHalité; la voilà ornée des chefs-d'œuvre de Michel Ange, d^ Raphaël, du Dominiquin. Ici tout lui parle de son art; il est entouré d'hommes qui déjà se sont distingués dans la carrière qu'il va parcourir ; un jour il obtiendra le rang dont ils jouissent. Pourquoi même n'égaleroit-il pds ces maîtres illustres, dont on ne prononce plus le nom sans respect? il est jeune, plein de forcé et de courage , quels obstacles pourroient l'arrêter ? Ah ! qu'il lui tarde de reprendre le pinceau et d'imprimer à son ouvrage ce caractère sublime qu'il n'a pas connu jusqu'à présent , et qu'il vient aujourd'hui seulement de
l38. VOYAGE EN ITALIE
comprendre. Helas^ il ne pensée pas que plii'' sieursde ces horpmes célèbres acbelèrent chèrement la célébrité accordée à leur mémoire ; il ne pense pas que des rivalités, des dégoûts,. la pauvreté empoisoqnèrent souvent une existence qui lui paroît si digne d'envie : mais, dans Fardeur qui Tanirae , il demanderoit, même k ce prix , une gloire égale à la leur ; créer des chefs-d'œuvre lui semble une compensation à tous les maux.
La sculpture, est maintenant à B-ome dans une époque brillante; pl^isieurs artistes du Nord y suivent les traces du pi^emier sculpteur mpderne, Ganoya, Les tombeaux me paroissent une des plus belles productions de cet art. Il est intéressant, en parcourant les ateliers, de passer en revue ces monumens des regrets d'une famille, de là reconnoissance d'une nation; ces souvenirs d'un sentiment qui survit au trépas ont quelque chose de noble et de touchant.
Une mère rendue à la santé par les soins de ^a fille qu'elle a eu le malheur de perdre, fait graver sur le marbre l'image de son enfant ^ qui veille autour d'elle. Ailleurs, le génie de la mort, là tête baissée , conduit par la mdin une jeune fename , et l'entraîne doucement do mi- . lieu de sa ffijnille , qui veut eu vain la retenir.
DANS l'année i8i5. iScj
Il y a quelques aonëcs que les sculpteurs s'éloignoienl de cette belle siaiplicîlé ; ils gâtoient leurs ouvrages par des omemeus de mauvais goût ; ils represenloient lai mort sous la figure d'un vieillard sévère arme d'une faux, ou d'un hideui squelette qui entraînoit sa victime dans une tombe ouverte. L'image de notre destruction est trop repoussante , pourquoi la rappeler quand on veut faire naître des impres^ons grandes et relevées ? pourquoi associer des idées pénibles au souvenir de celui dont on veut éterniser la mémoire ? ce sont ses vertus qu'il faut retracer. Aujourd'hui des figures de femmes d'un earaclère noble , représentant la
, justice, la religion, la charité en deuil, veillent autour du tombeau , le protègent , l'honorent dé leurs larmes : la mort est représentée sous la figure d'un jeune homme d'Une expression grave et mélancolique;- le flambeau de la vie s'éteint . à côté de lui; il tient une guirlande de pavots,
/ image du sommeil;
I^e tombeau de Clément XIII dans l'église
de St. Pierre, est un des beaux ouvrages de
Canova; la statue du pape est placée dans la