partie la plus élevée , 11 prie avec ferveur ; la
. religion , sous là figure d'une femme , la tête
, ornée de rayons , est debout au l>as du tom*^
34o VOYAGE EN ITALIE
beau ; vis-à-vià , le gëoie de la mort couché ; deux lions gardent le monument : l'un est endormi, l'autre relève à demi sa tête et veille sur le dépôt qui lui est confié*
L'église de St. Pierre est ornée des tombeaux de plusieurs des derniers papes; et lorsque le pontife nouvellement élu vient se placer 'sur le trône à l'extrémité de la nef ^ il découvre à droite et à gauche , sous des immenses chapelles, les marbres qui renferment les cendres de ceux qui Font précédé ; tant de monumens funèbres doivent lui retracer le néant de la gloire , la courte durée de son règne : pour un pape , le trône est bien près du totnbeau.
L'exaltation du souverain pontife est annoncée à Rome par l'artillerie du château Saint- Ange ; il reçoit à St, Pierre l'adoration des anibassadeurs , de^ prélats et du peuple : en ce moment solennel , des religieux vieillis dans la retraite se trouvent tout-a-ëbup souverains ; plusieurs d'entr'eux soupiroient depuis longtemps pour <;e poste éminent ; d'antres , à la pensée de la grandeur de -leur itâehe <et du compte qu'ils devronten rendre, ont éprouvé nuP* sentiment d'eflroi , et ont mouillé de leurs larmes ces ornemens dont on les. décoj*oit contre leur volonté. Confondus dans la foule,
DANS li'ANNÉE l8l5, l4i
<le «impies religieux considérant de loin cette, cérémonie, pensent qu'ils pourront un jour être aussii Fobjet de si grands honneurs : que de vceui: secrets n'ont jamais été exaucés et sont restés ensev.elis dans le cœur de ceux qui, les ont formés !
En parcourant la ville de Rome^ on est étonné de l'importance que les papes ont mis k attacher leur nom aux moindres ouvrages qu'ils ont fait construire ; eSrayés sans doute de la courte durée du règne de leurs prédécesseurs, ils se sont hâtés de laisser des traces de leur existence : un mur, une simple fontaine sont réclamés par eux, et une pompeuse inscription en rappelle le fondateur. On a cherché les termes les plus magnifiques pour ]*ehausser [l'importance d'poe construction qui pourroit être l'ouvrage d'un sir^pfe particulier : C* est la munificence de Clén^eni ou de Benoit gui a enrichi la ville de Rome de ce monu-nient. — Sur le§ ouvrages de l'antiquité y les* soms et les titres du restaurateur occupent plus dé place quç ceux du modeste fondateur, qui souvent s'est laissé ignorer et qu'il a fallu de- 'viner.,
La magnifique fontaine de Treyl est un des beaux oruemens d^ Rome modernç^ mais trois
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papes semblent ^e disputer la gloire de sa construction. Une inscription annonce que Clément' XII a fait venir la sourte et a commencé Pouvrage ; une seconde, que Benoit XIV l'a continue; une troisième 9 que Clément XIII y a ajoute quelques ornemens.
Le style lapidaire, si concis chez les anciens, * se prête à Rome aux éloges que le constructeur se donne à lui-même et qu'il devroit laisser faire aux spectateurs.
On lit sur l'architrave de la façade de St.
Pierre, en lettres immenses :
In HONOREic Prikcipis Apostolorum, pAVJéUS y BuRGHEâiua R0MANU8 , Pont. Max.
AnNO MDCXII ; PONTIFICATUf VIL
Paul V a-t-il voulu ravir à ses préde'cesseur» la part qu'ils avoient eue à cette gigantesque entreprise, qui avoit de'jà coûte un siècle de travaux?
Des, papes des derniers siècles, Sxte V, malgré la courte durée de son pontificat, est un de ceux qui ont le plus contribué à l'embellissement de sa capitale; il a élevé la coupole dé St. Pierre ; il a fait placer les obélisques de St. Pierre , de la porte dii peuple , de St. Jean de Latran et de Sainte-Marie-Majeure j il a cons-^
DANS l'année i8i5. i43
truit la fontaine nommée Taqua Felice , dont il a amené Veau avec dé grandes dépenses à Rome. •
L'administration sévère au moyen de laquelle Sixte V sut ramener l'ordre dan| ses États ^ et l'adresse avec kquelle , avant son élévation , il voila ses desseins, l'ont rendu plus remarquable encore ; et lorqu'on le voit parvenir à la dignité qu'il avoit achetée par quinze anne'esi de dissimulation , par une vie entière de contrari^'tés^ et dont il ne devoit jouir que cinq ans , on a de la peine à comprendre la persévérance d'une semblable ambition. Né dans la pauvreté , il sentit dès son enfance le besoin de sortir de l'état où la nature Favoit placé. Son ambition se borna d'abord à être admis comme simple religieux dans un couvent où il avoit été recueilli par pitié j mais cet homme si fier, si avide du pouvoir, si digne de l'obtenir, enfin revêtu du froc , se vit soumis a une dépendance qu'il ne connoissoit pas lorsqu'il conduisoit son troupeau dans les campagnes : dès qu'il chercha à s'élever au-dessus de la foule ignorante des moines, il s'attira la haine que le désœuvrement fait naître dans les cloîtres. Aigri par les contradictions et les châtimens que lui attiroiént sa roideur et son v^docilite*^, il comprit que ce
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n'etoh que par un changeaient total qu'il pourroit parvenir au but dont il' étoil si éloigné ; alors il fit taire ses passions , d'autant pi us fortes qu'elles ne recevoiept aucune distraction dans sa cellule ; il se soumit aux humiliations et aa mépris ; il imposa silence à la haine et a la vengeance, épreuve cruelle pour un copur comme le sien. Lorsqu'il fut parvenu au poste où la . supériorité de son esprit lui commandoit d'atteindre, son naturel, loin d'être amorti par une si longue contrainte, reparut avec d'autant plus de force qu'il avoit été long-temps comprimé j il usa avec d'autant plus de rigueur du commandement, qu'il avoit conan long-temps l'obéissance: il déploya sur le trône des lalènç qui l'ont placé dans le nombre dés grands souverains, et qui jusqu'alors n'avoit fait de lui qu'un moine indocile , un prélat faux et dissimulé.
Je ne me hasarderai point à parler des tableaux fameux que Rome possède ; les frasques ^ 'du Vatican , celles des palais Farnèse, ont souvent été décrites. La gravure a fait connoître h. ceux qui ne sont pas venus à Rome,, ces ouvrages, gui 5 par leur nature, sont inaliénables. On connoit cette aurore du Guerchin qui s'élance au-devant du char du Soleil ; ^elle répand des fleurs sur la terre, que l'on voit dans fen-
DANS li'AKNÉE i8i5.î 145
foncement, au-dessous de la nuée qoi soutient ]e biillami cortège du dieu du jour. La galerie du palais Farnëse est ornée des fresques des peintres les plus célèbres de l'école de Bologne; c'est la qu'on voit Gataihée , qui vient écouter les chants du Cyclope qui soupire pour elle. La nymphe de la mer, entourée de ses com pagnes , glisse légèrement sur l» surface des eaux ; ses cbeveui sont encore humides de Tonde dont elle vient de sortir; ses vétemens, qui flottent au gré des vents, forment, au- dessus de sa tête , une voile qui entraîne son char attelé de chevaux marins. Le couvent de St. Grégoire contient des ouvrages du Dominiquin et du Guide ; on va voir dans la villa Albani les muses de Raphaël Meogs. Rome , qui étoit privée , au nfoment de notre séjour, de plusieurs de ses tableaux les plus célèbres, en renfermoît de très - marquans dans les galeries Colonna , Doria, Rospigliosi , Corsini , etc. ; mais les voyageurs qui n'ont pas des connoissances trës-approfondies en peinture , donnent ordinairement trop peu de temps à ces chefs-d'œuvre pour pouvoir les apprécier, et surtout pour les décrire et les juger. Se croira-t-on , après un examen de quelques minutes, le droit de critiquer un ouvrage qui peut avoir coûtée des
ÎO
l46 VOYAGE EN ITALIE
mois de meditatîoQ et d'exëcutioo à un peintre dont la réputation est déjà faite depuis longtemps? La première vue d'un tableau un peu complique est toujours un moment de légère fatigue : il faut se pe'né^rer du sujet , çonnoîlré les personnages, deviner l'intention de rauieur : plus on contemple un beau tableau ^ plus 8a éprouve de jouissance ;*on découvre peu à peu des détails qui avoient échappé, et de nouvelles nuances dans les physionomies ; on comprend Faction qtii a pre'cédé celle qui est de'peinte et celle qui doit suivre. Dans un paysage , on se transporte sur le lieu de la scène , on accompagne les personnages que le peintre y a placés; on les suit au-delà même de's bornes du tableau; on pénètre avec eux dans le bois touffu dont Vartiste n'a pu représenter les sombres retr^tes, mais qu'il a laissées deviner.
Pour recueillir quelque fruit et quelque plaisir de ses promenades dans les palais et les atteliers, qui forment une grande partie des occupations des étrangers en Italie , il faut avoir un guide instruit qui puisse vous diriger : j'ai eu le bonheur de trouver chez mes amis les lumières qui me manquoient. J'éprouve un sentiment de pitié' pour le voyageur qui , sans ^ucun goût pour la peinture , sans direction
BAKS i.'anké£ i8i5. 147
et sans connoissances ëlémenuires , arrive en lialie y et se voit coûdamnë , par respect pour la coutume ) àx^onsacrer ses matiDées à visiter les galeries , livré au custode dont, depuis bien xles années, le métier est de faire parcourir aux curieux les difleVens appartemens du palais : docile à la voix de son guide, ii s'approche d'un tableau, on lui en nommel'^uteur, il s'en éloigne pour passer au suivant , qu'il considère et qu'il quitte avec la n)éme indifierence, sans que le nom dujieintre, la touche de son pinceau , e:sçitent son intérêt, le retienne plus long^temps, lui ins^ pire quelques réflexions : fatig^ié d'une succès^ sion de figures et de paysages qui ne réveillent chez lui d'autre impression que celle de l'ennni ^ il voit avec effroi la longue enfilade de salles qu'il a encore à parcourir; il calcule le nombre des tableaux qull n'a pas vus , il soupire après le moment où la tâche qu'il s'est imposée sera -achevée, et où il remerciera son guide, en lui remettant la gratification d'usage.
Je ^e conseille pas à ce novice amateur des arts , de hasarder son opinion et de chercher à rompre un silence qui lui est à charge , par quelques reflexions critiques; en vain aura*t*il choisi le tableau le plus détruit, le plus noir de la collection , pour en faire l'objet de sa
l48 VOYAGE EN ITALIE
censure , le castode , qui a déjà jugé du peut d'étendue dé ses connoîssauces, s'écrie que c'est UD Caravage , un Yalentm ^ un Bassan , un des< morceaux les plus estimés du propriétaire , les plus àdnfiirés des amateurs. L'étranger, confus^ regrette d'avoir fait une remarque si peu favorablement accueillie ; il est surpris de l'énorme quantité de Raphaël ^ de Gaerdbin , de Guide que les palais renfermeiit; la fertilité de ces maîtres Tétonne encore plus que leur talent ; il ne sain pas qu'il eiListe des artistes qui se •vouent à contrefaire les grands modèles , qui imitent jusqu'à leurs défauts,. qui, pour mieux tromper , savent donner à la toile l'apparence de la vétusté'. — J'ai vu à Rome un peintre <j[ui, du matin au soir , iaisoit des Yernet.
Non*seulement Rome attire les peintres qui, se préparant à traiter les sujets de l'histoire ancienne , viennent chercher, au milieju des monumens et sur le sol que les Romains ont habité , de grandes pensées et d'heureuses inspirations; mais cette ville est constamment habitée par une JEbule de peintres d'un genre moins élevé qui y trouvent mille sujets pour eiercer leur pinceau. Les grandes masses d'architec-* tare y décorées de feuillages , embellies d'une , teinte antique j les beaux temples modernes.
DANS l'année î8i5. i49
qu'animent les cérémonies du culte catboKque ; les costumes des habitans et leur physionomie pleine d'eipression ;x les vêtemens pittoresques des moines; les cascades de Tivoli et de Terni; lés bords du lac de Bracciapo; les belles lignes des constructions italiennes ; les teiptes chaudes du ciel du midi, sont des ressources inépuisables pour les peintres.
Dans les atteliers , dans les magasins , sur les portes des boutiques , partput on voit ré-^ pétés les monumens de Rome; la gravure, de légers lavis les reproduisent ; les fabricans de mosaïques sVn emparent. Le t^emple de Vesta, le Panthéon , le colysée , empreints sur des médaillons et des colliers, sont destinés à orner le cou, à briller dans les cheveux d'une femme du Nord , qui n'a peut-être jamais entendu parler de ces débris de l'antiquité. Ces expositions font des rues de Rome comme un mu* seum; on y voit le campo Vaccino, la gravure d'une fresque de Raphaël, celle d'un monument élevé par Canova. Des peintres ont pris dans les scènes ordinaires de la vie des sujets heureux : une femme à genoux devant le berceau de son enfant demande l'aumône avec cette véhémence qui appartient à la nation italienne ; on croit entendre ses cris toucbans : une famille
l5o TOYAGE EN ITALIE
de passagers prie devant, une kriadone peinte sur le mur, éclairée par une lampe, tandis qu'un paysan arrête son âne dans le chemin, et se découvre avec respect devant l'image dé la vierge : un moine répand de l'eau bénite sur une tombe : une paysanne de Tivoli se repose
^ sur une éolonne , et place son panier sur un chapiteau.
Je dois quitter Rome ; la courte durée du séjour que j'y ji fait ne me donne pas le droit de m'étendre davantage sur une ville qui a été si souvent décrite. Parmi tant . d'écrivains qui ont traité le même sujet , il en est un qui se distingue par l'éclat de son imagination , et vers lequel le voyageur, souvent fatigué de détails secs et minutieux ou de phrases ambitieuses et stériles, vient chercher des pensées grandes : une femme eélèbre a renfermé dans lé cadre
, d'un roman, la description de ce que Plialie offre de plus frappant. Elle a su profiter des différentes situations de ses héros, pour colorer le pays qu'elle décrit ; ainsi Corine , dans ses jours de gloire , parcourt Rome et Naples , si favorisées par la nature; le^ sombres canaux de Venise, qui laissent chez tous les étrangers une impression de tristesse , s'obscurcissent encore des regrets et des funestes pressentimens des deux amans au moment de leur séparation.
DANSL^AKNÉE l8l5. l5l
On a blâmé les auteurs qui out rattache la description du pats qu'ils vouloient décrire, k une intrigue romanesque ; un semblable ou^ vrage présente un intérêt divisé et sans cesse interrompu ; on craint que des aventures imaginaires ne nuisent à la simplicité' et à la ve'rité du récit. Mai^ quelle ressource pour un «crivain distingué ! quelle vie cet intérêt n'ajoutet-il pas à des descriptions locales, soit que Ton fasse contraster la tranquHliié de la nature avec le trouble d^lne passion , soit que l'on trouve dans des scènes imposantes et dans le bouleversement des élémens, une harmonie avec les agitations du cœur.
On va. chercher dans la plupart des ouvrages qui Ont été écrits sur l'Italie, des noms , des faits, des dates ; dans celui de M."^ dé Staël , les réflexions que la vue de tant d'objets dlfférens peut faire naître : le voyageur , en le lisant , y retrouve les impressions qu'il avoit éprouvées , mais dont souvent il ne savoit pas se rendre compte. Quel plaisir pour lui de voir si nettement, si brillamment présentés des aper* eus qui, tropfoibles et à demi-formés^, se seroierit bientôt évanouis ! n
Ce n'est pas sanè peine que l'on se détermine à quitter Rome ; en parlant, nous comptions y
iSa VOYAGE EN ÏTAIilE
être de retour au bout de peu de jours : combien nos regrets eussent ete' -plus grands si nous eussions su que les circonstances ne nous perxnettroient pas d^y revenir ! La dernière soirée de noire séjour , nous allâmes dire adieu à ces ruines que nous avions souvent visitées ; nous entrâmes dans quelques-unes de ces églises qui sont si multipliées dans les places désertes au- Gela du Capltole : celle de San Stephano rbtundo nous fit une grande impression. C'est un an^en temple qui a été converti en église : elle est de forme circulaire ; la voûte est soutenue par un double rang de colonnes : la foible lumière qui pénétroit par de petites fenêtres fort élevées ^ donnôit à Timérieur de cet antique édifice, un aspect imposant.
Nous entrâmes dans la villa Maltei , qui a été réparée et ornée pour servir d'habitation au prince de la Paix : des bustes, dés obélisques, des fontaines, de beaux cyprès, des terrasses, )a décorent. De cette villa , bâtie sur une émiuence , on domine une grande partie de Ronje : on découvre l'enceinte des murailles d'Aurélien , la pyramide de Caïus Sextus , les thermes de 'Caracalla ; dans la campagne, le tombeau de Cécilia Metella au milieu des ruines j dans le lointain, les collines de Fras-
DANi^ i^'aknée i8i5. ■ i53
cati ; dNjin autre côte , la villa Mellini , lés statues d'Apôtres et de saints , qni , placées sur le faite de l'église de St. Jean de Latran, se dessinent dans les airs et semblent s'ëlancer vers le ciel. Celte confusion de ruines, de palais, ide clochers , de statues mêlés à la verdure des pins de quelques villa et des palmiers des jardins, des couvents, faisoit ^ au coiicber du soleil ^ un effet remarquable.
. Que de tableaux différens ! Ce n'éioiedt pas seulement les monumens de l'empire romain , que nous avions sous les yeuï, c'e'toîent encore ceux de Rome triomphant ^dans le moyen âge.
L'e'glise de St. Jean de Latran,Ia première des basiliques, le siège épiscopal du pape, l'ancienne cathédrale du monde chrétien , s'élève » côté des mines des constructions des Césars. Cédée par Constantin au pape Silvestre, ainsi que le palais de Latran, qui fut la demeure des pontifes jusqu'au temps où ils se fixèrent a Avignon, cette église a donné son nom à cinq conciles généraux; elle a été le témoin du prodigieux accroissement de puissance des évéques de Rome.
Dans le second concile de Latran *, convoqué par Innocent II en ii7g, près de mille prélats se trouvèrent rassemblés. Dans le troi-
l54 VOYAGE BK ITALXB
sième, les évêques de Tyr , de Bethléer» et d^uutres évêques oneqtaux,se réunirent à ceux, de louterEurope. Les patriarches de^Consiantinople et de JeVnsalem assîstërent'au quatrième concile ; ceux d'Alexandrie et d'Antîoche y envoyèrent des députes. On y vît les ambassadeurs de l'empereur de Constantinople , du roi des Romains ) des rois de France , d'Angleterre , de Hongrie et deaous ces royaumes du Levant auxquels les croisades avoient donné naissance.
Dans ces conciles , on méditoit de nouvelles •expéditions à fci terre sainte ; on élevoit des barrières aux projet^ ambitieux des empereuqj d'Allemagne ; on y décidoit de ces'^articles de foi dont la discussion agitoit le monde chré-^ tien : TËurope avoit les yeux fixés sur ces réunions solennelles, on tous les royaumes^ toutes les principautés avoient des représentans : une foule d'ecclésiastiques subalternes, la suite de tant de prélats et d'ambassadeurs, remplissoîent ces places maintenant désertes, ces palais qui tombent en ruine, ces églises aujourd'hui aban^ données.
Nous reprîmes de nuit le chemin de la place d'Espagne ; nous traveisâmesleCainpo-Vacciûoj la niasse sombre tiu Colysée se dessinoit sur un ciel pur ; on respiroit le parfum des buissons
BANS li'ANKlÈE l8l5. l55
en fleur qui croissent sur les ruines; le chani du rossignol erle coassement des grenouilles se faisoient entendre dans les campagnes.
La route de Rome à Naples passe sur le coteau d'Albano 5 traverse la petite ville de Laricia, et par des collines et des vallons d'une verdure agréable, conduit à Velleiri, à Penlrëè des marais pontins. Nous cheminâmes quelque temps, en sortant de Rome, entre les deux rangs d'une colonne de troupes napolitaines qui al* loiqnt renforcer Farmée de Murât dans le nord de ritalie. A Velleiri, le pays change, devient plat et marécageux ; Faunosphère , pesante et malsaine , invite au sommeil ; on atteint en*^ suite la belle chaussée x^oristruiie par Pie VI , qui se prolonge jusqu'à Terracine sur un espace de plusieurs lieues : ces marais dont on parle avec effroi, sont d'un aépéci charmant. A notre gauche , nous voyions d'immenses prairies couvertes de troupeaux de bœufs, de jumens suivies de leurs poulains , de buffles au regard fé-^ roce , la fumée des joncs auTTqnels on avoit mis le feu , montoit dans l'air ; ça et là s'élevoient quelques huttes faites de roseaux. A droite , une verdure épaisse couvroit ces terrains inondés ; d'immenses ronces , des lianes atteignoient les branches des ai*bres. Nous
l56 TOYAGE EN ITAI/IË
cheminioDs rapidement sur une chaussée plm unie que ]es promenades des villes , ombragée à droite et à gaucbe par un double rang d'orn)eaux; un canal le long de la route receyoit i'eau dés prairies.
Tout-à-coup Faspect change ; les marais disparoii^sent , le pays se resserre ; on voit la mer en face ; la ville de 'Terracine paroît sur de hauts rochers, aux pieds desquels de grands bâtimens , la maison de l'auberge et celle de la douane forment une *place terminée , d'un côté par lé rivage , ^ Tautre par la montagne tapissée d'une immense quafHité d'aloès et de cactus à larges feuilles; on montre sur ces rochers des restes de constructions qu'on dit êlre l'ancien palais de Théodoric , roi des Goths.
La place étoit remplie des équipages d'un général napolitain qui se rendoit à liarmée , 6uivi de ses aides*oe-camp. La route de Naples , était alors infestée de brigands : avant de quitter Rome , nous avions appris que phisieurs voya<geurs partis de cette ville avoient été arrêtés. A Vçlletri , des passagers nous donnèrent des nouvelles plus inquiétantes encore : quatre voitures, à leur sortie de Pondi , avoient été attaquées par une troupe nombreuse de bandits ; les voyageurs ; en se défendant , avoient blesse
DANS l'ann^je i8a5- 167'
«quelques-uns des assailldos; ceux-ci, furieux, avoient tue deux gendarmes , deux postilloDs, maltraité les voyageurs et pille leurs effets. Ceux qui lious faîsoient ce récit avoient vu, le malin même, les corps morts encore étendus dans la route : cooime des gens qui vieunent^d'e'chapper k UB danger , sont un peu disposés à exagérer le péril qu'ils ont bravé, nous nous déBâmes de leurs nouvelles , inais ell^s se confirmèrent sur la toute. Nous prîmes conseil à Terraciqe sur ce que nous devions faire ; dans une des voitures qui siiivoieat la nôtre> étoit une dame romaine qui n^étoît plus jeune , et qui, par ses prétentions, amusoit les voyageurs; elle étoit accompagnée d'un jeune napolitain dont ellee^igeoit des attentions. Le Napolitain étoit assez soumis Iqrsqu'il étoit seul avec elle , mais , réuni aux autres , ses égards diminuoient , et il cédoit .à Pimpulsipu générale ; alors la dame entroit en fureur et s'écrioit en soupirant : j^h ! si J^auois vingt ans de moins! Comme elle paroîsssoit la plus effrayée , on pe lui épargno^t pas les descriptions des dangers de la route; elle se faisoit , des attentats, des brigands , des craintes qu'elle n'eût raisonnablement pas dû concevoir. La proposition d'un général qui retournoit à Naples, dé prendre place dans une
î58 VOYAGE EN ITALIE
de nos voitures • et de se faire suivre de son escorte, leva toutes les difficultés, et nous nous achemioârues dans la routé qui tourne le rocher de Tèrracine, pr^'cëdés d'un piquet de gendarmerie*
Madame dé Staël a fort bien rendu 11mpression qu'on éprouve en dépassant Terrabin^. Le passage du nord au midi se fait sentir toutà-coup; l'aspect du pays change complètement. Mais dans ces lieux si favorises de la nattA*e , on est étonne de voir régner la misère. Sous les vergers d'orangers , babiteot des hommes .dont les vétemens annoncent une* grande pauvreté } un morceau de cuir fixé par de petites cordes qui s'entrelacent autour de leurs jambes, leur sert de chaussure. Les petites villes de Fondi et d'Itri ont l'air misérable ; on dit qu'une partie de leurs habitans sont les espions et les complices des bandits qui infestent presque habituellement le pays. Le général napo* litain nous ayant quittés à bondi, nous fîmes précéder notre voiture par une escorte que nous demandions aux diflérens corps-dé-garde placés sur le chemin ; ces corps-de-garde établis de la veille par ordre du gouvernement, . n'étoient que des huttes faites de branchages.
Rien de moins imposant que notre escorte;
BANS l'année i8i5. i6g
elle étoit conipase'e d'un ou deux véleVans vêtus d'un ancien uniforme, el d!un p]us grand nombre de paysans qui, sans souliers, sans bas et presque sans vétemens, avec un chapeau poin* tu, éioient assez embarrassés du poids du fu$il qu'on leur avoit coâfié et dont ils étoient, je crois , bien résolus à ne^ paà faire usage. Le lieu où l'assassinat avoit été commis est un angle de la route à une demi^lieue de Fondi, <lominé par des rochers couverts de broussailles, où l'on voit quelques restes de fortifications, dans l'endroit même où le poète Ësménard ,
jeté hors de sa voiture , a été tue'.
Nous nous fatiguâmes bientôt de cette es* corte qui retardoit notre marche, et iious rer fusâmes les offres des postes de la route. La sortie d'Itri est très - pittoresque ; le pays est cotuvert de lauriers , de figuiers, de myrtes, de lentisques ; on traverse le bourg de Castellone , et l'on arrive a Mola di Gaëte , sur le bord de la mer. À droite , s'avance la presqu'île sur laquelle est bâtie la forte ville de Gaëte , dont les édifices et les fortifications semblent sortir des eaux ; la tombe de la nourrice d'Énée est devenue une forteresse. célèbrCé
ce Ta qaoque littoribus nostris^ iEn^ia nutrix , i) £leraaia morieas famam . Caïeta . dedtsU : eic»
£n£id.^ Liv. VII.
l6o VOYAGE EN ITALIE
On voit près de Mola une villa appelée la villa de Cicéron, un bâtiment antique sur la grande route est , dit-on , le tombeau de cet homme cé]éj>re j c'est sur ces rivages qu^il reçut la mort.
Après l'assassinat de Cësar, Gicéroq s'efforça sans relâche de ranimer ^e parti rëpubliciûn ; c'est alors qu'il prononça ces fameuses pliilippiques dirigées contre Antoine , qui menaçoit la liberté de Rome. La réunion d'Octave , de Lépide et d'Antoine porta le dernier coup à son parti ; les triumvirs signèrent les listes de proscription , dans lesquelles on vit le nom de Cicéron, que le jeune César abandonna lâchement à la fureur de son ennemi.
Cicéron étoit avec son frère dans sa maison de Tusculum , lorsqu'il apprit cette nouvelle ; il partit sur-ie-ch^mp et s'embarqua ; mais les vents contraires le ramenèrent sur les cà%e$ d'Italie ; les instances de ses domestiques l'engagèrent à s'embarquer de nouveau. Toujours contrarié par les vents, il descendit à Gaëte, et se rendit à Formies , une de ses maisons de campagne à un mille de la côte. Là il déclara que , las de fuir , fatigué de la vie , il étoit résolu de mourir dans un pays qu'il avoit sauvé tant de fois , et il s'endormit profondément. Ses esclaves, avertis que des soldats parcourent
DANS l'annéb i8i5. 161
le pays , l'éveillent en hâte , et l'engagent à se faire porter vers le vaisseau par des chemins détournes. A peine est-il parti, que des satellites arrivent dans sa maison ; ils suivent ses traces , et atteignent la litière dans un bois; leur chef étoit Popilius Laenas , que Cicéron avoit défendu dans une cause capitale. Les domestiques de CiceVon se rangent autour de leur maître pour le défendre, mais il leur ordonne de poser les armes , et avançant sa tête boi^si de l(vportière, il commande aux soldats d^exé^ cuter l'ordre qui leur avoii été donne'. On lui coupe la tête et les mains ; Popilius se hâiet de porter ces sanglans tropbe'es à Antoine, qu'il trouve dans le forum, entoure de ses gardes et d'une nombreuse populace. Antoine les f^it placer sur la tribune ; affreux spectacle pour le peuple de Rome , qui se souvenoit que ces membres mutilés , exposes aux outrages des traîtres , avoîent appartenu à cet homme qui avoit parlé tant de fois et avec tant de gloire, dans ce même heu pour la république, /fwfc de la pie de Cicéron , Liv. XI.
A peu de distance de Mola , on passe le Garigliano sur un pont de batieaux ; on arrive ensuite à Capoue , qui n'est pas Capoue oji Annibal laissa.amollir son armée: peu d'heures après , on atteint Naples. 1 1.
l6s VOTAO£ 'en ITALIE