‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 14 sur 99 · SAINT-MARC · texte numérisé non relu

SAINT-MARC

De la tribune, extérieure de San -Marco, du côté du Midi , la vue domine la pmzzetta ou petite place, et la -mer. Cette piazzetta a, d*un côté, le palais ducal y de l'autre le palais rojaL Le premier est, dans son genre , tout aussi étrange que Téglise de San -Marco. I^és miirs, extrêmement élevés, sont bizarrement ot'nés de compartirhents en mosaïques de diverses couleurs. De gros piKers courts , en pieds de marmite , letn* servent de base, et le sommet est bordé de figures grotesques. Quel que soit le mauvais goût de cet édifice , il imposa long-temps le respect et la crainte ; car c'est là que , pendant quatre cents ans , siégea l'inquisition d'état, et les têtes, que ce terrible tribunal faisait toiiibef, étaient 6rdinaif*ement acîcrochées à labâlûsti^de même de cette tribune extérieure de San -Marco, sur laquelle nous étions tranquillement accoudés^ Il eiï reste même encore une que le teiiips a f espectée , attendu qu'elle est de pierre (de porphyre rouge); elle avait été substituée , on né sait p^Yurquoi ^ à celle d'une des victimes de la vengeancîe politique. On y a vu la, tête d'un doge (Mariïio Faliero). Ce premier magistrat de la république fut exécuté l'ap 1 348 , justement au - dessous de la tribune , entre les deux piliers carrés , couverts d'inscriptions syriaques , qui furent apportées de Saint-Jean-d'Acre.

Quant au palais royal', régnant de l'autre côté

l'opéra. 4^

de la piazzeUa y et dont la belle apparence , toute moderne , semble insulter à la déchéance de son antique voisin , le palais ducal , tout impérial qu'il est ( c'est le palais de l'empereur d'Autriche ), je ne pouvais m'empécher de lui trouver l'air d'un parvenu. Au bord de la mer , qui forme le quatrième côté de la piazzeUa^ s'élèvent deux ma« gnifiques colonnes de granit, chacune d'un seul bloc , importées de Coustautinople , mais qui semblent égyptiennes. Au sommet de l'une de cc^s colonnes, le lion de San -Marco, en bronze, que leurs seigneuries y avaient placé, a l'air d'un ramoneur colossal sortant de sa cheminée.

C'était jour de fête lorsque nous arrivâmes à Venise , et le peu de terre ferme qui s'y trouve fourmillait de promeneurs cheminant sans bruit sur les grandes dalles polies d'un pavé qu'aucune voiture n'ébsanle , et qui n'a pas été refait depuis des siècles. Le bruit de Venise, au milieu du jour y ressemble au silence de la nuit dans d'autres grandes villes.

Nous allâmes le soir à l'Opéra, qui commence à neuf heures , et , autant que l'obscurité des loges permettait d'en juger , la salle nous parut pleine. On donnait il Barbiere di Siviglia, Rosine , dans cet opéra, n'est pas la fine mouche de Beaumarchais , mais une dame de la halle qui y les poings sur les côtés, fait assaut d'injures avec son tutemrBartholo. L'orchestre, pour qui aurait pu l'en-

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tendre , était sans cloute excellent , mais il n*est pas plus question de musique à l'Opéra de Venise qu'à celui de Milan. En i^venant de bonne heure , nous^ traversâmes encore *la place de San-Marco éblouissante de lumière. Les cafés d'alentour , au nombre de 37 5 (i), étaient pleins de beau monde des deux sexes, fort posément assis autour de leurs petites tables et prenant des glaces; car bien que les Italiens, et surtout les Vénitiens , passent pour être très-vifs, cette vivacité, fort différente de la vivacité française , ne se manifeste pas à l'extérieur. Ces cafés, déjà remplis de monde, devaient, nous dit-on , l'être bien davantage après l'opéra ; chacun s'y rendant pour achever de ne rien faire avant de s'aller coucher, ce qui, en été , a lieu à l'approche du jour. Les différentes classes ne se mêlent point ; il y a les cafés des nobles , ceux des juifs , ceux des Turcs , ceux des courtiers de change, ceux des musiciens, ceux des ntircUe^ ou femmes sur le retour, qui ont quitté le monde; ceux àes fringantes ^ qui en jouissent encore. Le plus grand nombre occupe des chambres ou cabinets particuliers^ appelés casini. On calcule qu'il n'y a guère moins de quarante mille personnes qui passent ainsi leur soirée sous les

(i) C'était sous les portiques de la place San-Marco, où ces cafés se trouvent, qu'autrefois les patriciens se rassemblaient pour parler entre eux politique et intrigues, d'où vient le nom du lieu ( il Broglio ). -

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