PALAIS DUCAL
poTdquea de la place San -Marc , sans compter cdles qm fréquentent les cafés du reste de la v\\\e , non moins nombreux que ceux-ci. La population tout entière vit hors de chez elle.
Le palais ducal était la demeure du doge, le lieu de rénnion des conseils, et tous les bureaux de l'administration y trouTaient place ; les moins importants occupaient Tétage inférieur, les autres s'élevant par degrés dans l'ordre des dignités et du pouvoir, jusqu'au grenier où siégeait le triumvirat des inquisiteurs d'état. Inaccessibles dans leur retraite à toutes autres personnes qu'aux exécuteurs de leurs décrets , ils ne voyaient pas même leurs plus proches parents durant les quatre mois que chacun d'eux était en fonction. La fameuse gueule de Uon, à la porte de la chambre des inquisiteurs, n'existe plus ; mais on distingue encore l'ouverture jdans la muraille': dépouillée de ses terreurs, elle a tout simplement l'air d'une boite aux lettres pour la petite poste de Paris. Il y avait plusieurs autres dépôts semblables dans les difTérents quartiers de la ville, pour la plus grande commodité des délateurs. Les prisons de l'inquisition étaient séparées du palais ducal par un canal que le célèbre Ponte di Sospiri traversait, et par lequel les prisonniers étaient conduits au tiibunal. Le mode de procédure , infiniment simple, était de mettre le prévenu à la torture pour lui feire avouer ce dont il était accusé, mais
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aanale oonf ron teravec son accusateur niavecftucu n témoÎQ. Du premier jusqu'au dernier des citoyens de YeiHse, nul n'était un instant hocs d'attdnte de l'inquisition d'état, pas même las inquisiteurs eux-mêmes , car deux d'entre eux réunis au doge pouvaient faire étrangler ou noyer leur collègue sans avoir à en rendre compte à personne. Ce tribunal pouvait réprimander le doge> le fiûre ar». reter, le déposer. Pour bien comprendre ce singulier état de choses, il est nécessaire rjde jeter un coup d'œil sur les événements qui l'avaient amené.
Ce fut environ l'an 4ûa, lorsqu'Âlaric et ses Visigoths ayant passé les Alpes Juliennes répan* daient la terreur en Italie, que les petites îles du golfe de Venise devinrent de quelqu'importance, comme lieux de refuge pour les habitants des côtes voisines. Rome elle-même ayant bientôt après été prise d'assaut et saccagée , x:eux de ses malheureux habitants qui avaient pu échapper à la mort ou à l'esclavage , allèrent en grand nombre partager l'exil des lagunes avec les provinciaux du nord de lltalie. Chaque invasion subséquente , celle d'Attila et de ses Huns d'un côté , puis celle de Genséric et de ses Vandales de l'autre , vint ajouter à leur nombre. La colonie naissante fut .d'abord gouvernée par les magistrats* que Padoue lui envoyait, mais Padoue à la fin partagea le sort du reste de lltalie ; alors chaque
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île devenue indépendante élut ses propres magistrats appelés tribuns. En 697 les iles réunies se donnèrent un duc ou doge , dont plusieurs mou* nirent successivement de mort violente , car nos insulaires n'étaient pas dociles. Aux doges succédèrent les maîtres de la milice , puis on re» vint aux doges. Pendant près de trois cents ans le gouvernement , quoique arbitraire et violent , comme il Test toujours parÉiî les barbares, fut cependant très démocratique , car les magistrats étaient élua par le peuple à l'universalité des suffrages , et pour un temps limité. A mesure que la colonie prenait de l'accroissement, les anciens habitants devenaient de plus en plus jaloux de leurs droits politiques, qu'ils ne voulaient point partager avec de nouveaux venus, regardant ces droits comme leur propriété individuelle. Telle a toujours été la tendance des démocraties , et ces nouveaux venus n'ont aucun droit de s'en plaindre , mais il n'en est pas ainsi de leurs en&nts ; aussi les républiques qui veulent être justes, et en même temps tranquilles, ne doivent recevoir dans leur sein que ceux qu'il leur convient d'admettre dans la suite à la participation de tous les droits civils et politiques. Les demi-citoyens, et surtout leurs enfants, forment nécessairement une population dangereuse. A Venise, cependant, on ne se borna pas à l'exclusion des nouveaux venus et de leurs descendants, car vers le com-
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mencement du quatorzième siècle, une portion de raristocratie prononça arbitrairement la dé* chéanôe de l'autre portion^ qui formait pourtant la majorité, et qui comprenait même quelques^ unes des familles les plus anciennes et les plus illu»* très; cette minorité de la noblesse se constitua ainsi, de sa propre autorité, souverain héréditaire. Plusieurs conspirations ayant éelaté contre les usurpateurs , ceift-ci nommèrent une commission permanente de dix membres d'abord, ensuite de dix-sept, appelée le Conseil des dix^ spécialement chargée de surveiller les mécontents, de prévenir ou de punir sommairement et avQc la plus grande rigueui*, toute entr^rise contre Téfat, c'estrà-dire contre ceux qui s'étaient emparés du gouvernement de l'état. Dans la suite , afin d'as^ surer à ces mesures plus de promptitude et de secret, le conseil de» dix délégua ses pouvoirs à trois de ses membres appelés inquisiteurs détat; mais cette commission d'une commission devint bientôt indépendante, et forma un tribunal permanent. La jalousie extrême, et la haine qui nécessairement subsistèrent entre l'aristocratie en pouvoir, composée d'environ six cents chefs de famille, et l'aristooratie sujette, beaucoup plus nombreuse , fit naître à Venise le système perfide de gouvernement par espionnage et guet^à-pens. Les agents du gouvernement empoisonnaient,, poignardaient, noyaient de nuit dans le^ canaux
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ks gens suspects qui leur étaient désignés. L'as- SMsinat faisait partie du code criminel de Venise; il y était légalement organisé.
L'économie politique a ùàl du pouvoir une science, au lieu d'un dogme qu'il était autrefois. C'est un mécanisme où la division des pouvoirs , leur influence réciproque, le choc et l'action composée des intérêts divers et toutes les garanties constitutionnelles agissent à la mamère des levîers, des poids et des ressorts. En politique, aujourd'hui, on n'en appelle plus guère, avec suc* ces, de la raison à l'imagination et au sentiment; le merveàleux et le sacré ont perdu leur influence sur la foi politique des peuples; mais à Venise, ce pouvoir invisible et tout puissant à qui rien n'était caché, qui ne laissait aucune erreur politique impunie, et auquel il était impossible de se soustraire , parut long-temps plus «qu'humain : onadnnrait et l'on obéissait satns murmure à ceux den haut!
Les hommes, en général, ont un penchant décidé à chercher des raisons pour ce qu'ils voient £dre, lorsqu'on ne leur en donne point, et à soutenir ensuite ces raisons qu'ils ont trouvées, parce que ce sont les leurs. Tandis qu'au contraire si vous entrez en eiqplication sur les motifs de vos mesures, elles sont immédiatement attaquées avec tout le zèle qu'autrement on aurait mis à les défendre. Dans ce sens on pourrait croire que
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l'art de gouverner doit essentiellement consister dans le mystère, tandis qu'au contraire s'il fallait absolument généraliser^ on pourrait dire qu'il est tout dans la publicité (i).
(i) L'auteur s'est explique, dans un ouyrage prëcédent fFoyage en Suisse, a* édition^ i" Tolume, pages 609 à oi4)) S1U* les effets de la publicité, qui nedoitpas être laméme dans tous pays, mais qui doit certainement être moindre dans un petit état que dans un grand. Il ajoutera , à ce sujet , les réflexions suivantes. La piiblidté a deux objets : faire connaître ks faits, raisonner sur les faits. Le premier est toujours sans danger ; il est constamment utile , et ne der- Trait jamais être restreint. Mais le raisonnement sur 'les faits est sujet à eiTeur 5 il est souvent de mauyaise foi , et ses conséquences sont ak)rs dangereuses. Sans doute il stimule la paresse et Mte la formation de lopinion publique, que la seule connaissance des faits formerait plus sainement , mais quelquefois trop lentement. Dans un grand pays , la population disséminée a besoin d'être aidée, dans la formation de son . opinion , par des plaidoyers de journaux .^Dans un petit pays les habitants, presque tous citadins , en ont beaucoup moins besoin : la proximité des individus rend la discussion plus active 5 la conversation tient lieu de gazettes; les stimulants politiques n'y manquent pas. Si l'Angleterre, avec ses journaux , était toute dans Westminster , son gouvernement ne survivrait pas à la violence de deux ou trois élections. Si elle était toute dans un des grands comtés agricoles , ce seraient les élections qui ne survivraient pas long-temps à l'apathie des électeurs , sans les journaux qui les stimulent; là on aurait bientôt une démocratie , ici une monarchie absolue; d'où il suit qu'il eût fallu, lÀ des faits sans discussion, ici des &its et des discussions, et il est précisément du domaine de la législation de régler et de limiter la discus- ^on. C'est méconnaître l'objet de la liberté des journaux que d'en fairegune application uniforme , sans égard aux
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En effet, point desprit publn^ sans publicité; sans elle , point de crédit public , on le sait as6ez y et les frondeurs de Topposition constitutionnelle que Ion voit donner en même temps et leurs critiques et leur coniBance, démentent eux-mêmes, par ce qu'ils font, la sévérité de ce qu'ils disent. Quant à Venise, son gouvernement reposait sur des bases toutes particulières. C'était simplement ime famille de grands seigneurs, très désunis entre eux, mais dont les nombreux serviteurs étaient traités avec la plus grande indulgence. Enrichie par le commerce du monde connu, par les colonies et par la guerre , la noblesse vénitienne ne demandait rien à ce peuple, et l'on sait qu'un peuple sans impôts fut toujours sans liberté.
Lorsque les Français, sous le général Baraguay dHilliers, prirent possession de Venise, on fut surpris, et peut-être même un peu fâché, de ne trouver dans les prisons de l'inquisition d'état ,
localités 5 je me permettrai d^inyoquer encore ici un passage de M. de Gérando , déjà cité dans une autre occasion : « Bien ne ressemble plus , dit-il , à l'ignorance d'un principe que son excessive généralisation. » Je sens bien tout le parti que l'on peut tirer de la distinction que je yiens d'établir, soit dans l'intérêt du pouvoir absolu, soit dans l'intérêt de l'anarchie populaire^ mais de quoi ne peut-on pas abuser 7 Je sul&égalônent convaincu de toutes les difficultés que présente la législation sur les délits de la presse : c'est du danger dont il est ici question,, non du, reopLifede-
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comme à la BasâUe, que trois détenus ; il est vrai que Fuiï d'eux y avait été vingt-deux ans, ce qui dédommageait dû petit nombre ; ce malheureux ,' Dalmatien de naissance , parut effmyé lorsqu'on vint le tirer de son cachot, pour lequel la longue habitude lui avait donné une sorte d'attadbement ;. it résistait même à ses libérateurs et s^écrjait r Qu^estrce ? que voulez'VOtis ? laissez-jnci, vans me faites mail Le général, à qui on le conduisit, lui fit donner une tasse de chocolat , du vin et d'autres friandises dont il avait oublié le goût. On le promena par la ville, dans son costume de cachot , et portant une longue et vénérable barbe» Fêté, colnblé de caresses, son triomphe dura quatre jours: quatre jours de joie inattendue, de bonne chère, d'air et de liberté, tranchèrent le fil d'une vie qui avait résisté à vingt-deux ans de désespoir. J'ai vu le cachot, et je l'ai mesuré ; it avait dix pieds de long, sept pieds de large, et k» voûte sept pieds de haut, au milieu seulement. Les planches dont la 'muraille avait une fois été revêtue tombaient en morceaux ; une sorte d'estrade de bois, longue de six pieds, et large de trois , servait au prisonnier de couche , de siège et de table ; c'était là tout Tameublement. Par tme petite ouverture, il recevait ses aliments une fois en vingt-quatre hexires, éclairé seulement de la lumière d'une chandelle. Ce cachot n'était pas fort humide, mais il y en avait d'autres sous