‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 16 sur 99 · PALAIS DUCAL · texte numérisé non relu

PALAIS DUCAL

terre où les détenus perdaient bientôt l'usage de leurs membres, et finalement la y\e. D'autres enfin sous les plombs de la couverture du bâtiment, où au contraire ils expiraient de chaleur. Va des individus détenus dans les prisons souterraines se trouva doué d'assez de force de santé et de persévérance pour travailler pendant trois ans à se creuser un passage sous terre , et à travers d'épaisses murailles, au moyen duquel il parvint à s'échapper. Une chambre de cette prison est encore meublée de divers instruments de torture autrefois en usage.

Le réservoir d'eau douce destiné à l'usage de la ville était placé dans l'enceinte du Palais Ducal, et leurs seigneuries sérénissimes s'étaient ainsi ménagé la faculté de faire mourir de soif des sujets rebelles, tandis qu'un arsenal bien garni leur fournissait d'autres moyens de se faire obéir. Enfin rien ne manquait à l'organisation de leur despotisme.

De grands talents se développent toujours, ainsi que certaines vertus, au milieu des dissensions pohtiques ; les arts mêmes et l'industrie souvent prospèrent; aussi voyons-nous les Vénitiens devenir riches et puissants de fort bonne heure. Dés l'année 558 ils eurent une marine considérable pour ce tempsJà, et loi*sque, dans l'année 8o4, ils furent attaqués par Pépin , nous les voyons équiper de grands vaisseaux de guerre. Dans le

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dixième siècle ils en avaient à trois rangs de rames de douze cents et même de deux mille tonneaux ; et le code maritime (^'ils rédigèrent en ia55 passe pour être le plus ancien de l'Europe, quoique celui de Richard 1*% roi d'Angleterre (les lois d'Oleron), soit plus ancien encore de soixante-cinq ans. Au faîte de leur grandeur, lors de la décoii*verte du passage aux Indes, par le cap de Bonne^ Espérance, ils eurent trois cent trente vaisseaux de guerre, vingt-six mille matelots et seize mille ouvriers employés dans le plus bel arsenal de l'Europe. Vers le milieu du treizième siècle, le célèbre Marco Polo, marchand vénitien, voyageait à la Chine et en Tartane , ainsi que son père et son oncle avaient fait avant lui. Bruce trouva les poids et mesures de Venise en Arabie, comme Vasco de Gama avait trouvé les ducats de la ré» publique en circulation à Calicut. Les belles glacées de Venise et ses étoffes de soie étaient connues et admirées en Europe dès le treizième siècle. Mais les beaux arts n'y étaient pas cultivés avec moins de zèle que les arts utiles. Dès l'an 829 il y avait . un orgue à Venise. Palladio naquit sur son territoire, et c'est à lui qu'elle doit ses plus beaux édifices. Lorsque les peintres étrangers copiaient encore Cimabue et Giotto, les siens copiaient la nature, car l'école vénitienne, malgré les défauts qu'on lui reproche , est au moins originale. Enfin Venise dégénérée, et réduite à n'être

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plus que l'ombre de ce quelle fut autrefois, a donné naissance au Phidias moderne , à Tillustre Canova , et l'un des premiers fruits de so.n génie , le groupe der Dédale et Icare , mis en vente par lui-même à la foire annuelle de l'Ascension , existe encore à Venise dans le palais Pisani. Lorsque tout le reste de l^urope était encore plongé dans la barbarie du moyen âge, on vit Pétrarque distingué à Venise. A l'occasion d'une fête publique , ce créateur de la littérature moderne fut placé à la droite du premier magistrat de la république , qui, en ooniërant cet honneur au poète, s'en fit plus à lui-même. Pendant neuf cents ans , c'est-à-dire du septième Su seizième siècle, les richesses et la civilisation de Venise étonnèrent toute l'Europe , qui n'offrait alors rien de comparable; et sa marine rivalisa avec celle des plus puissants états. Soumis à im gouvernement qui réunissait tous les pouvoirs créés arbitrairement, mais dont la tyrannie ne pesait que sur les hautes classes de la société, le peuple vénitien ne savait pas qu'il était esclave. Ses maîtres lui rendaient bonne et prompte justice, dans tout ce qui ne concernait pas la politique, et, sous leur bon plaisir, il était libre de fait, sinon en droit. Loin d'en exiger des services onéreux, ou d'en tirer un revenu, l'aristocratie £dsait refluer sur lui les immenses richesses qu'elle tirait de sources étrangères. Au reste, tout ceci n'a rapport qua la cité de Ve-

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