CHUTE DE VENISE
d'aisance et de bonheur; si une multitude de grands hommes fleurirent sons ses auspices; s'il avait mis Venise au premier rang de la civilisa-tion, pourquoi nous étonnerions-nous de leur dévouement? A Rome et à Lacédémone on se dévoua pour ce qui ne valait guère mieux» Incapables , comme nous le sommes souvent , de distinguer ce qui est vraiment digne d'inspirer l'enthousiasme et le dévouement, de ce qui ne l'est pas, c'est dans le sentiment même qui fait faire de grands sacrifices, quel qu'en soit l'c^jet, qu'il nous £aLMit chercher le mérite. Point de vertus sans sacrifices, a-t-on dit, mais aussi point de sacrifices sans vertu. Le dévouement sincère est toujours juste. Les martyrs ont toujours raison ; et lors même qu'il j aiuidt quelques abus à crain-^ dre, c'est encore la règle morale la plus sûre que de reconnaître la vertu dans tout ce qui nous élève au-dessus des calculs personnels. ■
Le gduvemement de Venise , qui s'était montré si jaloux de son pouvoir, et l'avait gardé si long-temps, l'abandonna sans résistance à la première sonmiation; il fut renversé d'un souffle, et le peuple vénitien , autrefois si dévoué , n'essaya même pas de le ^fendre , lorsque rien n'eût été plus j&cùe. Xes ouvriers de l'arsenal, réputés braves et dévoués , auraient seuls suffi pour équiper une flotille très-supérieure à tout ce que les assaillants avaient d'embarcations. Mais il leur fal-