‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 19 sur 99 · BONAPARTE · texte numérisé non relu

BONAPARTE

lait un premier exemple de courage que leurs maîtres ne surent pas donner. C'est à eux-mêmes que les nobles vénitiens doivent tous leurs malheurs. Ils irritèrent l'ennemi par la haine et le mépris qu'ils lui montrèrent de loin , et l'encouragèrent par leurs soumissions dès qu'il les menaça de près. Accoutumés à une vie toute sensuelle , sans culture d'esprit, sans élévation, sans énergie, ils ne purent endurer l'idée de perdre les revenus de leurs terres du continent, qui eussent été séquestrées, tout au moins, à la première démonstration de résistance. Ils craignirent la fatigue et les dangers de cette résistance, longtemps soutenue contre un ennemi tel que Bonaparte se montrait déjà; ne voyant pas qu'ils ne pouvaient Ésiire de paix avec lui, ou avec ceux qu'il servait, qui ne fut pire que la guerre (i).

(i) Parmi les pièces justificatives qui accompagnent V Histoire de F'enise, par M. Daru, on ti'ouve ( vol. 7 , page 56o) une lettre offidelle de Bonaparte au nouveau gouvernement de Venise , du 26 mai 1 797 , où il lui disait :' «e Dans toutes les circonstances je ferai tout ce qui sei^ en mon pouvoir, pour vous donner des preuves du désir que j'ai de voir se consolider votre liberté , et de voir la misérable Italie placée enfin avec gloire , libre et indépendante des étrangers , sur la scène du monde , etc. » Et cependant Bonaparte, ce jour-là même, 26 mai 1797 , écrivait à son propre gouvernement : « "Vous trouverez ci-joint , dtoyens directeurs, le traité préliminaire et les ratifications de Tempereur , etc. » Or , le premier article de ce traité disait : I® F'enise à l'empereur. Bonaparte s'expliquait sur le compte de ces Vénitiens, à qui il venait de donner de si

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Les Français, au nombre de cinq à six mille hommes, traversèrent sans opposition les lagunes en bateaux découverts, le i5 mai 1797, et prirent tranquillement possession de Venise où jamais auparavant aucun ennemi n avait pu aborder. Baraguay dHilliers , qui les commandait , en montra beaucoup de surprise. Le dernier acte public de l'ancien gouvernement fut de proclamer l'installation de la municipalité démocratique qui devait donner le dernier degré de perfeC" tion à l'antique république. U annonçait en même temps que le général français faisait cette visite amicale au peuple vénitien <c seulement pour son bien. »

U Êiut toute une journée pour voir, même en courant, les curiosités du Palais Ducal. La première qui s'offre à vos yeux est l'escalier des géan ts, tout de marbre et décoré de statues colossales. On y remarque le panier de nèfles couvert de paille , ( en marbre ) symbole de la jeune noblesse longtemps gardée sous ce toit mystérieux dans des emplois subalternes pour la mûrir et la rendre propre

ti«lles assurances de son désir de les voir libres et indé» pendants des étrangers, et disait au Directoire : « C'est une population inepte, lâche, et nullement faite poiu* la liberté^ il parait naturel qu'elle soit laissée à ceux à qui nous donnons le continent. Nous prendrons les vaisseaux, nous dépouillerons Tarsenal , nous enlh^rons tous les canons, nous détruirons la banque, et nous garderons Corfou et Anoone , etc. »

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