‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 20 sur 99 · MARCO-BARB\RO · texte numérisé non relu

MARCO-BARB\RO

au gouvernement. Cet escalier conduit aune suite de vastes appartements. La salle du grand conseil a 1 5o pieds de long sur 74 de large. Les plafonds sont couverts de dorures, de sculptures, de peintures. Des tableaux d'histoire peints sur place et de dimensions colossales couvrent partout les vaavs ; on y lit les noms de Tintoretto, de Calliari , . de Zuccari, dç Bassano, de Paul Véronèse et de plusieurs autres grands maîtres de Féoole vénitienne. Le tableau derrière le trône du doge représentant le jugement dernier et la gloire des élus par Tintoretto a environ 60 pieds de long sur une hauteur proportionnée. Les exploits des grands hommes de la république ont fourni presque tous les sujets de ces tableaux ; par exemple ceux de Sébastiano Ziani, d'Ândrea Contarim, de Dominico Micheli, de Francesco Morozini, etc. La prise de Constantinople et la restauration de Tempereur Comnènes y sont représentées ainsi que la prise de Zara, la conquête de la Morée et une bataille navale contre le calife d'Egypte dans laquelle le vénitien Marco , ayant perdu son drapeau, coupa la tête d'im capitaine égyptien, et arborant le turban sur sa lance , traça avec cette tête sanglante un cercle rouge sur le nouvel étendard; il en reçut le surnom de Barbara que ses descendants portent encore. Les principaux événements des guerres longues et sanglantes que se livrèrent les deux républiques rivales, Venise et Gênes, se

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retrouvent ici , ainsi que I9 guerre avec Barberousse, la soumission de cet empereur au pape et la réception du roi de France Henri III , à son retour de Pologne en 1574. Ce prince, ayant accepté le titre de noble vénitien , son nom avait été inscrit dans le célèbre U^rt d'or, lequel fut publiquement jeté au feu à l'entrée des Français avec la couronne du doge; mais le nom de Henri ne s'y trouvait déjà plus, car un descendant de ce prince Vavait biffé de sa main royale, Tannée d'auparavant, indigné de se voir forcé par \é& craintes du gouvernement vénitien à chercher plus loin un autre asile. La majesté royale en fuite ne voulait pas que des Serenùsuni signori eussent peur aussi. On découvre , dans la longue suite des portraits des doges , une place vide avec cette inscription : Locus MariFÙ Falien decapiiati!

Uopéra ayant ici comme ailleurs trompé notre attente, nous avons essayé d*un autre théâtre, où, à dé£aLut de chant ^ nous puissions au moins entendre parler, et ce fut un drame sentimental à la KotsEeboe que l'on nous donna. Un meunier et sa famille sauvent, sans le connaître , leur prince près de périr dans un orage. Ces bonnes gens se trouvent être l'objet des persécutions d'un personnage puissant. Le prince , témoin de ce qui se passe, prend le plus grand intérêt à leur malheur ; msds^sans vouloir d'abord en interrompre le cours, il se contente de repéter à chaque nouvel acte

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d'oppression : Va benç ! va bene ! Benissimo ! mais ne cous inquiétez pas! On le croit fou, jusqu'à ce que , se découvrant à la fin , le tyran subalterne pris sur le fait est sévèrement puni. Ce cadre usé n'était rempli que de lieux communs assez plats , ce qui n'empêcha pourtant pas la pièce d'être applaudie avec transport par le public vénitien ; et j'en fus charmé ; car le bon goût en morale vaut mieux que l'autre bon goût, et je m'attendais peu à le trouver en ce pays aussi général et aussi vif. Le chantier et les arsenaux de la marine dont l'enceinte a près d'une lieue de tour, étaient autrefois ce qu'il y avait de mieux en Europe; il ne s'y fait plus rien maintenant ; un morne silence règne dans son intérieur qui paraît vide ; en effet, les Français à leur première visite firent disparaître tout ce qui pouvait être converti en argent, et comme en Suisse on avait envoyé de Paris le citoyen Rapinat pour organiser le pillage , ici on envoya le citoyen Forfait. Mais lorsqu'ensuite le Directoire crut pouvoir faire de Venise une conquête permanente, il n'épargna rien pour remettre l'ordre et remplacer ce qui avait été dilapidé. Il fit équiper les vaisseaux déjà construits, il en mit d'autres sur le chantier, et Venise , enti'e les mains de ceux qui venaient de la mettre au pillage et de lui ôter son indépendance poUtique , semblait renaître! «Les Français, me «disait un «Vénitien, nous prirent 4^ millions de francs.

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1» msds ils nous rendirent 3o millions sous la forme »de salaire aux ouvriers; ce qu'ils prirent aux » riches fut en grande partie distribué parmi les V pauvres. lïos maîtres actuels , les Autrichiens , «nous demandent peu, mais ils gardent tout, et > le peuple, qui détestait les Français , commence » à les regretter, »

Non contents des biens meubles, les vainqueurs démolissaient les églises et les couvents, pour en vendre les matériaux. Il est vrai qu'avec le déblai ils comblaient des endroits bas et malsains , où ils plantaient des arbres et semaient du gazon. Venise eut ainsi xm peu de verdure et d'ombrage pour reposer les yeux Êitigués de la vaste monotonie des lagunes. Des monuments du génie de Palladio, tels que l'église de San* Giorgio Maggiore et celle d'// Redempiore auraient été renversés comme les autres et leurs marbres mis à l'en^ chère , si la nouvelle municipalité n'eut trouvé moyen de les racheter à l'aide d'un emprunt que les Juiis fournirent, et pour le remboursement duquel les vaisseaux paient maintenant certains droits. De tous les couvents on ne respecta que celui des Arméniens, qui fiit même doté de toute la boue , tirée des canaux qu'on nettoyait. Cette boue versée à l'entour de leur demeure amphibie construite sur pilotis dans la mer, lui assura un petit territoire. Nous avons rendu visite à ces pères, gui ne sont que six et ressemblent à des capucins.

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