‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 24 sur 99 · ROVIGO · texte numérisé non relu

ROVIGO

Roi^igo , M oc/oé/^.— Nous avons voyagé une grande partie de la journée pour faire très-pen de chemin , tant la route est mauvaise ; c'est une fondrière, presque impraticable, qui contraste ayec le bon état des routes du Milanais. Le pays , monotone et plat , a d'ailleurs la même apparence de fertilité et de bonne culture. On voit partout des vignes entrelacées aux mûriers , et , dans la saison, du maïs entre les rangs de ces arbres; les fossés d'eafu stagnante sont bordés de saules et de peupliersébranchés. Enfin, de loin à loin , apparais seot quelques vieux châteaux abandonnés , toujours sans portes ni fenêtres , à moins qu'ils ne se soient trouvés assez près de la grande routç pour aToir été transformés en cabarets.

Une autre espèce de voile succède ici à l'élégant zendaletto des Vénitiennes ; c'est tout sim« plement un jupon blanc , que les femmes se metteat sur la tête , montrant le nez par l'ouverture de la poche ; d'autres , sans voile , laissent voir un corset enfoncé sur l'estomac , relevé en pointe dans le bas, et présentant dans le haut une sail* lie exagérée, et ordinairement vide, qui sert de poche au beau sexe; j'en ai vu tirer un gros morceau .de fromage , du pain et un couteau. A ce costume , il £aiut ajouter un vieux chapeau dliomme et des pantoufles à haut« talons poin** tus, lesquels ont une telle afOnité avec la boue épaisse du grand chemin , qu'il n'est pas toujours

78 LBS BOUTES.

facile de les en extraire. Pendant que ces pauvres femmes vont à pied , leurs paresseux de maris , enveloppés d'un grand manteau brun , chemifient sur des ânes, touchant des pieds la terre de chaque coté. Le grand luxe du pays est celui des bœufs de travail ; nous avons vu cinq paires de ces magnifiques bétes attelées à un char de médiocre grandeur, et quatre paires À une seule charrue. •

On ne comprend pas comment des métairies de îo à 60 arpents, telles qu'on dit être les fermes de ce pays-ci, et sans prairies, peuvent nourrir une telle surabondance d'animaux de trait, que l'on pourrait les appeler des animaux de luxe.

Rovigo est une ville malsaine et pauvre , où l'on nous a fait payer exorbitamment cher un mauvais gîte.

Bologne , a5 octobre. — Les routes sont tellement négligées, que, voyager ici, c'est labourer. Nous avons fait 55 milles en douze heures avec un double attelage , à travers la même interminable plaine, voyant toujours de la vigne sur les arbres, des rivières encaissées au-dessus du ^ niveau des terres adjacentes, des châteaux en ruine, de sales chaumières , d'innombrables mendiants, et cependant des paysans à leur aise. Telle est l'absence de tout objet proéminent dans le paysage, qu'un grand arbre , que nous avons jugé être un orme, s'est, pendant deux heures, mon-

Page 1