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tré sur lliorison, devant nous d'abord, puis derrière. Cette partie basse de la Loiubardie pourrait être comparée au Delta dIÈgypte , avec cette difiGérence que le Mil, par ses inondations, ne fertilise pas seulement le pays , mais en élève par degrés le niveau auKlessus des inondations futures , tandis qu'ici le limon du Pô , artificiellement porté jusqu'à la mer, ne sert qu'à former de nouveaux marais, au lieu d'assainir les anciens. Tout le pays que nous avions, cette aprèsmidi, à notre gauche, entre l'enodiK^ucbure du Pô et Ravenne, noyé, fiévreux et stérile, n'est ni mer ni terre, et Ëiit assez voir ce que les lagunes de Venise deviendront un jour; mais, du côté opposé, l'intérieur des terres est au contraire salubre et très-productif. Malheureusement , la saison est trop avancée; nous sommes trop nombreux et trop chargés de bagage pour nous éloigner du droit chemin; aussi nous contentonsnous, pour le présent, de lire, dans les lettres intéressantes et instructives de M. Lnllin de Châteauvieux, la description de ce pays et de la partie la plus pittoresque et la moins connue des Apennins, qu'il a parcourue.
On traverse le Pô sur un grand bateau platamairé par un cable fort long à une ancre au milieu du fleuve, de manière à se présenter obliquement au courant qui le chasse- d'une rive à l'autre alternativementj comme un pendule. Bientôt après on
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arrive à Ferrare, où nous apperçûmes en passant, de longues lignes de palais déserts. Ha misère d*un peuple est incurable , lorsque pour lui le temps n'a point de valeur. Partout ici , lorsqu'on change de chevaux, les passants s'arrêtent par pur désœuyrement et se forment en groupe, pour voir faire ce qu'ils ont déjà vu cent fois. Ferrare est encore plus malsain que Royigo et marche plus rapidement vers sa décadence. Les villes que nous traversons sont à moitié désertes, et les châteaux en ruines sans que les chaumières en soient pour cela plus nombreuses, plus propres ou mieux soignées; la basse classe ne s'est ni recrutée ni enrichie des pertes de la haute; cependant l'Italie est encore le pays le plus peuplé de l'Europe , quoique l'Europe ait doublé en population depuis un siècle. Qu'était elle donc autrefois ?
Il faut qu'une maison neuve soit un objet bien rare dans cette partie de lltalie , car nous avons ^ été tout surpris d'en voir une aujourd'hui, un peu au-delà de Ferrare. Elle paraissait appartenir à un vaste établissement agricole fort bien soigné
Nous traversâmes le Reno, comme nous avions traversé le Pô, au moyen d'un bateau qui va et vient autour d'un point fixe. Aux approches de Bologne la route est, dit-on, plus sûre; cependant le groupe de fainéants déguenillés que nous trouvâmes assemblés devant la maison de la poste, de plus mauvaise mine encore qu'à l'ordii^aire, ne
CRUAUTÉ A L£GAED D£S ANIMAUX. 8l
prometlait rien de bon aux approches de la nuit. Une jeune fille maigre et pâle, accompagnée d'un petit garçon qui n'avait pour tout vêtement qu'une grande veste d'homme serrée par un brin d osier autour de la ceinture, demandait la charité avec l'air d'en avoir grand besoin. On pria le postillon de changer un écu , il n'avait point de monnaie. J'en trouverai , dit-elle, tendant la main avec confiance ; le postillon se mit à rire, pensant bien qu'on ne s'y fierait pas , mais il y avait dans la physionomie de cette jeune fille quelque chose de rassurant et l'on s'y fia. Aussitôt eUe part à toutes jambes, ses guenilles flottant au gré du vent, et disparait. Un quart-d'heure s'écoule, nous partions quand on la vit revenir hors d'haleine; point de monnaie , et elle jette en hâte l'écu dans la voiture qui déjà roulait; on le lui rejeta; je la vis le baiser après l'avoir ramassé.
Un des chevaux qu'on nous donna ici n'allait pas exactement comme son conducteur aurait voulu, et celui-ci &isait pleuvoir les coups de fouet si violemment et si maladroitement, que la mèche s accrochant à tout moment, l'obligeait à descendre quelquefois pour la dégager; et le malheureux cheval d'être fustigé de plus belle ; il ruait alors , passait ses jambes parnlessus les traits et rompait les cordes, auxiliaires obligés des harnais d'Italie; nouveaux délais, nouvelles fureurs, autre grêle de coups. Le fouet à la fin se cassa; mais le postillon I. 6
8^ CRUAUTÉ A fiÉGARB DES AITIMAUX.
frappait du manche sur la tête de ranimai qui retentissait sous ses coup$. On aurait ri^ si l'indication causée par un tel exès de brutalité l'eût permis , d'entendre des soliloques tels que le suivant : Sriccone! corne ardisci tu di guardarmi in visa ! Tout ce que le barbare comprenait à nos plaintes, c'est que nous étions mécontents des délais; cela va sans dire^ car il n'entrait pas dans sa tête que des voyageurs pussent l'être d'autre chose , et lui de redoubler ses coups. À la fin on fit passer cette voiture derrière l'autre, et l'arrangement eut quelque succès. Un de nous ayant observé que peutêtre le cheval était ammalatOy cette idée , je ne sais pourquoi , fit partir le postillon d'un grand éclat de rire ; l'idée que la maladie d'un cheval put ou dût l'empêcher d'aller , ou que ce fût une raison de l'é» pargner , lui semblait on ne peut pas plus ridicule ; demi-heure après, le mot ammalato qu'il répétait encore à mi-voix en riant, montrait qu'une si bonne plaisanterie n'avait encore rien perdu de son sel. Il y a quelques mois qu'un autre cheval de poste, s'étant abattu de fatigue, gisait trist^nent dans la boue et semblait près de sa fin. Le postillon , homme à ressources , trouvant les stimuknts ordinaires sans effet, coups de fouet , coups d'épingles sur le garrot blessé , (cela se pratique en Italie ) coups de pieds et coups de poings court au champ voisin, en rapporte une brassée de paille , la jette sous le ventre du cheval j