TOURS DE BOLOGNE
traies qui , sans qu'ils s'en (doutent , les dirige toujours. Ceux qui nous précèdent dans la tcmibe ont un certain droit à nos respects ; c'est un sentiment naturel qui se retrouve chez tous le* peuples et.dafts tous les siècles;, mais l'ostentation n'est pas du respect , encore moins l'odieux mauvais goût, qjuii fait. servie les trtstes dépouilles de l'humanité à de puériles décoratiohs'pour l'amusement du vulgaire. C'est profener ce sentiment naturel , que de violer les tombeaux et de montrer indécemment à tous les yeux ce qu'ils eussent dû protéger et couvrir à jamais de leur ombre.
Tout le monde a entendu parler de la tour de Pise, qui penche ou surplombe de quinze pieds; il n'en est pas ainsi des deux tours de Bologne, pour le moins aussi extraordinaires. Quoique placées à côté l'une de l'autre , elles diffèrent entre elles par la forme, la hauteur et le degré d'inclinaison ; mais toutes les deux surplombent d'une manière effrayante au-dessus des maisons de la partie la plus peuplée de la ville. Celle du moindre diamètre s'élève à la hauteur prodigieuse de 35o pieds. Construite en l'an iiio, elle avait originairement 476 pieds de hauteur ; mais , à la suite, d'un tremblement de terre ( en 1 4 16), quelle avait pourtant fort bien supporté, on lui ôta , par précaution , un quart de sa hauteur. L'autre tour, encore plus penchée (elle surplombe de huit pieds), n'a heureusement que
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i3o pieds de hauteur et une base plus large que sa voisine.
Nous revenons du théâtre , où Ton donnait ime comédie. Le principal personnage , qui bé^ gaie horriblement, est tamico délia casa j, on plutôt famico de la maîtresse de la maison , son G^ cisbeoj quelle traite pourtant fort mal; mais ses querelles avec ime fidle du premier lit de son mari sont bien autrement sérieuses. La jeune personne, qui est sur le point de se marier, rappelle à tous propos à sa belle-mère , en présence des deux messieurs , son âge mûr , ce qui la bJesse à Tendroit le plus sensible, et, dans sa fureur, cette dernière, trouvant le malheureux ci-- ■ cisbeo sur son chemin , lui applique un grand soui&et. Le mari essaie en vain de réconcilier ces aimables dames , promettant une bague de prix à la première qi^ fera les avances; tentées toutes deux par ce bijou , et chacune voulant en priver son adversaire, on les voit avancer et reculer alternativement, suivant que l'avarice , l'orgueil, l'ente prédominent tour-à-tour, jusqu'à ce que, de nouvelles insultes leur faisant oublier la bague , elles se séparent plus brouillées que jamais.
Les hommes se querellent de leur côté et se menacent, mais sans aller plus loin, et montrent aussi peu de coiu^e que d'esprit. L'esprit pourtant ne Hianque pas dans la pièce, qui abonde en
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scènes comiques ; mais si le tableau qu'dle présente des mœurs domestiques du pays a beaueonp de ressemblance, ces mœUrs ne sont ni amiables, ni estimables. A Bologne , comme à Yenisi^, les>6pec* tades semblent absorber la population entière; toutes les fiuoiilles qui né sont pas pauvres ont leur loge au théâtre 9 où elles reçoivent et ren* dent leurs visites. L'entrée en. est à si bas prix ^ que cet usage , qui dispense de recevoir ses afnîs chez soi, ainsi que de tous les devoirs d'une société libérale, devient une grande économie.
Avaiit l'année 1 796 , les Bolonais auraient près* que pu se croire en possession d'une constitution libérale, car ils avaient alors- leur séna4) et un agent diplomatique à la cour de Rome; mais à la restauration, le ptpe, au lieu de sénat ^ ne leur rendit qu'un sénateur dont le costume est magnifique , mais le pouvoir à peu près nul ; le cardinal légat de sa sainteté, espèce de gouverneur de province , étant en effet le ^ul maître. Tel est le discrédit attaché à cette dignité nominale de sénateur, que les nobles, de familles anciennement consulaires, dédaignent d'en être revêtus.
Quelques-uns des nobles se distinguent par leur active humanité; on en voit consacrer leur vie et leur fortune au soulagement des pauvres et des malades; c'est une passion vertueuse qui ne remplace pourtant pas aussi avantageusenl^nt qu'on pourrait le croire celles qui résultent de l'am-
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bitkm pcBonnelle; car U faut une certaine culture d'écrit, un certain développement intellectuel à l'ambitieux, pour lui et les siens; il veut que les en£mts destinés à perpétuer son nom , soient an moins bien élevés , tandis que pour Êiire Tau» mène conmie on la fait en Italie, il n'est besoin que <f un peu de coeur sans beaucoup de tête , et avec cda on peut Cadre assez de mal tout en voulant &dre le bien.
La plupart de ces nobles paresseux, conservateurs timides de Tignorance , parce qu'elle existe depuis long-temps, n'ont pas même assez d'énergie pour s'occuper de leurs af&ires domestiques, dont ils abandonnent l'administration à un inten- <iant; voici leur vie : ils se lèvent tard , vont à la messe, montent à cheval , se font mener en voiture au corso pour passer le temps et gagner de Fappétit; dînent, dorment un peu, s'habillent, vont au théâtre, soupent, se couchent et le lendemain recommencent; une grande maison mal tenue et un bel équipage sont les objets de luxe Êivoris. Les cadets de famille, trop pauvres pour prendre femme, recherchent celles d'autrui; et les femmes , âevées au couvent dans la crainte de Fenfer pour tout principe (quelques messes vous en tirent toujours), sont trop incapables de se créer d'autres plaisirs que celui d'avoir un amant, pour se refuser celui-ci, qiii est le seul à leur portée. Les filles de condition , qui en très petit
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nombre trouvent à se marier, unies au sortir de Fen&nce et du couvent, à un homme qui ne leur est pas même connu, font ensuite leur choix auquel elles demeiûrent en général fidèles. Des deux unions, celle-ci semblerait presque la plus légitînie; et malgré tout ce que l'on a dit des Italiennes, elles me paraissent faire preuve de moins de légèreté , et de plus de déUcatesse que ces femmes d'autres pays, qui , dans leurs amours pas* sagers, changent d'objets sans scrupule. Les officiers finançais qui à la révolution inondèrent l'Italie , à force de se moquer du sigisbéisme réus* sirent en partie à lui substituer des habitudes décidément plus immorales , et la description poétique que- Parini nous a laissée de la manière de passer le temps aux différentes heures de la journée (// matino, û mezzo giorno, la sera y vespm e notte\ très-exacte il y a vingt-cinq ans, l'est moins à présent.
Jusqu'à la fin du dernier siècle, les moines, professeurs de l'Université de Bologne, n'enseignaient encore qu'une théologie haineuse et so^ phistique , et un droit pyrrhonien et chicaneur. Mais heureusement que ces études , sans attrait naturel et ne conduisant à rien , étaient peu suivies.
L'observatoire astronomique, pourvu seulement de quelques instruments que le papa Lambertini avait achetés de lord Cowper, était dans
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lin tel état de dénuement qu on n'aurait pu y faire des observations suivies; un coin de terre dans une cour formait tout le jardin botanique. La meilleure université alors était celle de Pavie, pour laquelle Joseph II avait beaucoup fait; on y trouvait des professeurs du pi'emier mérite, tels que Franck, Scarpa, Tàmburini, Tissot;mais les moyens d'instruction, ici comme partout en Italie, n'étaient pas à la portée du peuple. — En Toscane, même à présent, on compte 750,000 individus qui ne savent pas lire, sur une population d'un million. Pendant la république , on organisa les trois universités de l'État, sur le pied de celle de Pavie et même mieux. A Bologne on dépensa des sommes énormes pour cet objet; des écoles préparatoires furent fondées, et les étudiants passaient des unes aux autres, avant d'arriver à l'université; il y avait dans ces écoles des places d'externes et des places de pensionnaires ; il y en avait de gratuites ainsi que de payantes; rien enfin n'avait été négligé pour mettre l'instruction à la portée de tous les rangs. Le peuple commençait à prendre goût à l'instruction; les places payantes , comme celles qui ne Tétaient pas^ étaient demandées avec ardeur; une émulation salutaire s'établissait entre les écoles préparatoires; les lycées de Ferrare, Mantoue, Vérone, acquéraient une haute réputatîoi^. On remarque que là conscription même contribuait indirectement à fomenter
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le zèle; ce fléau était devenu en quelque sorte un bienËik ; car le sifaiple soldat, pour devenir capitaine, devait savoir au moins lire et écrire, et, comme toute la génération nouvelle ne voyait en perspective que le métier des armes, chacun voulait acquérir ce qu'il fallait pour s'avancer. Les sœurs et même les mères qui n'étaient pas indifférentes aux succès de leurs frères et de leurs fils, apprenaient d'eux quelque chose.
Il s'en fout bien que tout le monde soit d'accord sur le bon effet de l'instruction aussi répandue, et voici comme l'on raisonne : les peuples que l'on prend la peine d'instruire de leurs droits ainsi que des devoirs des gouvernements à leur égard, se montrent bientôt, dit- on, disposés à exagérer et à méconnaître les uns et les autres ; de là les révolutions. L'objection est spécieuse, et si elle était fondée , il faudrait sans doute éèarter les moyens d'instruction au lieu de les faciliter. Mais , quoi qu'on fasse , il y aura toujours quelques individus qui, à force de talents naturels, ou à la faveur de circonstances particvdières , acquerront des connaissances et de l'habileté; ainsi placés entre la classe supérieure qui les repousse et la classe inférieure dans laquelle ils sont nés, mais qu'ils dédaignent à leur tour, ces individus , nécessairement mécontents de Tordre de choses dans lequel ils vivent, devront naturellement être disposés à le renverser. Les hommtes
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du peuple instruits parmi la foule ignorante , portent avec eux le brevet de meneurs dans les révo'» lutions ; ils en sont les chefs naturels , et cette foule ignorante leur fournit les manoeuvres dont ils ont besoin pour £ûre le gros ouvrage. Plus Finstruc» tion seia circonscrite , plus il y aura de ces ma» nonivres et pkis les che& en petit nombre auront d'influence et de pouvoir; l'inconvénient est inévitable. Que si au contraire l'instruction devient générale parmi le peuple , il n y aura plus de meneurs en titre 9 plus de dupes qui veuillent les suivre; tous ceux qui n'auront pas assez d^esprit pour être chefe révolutionnaires, en auront pourtant trc^ pour consentir à être mancBuvres, et voyant bien qu'il n'y a rien à gagner pour eux dans le désordre, ils se soumettront volontiers k des conditions raisonnables. L'instruction de tous est donc le meilleur et même le seul moyen de déjouer les mauvais desseins du petit nombre. D'ailleurs rbomme instruit, réussissant mieux dans tout ce quil entreprend, étant meilleur manufacturier, meilleur négociant, meilleur agriculteur, ayant enfin beaucoup à perdre au désordre, naime pas les révolutions ; l'homme instruit a plus de dignité , de probité , d'htunanité que l'ignorant, il a tout au moins plus de prudence et voit que son intérêt est dans la sûreté générale des personnes et des propriétés. L'expérience de tous les pays et de tou& les peuples nous apprend que