‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 34 sur 99 · ARBRES ÉTERNELS · texte numérisé non relu

ARBRES ÉTERNELS

est un enfant nouveau né; mais ces générations anciennes, ces ancêtres du jeun^ bois, loin de mourir et d'être rendus à la poussière des êtres, comme les générations d'animaux, servent longtemps d'appui à leurs enfants, et de pilier sur lequel leur faiblesse repose; un arbre creusé par les années qui se rompt et meurt, à ce que l'on croit, de vieillesse, est dans le fait un arbre trop jemie pour se soutenir sans lé secours dont il a été accidentellement privé. Si l'on bâtissait un pillier en maçonnerie dans l'intérieur d'un arbre " creux , il vivrait à jamais. La mort pour le^ arbres n'est qu'un accident.

Les vieux oliviers deviennent ordinairement tout-à-fait creux ; leur écorce, contournée en spirale, recouvre le tambour vide du tronc, qui repose , non sur la terre immédiatement, mais sur trois ou quatre pieds qui en sortent et sont également contournés en spirale. On peut dire que le tronc de l'olivier est aussi pittoresque que son feuillage l'est peu. Cet arbre se multiplie de bouture très -facilement, surtout lorsqu'un peu de vieux bois adhère à la jeune branche. Il n'exige pas beaucoup de soins ; vm peu de fumier de mouton ou de cheval autour de sa racine, suffit pour en obtenir un revenu annuel d'environ deux scudi, ou onze francs.

Monterosiy a 4 novembre, La vallée de Nar, le long de laquelle nous avons continué notre route,

ASSASSIITS. 169

est fort belle, et les voleurs qui s'y montrent quelquefois n'ôtent rien à son mérite pittoresque; que seraient les paysages de Salvator, sans ces banditi'i Tout récemment on a arrêté deux voitures, entre Nami et Otricoli, et notre postillon, qui menait lune d'elles, nous a raconté toutes les circonstances de ce vol, ainsi que celles du meurtre du corriere d'un cardinal par celui d'une princesse (la princesse de Galles) à la suite d'une querelle à l'auberge. L'assassin est en prison , mais tout le monde dit que cinquante sequins le tireront cTaffaire^ et voilà le mal. Un mauvais sujet de plus ou de moins dans le monde, où il y en a tant, importe peu; mais cette opinion générale de l'impunité, assurée à tout homme qui a de l'argent ou des protections , est fatale à la morale publique et à la sûreté individuelle.

C'est ici qu'on voyait autrefois cette forêt (3fminia que les Romains ont décrite comme plus horrible et plus impénétrable que celles de la Germanie; quelques groupes obscurs de chênes verds siu*une vaste bruyère sont tout ce qu'il en reste, et les fragments de colonnes, que nous crûmes apercevoir sur un monticule à droite, doivent appartenir à une époque moins reculée. L'on entre à Cmttà Castellana par un pont très-élevé sur la Triglia, Une pierre que je laissai tomber fat quatre secondes avant de frapper la surfece de l'eau, ce qui donnerait 240 pieds. Ici les rochers

fJO ROME.

cessent d'être calcaires , et le basalte se montre d'un rouge noirâtre , très-dur quoique poreux , et parsemé de spath qui forme des points blancs. La route est pavée de ce basalte. Bientôt après Cii^Utà Castellanàf l'air devient malsain quoique le sol soit encore élevé et sec, mais on est entré dans la région volcanique que les disciples de Hutton appelleraient vulcanique; il n'y a pas d'autre cause apparente du mauvais air. Monterosi, où nous couchons , est le dernier endroit où l'on puisse passer la nuit avant de traverser le désert de dix k douze lieues qui nous sépare de Rome.

Borne. La vaste plaine dans le milieu de laquelle cette antique cité s'élève est inhabitée et inhabi* table à moins de s'exposer au risque imminent de prendre une fièvre tierce violente, qui par sa longue durée devient souvent mortelle. Cette plaine n'est point sans mouvement de terrain , elle est au contraire variée et agréable; le sol , sablopneux mais fertile , est cultivé dans quelques endroits et produit du blé en abondance. Tout le reste est couvert de verds pâturages qui, pendant six mois de l'année , nourrissent de nombreux troupeaux envoyés à la montagne en été. On voit très peu d'endroits marécageux, et les ruisseaux qui descendent des montagnes coulent rapidement vers le Tibre. Quelques monticules éboulés laissent à découvert des couches alternatives de basalte , de sable mêlé dé coquillages , et

BOME. I^f

dans quelques endroits de terre végétale. On voyait dispersées dans la plaine plusieurs granges spacieuses où les moissons sont déposées , mais seulement deux maisons solitaires pour la poste , dont les habitants avaient Tair bien malades. La route^ d'ailleurs plus fréquentée que celle des environs de Paris , était couverte de voyageurs et de paysans transportant leurs productions au marché. Â la fin nous aperçûmes à l'horison un dôme et sa croix; c'était Saint-Pierre! c'était Rome! et pendant plus d'une heure cet objet nous occupa exclusivement II pleuvait à sceaux ^ lorsque nous arrivâmes à la porte del Pop<Ao , où les pourparlers avec les gens de la douane , l'impatience des postillons fiévreux trempés de pluie et quelque incertitude sur le lieu du logement qui nous était préparé, détournèrent à tel point le cours élevé de nos pensées, que notre entrée dans la cité étemelle se fit à peu près de la manière dont, en semblables circonstances, elle se serait Êdte dans une ville ordinaire; livrés comme nous l'étions à des soins vulgaires , entièrement étrangers aux impressions qui les avaient précédées. Mais étant maintenant depuis quinze jours à Rome et ayant plus d'une fois passé la porte del Popolo , bâtie sur les dessins de Michel- Ange, nous pouvons en conscience louer, comme tout le monde , sonarchitecture , l'ob^isque égyptien , les deux églises symétriques et les deux rues

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