‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 38 sur 99 · L£ LATIUM · texte numérisé non relu

L£ LATIUM

événements mémorables qui s^ sont passés; ii nous traça une sorte de panorama historique dont je \'ais tâcher de donner une esquisse, c La vaste étendue du Latium dépassait de beaucoup les limites de la république romaine, durant la première moitié de son existence, et il fut pendant dix siècles le théâtre des plus grands événements. A nos pieds, dit notre antiquaire, s'étend le Foru:n Ro^nanum^ dans cette étroite vallée qui nous sépare du mont Palatin; et nous aurions pu d'ici entendre la voix de Cicéron, révélant la conspiration de Catiiina au peuple assemblé, devant le temple de la Concorde, dont voilà les ruines justement au-dessousNde nous. Peut-être même aurions-nous pu l'entendre, lorsque de la tribune aux harangues que vous voyez de l'autre côté du Forum près du temple de Jupiter Stator (en voilà trois colonnes encore debout), il faisait serment qu'il avait sauvé la patrie, et lorsque tout le peuple répétait après lui le même serment. Mais d'ici encore, bientôt après, nous aurions pu voir la tête et les mains sanglantes de ce sauveur de son pays, clouées à cette tribune aux harangues , et le même peuple tranquille spectateur ! Aujourd'hui , cette foule de patriotes et de conspirateurs , de héros et d'esclaves , qui remplissait le Forum , a disparu ; et à sa place , vous voyez quelques vaches, cherchant des brins d'herbe parmi les ruines ; quelques moines le chapelet à

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main , et des ânes à la file chargés de puzzolanà ; enfin, une troupe de galériens qui font semblant de fouiller parmi les ruines pour découvrir d'autres raines, sous les ordres de deux oli trois malotrus en uniforme, le bâton à la main, aussi paresseux que les travailleurs eux-mêmes. » Quelqu'un demanda où était le gouffre de Curtius, dans lequel il se précipita avec son cheval : » a La ! précisément là ! s'écria un de ces ciceroni de louage , dont les voyageurs se font accompagner. Là, devant nous! n montrant du doigt, de l'autre côté du Forum, une petite mare d'eau, où deux canards barbotaient en agitant leurs ailes. Voilà tout ce quf reste du gouffi-e de Curtius, qui, comme vous savez, s'est fermé sur lui. » — a En effet, reprit notre antiquaire , et si bien fermé que les fouilles récentes Jbnt voir une accumulation de vingt pieds de terre, et de débris au-dessus de l'ancien niveau et du gouffre, s'il a jamais existé. Les colonnes isolées et les groupes de colonnes, qui se montrent en divers endroits à moitié hors de terre , appartenaient à divers temples qui occupaient l'ancien Forum, sans aucune symétrie, embarrassant la Via sacra et les autres avenues du Capitole. L'entier déblaiement sur un plan régulier de ces vingt pieds de décombres, accumulés sur l'ancien niveau, pourra seul déterminer la situation respective de ces édifices et des différentes routes qui traversaient le Forum ainsi que les limites, et l'étendue I. i3

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de ce Forum lui-même, où il semble impossible que la ao* partie de l'immense population de Rome ait pu se réunir.

<c Elle s'y réunissait pourtant à certains jours pour ses affaires ou pour ses plaisirs , aux^élections, par exemple : bu bien lorsqu'elle remplissait les fonctions de juge dans les causes portées devant son tribunal. Mais si chaque tuile des toits environnants, ou chaque pierre du pavé était devenue le siège d'un de ces juges populaires, s'il s'en était placé une demi-douzaine sur la tête et les épaules de chacune des statues colossales qui décoraient le Forum romanum , la cour entière n'aurait encore pu trouver place dans ses limites apparentes. Malheureusement, le zèle matentendu de nos amateurs étrangers fait, qu'au lieu de concourir ensemble au même plan, on les voit faire chacun sa fouille , et à côté , sa montagne de terre, augmentant ainsi l'incertitude et la confusion.

« A notre droite, et dans le Forum même, prés du temple de Castor et PoUux , était le marché aux esclaves, où la plupart des étrangers qui nous honorent de leurs visites, ajouta notre antiquaire, ont probablement eu quelques-uns de leurs ancêtres amenés pieds et poings liés et vendus comme des veaux. César y débita beaucoup d'Anglais et d'Anglaises; il n'en dit rien dans ses Commentaires, parce que dans ce temps-là c'était

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uue afiEsiire toute simple , dont il ne valait pas la

peine de parler; mais Strabon rapporte le fait

C'est près de là encore, que les anciens Romains Ëdsaient des sacrifices humains; du moins Tite^ live et Plutarque en mentionnent deux exem* pies; il paraît qu'à Toccasioti d'une guerre avec les Gaules , et pendant la secondé guerre punique , on enterra vivants des esclaves grecs et gaulois, hommes et femmes.

« Le Mont Palatin, vis-à-vis de nous, était, comme on sait, habité par Évandre et son peuple, 5oo ans avant Romulus et Rémus; si toutefois Ton peut fixer avec cette sorte de précision la date de faits et d événements, sur la réalité desquels la seule autorité que l'on puisse citer est un poème. Au reste , Virgile ajoutait foi à la tradition d'après laquelle il composa l'Enéide, et nous pouvons bien lui accorder aussi une sorte de croyance poétique. Énée donc , ayant remonté le Tibre, trouva Évandre , Pallas et leurs compagnons , sa-* crifiant à Hercule près de la grotte de Cacus , que nous pourrions voir d'ici, s'il en restait quelques traces sur la pente de l'Aven tin; et ayant été accueilli avec hospitalité , il prit part à leurs exercices religieux et au dîner qui les suivit. Il fut ensuite conduit par Évandre à sa petite maison , angusti subter fastigia tecti au pied du Mont Palatin, dont les verts pâturages nourrissaient les troupeaux qu'il abreuvait à la fontaine du Forum.

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Évandre montra aux étrangers les ruines de deux villes antiques qui n'existaient plus, Saturne sur le Mont palatin^ et Janus sur le Janicule de l'autre côté du Tibre (des antiquités dans l'antiquité), et c'est sur ce Mont Palatin que Ronmlus fonda sa ville 5oo ans plus tard» Tout le l^euple romain d'alors y logeait à l'aise; mais dans la suite, un de ses empereurs (Néron) le trouva trop petit pour son palais , dont les ruines prodigieuses le débordent de tous côtés. Caligula, avant Néron, avait uni le Palatin au Capitole par un pont qui traversait le Forum sur une forêt de colonnes gigantesques; mais cet ouvrage du caprice d'un empe- , reur fut renversé par son successeur Claude. « Le Mont Capitolin a un double sommet, divisé par Vintermontium , et présente la forme d'une selle. Du côté de l'ouest et au-dessus dé la roche Tarpéienne , les Romains avaient une forteresse sur les fondations de laquelle le palais Caffarelli a été construit. Du côté de l'est, on monte par 45 marches au couvent franciscain et à l'église d'Aracœli, élevée sur les fondations d'un temple de Jupiter Capilolinus^ qui avait été bâti par Tarquin l'ancien, et trois fois brûlé; d'abord par Sylla, ensuite par un soldat de Vitellius, et finalement sous le règne de Titus, par accident. L'antique temple de Jupiter était entouré d'un double portique, et possédait trois statues colossales en terre cuite, Jupiter, Junon et Minerve;-

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