‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 39 sur 99 · PANORAMA CLASSIQUE. I · texte numérisé non relu

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mais pour compenser rinfériorité de la matière, on les avait peintes en rouge, et la couche de vermillon était renouvelée chaque année. Les jours de fête , Jupiter était de plus revêtu de la toge triomphale. Les triomphateurs mettaient du rouge aussi, c'était le costume obligé; Camille tinompha quatre fois fardé jusqu'aux yeux , tout comme ferait à présent un chef indien de l'Amérique du nord. Sous Trajan, ces dieux de terre cuite furent refaits en or massif, pour les assortir à une victoire d'or, reçue en présent de Hiéron, roi de Syracuse. Dans la suite, le couvent d'Aracoeli devint la résidence des papes, et l'on voit encore sur l'arête d'une longue muraille, certaine galerie étroite par laquelle le Saint-Père s'était ménagé le moyen d'échapper aux attaques soudaines d'un ennemi domestique ou étranger, précaution que les papes avaient également prise au Vatican , d'où ils pouvaient passer secrètement au château Saint-Ange. « La petite église en rotonde que vous voyez au pied du Mont Palatin j bien qu'elle soit au ni- A^eau du sol-, n'en est pas moins bâtie sur le faîte d'un petit temple antique, enseveli sous les décombres. Ce temple marque le lieu où Romulus et Rémus furent allaités par la louve; circonstance que Von regarde comme prouvée par la figure en bronze, représentant cette louve, qui a été trouvée ici , et se voit maintenant au Musée du Capitole. C'est encore Jà qu'était le plan de Rome an-

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tique en i^bâtre, et les portes de bronze de Féglise moderae étaient celles mêmes du temple antique. L'habitation de Cicéron n'était pas éloignée de ce lieu. »

Après avoir jeté un rapide coup-d'œil sur diyeï^es autres parties de la ville étemelle, notre antiquaire passa au pays environnant, a Xje Latium,dit-ily est marqué du côté du levant par cette ceinture de mon tagnesàprésent couvertes de neige , dent le profil , éclatant de blancheur , tranche fortemegçtt avec l'azur du ciel. Le point le plus saillant de cette circonférence^ comme le plus rapproché, est le Mens j^lbanusy groupe isol^ du côté du midi. A la moitié de sa hauteur, il y 9 un lac dans le fond du cratère d'un volcan éteiqit. Sur le bord de ce cratère fleurissait Albe , la plus ancienne ennemie ^e Rome, et la première > victime immolée à sa grandeur future. Au sommet du mont, k l'endroit où l'on voit noain tenant un couvent , le temple de Jupiter Latialis s'élevait autrefois C'était là et dansije bois sacré de />/ie/z^* na^ sur les boçds du tac Albano, que s'assemblaient les Latin$ alliés contre I^ome. A l'ouest de l'antique -^i&a, vous voyez MbanOy ville moderne qui \qx doit son w>xn. PJius à l'est, sur le penchant de la montagne, estFrascati, sorti des ruines de TusQuUfioi, Pl|US( ancienne que Rome de bien des siècle^., ainsi qu,'Albe, cette villç, après avoir en vain lutlé p^ip^Wt lop^-temps contre s^ rivale.

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devint un lieu de plaisance où ses riches citoyens allaient passer les grandes chaleurs de 1 été. Beau* coup plus loin que le Monte Albano, mais dans la même direction et sur le penchant de rApeimin« vons découvrez l'ancienne Pneneste (maintenant Palestriua), pour la conquête de laquelle Cincinnatus laissa momentanément sa charrue. £Ue avait un magnifique temple de la Fortune, doù Pyr* rhus marchant contre Rome, 3oo ans avant notre ère, observa la situation de cette ville; beaucoup plus près d'ici, vous voyez Gabii^ l'Athènes du Latium. Au-delà de Prœneste , mais derrière Monte Albano , et par conséquent cachées à nos yeux, se trouvent plusieurs anciennes cités des Aborigènes, telles que Frosinone^ Ferentinum^ SuzzU^ Anofffiia^ Alatrium^ etc., dont les noms paraissent dans l'histoire ancienne de Rome, et qui appartenaient aux yEqui^ aux Volsci^ aux Marsi^ aux / Peligni^ aux Trentani^ et surtout aux Samnites, les plus ardents d'entre les ennemis de Rome naissante. Il ne reste plus aucune trace d'un grand nombre de ces villes antiques, et déjà, du temps de Pline, il y en avait 53 dont l'exacte situation était inconnue. Pendant les quatre premiers siècles de Rome , la vaste plaine où elle est située, ne' fut qu'un seul champ de bataille , où le sort des combats entre quelques peuplades barbares fixait d'avance les destinées du monde. » Notre antiquaire nous indiqua cinquante - neuf

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champs de batailles , toutes livrées dans le cercle de la campagne de Rome , depuis celles de Crustumeriwn^etyie /*û/e/zej, quelques milles au nord de Rome, jusqu'à celle où Totila, défait par Narsès, perdit la vie aux portes de sa capitale; période qui embrasse la à i3 siècles. «cLa plupart de ces batailles , nous dit-il , eurent lieu pendant les cinq premiers siècles de sa fondation , et une seule dans le 6* (l'an SSg) contre Annibal , txmt près de la Porta Latina et de l'endroit où i35 ans auparavant, les Gaulois avaient été repoussés. Rome, dans les 7* et 8* siècles de sa fondation , ayant conquis la paix , et fait de ses ennemis des concitoyens^ trouva parmi ses concitoyens des ennemis, et les guerres qu'elle eut à soutenir ne furent plus que des guerres civiles; mais dans les 12* et 1 3* siècles depuis sa fondation , ta campagne de I Rome, envahie de nouveau par l'ennemi, rede-

vint un grand champ de bataille , de destruction au moins et de pillage , car il y avait pjeu de résistance. » Notre antiquaire nous ,montra pourtant quatre différents endroits où les étrangers avaient été dé£siits, mais non par des Romains, i f 63 ans après la fondation de Rome , et lorsque sa population était encore si nonibreuse, que de notre temps celle de Londres pourrait seule lui être comparée. « Les Romains, nous dit-il^ se laissèrent bloquer dans leurs murs par une poignée de barbares sous Alaric. Ils furent affamés, mis à

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contribution, etfinaiementliyrés à toutes les horreurs d'une y ille prise d'assaut; horreurs bien plus grandes alors qu'elles ne le sont de nos jours. Rome n'avait jamais encore éprouvé ce malheur; mais il était réservé à un soldat chrétien et bon catholique, le Normand Robert Guiscard, de le lui Élire subir une seconde fois, 674 ans plus tard. Entièrement détruite par ce Normand, notre ville fut lentement reconstruite ailleurs, quoique tou- * jours dans l'enceinte d^s mêmes murs, c'est-à-dire, où vous la voyez à présent Dans l'année 1627, le connétable de Bourbon, commandant les troupes^ d'un roi très-chrétien, la saccagea de nouveau, et de nos jours elle a été occupée et rançonnée pour son bien, mais plus doucement, par une armée qui venait du même pays que la précédente.

« En suivant l'horizon de l'est au nord, on rencontre le Monte Gennaro, de forme conique, situé dans ce pays des Ssibins, qui rappelle les brutales amours et le premier mariage des anciens Romains. Le célèbre Tibur (Tivoli) semble être sur la pente de ce Monte Gennaroj quoiqu'en réalité beaucoup plus près de nous; et tous les lieux décrits par Horace sont cachés parmi les montagnes qui avoisinent celle-là ; ils portent encore leurs noms antiques très-peu altérés. Dans la plaine au-dessous de Tibur, la villa d'Adrien couvre plusieurs milles de ses ruines, cet empereur ayant eu la .bizarre pensée de réunir dans ses

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jardins les modèles des édifices les plus célèbres du monde alors connu. Toujours suivant l'horizon le long de la crête neigée des Apennins, on rencontre le mont Soracte isolé sur les plaines de l'Étrurie, que le Tibre sépare de ce que les Romains appelaient Latium novum ; vous le distinguez à sa forme conique et régulière. Les antiques babitans de l'Apennin dédiaient à Jupiter les, plus hautes cimes de leurs montagnes, et y élevaient des temples ou simplement des autels/ où ils célébraient leurs fêtes religieuses et politi* ques. La montagne dédiée à Jupiter Cacuno est cachée par le ilf£772/e Gennaro\Jsm& on en aperçoit une autre à l'horizon, très-éloignée et dans la direction du Soracte. Celui-ci était dédié à Jupiter tonnant. Là, l'horizon de montagnes s'abaisse tout-à-coup au niveau delà vaste Étrurie, et vous n'apercevez plus que quelques hauteurs isolées où s'élevaient autrefois les villes antiques de Nepete, de Sutrium et celle des puissants et implacables Pejentes, Plus à l'ouest, un groupe de collines entoure le grand lac Sabatinus^ maintenant Brac-ciano ; mais cette partie du pays nous est cachée par le mont Marius^ lequel, avec les monts Vatir cano et JaniculOj cache encore une grande partie du pays des Pelages vers la mer (mare jyrrhenum)^ ainsi que Yantiqne u^gyUa ou Ccers ^ si mystérieusement liée à Rome , jàlsium^ et enfin y à l'embouchure du Tibre, la vieille Ostie avec le

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port de Trajan, qui est maintenant un lac séparé de la mer. Le pays de Tautre coté du Tibre , le Latium antiquùsimum , célébré par les deux plus grands poètes de Fantiquité classique, mais devenu un vaste désert pestilentiel, s'étend tout le long de la côte jusqu'au port ^^stura^ près duquel Cicéron fut assassiné, et finalement jusqu'au Monte Albano , où se termine le panorama que nous venons de parcourir. Ce vaste espace , formant un demi-cercle de i5o milles, dont le diamètre pris le long de la mer est d'environ i oo milles^ contient à peu près quinze cents hectares. Le sol, jusqu'à ime grande profondeur, est volcanique , c'est-à-dire (brmé de puzzolana et de cendres grossières d'un jaune foncé, mêlées de fragments de pierres ponce ; le tout en couches horizontales séparées par d'autres couches de dépots marins, tels que des cailloux roulés, des coquillages non calcinés et du bois fossile. Dansplusieurs endroits appelés solfatara^ le souffre en état de subUmation s'exhale de la terre et remplit l'air de vapeurs malfaisantes. La chaîne des Apennins, qui circonscrit une grande partie de ce pays volcanique , est toute calcaire , mais montre cependant en divers endroits des coulées de lave, ainsi que de basalte. La plupart des montagnes isolées dans la plaine sont de forme conique, quelques-unes creuses au sommet et

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toutes composées de substances volcaniques. Les creux, qui sans doute ont été des cratèresde volcans, forment maintenant des lacs , dont le plus grand est celui de Bracciano , qui a 1 5 milles de circonférence. Nous voyons d'ici les emplacements de huit ou neuf de ces lacs. Malgré' toutes ces apparences et la connaissance des produits volcaniques que l'Etna, au défaut du Vésuve, aurait pu donner aux Romains , il ne semble pas qu'ils aient soupçonné que leur pays eût été un foyer d'éruptions volcaniques. Denys d'Halicarnasse, StrabcMi ni Pline n'en disent rien; de leur temps, aucune tradition n'en conservait le souvenir, et il est probable que ces éruptions eurent li^u sous la mer lorsqu'elle couvrait le Latium ; autrement on n'eu aurait pas trouvé les produits répandus en couches horizontales sur toute la sur&ce du pays ; encore moins trouverait-on ces couches séparées par d'autres couches de sable et de coquillage déposées, suivant toute apparence, dans les intervalles des éruptions. Le pays volcanique s'étend bien au-delà de notre horizon , puisqu'il occupe toute la côte de Pise à Naples, entre l'Apennin et la mer. Quoique trèsï-malsain , il n'est point marécageux, et les nombreuses rivières qui le traversent, telles que le Tibre et l'Amo , coulent rapidement vers la mer. Les dunes de sable accumulées le long de

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h cote, et qui souvent empêchent Fécoulement des eaux, forment bien quelques marais; mais ils sont de peu d'étendue. »

L'amphithéâtre Flavien, qui dans le moyen âge portait le nom caractéristique de Colossus ou Colosseum , s'appelle maintenant Colysée , et c'est le monmnent le plus extraordinaire que Rome ancienne nou's ait légué, quoiqu'il ne date que du commencement de notre ère. Â l'extérieur, c'est une tour énorme par sa largeur comparée à sa hauteur , peu considérable , et encore diminuée par des terres accumulées autour de la base. Cet édifice est composé de trois étages en arcades ornées de colonnes en demi-rehef de différents ordres d'architecture, dorique au rez-de-chaussée, ionique et corinthien au-dessus. Une haute muraille -avec sa pesante corniche forme un quatrième étage sans rapport avec les autres, disproportionné et de mauvais goût. On voit partout dans les murs, surtout près de terre , d'innombrables trous , grands à y mettre la tête et plus larges dans l'intérieur qu'à l'entrée. Ils furentprobablement faits dans ces sièclesd'ignorance où les barbares de notre Europe occidentale , semblables aux Orientaux de nos jours, n'attachaient d'autre prix aux monuments antiques que celui de leurs matériaux, et ils avaient pour but d'atteindre et d'arracher certains crampons de métal plombés entre les pierres de

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taille (i). Les anciens voulaient sans doute par-là empêcher le déplacement des pierres, déjà presque impossible sans cela; et cette précaution plus qu'inutile a été fatale à leurs édifices, qui sont la plupart défigurés par de semblables cavités. Quatre-vingts arcades, élevées de deux marches seulement au-dessus du sol , formaient l'immense circonférence (a) du Colysée, et quatre de ces ar- « cades, situées aux extrémités des deux axes de l'ellipse , servaient d'entrée aux grands animaux , tels que Péléphant. Chaque arcade portait son numéro encore visible sous l'architrave, lequel servait à guider leâ spectateurs , dont les billets d'entrée (Tesserœ) étaient également numérotés , et ils trouvaient ainsi avec facilité l'escalier de la section de l'amphithéâtre où, suivant leur rang , ils avaient droit de prendre place. La Tessera était de bronze ou d'ivoire, et quelquefois de plomb; on en voit dans les cabinets des curieux (3). Derrière le premier rang d'arcades cir-

(i) On a trouTé un de ces crampons au({uel il y avait vingt livres de plomb.

(2) Une partie de cette circonférence a disparu , et , pour empêcher le reste de s*écrouler , le deiiiier pape fit construire un contre-boutant très-fort , qui Tappuie , et intérieurement plusieurs murs et piliers.

(5) On faisait usage de ces tesstrœ pour le théâtre

comme pour Tamphithéàtre, et elles portaient le nom de la

pièce que Ton devait jouer; on s'en servait aussi pour les

. distributions de blé ; elles étaient en usage dans Tannée :

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