‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 41 sur 99 · IO LE GOLYS1SE · texte numérisé non relu

IO LE GOLYS1SE

sur le respect qui leur était dû. C'était le trône du peuple romain que ce Colysée : il y régnait sur des monstres avides de sang comme lui, et s'y re* paissait de carnage. L'étendue inouïe de ce carnage^ la profusion du sang répandu , l'incroyable dépense de ces jeux barbares donnaient un caractère de magnificence et de grandeur à des plaisirs qui, au fond, n'étaient que ceux d'une nature impitoyable et sans culture. On a peine à croire combien d'animaux étaient sacrifiés dans les jeux sanguinaires de l'amphithéâtre. Lorsque Titus en ouvrit pour la première fois les portes au peuple romain, le nombre des animaux de toutes espèces, depuis le renard jusqu'au lion et au tigre, depuis l'éléphant jusqu'à la gazelle , qui périrent dans les combats d'un seul jour, s'éleva à cinq mille (i). Pompée, à la dédicace de son théâtre , le premier qui eut été bâti en pierre , donna des combats de bétes dans lesquels il périt cinq cents Uons. On voyait le sang inonder l'arène ; mais les hurlements des bêtes féroces qui le faisaient couler étaient couverts par ceux des spectateurs, plus féroces encore.

Le peuple, assis sur les gradin* du Colysée,

(i) OtL gardait les animaux destinés à l'amphithéâtre dans des édifices séparés j appelés vivarium , dont les restes se voient encore sur le mont Cœlius et près de la porta majore ;^\s étaient amenés dans des cages montées sur des roues.

LB COLTftÉB. ail

n'élmt pas toot^-iut exposé aux injures du temps, car il y avait des toiles qui , au moyen de cx>rdagea traversant tyut l'édifice, et se croisant au centre comme les baleines d'un parapluie, s'étendaient sur les spectateurs , ou se repliaient en arriére. On croit que ces toiles , de forme triangulaire, ne couvraient que les spectateurs et non Farène. Les manœuvres s'opéraient avec une grande &cilité, et il parait que leurs majestés impériales s'amusaient quelquefois à faire inopinément jeter le soleil sur tels ou tels des spectateurs qui en étaient toujours bien flattés , puisqu'enfin il vaut mieux que la grandeur s'amuse il nos dépens, que de vivre ignorés d'çU^.

Quel contraste entre ces temps-là et ceux-ci ! La tranquillité la plus profonde, l'entière solitude, on certain sentiment d'abandon et de torpeur, avaient remplacé l'appareil orgueilleux du rang suprême, et la présence d'un peuple entier. La paix avait succédé au carnage, le silence aux cris de fureur et aux cris de joie. On ne voyait d'êtres vivants que deux sentinelles en faction aux deux entrées du Colysée ; un moine , son rosaire à la main , qui de temps en temps paraissait sous l'arcade obscure à gauche, et quelques paysans prosternés au pied de la croix dans le milieu de l'arène, qui semblaient prier Dieu pour le repos de l'ame du peuple romain.

Derrière la terrasse impériale (le Podium)^ ré-

aia LE COLIYSÉE..

duite maintenant à la moitié ou au tiers de sac hauteur primitive, s'élevaient les premièreset secondes loges , ou première et féconde classes de gradins ( meniana ) , chacune composée de 44 bancs circulaires, contenant, dit-on, a 5,ooo spectateurs ; plus loin et plus haut , s'élevait un trot- .sième menianum de neuf bancs, sièges, ou gradins circulaires où les femmes se plaçaient , et plus haut encore , c'est-à-dire au-dessus de leur tête , et non! derrière elles, s'élevait une 4* et dernière classe de gradins décorée d'un portique qui couronnait ou terminait tout à l'entour le vaste plan incliné de Tamphi théâtre. Quelques-unes des colonnes qui faisaient partie de ce portique, ont été récemment trouvées en déblayant les ruines dans l'arène où elles étaient tombées d'une hauteur de. 1 57 pieds , et leur beauté ne laisse aucim doute siu* la magnificence de cette partie du Colysée.ll. paraît que, dans l'origine , cette galerie n'était qu'un ornement, mais qu'ensuite on y plaça onze gradins de bois qui formaient le 4** menianum^ à l'usage de ceux qui n'avaient pas droit aux autres , c'est-à-dire la plus basse classe du peuple. Ces sièges de bois, ayant été à différentes fois détruits par le feu, furent enfin reconstruits en brique ; on en voit encore les traces ; tout calculé, le Colysée pouvait donner place à 44^000 spectateurs, nombre très-inférieur à l'idée commune qui les porte à 80,000; mais les antiquaires ne se piquent pas

LE COLTSEE.

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deprécisicHi mathématique, et s^abandonnent vo» lontiers à un peu d'exagération dramatique. Winkeltnan, par exemple, dit que le théâtre dUercuianum con tenait 3o,ooo spectateurs, quoiqu'il soit maintenant prouvé qu'il ne pouvait en admettre que io,opo. Le Colysée parait avoir été entier dans le 8* siècle , et sa dilapidation ne commença même que dans le 1 1* Suivant Poggius, témoin oculaire , la plus grande partie des marbres avait disparu dans les quinzième et seizième siècles; c'était une carrière d'où l'on tirait des matériai^x pour bâtir les palais de Rome. Amis et ennemis. Guelfes et Gibelins, s'accordaient sur ce point; on en a des preuves écrites, et Michel -Ange est un des plus grands coupables.

Pas un seul des gradins de marbre ne se trouve i sa place , et l'on n'en a même découvert qu'un petit nombre dans les décombres. Celui que j'ai ▼u était de marbre blanc , de la forme^ et des dimenâons suivantes :

Il avait i5 pouces de hauteur, et 3 pieds de profondeur* Le mot Çmrit^Quiriles)^ irè^-hien.

ai4 l'B GOLTSâs. •

gravé sur le marbre ^ montre qu'il a^ait appartenu au second merUanum , où les chevaliers romains avaient leurs places^ Ces gradins de marbre, une fois enlevés , l'eau des pluies pénétra sans diffî^ culte dans les interstioes des murs et des voûtes de brique qui se trouvaient au-dessous, et la gelée élargît les fentes que les tremblements de terre ataient commencées. Cependant, la masse informe resta debout, et pendant les siècles d'anarchie da moyen âge, le Colysée, devenu une forteresse^ fut souvent assiégé, pris et repris, et il devint Vobjet de traités en forme entre quelques £uniUes puissantes en guerre les unes contre les autres. Dans la suite on en fit un hopitd , et lorsque lea Français, sous Bonaparte, enlevèrent les décom* bres , ils trouvèrent une quantité énorme de^ fulùer de cheval, quî y avait été accumulée depuia long-temps, pour servira la formation du salpêtre* Yeapasien , à son retour de la guerre contre lea Juifs, avait commencé cet édifice. Fan 7a de notre ère; et 12,000 pauvres prisonniers hébreux fu*^ rent employés à sa construction (f), ainsi qu'une somme égale à cinquante millions de francs ; mais ce fut Titus son fils qui l'acheva^ Uexcavation de l'arène par les Français fit découvrir des espèces de murs d'appui demi-circulaires, qui la traver-

[{) Le9 Juifs , même à présent, évitent de passer sous Farc de Jules, qoî conduit au Colysée, tft préfèrent se. gHaaeràcfité.

XE COLTSÉE. ai 5

saîent dans sa longueur, et la divisaient en bandes de isi pieds de largeur. On a Ëiit beaucoup de conjectures sur ces constructions évidemment d'un autre âge que Famphi théâtre et d'un travail très-inférieur ; la moins improbable est qu elles servaient à soutenir un plancher de bois , couvrant toute l'arène. Peut -être les intervalles étaient - ils destinés à donner passage aux ani* maux de combat , qui montaient sur le plan* i^er par le moyen de trappes ou de portes en coulisses comme à l'Opéra. On a trouvé entre ces mars d'appui des traces de plans inclinés, au nombre de 8a, qui pouvaient conduire à ces trappes. Quel opéra moderne pourrait se vanter d'avoir ainsi 8a trappes à monstres de tpute espèce^ et encore leurs monstres seraient - ils de carton, tandis que ceux du Colysée étaient de chair et d'os, à dents et à griffes véritables ; dans Vori^e, l'arène du Coliséé pouvait être transformée en najumachie à volonté. Des conduits , encore visibles, amenaient l'eau des thermes de Titus où elle était apportée de Tivoli , par un aqueduc auquel ses détours donnaient une longoeur de 44 niilles. Cette eau se précipitait dans Tarène par 8o. ouvertures, et la remplissait jusqu'à la hauteur de lo à a5 pieds. Amener ainsi une rivière à travers les airs, pour faire un arpent de mer où des miniatures de vaisseaux se livraient bataille, est une sorte d'enfantillage gi-

aî6 LE COIYSÉE.

gantesque, où la disproportion entre la fin et les moyens paraît extrême. Ce mauvais goût ne dura pas, car les petits murs construits subséquemment étaient incompatibles avec la naumadiie , et déplus, certains passages sou terrains(i) récemment découverts, et qui communiquaient de l'ampliithéâtre au palais impérial , auraient été sous Feau, si Ton n'eût pas cessé de l'introduire. Or, comme l'on attenta à la vie de l'empereur Commode dans ce passage même, et que cet empereur régnait environ i lo ans après la construction de l'amphithéâtre, il est clair que l'usage de la paumachie avait duré moins d'un siècle. La profondeur requise pour l'admission de l'eau n'étant plus nécessaire, et cette profondeur rendant une certaine portion de l'arène invisible à un grand nombre de spectateurs , on voulut en élever le niveau , et un plancher de bois sur des murs d'appui parut être l'expédient le plus prompt et le plus facile, présentant d'ailleurs des moyens * pittoresques d'introduire les acteurs, hommes ou bêtes, sur le théâtre. Il y avait dans les jeux cruels de l'amphithéâtre , un raffinement qui étonne. Jai vu une fresque antique, représentant un malheureux esclave, qui entre par un étroit passage dans l'arène, qu'il doit traverser au milieu

(i) La terre et les décombres qui remplissent ce passage, n'ont été enlevées qu'à son entrée, açsez cependant pous toir qu'il était fini avec soin- et très-orné..

CLA.IR DE LUIfE. ^l'J

des tigres et des lions , pour aller déposer à l'extrémité opposée des œufs qu'il tient dans ses mains; s'il échappait aux grifles des bétes féroces, il était libre. Après le premier choc que ces spectacles cruels ne pouvaient manquer de produire, et la compassion une fois émoussée par de fréquentes épreuves, il ne restait qu'un vif intérêt et un goût d'émotion violente qui devenait une passion , et rendait le spectateur insensible à tout sentiment d'humanité. On ne doit pas être surpris que les poètes et les artistes de l'antiquité excellassent dans la description et ]a représentation des morts et des mourants, ayant des occasions journalières de voiï* des combats mortels, livrés par des sujets nus. Ils dessinaient et décrivaient d'après nature, ce qu'aucun moderne n'a pu faire. Parmi les spectacles extraordinairesy introduits dans l'arène, on y a vu des femmes, l'épée à la main , combattre jusqu'à la mort , ainsi que des nains et des hommes contrefaits.

Jidstus lipsùù rend compte de ces odieuses jouissances d'un goût dépravé, et le fait est prouvé par un édit d'Alexandre Sévère, qui prohibait ces combats, lesquels probablement n'avaient pas été en usage long-temps avant l'époque dégénérée où il régnait.

C'est la mode d'aller voir le Colysée au clair de lune j comme le Vatican aux flambeaux , et quoi-

ai8 CLAIR J)£ LUIfE.

que les modes, lorsqu'elles sont généralement adoptées, deviennent , ainsi que les proverbes , vulgaires et triviales , cependant il serait encore moins raisonnable de s'abstenir toujours de faire ou de dire ce que tout le monde ùAt ou dit, que de tomber dans l'excès contraire ; car, après tout, l'adoption générale est originairement venue d'un certain degré de mérite intrinsèque , que la mode ou le proverbe possédaient. Il est certain que nous nous sommes fort bien trouvés d'avoir vu le Colyséê par un beau clair de lune. La lu* mière douce et vague qu'il répandait sur les masses caverneuses entassées autour de l'arène, ne laissait voir aucun des tristes détails de la déca« dence, ni rien qui rappelât la règle et le compas. Une sorte de grandeur idéale^ sans couleur et presque sans forme , se montrait seule, et, au lieu d'un ouvrage artificiel composé de murs et de voûtes^ on aurait cru être au fond du cratère d'un volcan éteint dont le cône escarpé s'élevait à l'entour. La lune , dit l'auteur de Corinne , « est l'astre des ruines. »

Timaginerais que les vues myopes jouissent d'une sorte de clair de lune perpétuel. C'est au moins le même vague sur tous les objets éloignés ; mais ceux qui sont ainsi conformés ignorent combien le nombre des clairvoyants est inférieur au leur , et ne savent pas à quel point ils ont à se féliciter d'échapper ainsi aux détails

Mom PALATIN. a 19

ignobles et mesquins, que nous sommes condamnés à voir. Notre vue, à nousautres presbytes, est classique Y tandis que celle des myopes est romantique.

Le Colysée, la nuit , serait un cx>upe-gorge , sans le corps-de-garde qui est à côté. Les soldats ne manquent pas de prendre les armes , à l'approche de tout étranger après le soleil couché , et le pour-boire sur lequel ils comptent ne leur, permet pas d'oublier les ordres qu'ils ont à cet égard« U y a en outre des sentinelles placées dans plusieurs endroits des rmnesJLes cke vii^a ? le reflet des armes , le bruit même des talons de bottes siir l'antique pavé romain , ont leur effet sur l'imagination : il ne lui en faut pas davantage, et des riens comme ceux-là suffisent pour l'émouvoir.

On grimpe le long du plan incliné de l'amphi* théâ^tre par des sentiers frayés, comme sur ime montagne, au milieu du parfum des violettes et des autres' plantes odoriférantes qui y croissent spontanément J'ai entendu parler d'une ^/%z OiX'fea que l'on dit assez ridie.

Entre le €olysée et le Gapitole, s'élève le mont Palatin , couvert , d'un bout à l'autre , des ruines du palais de Néron , qui le débordent et descendent dans les vallées voisines jusqu'au pied des monts Cœlîus et Esquilin. Ce prodigieux palais, à lui seul une ville , ayant été consumé pai: le feu

aaO MONT PALlTiN.

dans Tannée 64 de notre ère , le tyran le rebâtit âur un plan plus magnifique encore, et cette splendeur lui valut le nom de Domus aurea Ne^ ronis. Le nom de palais ( palatium ) donné depuis à une résidence de prince parait être dérivé de mons Pafatinus: Sous Vespasien et Titus , toutes les parties du palais de Néron qui s'étendaient au- delà de ce mont furent démolies, et le terrain sur 1 equel s'éleva le Coly sée lui avait appartenu. Le Mont Palatin est couvert de masses informes qu'on pourrait appeler pudding artificid* Leur apparence actuelle vient de c^ que les Romains étaient dans l'usage de laisser quelquefois un intervalle entre les deux faces d'un gros mur, qu'ils remplissaient ensuite de débris jetés péle-méle dans le mortier. Lorsque , dans la suite , les deux faces du mur, souvent de marbre , eurent été enlevées, le remplissage que je viens de décrire resta debout , aussi dur que le rocher. Les voûtes d'une longue suite de salles forment une haute terrasse, d'où la vue plane, d'un côté sur la vaste étendue des ruines et leurs formes fantastiques , et , de l'autre sur ce qui fut autrefois le Çircus maximusy le premier et le plus grand qu'eurent les Romains. L'on n'y voit plus ces coursiers fougueux qui entraînaient le char olympique autour de la borne fatale, ni les a5o mille ou 36o mille spectateurs ( le nombre est incertain ) qui autrefois assistaient à ces courses

KONT PALATJir. a2f

et aux combats sanglants d^hommes et d'animaux. Le lion de la Numidie et l'ours des Alpes , l'élépbant, le rhinocéros et le tigre s'y rencontraient, et un empereur ajoutait trente-six crocodiles à la mêlée hétérogène des combattans. Au lieu de cet étrange spectacle, on ne voit plus dans le cirque que de grands carrés de choux , d artichauts, qui prospèrent admirablement dans ce sol classique. Sa forme est encore visible, mais sans accompagnement de ruines. C'est là qu'^/idrocles fut épargné par le lion à qupil avait ôté une épine du pied , et c'est aussi là que les premiers Romains eiilevèrent les Sabines.

Le chaos des ruines du Mont Palatin ne permet plus de reconnaître aucun plan , et ici , comme partout, les Romains semblent avoir fait peu d^attention à la symétrie^dans ]a position relative de leurs édifices, souvent trop près les uns de& autres , se présentant leurs angles et laissant entreux des espaces irréguliers. Une salle immense (i38 pieds sur 91), connue par le nom de la bibliothèque , était restée ensevelie sous les décombres jusqu'en 1720, et s'est, par ce moyen, fort bien conservée. Lorsqu'on la découvrit, elle renfermait encore des statues de marbre; mais le colosse d'Apollon en bronze, haut de 5o pieds , dont Pline a parlé, ne s'y e^ pas trouvé. Près de cette magnifique bibliothèque, il y avait un portique , plus long que la galerie du Louvre à Pa-

Aa2 KOlfT PALATIir.

ris, près duquel s'élevait un autre cdiosse de bronze , celui ^e Néron , trois fois aussi grand que celui du dieu son voisin ; mais ri^i de tout cela n'existe à présent : le bronze ne pouvait manquer d'être enlevé. Nous visitâmes des appartements enterrés , qui ont été découverts par l'écroulement d'une voûte. C'était un rez-de* chaussée , situé à présent à aS pieds plus bas que le niveau du ternsiin. La suite de ces appartements, où Ton p'a pas encore pénétré , peut cacher des trésors d'antiquité , supérieurs à tout ce que le monde possède déjà. Les parties accessibles ont été dépouillées de tout ce qui pouvait être emporté ; mais les voûtes et les murailles sont encore couvertes d'arabesques peintes et dorées, et de fresques bien exécutées. Sur les ruines du palais de Néron, on^oit celles du palais d'un pape (Alexandre Pamèse), comparativement moder» nés , puisqu'elles ont quatorze ou quinze cents ans de moins., et pourtant presqu'aussi complètement défigurée^. Michel-Ânge , qui porta une main sacrilège, sur presqu'autant de chefs-d'œuvre que lui-mériie nous en a légué , avait construit ce palais éphémère , avec les matériaux de celui de Néron. Malgré le mal que lui firent les Vandales , lorsqu'ils saccagèrent Rome, et Totila après eux , ce palais de Néron était encore debout dans le huitième siècle ; mais à présent les ruines mêmes disparaissent , ef l'ilex , le cy-

ACADÉMIK TERSIFICATIVK. 2^3

jprès , le myrthe , le laurier et l'aloès se dîsputent le sol que leur poussière a formé. Ce séjour des maîtres du inonde, d'où, comme d*un centre commun, leurs ordres allaient régir l'univers, esl maintenant si solitaire , qu'un vieux jardinier, gardant ses poules, que le renard, nous dit-il, lui mangeait toutes (dans Rome), et quelques malheureux en guenilles, qui faisaient des cordes à Fombre d'un vieux pan de mur, furent les seules créatures humaines éveillées qui s'offrirent à nos regards pendant une promenade de plusieurs heures, faite au milieu du jour. L'académie Arcadienne, qui est une des sociétés littéraires ou vérificatrices de Rome moderne, tenait autrefois ses séances sur le Mont Palatin : l'emplacement qu'elle avait choisi était une verte pelouse , ombragée de quelques arbres ; mais les académiciens ont depuis long - temps abandonné ce désert. On voit même encore les fragments de chapiteaux corinthiens et d'autres marbres antiques qui leur servaient de tables et de sièges , il y a cent ans, figurer, dans un désordre classique, sur la verdure où paissent quelques chèvres.

Après tout, il ne faudrait pas s'imaginer que le Mont Palatin soit réellement un mont, c'est tout au plus un monticule; sa base, à peu près carrée, ne couvrirait pas tout-à-fait le jardin des Tuileries à Paris , et son élévation est égale à deux fois celle des arbres de ce jardin. Le Mont Palatin

2!24 CLOJlCL maxiha.

porte sur son sommet quinze ou vingt pieds de décombres; mais comme la même accumulation existe autour de sa base , la hauteur relative reste

la même qu'autrefois. Quoique le niveau du sol de Rome moderne soit fortau-dessus.de l'ancienne ville, elle est cependant encore exposée aux inondations du Tibre, et Rome antique devait l'être beaucoup plus encore. Mais il ne paraît pas que le lit du Tibre se soit proportionnellement exhaussé; car le Ponte Botta, le plus ancien probablement de tous les ponts de l'Europe, n'est pas plus enfoncé dans l'eau , qu'il n'a dû l'être du temps ^Horatius Codés, qui le défendit avec i^ant de courage , il y a deux mille quatre cents ans ; et l'entrée dans le Tibre du célèbre Cloaca Maxùna paraît à présent à moitié hors de l'eau , de manière qu'on peut y pénétrer en bateau, comme du temps de Tarquin l'ancien. Cet égoùt classique mérite les éloges que les anciens donnaient à sa solidité. Il a environ douze pieds de hauteur, autant de largeur, et trois cents grands pas de longueur. Les pierres jointes sans mortier ont, en général, cinq pieds de long et trois pieds d'épai»^ seur. Accessible aux deux extrémités, le milieu est encore rempli de décombres , ce qui n'empêche pas le passage d'une source assez abondante dont l'eau, en été seulement, est purgative et diurétique.

Les ruines les plus voisines du Colysée sont celles

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