‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 43 sur 99 · À^G THERMES DE TITUS · texte numérisé non relu

À^G THERMES DE TITUS

n'ont pas encore vu le jour depuis leur première inhiunation. On reconnaît cependant qu'elle n a eu lieu que depuis rétablissemétit du christianisme , car on a trouvé un autel chrétien à Ventrée de l'une d'elles, dont il parait qu'on avait fait, dans le sixième siècle, une chapelle dédiée à sainte Félicité. Rien n'annonce que ces appartements aient été des bains; point de baignoires ni aucun grand réservoir , et le nom de Thermœ semblerait peu applicable à cet édifice. Parmi le grand nombre de niches de statues, on en montre une que l'on ^assure avoir été occupée par le La6coon\ mais la tradition indique aussi une vigne derrière les Thermes, comme ayant été le lieu où ce magnifique groupe fut découvert il y a trois cents ans, ce ^ui semble peu probable. L'étage supérieur, qui existe encore en partie, contenait la bibliothèque , des galeries de tableaux et de statues , et de vastes portiques,oii les philosophes enseignaient et disputaient; c'était le département des plaisirs intellectuels. Au moyen d'une bougie fixée au bout d'un bâton , on vous montre sur les voûtes des salles basses, des fi*esques parfaitement conservées, qui représentent des arabesques et des petites figures gracieuses et bien exécutées , mais de peu d'intérêt et presque hors la portée de la vue. Ces chambres , n'ayant point de fenêtres, n'étaient destinées à être vues qu'à la lueur des lampes. Le plan général de l'édifice ne saurait être

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déterminé à traTers le chaos des ruines. On ne voit que Aes masses informes de briques semblables à des rochers, et sans rapport les unes avec les autres ; des portions de voûtes prêtes à tomber, mais qui ne tombent point, et à travers certaines ouvertures dans la terre , des appartements qui y sont enfouis.

Près de ces Thermes , il y a une tour qui passe pour celle d'où Néron contempla l'incendie de Rome; et tout k côté, la vùi di Santa-Piétra , anciennement vicus scelercUus j où TuUie, femme de Tarquin et 611e de Servius TuUius, fit passer son char sur le corps inanimé de son père , assassiné par son mari !

Les Thermes de Dioclétien occupent les monts Vminale et Quirinalej un demi-mille au nord de ceux de Titus ^ et ils sont construits sur une plus grande échelle; l'espace qu'ils couvrent est un carré de 4oo pieds en tous sens, et il en reste encore debout une assez grande partie, pour donner une idée de ce qu'ils ont dû être. Une des salles parfaitement conservée devint, par les soins de Michel-Ange, l'une des plus belles églises de Rome {Santa Maria degli angeli). L'illustre architecte y ajouta une aile et en fit une croix grecque. La grande nef a 336 pieds de long et la nef transversale 3o8 ; chacune a 74 pieds de largeur et 84 pieds de hauteur. Il y trouva huit magnifiques

colonnes corinthiennes de granit oriental, cha-

aa8 MowTS gcblius et avewttn.

cune d'un seul bloc de 4^ pieds de haut, et de 16 de circonférence, et eïi ajouta huit autres de briques , revêtues d un stuc qui imite à s y trom* per le granit oriental. Mais le terrain autour de cet édifice étant plus hauf'que son pavé, il jugea bon d*éleVer celui-ci de six pieds, et d'enterrer d'autant les colonnes , ce qui gâte beaucoup leurs proportions. On voit ici une admirable fresque du Dominicain (le martyre de Saint-Sébastien), dont le coloris plein de vigueur ressemble plus à la peinture à l'huile, qu'aucune autre fresque que j'aie jamais vue. Derrière cette église , maïs toujours dans l'enceinte des Thermes, il y a un couvent de Chartreux. Dans la cour du jardin on voit une fontaine entourée d'un groupe d'énormes cyprès qui ont été le sujet de plusieurs gravures. Ce groupe, autrefois formé de quatre arbres, et maintenant réduit à trois, fut planté par Michel- Ange lorsqu'il construisit le cloître du couvent. Les troncs de ces arbres ont à présent 1 3 pieds de circonférence. Aux plantations d'artichaux et de cardons, qui rempHssent exclusivement les jardins de Rome, on a ici ajouté des orangers que hous avons trouvés chargés de fruits. *

Le Cœlius et l'Aven tin, sont les deux plus considérables des sept collines de Rome. Les grands avaient leurs maisons sur le Cœlius, et le peuple tur l'Aventin. La rue Suburra, où César, PKne le jeune et Marc-Aurèle, dans sa jeunesse, ont de-»

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meure , deacendait du- Cœlius vers FEsquilin. Quoique ce fût le quartier du beau monde, on y voyait 69 boutiques, L'arsenal était avigsi sur le Cœlius, ainsi qu'une grande place pour exercer la cavalerie. La vue du Cœlius embrasse une vaste étendue de ruines confusément entassées, et présentant les formes les plus singulières. Au nord, on voit encore les restes du Vivarium^ où Ton enfermait les animaui: à l'usage de l'amphithéâtre. Ces bâtiments étaient très-vastes, voûtés et pourvus de communications souterraines avec Tamphithéâtre. Au midi du Cœlius, était le Njm' phœwnàe Néron, magnifique maison de plaisance, où il y avait des grottes , des eaux jaillissantes , un pavé de marbre , des bains, etc. ; car l'idéal des jouissances de l'antiquité semblait se rapporter au climat de la zone torride plutôt qu'à celui de Rome , où j'ai vu cet hiver des languettes de glace de deux pieds de long pendre au bord des toits exposés au nord.

Les ruines des bains de Caracalla, ou Thermœ ArUonmiaruB^ par corruption ArUonianœ^ sont peut-être , après le Colysée , le monument le plus extraordinaire de l'antiquité. Chaque chambre parait un vaste temple. Quelques portions des voûtes qui couvraient ces chambres existent encore, et les niches pratiquées dans les murailles indiquent, un nombre prodigieux de statues. En efifet, la Flore, le Torse, l'Hçrcule Far-

123o THERMES DE CARACALLA.

nèse, et le groupe ,célèbf e qaî porte le nom de Taureau Farnèse, ont été trouvés ici. Une de ce» chambre», la Cella solearis, longue de i88 pieds , large de 1 34, était couverte d'une voûte presque plate, composée de lames de bronze entrelacées comme des courroies de sandales romaines, ainsi que le nom Findique. Les nombreuses chevilles ou crampons de fer et de bronze , qui se voient encore dans les murs de briques , servaient à retenir le marbre dont ceux-ci étaient revêtus. Point de fenêtres nulle part, et il fallait que les appartements fussent éclairés d'en haut , comme le Psmthéon. lie pavé de marbre a disparu, et de grands arbres croissent dans Fintérieur de Fédifice, sans pouvoir atteindre la hauteur des murs. Ceux-ci sont chargés de lierre qui retombe en masses pittoresques ; et, de leurs fentes, sortent des touffes de violier jaune en fleur, entremêlées de jasmin, de lentiscus, d'acanthe. En Êdsant le tour de ces ruines, qui forment un carré, je leur ai trouvé i ^iBO pieds de chaque côté, c'est-àdire à peu près l'étendue du jardin des Tuileries. Un prisonnier qui y serait renfermé ne manquerait pas de recoins habitables ; il $y trouverait de belles pelouses ombragées d'arbres magnifiques; des fleurs, qui viennent toutes seules, et qui parfumeraient l'air ; il aurait dés champs pour se nourrir, des pâturages en abondance ; il ne lui manquerait absolument que la santé ; car s'il lui

THERMES EN GJÉlfÉRAL. a3l

anrîwît de survivi'e aux fièvres du premier été , il n^eii passerait probablement pas nn second. On ne peut supposer qu'il en fut ainsi lors de la construction de ces édifices; car c'était alors le quartier le plus habité de Rome; mais la santé est maintenant passée, avec la population , à Tantique champ de Mars, où Rome moderne est située. On en Verra ailleurs la raison.

Malgré le nom de Tfiermœ ^ il n'y a rien dans ces établissements qui annonce des bains ; mais peut-être qu'occupant l'étage le plus bas , ik sont restés enfouis. Au reste^ on ne saurait douter qu'il n'y eût des bains : nombre d'auteurs contemporains en ont parlé ; il parait même que, dans un temps, hommes et femmes s'y bai* gnaient ensemble, puisque c^a fut défendu par Adrien et par plusieurs autres empereurs. I^ local, à présent visible, parait avoir rempli l'objet de nos cafés modernes, de nos jeux de paume, de nos salles d'armes (i), de nos bibliothèques publi* ques, de nos clubs, enfin de tous les endroits où les modernes savent perdre leur temps, tout comme les anciens. Une femme, qui nous ouvrit la porte des Thermœ Antonianœ^ei qui avait l'air bien malade, nous dit qu'elle était la mieux portante de la famille ; sa fille, occupée à laver du

(i) La lutte, chez les anciens, remplaçait l'escrime, et f ot^ s'exerçait nu.

a3a PaiNCB DE LA PAIX.

linge dans un bassin de marbre antique, jeune enfant belle eocorej quoique de k plus grande pâleur^ leva les yeux pendant que nous parlions d'elle^ et son sourire était triste à fendre le cœur. a Pourquoi restez-vous ici , dîmes • nous à ces pauvres gens. •*- Où aller ? répondirent-ils. » Oa voyait sur la kauteur des bâtiments déserts : c'était un couvent brûlé pendant la révolution ^ mais qui aurait enpore offert quelques ^ parties habitables pendant la saison fiévreuse.

Cette ressource cependant ne leurensemUait pas une, tant les hommes font peu d'efforts pour conserver le prenuer des biens, b santé I Ces Thermes étaient encore en grande partie entiers lorsque, dans le seizième siècle, les dilapidations des papes et des princes romains, principalement des Famèse , causèrent leur chute. On dit que lorsque la voûte de la grande salle tomba , le bruit fut entendu de Rome moderne.

La maison de campagne d'Emmanuel Godoy, prince de la PaiXy est située très près des Ther^ mœ Antonieinœ , mais sur le moqt Cœlius et justement au-dessus du niveau de la fièvre, qui ne s'élève pas à plus de i3o ou i5o pieds. La mai* son neuve, nue i^tu milieu de plantations toutes jeunes et sans effet, n'a rien de remarquable, et je n'en parle qu'à cause du nom du propriétaire , et à cause d'un morceau d'antiquité

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tiès-précieux , trouvé dans ses jardins parmi des firagDaent& de Boarbre, d'albâtre oriental , de mo* saûkpie et d'osseodents humains à demi brûlé». C'est on Hermès à double face en bronze, de grandear natwreUe et d'une grande bteuté , qui porte y d'un coté, la re8seid[»lance du père de^ la philosophie morale, et de l'autre, le visage d'un faornne d'environ aoncante Ans, à double menton, fiasque et sans barbe, mais qui a Fair ndble ^ grave et modeste. SENECA est le nom gravé sur l'am et SOCBATES sur l'autre.

Tous les jours, à midi, le £bi von accompagne le roi et la reine d'Espagne à la promenade , dans leur carrosse à six chevaux. Les deux énormes profils du prince et de l'ami du prinœ sont là &ce à tace^ tout nez l'un et l'autre^ sans front , sans menton, sans derrière de tête, et probable* ment suis cervelle, le ne sais ce que Lavater aurait dit de ces physionomies-4à ; mais jamais rien dlramam n'approcha plus du coq dinde. A côté d'eux, on découvre une petite vieille (f) dessé-

(i) Bonaparte enleva ^il 7 a vingt ans, toute la famille royale d'Eq^agne, le vieux roi et la vieille reine , le présent roi d'Espagne^ et Godoy, sumonuné Prince de la Paix , ancien garde du corps et ancien favori de leurs viçiUes majestés , mais surtout de la reine. Cette note pourra paraître superflue aux gens du dernitsr siècle 3 mais les jeunes gens ne savent rien des événements qui se sont passés au commencement dex» siède , qui ne sont pas encore du domaine de Tliistcûre.

!à34 MONTAGirS DE POTS CASSES.

chée, noire, jaune et renfrognée ; c'est la reine d'Espagne. Le peuple semble prendre un certain intérêt à ce trio ; sa vue du moins le metengaîté. Leurs majestés habitent le palais Barberini, dont le propriétaire est réduit, comme tant d'autres nobles Romains , à louer des appartements garnis dans son palais, et à occuper le grenier.

Les deux tiers à peu près de Fimmense espace contenu dans les murs de Rome (dix à douze milles carrés), c'est-à-dire à peu près tout l'espace qu'occupait Rome antique, est maintenant un désert en proie au mal aria et à la fièvre; les couvents même sont abandonnés. A notre retour par la Fia triomphalis ^ nous ne rencontrâmes pas ime seule personne. Le célèbre tas de pots cassés (Mont^ Testaccio) {i)^ situé dans ce désert, fait aussi bonne figure qu'aucune des autres montagnes de Rome, étant même plus haut de quelques pieds que le mont Capitolin (i65 pieds); sa forme est assez pittoresque; de son sommet on jouit d'une très belle vue, et le peu de terre qui s'est amassée dans quelques endroits s'y couvre de verdure. ]\Iais en général on ne voit partout que

(i) L'archevêque de Tarente dit qu'il y a dans son diocèse une coUin^ artificielle, comme celle-ci, composée tout entière de ce coquillage ^murex ) , dont les Romains tiraient leur couleur pourpre. Sans doute qu'il y avait \^ vax gi*and établissement de teiiïtyre , comme auprès du mont Testaccio un établissement de poteries.

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