‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 44 sur 99 · PALA.I · texte numérisé non relu

PALA.I

des îroLgtnen/s de ces grands vases de terre cuite (amphores), dont les anciens se servaient au lieu de tonneaux, et qui contenaientvingtrcinq à trente de nos bouteilles.

II j a, à travers cette masse énorme, des coulants d'air assez forts pour qu'on les sente , à la main, sortir d'entre les tessons ; et les nombreuses caves qu'on y a creusées sont très fraîches. Au printemps, le peuple romain va s'y enivrer ; mais, depuis le mois de juillet jusqu'au mois d'octobre, la place n'est pas tenable à cause du malaria; le sommet en est cependant exempt.

On comprend que Rome doit avoir plus d'églises que tout autre endroit du monde , et l'on en compte 3oo ainsi que 3oo palais; mais ceuxci doivent - être encore plus nombreux , car , dans les beaux jours de la papauté, chaque neveu d'un pape , sans compter ses descendants , en avait un ; tandis que tous les papes ne bâtissaient pas des églises. Il y a, dit-on, 65 palais qui valent la peine d être vus , mais , de ceux-là, il en est bien peu dont la description puisse intéresser. On les trouve rarement isolés , mais <H*dinairem|^tcontigus à d'autres maisons et sur la même ligne, distingués seulement par une large façade et un grand nombre de fenêtres garnies de barreaux de fei . Le caractère de leur architecture est la solidité plutôt que l'élégance; il y en a peu de rectangulaires, et une obliquité disgracieuse

!è36 LE GRANDIOSE l> E LA SALETÉ.

gâte souvent les plus beaux appartçnients. La cour est ordinairement dans le palais , et je n'en connais qu'un seul qui soit au contraire dans la cour et isolé. L'on descend de voiture dans Fintérieur et à couvert ; mais la porte d'entrée étant toujours ouverte^ devient le réceptacle dés phts odieuses saletés. Je me souviens d'avoir lu sur le mur de l'escalier d'un de ces palais (je crois le palais Dôria) , une défense écrite de £adre ce que personne au monde ne fit jamais sur l'escalier d'un palais dans aucun autre pays; ehe vcklet non è questo un palazzo? fiit l'exclamatioii ingé* nue que fit l'autre jour un Romain surpris en flagrant délit, et réprimandé par le locataire étran^r d'un de ces palais ; ne concevant pas qu'il eût rien fait de blâmable. Il y a à Rome tel- . palais où l'on trouverait pour trois ou quatre millions*de firancs de tableaux et de statues, mais à peine une fenêtre sans vitres cassées, ni un escalier sans immondices. Voici le singulier point de vue sous lequel l'état d'abandon et de malpro* prêté des palais de Rome m'a été présenté par manière d'explication. Le noble possesseur d'wi palais romain occupe un recoin^e ^a vaste éten-, due; il y vit simplement, famiiièremeitt, avec sa famigtia^ c'est-à-dire ses affidés, protégés et serviteurs. Les grands appartements ne sont point habités; il n'y reçoit pas ses amis, mais il les laisse voir àr tout le monde; c'est le seul usage qu'il en

PkhKîB FABNÈ8E. a^'J

hsse. Son palais est un lieu public ; Fadmiration qu'il excite rejaillit sur lui ; voilà sa joui»* sance ; mais comme le public qui admire n'est pas un public accoutumé à la propreté, et qui s'effarouche de quelques ordures sur un escalier, pourquoi le noble propriétaire s^en occuperait-il davantage? Son escalier à lui est un escalier dé« Fobé; la grande porte, le grand escalier, tout cela, c'est la rue. 11 porte. ses regards plus haut, et pour le dire «en un mot, il y a un coin de grandiasà caché sous l'ordure d'un palais romain. Le palais Famèse, je crois, est le seul qui soit isolé des maisons voisines ; quoique le plus beau de Bome et le plus régulier , son architecture est pesante; la cour intérieure, à trois ordres ou rangs de colonnes l'un sur l'autre , vaut beaiicoup mieux qjie l'extérieur. Par permission spéciale t ce palais fut construit il y a 3oo ans avec les matériaux tombés du Colysée, et que peut-être Ton aida à tomber. Il en fut de même à l'égard du palazzo Barberini, bâti par le neveu du pape de ce nom, et quelques plaisans tracèrent sqr la muraille le calembourg suivant : guod nonfecerumt barbarie fecerunt BcLrberini. Le bel escalier du palais Farnése, qui est le plus propre que nous ayons vu, conduit à de vastes appartements et à des galeries autrefois ornées des chefs-d'œuvre de la ^Ipture. On y voyait entr'autres l'Hercule Farnèse. Ces statues ont passé à Naples par dnMt

^38 LA CEXCI.

d'héritage (i): Les planchers sont de «larhre, les plafonds peints par les plus grands maîtres, et les murs couverts de beaux tableaux ; cependant nous avons été plus frappés de la magnificence du palais Colonna , lequel .est vénitien plutôt que romain. La grande galerie a deux cent neuf pieds de long sur trente-cinq pieds de large; le stuc, l'or , la peinture , rien n'y est épargné. Le prince avait commencé une galerie splendide; mais il

fiit arrêté par les troubles politiques , et la no« blesse de Rome n'est pas encore suffisamment revenue de sa peur et de ses pertes pour s'occuper d'emb ellissemen t&

Nous admirâmes beaucoup quelques-ims des tableaux , deux surtout du Guerchin. Je ne dirai qu'un mot d'nn portrait de la Cend. Cette malheureuse fille avait tué son propre père qui voulait lui £sdre violence. Elle avait seize ans , elle était belle, elle allait mourir sur Féchafaud (a), et

(i)Les conquérants de 1798 pillèrent sans misëricordc le cardinal Albani , parce qu'il descendait des rois d'Angleterre , et le pal^s Farnèse , parce qu'il appartenait au roi d'Espagne.

(2) La tragique histoire des Cenci , père , mère , fils et fille , est consignée dans un ancien manuscnt de la bibliothèque de Saint-Augustin à Rome : Cenci Lucrezia madré figliaJigU giustiziati nel 1^99 , et' marqué extérieurement ainsi : C. G. 21. Il semble bien écrit, et impartialement; mais les caractères gothiques le rendent difficile à lire. Il exbte aussi des documents authentiques, sur cette affreuse cause , dans les archiyes de la noble famille Publigchjl

LÀ PEiiffTURE. a39

cétait le Guide qui Esiisait son portrait. Il a ré* panda sur ce visage si pâle une vigueur de coloris extraordinaire, et que fort peu de ses tableaux possèdent Ayant quelquefois parlé avec assez peu de respect d'Albert Durer , le plus dur certainement de tous les grands peintres, je profiterai de l'occasion qui se* présente de faire ma paix avec les amateurs, en donnant des louanges bien sincères à son tableau (dans le palais Doria) des deux avares qui se querellent au sujet dW monceau d'or, ainsi qu'à celui de la Vierge mourante (i) qui est dans le palais Sciarra; sa manière sèche et dure est singulièrement adouciç dans ces deux tableaux , car il avait, comme les autres, ses deux manières opposées. Les tableaux du Guide, dans ce même palais Sciarra^ fournissent un autre exemple de différentes manières dans un même peintre. Les grands maîtres de l'art se ressemblent tous du plus au moins dans leur dernière manière, et cette ressemblance est surtout relative au coloris, qui n'est pas seulement la couleur simple , mais la couleur modifiée par tous les accidents de lumière, que produisent les

Santacroée , unie par Je sang aux Cenci , et qui souffrit même par la confiscation de ses biens j mais l'accès en a été interdit jusqu'à présent.

(i) Il est assez remarquable qu'entre le grand nombre de figures réunies autour du lit de la Vierge mourante, on n'aperçoit pas une seule femme.

a4o LA PEINTURE.

formes de l'objet représenté : sous ce point de vue, le coloris a une tout autre importance qu'on ne le suppose communément. Le dessin, à qui l'on accorde la supériorité , n'est que l'art de rendre correctement le profil des objets, leur * contour. Mais le relief fait partie de la forme des objets, non mdins que leur contour, et ne peut être exprimé que par une juste distribution de la lumière et des ombres qui appartient au coloris, lequel devient ainsi le dessin lui-même. Dans la plupart des tableaux du Titien , les couleurs sont passées , mais la juste distribution de la lumière et des ombres fait encore leur excellence ; c'est du coloris sans couleur.

On va voir, dans le palais RospigUosiy la célèbre fresque de l'aurore par le Guide, que plusieurs gravures ont fait connaître. Apollon, dans son chariot à quatre chevaux attelés de front , est accompagné de sept nymphes légères, aussi ra-> pides que les coursiers. Aucun artiste n'approuve le dessin de ce tableau , personne n'en loue l'expression; son coloris est froid, dur, et sans harmonie; les figures sont mal drapées, les couisiers sont de véritables chevaux de charrette; on reconnaît chacun de ces défauts en particulier , maiis il est convenu d'admirer l'ensemble et on l'admire.

La magnificence d'un palais a certainement pour but d'exciter l'admiration du public, plutôt

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