LES BASILIQUES. ^4 I
que du propriétaire lui-même, qui, en Italie, au moins, n en habite qu'un recoin, et fait peu d'attention au reste. Personne cependant ne parcourt un grand palais sans ennui ; on ne bâille nulle part d'aussi bon cœur , et il est rare que l'on en conserve iong-temps le souvenir, si quelque circonstance particulière ne le perpétue. Par exemple, je ne me souviens du palais Spada^ l'un des plus beaux deRome, qu'à cause de la statue de Pompée que Ton y voit ; c'est celle au pied de laquelle César perdit la vie, et qui a été trouvée, il y a trois cents ans , à l'endroit même où il avait été frappé.
Les premiers chrétiens avaient en horreur les temples païens ; et, même après rétablissement du christianisme, il leur répugnait de s'en servir pour leur culte , préférant les basiliques ou cours de justice de Rome antique. Ces édifices étaient divisés longitudinalemçnt par deux rangs de piliers ou colonnes, qui laissaient entr'elles un grand espace dans le milieu, et deux autres moindres, sur les côtés. Le parquet des juges, à lextrémité, devint le sanctuaire où l'autel était placé. De nou-* velles églises furent même bâties sur ce plan; et, lorsqu enfin il fut abandonné, et qu'on donna aux églises la forme d'une croix , le nom resta : c'est ainsi que Saint-Pierre de Rome est appelé la Ba-silica. Le plus beau modèle de basilique est peut-
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être Sania Maria maggiore. Les magnifiques co^ lonnes de marbre, qui séparent la nef des bas-côtés, appartenaient à un temple de Junon, bâti dans le même lieu. Malheureusement le plafond est doré^ les ornements sont abondants; et, quoiqu'il y ait de la majesté dans son architecture, c'est un beau salon plutôt qu'une église.
Ce n'est pas Saint-Pierre, comme on le croirait, qui est l'église métropolitaine de Rome et de la catholicité , mais Saint- Jean de Latran ,. fondée par Constantin. On l'appelle communément la Bar silica Constantina. Lateran était le nom d'une famille noble , propriétaire du sol. Cette église ayant été brûlée mille ans après sa fondation ( i3o8), elle fut bientôt rebâtie sur un plan magnifique. Les deux rangs de colonnes, au lieu d'un seul, de chaque côté de la nef, en diminuent cependant trop la grandeur apparente et l'effet. Les figures colossales des douze apôtros, très -supérieures à celles de Saint-Pierre , manquent cependant encore de simplicité dans les draperies; c'était le mauvais goût du temps, consacré par le Bernin. La façade de Saint-Jean de Latran, quoique fort belle, mente le même reproche que celle de Saint-Pierre : c'est la façade d'un palais plutôt que d'unç église. Lei portes de bronze furent tirées de la BasiUca jEmilia\ ses quatre colonnes de bronze doré sont celles qui furent envoyées de Jérusalem par Titus,
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«t les fonts baptismaux ( un antique vase de basalte ) sont ceux qui servirent au baptême de Constantin-le-grand par le pape Sylvestre ; le magnifique sarcophage d'Agrippa , enlevé au Panthéon , se trouve ici ; mais je ne sais quel pape ou quel car> dînai est allé s'y mettre, à la place d'Agrippa. Une grande fresque dans l'église représente la cérémonie de ce baptême , pendant laquelle une des figures du tableau paraît jeter des livres au feu. « Cétaii des Uvres protestants , » dit gravement le prêtre qui nous conduisait. L'obélisque égyptien , devant Saint-Jean de Latran , est le plus grand' qu'il y ait à Rome , ayant 99 pieds de haut, sans la base. II est de granit rouge et couvert de hiéroglyphes, dont le sens est inconnu. Élevé à Thêbes, en Egypte, par le fils du grand Sésostris, il y existait depuis quinze siècles, lorsque Constantinle-grand le fit transporter à Alexandrie, pour l'envoyer de là à Constantinople; mais Constance son fils, quilui succéda, changeant sa destination, le fit passer à Rome sur un vaisseau à trois rangs de rames, construit exprès. !Piacé dans le grand Cirqrue, il y fut trouvé m 00 ans après, brisé en trois endroits , et couvert de seize pieds de décombres , ce qui montre qu'il avait été renversé de bonne heure , soit par les barbares qui saccagèrent Itome, soit par les Romains eux-mêmes cherchant des trésors cachés, ou seulement les crampons de
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métal placés entre les pierres de la base : telle est y à peu près, l'histoire de tous les obélisques de Rome. Onze de ces monuments gigantesques du luxe égyptien furent, à différentes époques, ainsi transportés des bords dii Nil à ceux du Tibre; et, si la mer avait été ouverte à Napoléon , on aurait pu ajouter une autre page à leur histoire, ouméme deux, au cas qu'ils eussent été renvoyés des bords de la Seine à ceux du Tibre. Mais c'est à Thèbes et à Héliopolis qu'en stricte légitimité ils auraient du terminer leur voyage. Celui que l'on voit devant Saint-Pierre est le seul qui soit resté debout et entier.
Décembre. I^ pape officiait aujourd'hui en personne à Santa Maria Maggiore, et les étrangers ont pu assister aux cérémonies dans une place qui leur était réservée, près du trône de sa sainteté, les femmes séparées des hommes. L'attente a été longue et quelques-uns de nous {/orestien) , fatigués d'être debout depuis deux heures, et cherchant un étroit point d'appui autour de la base des piliers couverts de tapisseries, virent ces tentures, trop légèrement attachées, descendre sur leurs têtes coupables. Le maître des cérémonies , vieux suisse , qui ne parlait que son patois allemand, vint, hors d'haleine, arrêter le désordre, exhalant sa colère en un langage à nous inconnu. Cet épisode sei*vit à faire passer le temps. £q-
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fin une douce et belle musique, qui se faisait entendre au loin, annonça l'approche de sa Sainteté; elle parut bientôt à l'autre extrémité de l'Eglise. Son siège pontifical était porté sur un brancard élevé au-dessus du niveau des têtes, et entouré de ses cardinaux et de ses gardes. Sa Sainteté mit pied à teri^, près du grand autel; soutenue de chaque côté , elle s'avança vers le trône qui lui était préparé, et, non sans peine, monta les degrés pour y prendre place. Elle était revêtue d'une ample robe de satin brodée d'or; et la tiare placée sur sa tête, en or mât, haute comme un bonnet de grenadier, était marquée de trois rangs ou couronnes de pierres précieuses. Deux personnages, revêtus de drap d'or et la tête poudrée à blanc, debout à ses côtés et attentifs à ses moindres mouvements , avaient soin de croiser sa robe sur ses gencStix lorsqu'elle se dérangeait, de la soutenir lorsque le saint père se levait, et de placer un cotissin de satiiï blanc par terre, lorsqu'il se mettait à genoux ; lui donnant son moQchoir lorsqu'il en avait besoin, puis le pliant avec respect, sanctifié , comme il paraissait l'être, par l'usage que sa Sainteté en avait fisiit. Les cardinaux, revêtus d'amples robes d'un rouge terne, d'une sorte de manteau court ou scapulaire d'hermine, et la tête poudrée à blanc, étaient assis aux deux côtés d'un carré, dont le trône pontifical formait le troisième, et le grand autel le quatrième. Les