MUSÉE DU VATICAN
soir à une de ces visites nocturnes^ en nombreuse compagnie. Le Custode nous attendait avec l'ap-» pareil usité, sorte' d'écran ou de réverbère de fer-blanc, ajusté au bout d'une perche et derrière lequel brûlent des bougies , qui éclairent les statues sans être vues des spectateurs. Cette visite pittoresque , commencée à six heures du SQir , se prolongea jusqu'à dix. La nuit était froide, le pavé de marbre plus froid encore , et le bruit des fontaines d'eau jaillissante , dans les cours , donnait des frissons et le bâillement de la fièvre. Le Cus^ iode s'arrêtait trop long-temps devant quelquesuns des chefs-d'œuvre, et en passait d'autres trop i^apidement; personne n'osait se plaindre, de peur de troubler le ravissement de ses voisins, et de paraître insensible lui-même en demandant que l'on allât plus vite, ou de peur d'impatienter ceux qui trouvaient le temps long en demandant que l'on s'arrêtât Quant à moi, je ne saurais -improviser l'admiration; il me faut du temps, et surtout pleine liberté. Toute contrainte éteint la jouissance, et je connais peu de plaisirs qui s'accommodent de tant de témoins et de tant de préparations. La musique me plaît rarement à l'Opéra, et cependant j'ai quelquefois suivi un joueur d'orgue en hiver de rue en rue , les pieds dans la . boue , il est vrai , mais le cœur et la tête dans les nues. S^il m*arrivait jamais de visiter encore le YatiGan aux mêmes heures, il Êiudrait que Ton
VOLEURS DE GRAlfO CHEMIH. tàjS
me permît de le Éaiire seul, et avec une lanterne sourde a la main , au lieu du Custode et de ses bougies.
Deux des étrangers avec qui nous avions fait cette tournée nocturne passèrent , vingt-quatre heures après, un mauvais moment Ils étaient partis le matin pour Naples et, voyageant imprudemment de nuit , furent arrêtés entre Terracina et Fondi par des voleurs, qui blessèrent dangereusement le postillon d'un coup de fusil , et les obligèrent, pendant qu'ils fouillèrent la voiture, 'de se coucher par terre les jambes sous les roues. L'un de ces voyageurs, jeune militaire à jambe de bois (de celles qui imitent parfeitement le membre qu'elles remplacent), s'est depuis vanté d'àvoir mis la jambe de bois seulement sous la roue, et d'avoir retiré l'autre. La route est gardée par des piquets de soldats, de lieu en lieu; mais les voleurs , qui sont des paysans à l'affât dans l'espace intermédiaire, tirent sur les voyageurs et les dévalisent , puis se retirent tranquillement chez eux. Ce sont des braconniers, qui chassent à l'espèce humaine sur les grands chemins. La police française adopta contr'eux des mesures énergiques; mais ses recherches ne lui firent trouver que des paysans occupés de travaux champêtres, dans les endroits où elle comptait découvrir des repaires de voleurs ; et, à moins de pendre ou de ' fusiller toute la population mâle, elle n^aurait pu
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atteindre les coupables : non que toute cette po^ pulation fut composée de voleurs de grand chemin; mais ceux qui ne l'étaient pas se seraient bien gardés de dénoncer les autres, dont peut-être ils étaient d'ailleurs plus ou moins complices. Cette police était si sévère que tout individu sur lequel on trouvait des armes prohibées était fusillé^ ce qui éloigna les assassins des villes, mais les répandit dans la campagne et ne fit qu'augmenter le danger des grands chemins. Depuis quelques années, les voleurs ont imaginé d'enlever les riches habitants et d'en exiger une rançon. Voici comment la chose se traite. Le captif écrit à sa famille et communique les conditions mises à sa délivrance ; la lettre est envoyée par des gens de campagne allant au marché. A défaut d'espèces, on reçoit de l'argenterie au poids ou d'autres objets de valeur. Un homme de confiance , porteur de la rançon, se rend auprès des voleurs dans le lieu qu'ils ont indiqué, et sans danger, car il est toujours respecté en chemin et l'échange se fait honorablement; mais malheur au prisonnier, si les remises ne venaient pas à jour nonufné. Une femme, dont le mari se trouvait ainsi entre les mains des brigands , ayant envoyé moins que la somme stipulée^ reçut par le retour du messager les deux oreilles du captif, en attendant sa tête si le paie- '^ment n'était |)as complété incessamment; et n'obtint enfin , p our la rançon entière, qu'un nian