‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 53 sur 99 · LE STYLET · texte numérisé non relu

LE STYLET

âe rixes accidentelles an cabaret; car, malgré leur réputation de sobriété , les Italiens de bas étage s'enWrent,et il leur faut très peu de vin pour cela. Parmi eux , 4e premier meurtre établit la réputa** tion d'un jeune homme, comme parmi les gens couuoe ilÊiutle premier duel; et leurs idées de courage , de liberté même , semblent consister dans le libre exercice du stylet L'exclamation populaire de poi^ero cristiano ne s'adresse pas à l'homme étendu par terre et nageant dans son sang , mais à celui qui l'a mis en cet état. Il n'y a point de règles, point de lois du combat, établies entr'eux k 1 égard de ces rencontres ; l'on frappe comme Ion peut , par derrière, en traître, sans scrupule, et les Italiens sont à cet égard bien différents des Scandinaves (Norvégiens), qui, dans leurs combatsau stylet, convenaient au moins d'avance de la profondeur des blessures qu'ils se feraient, et tenant l'arme meurtrière à la longueur convenue , nes'oubliaient jamais jusqu'au point de l'enfoncer plus avanL Mais, pour revenir aux Romains, lorsque les Français étaient en possession de leur ville, on en vit jusqu'à i!20 disparaître en un jour; et c'est ce qui leur fit prendre des mesures de police si sévères, que, pendant les 1 8 mois de la république qui commença en février 1798, il n'y eut pas un seul meurtre. Maintenant la police ne prend connaissance que des meurtres des gens comme il faut, ou d<e ceux conmiis sur les grands

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chemins ; ceux qui ont lieu parmi la canaille ne comptent pas , et Ton n'y fait guère attention. A tout événement , il n'y a que les sbirri qui veuillent mettre la main sur un meurtrier: S'il est condamné à mort, ce qui est rare , chacun, le jour 4e l'exécution, s'informe avec inquiétudes! le pwero orisUano (le meurtrier) s'est confessé et s'il a reçu l'absolution. On voit de$ inconnus s'abor* der dans la rue , pour en savoir des nouvelles.

L'horreur qu'inspire la justice criminelle s'étend à la simple police , à l'égard de laquelle il est assez remarquable de voir les Anglais s'accor* der avec les Italiens, mais par des motifs tout-àfait différents. La constitution anglaise répugne à l'exercice d'une justice préventive (la police), et laissé chacun feare ce qui lui plaît à ses risques et périk. Cette répugnance ejt fondée en principe; mais à R<Kne, elle résulte simplement du fait de la mauvaise administration ; il n'y a point là de liberté à gâter. Au reste, la question de savoir si l'institution d'une police préventive est admissible sous un gouvernement constitutionnel , ne me parait pas encore décidée. Il vient un temps où Faccroissement de la population établit tant de points de contact entre les hommes, où le développement de l'industrie et l'accumulation des richesses, le loisir, les arts, les sciences, les distinctions de toute espèce, excitent à tel point l'ambition personnelle et les rivalités, qu'il

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peut être aussi nécessaire de prévenir que de punir les crimes résultant de cet état des choses. C'est ainsi que Ton place des gardes-fous sur un pont, un quai, une chaussée, où il y a foule, de peur qu'en se coudoyant et en se heurtant , les gens qui passent ne soient précipités , tandis que sur ime voie publique moins fréquentée , cette précaution est superflue.

Les lieutenants de Bonaparte en Italie cherchèrent, avec grande raison, leur sûreté dans une bonne police; mais il y a, dans la police pré ven- *tîve, une grande tendance à devenir arbitrairement inflictive , comme en France, où Ton avait , sous Bonaparte, comme avant lui, des prisons d'État pour le châtiment des crimes qui ne pouvaient être punis par les lois^ ni rester impunis. Ce système n'était point nouveau en Italie; les Italiens y étaient accoutumés sous leurs princes et leurs prêtares, mais il les révolta sous l'empire de parvenus étrangers. Cependant, il fout convenir que rétablissement de la police française était un véritable bienfait, en la comparant à celle qu'exerçaient les sbirri^ objets de terreur pour les honnêtes gens et de sûreté pour les grands criminels, dont l'impunité était garantie par eux. Ils poursuivaient les Saibles et les ignorants, et jouaient parmi eux le rôle d'agents provocateurs.

On peut dire de la conquête de Rome par Bonaparte et de la révolution qui suivit, ce qu'on

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a dit d'une autre mesure de sa politique : c était plus quun crime, c^ était une Jaute. S*il fût entré dans ses vues de faire de la France un pays protestant, il eût pu croire utile de compléter à Rome le discrédit de la papauté, qui y est déjà si grand ( i ), et de montrer à la France le souverain pontife , entre les mains des gendarmes, conduit à Paris, pour y être la risée des badauds. Mais il ne saurait convenir à un souverain arbitraire d'avoir des sujets protestants ; aussi Bonaparte ne chercha-t-il^amais à détruire la papauté ; et s'il insulta et opprima le pape, ce fut, à ce qu'il semble, de gaîté de cœur , pour donner un grand spectacle, et pour satisfaire le ressentiment d'Alquier, son agent à Rome, plutôt que par calcul politique. Mais en replaçant ensuite sa sainteté sur son siège pontifical, il y mit un ennemi mortel qu'il aurait pu gagner, a:insi que tout le sacré collège, à moitié moins de frais qu'il n'en coûta pour leur jouer le

(i) Il est de fait que les Romains, dévoués aux madones des coins de rue , se moquent ouvertement du santo padre ^ et il y a plus de Romains aux marionnettes, qu'à ces belles cérémonies où il of&de en personne , le mauvais usage du pouvoir civil faisant le plus grand tort au pouvoir divin. Quant à vouloir faire des protestants en leur montrant le pape déchu de sa puissance , cela aurait été un mauvais calcul , puisque c'est l'abus de cette puissance qui occasiona la réformation. Un pape sans infaillibilité serait pour eux un chrétien comme un autre , à Tégard de qui ils ne concevraient aucune crainte et seraient sanë antipathie.

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tour du voyage de Paris. La cour de Rome s'est toujours donnée à ceux qui donnaient; elle a toujours été du côté des victorieux , lorsqu'ils n'en voulaient pas aux principes sur lesquels repose sa puissance. Quant aux Romains , qui étaient soumis au plus mauvais gouvernement , leur amour-propre national souffrit d'abord de la manière dont ce gouvernement avait été régénéré sans leur aveu par des étrangers, mais le chan* gement leur était trop avantageux pour qu'ils ne se soumissent pas bientôt à la douce violence qui leur était laite.

Les révolutions, il en &ut convenir, sont toujours un malheur pour la génération qui les fait ; ceux qui se trouvent privés de la place qu'ils occupaient danslemonde et de leurs jouissances habituelles étant, malgré les apparences^ en plus grand nombre que ceux dont la situation est améliorée par une révolution. Les pauvres n'y gagnent rien, car un homme riche dépense ses revenus parmi une multitude de gens qui travaillent pour hfi; ceux-ci en emploient d'autres, et ces derniers, d'autres encore; la série est infinie. Que si cet homme riche aime à accuitiuler , son revenu ne s'en éparpille pas moins vite , car il place son argent, achète des terres ou des maisons, s'associe à des entreprises industrielles. Les avares d'à-présent n'enterrent plus leur trésor comme autrefois; ils ne le tiennent plus sous la

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