COURSE DE CHEVAUX
mode 9 que, même en Italie , son dernier refuge, les improvisateurs et les faiseurs de sonnets lui restent seuk fidèles.
Au milieu de la licence des confetti^ il y a pour^ tant quelques lois du combat observées. Les gens sans masque ne doivent pas s'en jeter les uns aux autres , mais seulement aux masques , et ceux-ci à tout le monde. Les laquais, montés derrière les voitures, doivent s'épargner réciproquement, et surtout respecter les maîtres. Cependant, les nombreux étrangers qui se trouvent à Rome , ignorant les règles , n'y regardent pas de si près, et la petite guerre devient (pielquefois une mêlée générale et acharnée. Au bruit de deux coups de canon , qui se sont &it entendre , le premier à quatre heures et le second quelques minutes après, les voitures se sont immédiatement éloignées. Un détachement de dragons a parcouru le Corso au galop, pendant qu'une double ligne d'infanterie maintenait au milieu le passage libre; on n'y voyait plus que quelques malheureux chiens , effrayés de se trouver seuls , qui couraient éperdus le long de la ligne , cherchant à se faire jour à travers les jambes des soldats et des spectateurs. A la fin , une rumeur confuse annonce que les chevaux viennent de s^élancer dans la carrière ; on les voit venir, ventre à terre, sans cavaliers ; leurs queues et leurs crinières brillent de paillettes d'or ; le pavé étincelle sous
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leurs pieds, des mèches allumées étincellent snr leurs flancs; mille cris de joie s'élèvent sur leur passage, et les Romains sont en extase , quoique la course ne vaille rien.
Autrefois les premières familles de Rome, les BorghesâylesColonna^ les Barberinîy les S' Crdce, les Cesarini envoyaient leurs chevaux à ces courses, maintenant ce sont tout simplement lès maqurgnons; ils obtiennent cependant un noble protecteur pour chaque coursier, et tant pis pour le protecteur dont le cheval remporte le prix, car c'est lui qui paie. Ije dernier jour du carnaval et aussitôt après la dernière course , la scène changea tout-à-coup et Ton n'entendit plus que le lamentable cri de e morto carnaifale ! è morto carnaualel Les moccoli ou mocoletti (petites bougies allumées) brillaient dans chaque main, et, à mesure que la nuit s'avançait, cette illumination devenait plus forte et plus brillante. Les clameurs tragiques (innocentes toutefois) de sia ammazzaio ckinon porta ilmoccola^ s'élevèrent alors contre ceux qui ne portaient pas de lumière ou dont les lumières s'étaient éteintes, et ceiix-ci, sous prétexte de la rallumer, cherchaient à éteindre celles des autres. Pour déjouer de tels projets, on les portait souvent au bout d'un bâton. Auxpremiers cris se joignaient ceux de ammazzata la bella Laaral ammazzato signor padre; ammazzata signora madré] A' tous les coins des rues les/riggitori
LE CAANAVAL. SSy
fournissaient à dîner de leurs cuisines ambulantes, k des centaines et à des milliers de bouches qui, pour quelques sous, avaient leur réplétion de petits poissons frits et de légumes ou pâtes également frites; tout cela , préparé dans de l'huile' très claire et servi proprement, en sortant de la poêle, était fort bon. Le soir, il y eut un bal masqué au théâtre Alibertij qui était bien éclairé et fort propre ; quoique la compagnie ne fut pas en général choisie et que les masques fussent admis, néanmoins tout s'est parfaitement bien passé; les danseurs, qui semblaient être des professeurs de l'art, montraient une agilité surprenante; ils exécutaient des danses grotesques, celles en particulier du Calzolajo (cordonnier), dans laquelle ils frappaient en cadence leurs petites escabelles les unes contre les autres. D'autres danseurs, assis sur le plancher, les jambes étendues, s'élançaient sur leurs pieds d'un seul effort et sans plier les jarrets , avec ime élasticité admirable. Lucien Bonaparte et sa famille étaient dans leur loge; le prince (c'est ainsi qu'on l'appelle ici) ressemble beaucoup à son frère Napoléon, mais il a l'air beaucoup plus usé. Lucien voit peu les Italiens, et sa société est principalement composée d'étrangers, ultra libéraux, qui tiennent à lui, à cause du Prince de la révolution dont ils aiment jusqu'au despotisme. Précisément à onze heures