‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 68 sur 99 · ROMA VECCHIA · texte numérisé non relu

ROMA VECCHIA

Près des catacombes , dans un vallon solitaire, il y a une grotte et une fontaine auxquelles la tradition fSEàbuleuse rattache le nom de la nymphe Égérie. L'on montre aussi , près de la fontaine à' É gêne j un petit temple , que l'on dit, avec aussi peu de fondement, avoir été dédié par les Romains au dieu du ridicide , en commémoration de la retraite d'Ânnibal qui campa dans ce lieu.

Plus loin , vers le levant, une vaste étendue de ruines .porte le nom de Jtoma Fecchia , et aussi de Statuarium , à cause du grand nombre de statues qui y furent trouvées dans le dernier siècle, sous lo pape Ganganelli. Ici , comme partout aux envi* ronsdeHome, les monuments antiques dépouillés de leur revêtement de marbre et même de pierres communes^ nodSrent plus que des masses informes de brique. Parmi les ruines on découvre, ici un théâtre, là une fontaine sans eau, un temple 9 un mur de clôture, des tombeaux. Mais k nuit savançait, et au lieu de ces monuments défigurés, on aurait pu s'imaginer des Êin tomes errants, sous toutes sortes de formes , esprits de l'autre mottde païen ,. surpris dans leurs a[^arition8 nocturnes, et changé» en statues lorsque les papes se taontrèrent, pour la première fois, dans la ^'® "^ Gé$ars.

Dans une autre course nous avons pousse V*^ loin du même côté. La campagna était du p*us beau vert de printemps, excepté dans ces enoroi

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Stériles et bianch&tres qui exhaleut une forte odeur hépatique ; partout ailleurs elle préientait de riches pâturages ou des champs de blé en herbe; car, quoiqu'inhabitée, elle est cultivée en quelques endroits par des bandes nombreuses de laboureurs qui descendent de la montagne et s'en retournent le plus tôt qu'ils peuvent. Nous en comptâmes cent-vingt en quatre divisions j arrachant les mauvaises herbes d'un champ dé blé. Le Monte AWano s'élevait, du milieu de cette merde verdure, comme une île ou un promontoire. Nous y vîmes de magnifiques maisons de campagne, au milieu de sombres bosquets de chênes verts, et plusieurs villes et hameaux qui portent des noms historiques. SIbl hauteur est de 2900 pieds , el sa base , de près de 5o,ooo de circuit Nous parvînmes au pied de la montagne, en trois heures, et, bientôt après, à la ville HAlbano située à mihauteur, où, nous étant procuré un guide pour Monte CàçOf nous commentâmes à gravir une pente douce qui nous conduisit au lac j/lbano , ou plutôt sur lé bord du vaste entonnoir , de deux Keues de circuit, au fond duquel brille, d'un édat^ tranquille , le miroir de ses eaux. Cest, suivant toute apparence, le cratère d'un volcan éteint. Poursuivant notre route le long des bords , nous admirions les pentes boisées de ce singulier bassin , et les magnifiques châtaigniers qui croisseni: çà et là sur la montagne , respectés par la cognée

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du bûcheron , à cause de leurs fruits ; des rochers caverneux étaient couronnés de lierre, et des mousses de toutes couleurs diversifiaient leur surface. Quelques ' ruines au-dessus de nous semblaient, par leur situation, avoir appartenu à j^lba longa , la sœur aînée et l'antique rivale de Rome.

De l'autre côté du lac , on voyait le Versailles des papes , Castel- Gando//o , dans une beaucoup pluâ belle situation, que celui du roi de France. Les terres qui appartenaient à cette résidence furent aliénées au prince Poniatowski, par le dernier pape, en ses pressants besoins. Prenant à droite, nous sommes entrés dans un bois

de magnifiques châtaigniers; le creux , dans le tronc d'un, de ces arbres, avait six pieds de diamètre. En deux heures , nous atteignîmes Rocca di Papa , gros village dans une situation pittoresque , mais plus sale encore que pittoresque. Nous paraissions attirer l'attention des habitants plus que nous ne leussions désiré^ vu leur réputation ; car, sans mendier, on dit qu'ils savent se &ire Élire donner tout ce qu'ils veulent. Justement audessus du village , une vaste esplanade se fait remarquer, appelée /^ra/'o di Anrdbale. La tradition assigne ce lieu au camp d'Annibal , quoiqu'il soit difficile de comprendre pourquoi ce général s^ nichait si haut ; mais notre guide , militaire expérimenté, aussi bien qu'habile cordonnier de

VIA TRIUMPHALIS. d/Sg

dames, ne permettait pas le moindre doute à ce sujet. De ce prato di Annibale , au sommet du Monte Cavo , nous suivîmes l'antique via Trium^ phaïis^ pavée de dalles de deux à trois pieds de diamètre , si bien assemblées , quoique irrégulières dans leur forme , qu'après tant de siècles, ce pavé est dans le meilleur état. Quelques-unes des pierres étaient marquées des lettres Z V et il faut qu'autrefois ce lieu , où maintenant il ne passe que des ânes, fût fréquenté par des voitures; car la trace des roues s'y fait apercevoir. Le couvent , situé au sommet , est bâti sur les fondements et avec les matériaux mêmes de l'ancien temple de Jupiter Latialis , auquel conduisait la via Triwnphalis. De ce lieu / et à l'ombre de magnifiques arbres, la vue embrassait tout le La*tium , comme dans une carte de géographie , Rome au centre; et, quoique la ville étemelle fut éloignée de douze milles en ligne droite , on distinguait ses principaux quartiers. Le Tibre, comme un ruban d'argent, serpentait sur le fond vert de la campagne ; il traversait Rome et toute Ia terre classique de l'Enéide , jusqu'à l'antique Ostia, où il se perdait dans la mer; et cette mer, d'un bleu vif, était çà et là marquée d'une voile latine blanche.

Du côté opposé, la vaste chaîne des Apennins , encore couverte de neige , formait un rempart eirculaire embrassant la plus grande partie des

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États de l'Église et de la Toscane. De lUNBbreuses tours isolées ^ répandues sur les plaines du Latùan^ indiquaient les lieux où autrefois il y avait des villages, qu'elles étaient destinées à protéger contre les descentes inopinées des Africains et les Normands, dans le moyen âge. Ces tours, cependant, n'ont pu défendre la population contre le MaïaHa , et tout est désert. Nous crûmes apercevoir que nous étions surveillés par les moines de MonU CavOy ayant souvent vu, pendant les deux heures que nous passâmes près de leur couvent, des têtes rasées nous observer curi^asement de derrière un volet entr'ouvert. Ces moines sont maintenant sur leurs gardes, à cause du célèbre chef de voleurs Barboney que l'on 4it s'être réfugié chez eux, dangereusement blessé. Le soleil était couché lorsque, en descendant nous traversâmes de nouveau le camp d'Annibal et BxHxa éi Papa , où nous reconnûmes à leur porte quelques gens suspects, d^à rencontrés en chemin 9 armés de fusils. Ils nous honorèrent en passant d'un signe de tête , que nous ^ur rendîmes avec plaisir , satisfisiits de les voir rentrer paisiblement chez eux. Ces honnêtes gens ressemblaient fort aux brigands des fossés du château Saint- Ange ; ils étaient vigoureux , actifs et bien vêtus. C'est principalement de Bocca di Papa que Rome est approvisionnée de glace,en été, ou plutôt de neige durcie , que l'on trouve dans cer^^

cHArrTS NATIONAUX. . Sqi

tains creux de la montagil\^ où elle se conserve toute rannée.

Un magnifique clair de lune nous accoinpa* gnait en descendant la montagne, et notre guide, ArUOfdo CastélUni^ nous entretint tout le long du chemin de ses campagnes , surtout de celle de Russie, dont il portait des marques glorieuses, ayant perdu un doigt du pied et la moitié d'une oreille par la gelée. Ce facétieux personnage nous <ionna des preuves de son talent en contrefaisant, avec une assez belle voix, les cbants populaires des Russes, des Allemands et des Français, aussi bien que ceux des Italiens, ses compatriotes, qui ne sont en aucune manière les meilleurs, le bas peuple ici faisant entendre des sons presque aussi peu harmonieux que la même classe en France. 11 imita aussi les manières de ces différentes nations, et nous donna, en mauvais lang^ige, mais avec assez de vérité comique « ce qu'il appelait des compliments français.

Revenu dans sa patrie , des prisons de la Rus<sie, pauvre et éclopé, après six années de souffrances, ce jeune homme , qui, dans l'origine, avait été envoyé à la guerre contre son gré , ne parlait cependant de la vie militaire qu'avec enthoosiasme. Il ne regrettait point la perte de tant d'années, et parlait sans amertume de l'abominable injustice dont lui et tant d'autres avaient été les victimes, tant la gloii*e militaire, ou seule-

ment la vie militaire a de, charmes pour la jeu* nesse. Également communicatif sur ses intérêts privés, notre guide nous informa qu'il vivait avec sa mère et une sœur mariée , et que lui - même était sur le point de se marier à l'héritière d'une fortune de a5o écus. Un jeune homme , nous ditil , ne songe point ici à se marier avant d'avoir amassé une centaine d'écus, ou de les recevoir en dot de sa femme. Il ne savait pas lire , et ses voisins , ses parents , ses amis n'étaient pas plus savants ; mais il en admirait d'autant plus la supériorité des Français sur ce point. Une fois arrivés sains et saufs , on nous dit que nous avions couru quelque danger en revenant si tard, ce moment étant précisément celui :où les habitants quittent les champs pour revenir chez eux, et l'occasion que nous leur avions offerte de nous voler aurait pu les tenter. Cependant, nous n'eûmes qu'à nous louer de tous ceux que nous rencontrâmes, et. quelques-uns même, en nous souhaitant une felicissima notte^ nous firent observer que nous étions bien tàvàijnolto tardi)swt' le grand chemin.

Depuis l'auberge d'Âlbano, la vue, sur la campagne et la mer , moins étendue que d'enhaut , était plus gaie et même plus pittoresque. Les arbres de la villa Pumjili Doria , formant le premier plan du paysage , se dessinaient sur le lointain avec une grâce admirable. C'est ici que

LAC ALBANO. 3gi

Pompée et Domiâen passaient l'été, et quelquesuns des chênes verts de la villa Pamfili^ qui pourraient fort bien être d'origine impériale , mesuraient jusqu'à vingt pieds de circonférence. On rencontrait partout , dans les jardins de la villa PamfiU^ dés ruines éparses. Un chemin délicieux, ombragé de magnifiques arbres, nous conduisit, le lendemain , à Castel Gandoljà. L'intérieur du palais n'a rien de remarquable , non plus que les jardins. Ceux du palais Barberini^ dans le voisinage , sont agréables et jouissent d'une fort belle vue ; on y voit les restes d'une galerie , à moitié souterraine , qui avait autrefois un mille de longueur, et a 3 pieds de largeur. Elle est pourvue de fenêtres du côté de la vue , et , dans les chaleurs de l'été , offre encore une promenade agréable , dont la température est toujours modérée. Les murs ont douze pieds d'épaisseur , le pavé est en mosaïque , et la voûte est richement ornée.

La descente , depuis le bord du vaste enfoncement, où brille le lac Albano, jusqu'à ses rives, est assez escarpée ; cependant les voyageurs , pour peu qu'ils aient du zèle, ne manquent pas d'aller voir un des plus remarquables monuments du génie et de la persévérance romaine , le célèbre Emissario. C'est une galerie souterraine , de près de deux milles de longueur , formant la seule issue par où puissent s'écouler les eaux du lac , qui, autrement, devraient s'élever quatre cents pieds

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