‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 70 sur 99 · TUSCULUM · texte numérisé non relu

TUSCULUM

derne. L'on croit qu'elle occupe le site de la célèbre villa de Cicéron. Un demi-mille plus haut, se trouvent les ruines de Tusculum , où Lucien a déployé beaucoup de zèle à la recherche des an* tiquités; nous y vîmes un théâtre dont sept rangs de gradins demi-circulaires, larges de deux pieds, hauts de treize pouces, eiistent encore. Un autre théâtre en miniature s'élevait à côté comme un rejeton du grand, et, en dépit de toute symétrie^ lui présentait un de ses angles. Les sièges ou gradins de celui-ci, larges de douze pouces et hauts de dix , semblaient avoir été fûts pour des en&nts ou des nains; car les genoux auraient touché le menton de spectateurs ordinaires, qui d'ailleurs auraient été obligés de s'asseoir sur les pieds les uns des autres. Près de ces théâtres, est une immense salle que l'on suppose avoir, été destinée à des bains; le plafond était soutenu par plusieurs rangs de colonnes égyptiennes de forme conique. On . a trmivé ici neuf statues de marbre et plusieurs inscriptions, ainsi qu'un Apollon en bronze. Un aqueduc Souterrain, assez semblable au célèbre Emùsario du lac Albano, amenait l'eau de la distance de trois . milles. Sans égard aux vicissitudes que le temps et la fortune ont amenées, l'eau continue à couler le long de ce canal et se perd au milieu des ruines, mais n'alimente plus les fontaines qui sont à sec. L'une de ces fontaines sur le bord de l'antique route, récemment dé-

398 LUCIEN BOITAPAUTE.

blayée, porte une inscription qu'on dirait n'avoir été gravée que d'hier. Les murs de Tusculum ^ bâtis d'énormes pierres de taille , avec une ma-gnificence et une solidité plu& que romaines , seraient bien plus anciennes que ceux de Rome ; s'ils étaient les premiers qui défendirent la ville); mais comme cette malheureuse ville fut prise et reprisé plusieurs fois par son ambitieuse rivale, ces murailles peuvent n'être que modernes oom^ parativement.

Le peuple de Tusculum abandonna enfin son ancienne vilie et jeta plus bas les fondements dé FrasècOi ^' àcmt le nom dérive probablement des matériaux . avec lesquels lfi& i^nemiÀres demeures fiirent q^nstruitefi. Gaton le cens^ir était né à. Tuscukan. '

Il y a trois mois que Lucien Bonaparte faillit être enlevé par des voleurs. Cetteaudadeuse entreprise a été diversement rapportée. En voici les détails recueillis dans la maison même ; ils a\de* ront à former une idée de l'état du pays. Vers la fin d'octobre, peu de temps avant le retour de Lucien à la ville , un de ses hôtes ( monsignor Cunio ) ayant été se promener dès le matin du côté des ruines de Tusculum , tomba entre les mains de six brigands, en embuscade, auxquels il eut la présence d'esprit de se donner pour un pauvre prêtre , qui était venu à la RuffineUa dire ^ messe et se promenait en attendant que

LUCIIK BOITAPAaTB. 3^

la fiamille fut prête à l'entendre. Après l'avoir re* t&ku, captif pendalit quelques heures ,les brigands promirent de le relâcher à condition qu'il les conduirait vers une certaine porte et la leur ferait ouvrir. Aussitôt que l'on entendit la voix df mùnsignar^ dont l'absence avait été remarquée^ un domestique courut en effet lui ouvrir ; il fut saisi et monslgnor s'échappa. Les brigands enr trant précipitamment poussent les domestiques dans un coin de la salle et demandent le prince^ mais celui-ci , averti à temps , s'échappe seul par un escalier dérobé , laissant sa femme et ses en^ £ants, et court se cacher derrière un mur d'appui du jardin , sous le laurier qui l'ombrage , et qu'oi^ ncnis a montré. Sur ces entrefaites, un peintre finançais, nommé Charion^ qui se trouvait auspi chez Lucien, arrive ignorant ce qui se passait, et réprimandant les intrus d'un ton d'aotorité , il est pris pour le prince et arrêté. Mais, dans la lutte qui s'engage , l'artiste reçoit un coup de crosse aoa £rcmt qui l'étend sur le carreau sans connaissance, et on l'emporte dans cet état. De sa cachette , Lucien put le voir distinctement, car les voleurs passèrent à coté de lui. Le malheureux peintre resta trois jours prisomiier entre leurs mains , avant de pouv<Nr les convaincre qu'il n'était point celui qu'ils cherchaient, et il n'y réussit à la fin qu'en faisant leur portrait. Enfin la somme de cinq cents piastres fu^t fixée pour sa rançon et payée par

4oO LES BRIGilNDS.

Lucien ; mais s'il avait été pris lui*méme , la somme demandée pour le libérer eiA ^probablement dépassé ses moyens; car on le dit ruiné. Les habitants de Frascati eurent une telle peur, que, pendant quelques jours, ils tinrent leurs portes fermées; mais personne ne songea à poursuivre les brigands, quoiqu'ils fussent connus, et le gouvernement lui-même ne prit, à ce qu'il semble , aucune mesure qui ait été suivie d'un résultat. Les voleurs s'associent ordinairement avec les charbonniers de la. montagne, dont ils prennent le costume , et les bergers leur servent d'espions.

En nous en retournant à Rome , par une route peu fréquentée , nous observâmes , attaché à un poteau , le bras d'un assassin , qui , deux: ans auparavant, avait commis un meurtre dans le lieu même. Plus loin, c'étaient les quatre membres d'un autre; assassin, lesquels, nous dit notre voiiwrier, avaient appartenu à mijbrl galant homme, qpi n'avait jamais fait de mal aux pauvres , et xaème s'était une fois montré très généreux à son égard.

Les contadùii ( paysans ) que nous rencontrions ^ étaient vêtus de peaux de mouton , avec des trous pour les bras et la tête : en été ils tournent la laine en dehors , et quand il fait froid en dedans. Au lieu de bas et de souliers , ils s'enveloppent les jambes de guenilles , attachées avec des cordes , et les pieds d'un morceau de peau , en forme

Li. PA0VRET£ 4oI

de chausson. La tête entière parait ensevelie sous un énorme ferutre brun de forme conique. Les femmes portent ici', sur la poitrine , comme à Bologne^ des corps de baleine, très roides, de dimensions exorbitantes, et foimant en bas une pointe très saillante. Le jupon court et souvent déchiré laisse voie des jambes nues , couleur de tuiles , et des pieds envejoppés d'une sorte de chaussim de peau , comme les hommes. Une grande broche d'acgent retient les tresses de la chevelure, et la tête est couverte du morceau de toile , plié en carr4, déjà décrit. .Telle est la pauvreté des gens de la campagne , que j'en ai vu ramasser , dansiez rues de Rome, des trognons de chou ^ les peler avec leur couteau , en couper des tranches et les manger crises. Un cçrtain fluide aériforme de saleté les envelopfie et forme une atmosphère malsaine qui devient sensible à leur approche.

Parmi les objets de cufîosité. que le cicérone impose à squ voyageur, il en çst qui offrent trop peu d'intérêt à»la'lecturepoun4es faire passer du journal dans le Uvre de C3 voyageur s'il a la témérité d'en iaire un. Feuilletant mon journal, je crois cependant pouvoir en extraire deux ou trois de ces articles» que j'avais d'abord réformés. L'église de Santa Stefano in rotonde est un singulier édifice, prculaire comme ie nom l'indique, et divisé intérieurement païf un péristyle concentrique de belle scolonnes. Cet intérieur est un peu plus I. 26

4oa LES ALLE^AITDS.

grand que le Panthéon (i33 pieds de diamètre au lieu de i3a) et certainement plus beau; mais il lui manque le magnifique portique jBxténeur de ce célébré moniunent. On ne sait pas eicactement s'il

est lui-même des premiers âges de l'église ou plus ancien. Les murs sont chargés de peintures r^résentant des martyres, dans.lesquel l'aHiste fiât preuve d'une révoltante fertilité d'imagination. Il n'y a sorte^de tourments ridicules aussi bien qu'atroces auxquels il n'ait eu recours ^depuis celui d'écorcher avec un mauvais rasoir le menton d'un malheureux saint, que l'oa tient par le neï avec des pincettes, jusqu'à celui de le brûfer à petit feu, de l'écraser par degrés sous im pesant rouleau, de lui couper les doigts pièce à pièce. Pendant que nous contemplions cet édificd,*.qufttre voyageurs allemands , habillés à la iti^de de Charle^Quint, entrèrent avec un homme en soutane, qui^lêur servait dé cicérone. Uixn d'eux se faisait reroarquer , entre ses compagnons , par un certain àir de rudesse et de h^uteui^ sans dignil;éâ C'était,nous dit-on, le prince héréditaire de B... Les Allemands affichent à présent une disposition anti'française, ils évitent tout. qui est français; soit, je les approuve, et je pense, po^ir ma part, qu'ils auraient dû commencer plus tôt. Le graiïd Frédéric eût

été beaucoup plus-gnind', aam sa manie étraqfàre, mais il ne faut pas outrer;. Ne voieut-ilspas^ ce^ Allemands j7oarr/>v^ qije leur affectation dranja-

VOYAGE

Page 1