LE MAI.' ARIA
La maison ocnipée pai- la duchesse de Devonshîre, 1817 — 18, était située dans un quartier saliibre, près de la Piazza di Spagna y que les étrangers choisissent de préférence ; mais il y avait un vaste jardin et la maison n'était pas habitable en automne. A Nettuno , petite ville antique près de la mer , dans les marais Pontins, dont les maisons sont resserrées par im mur de clôture élevé , l'intérieur de ces murs est passablement sain ; mais l'extérieur serait mortel pour quiconque hasarderait d'y habiter, et il y a plusieurs exemples semblables.
La chaleur et l'humidité réunies sont les con*» ditions nécessaires pour engendrer la fièvre ; mais un degré de chaleur très-peu inférieur à celui de Rome ne suffit pas. A Milan et à Bologne , par exemple, où la température moyenne est inférieure de 3** à 4* seulement à celle de Rome (i), il n'y a point de fièvre. Mais la différence de température, entre les lieux où le soleil donne sur la terre et ceux où il n'y donne pas , est trois fois aussi grande que celle qui existe entre Milan, Bologne et^ Rome. I^orsque le thermo-
(i) La température moyenne de Rome est 14^; celle de de Milan y 10^ a5'; celle de Bologne, 10^94". La quantité d'eau de pime qui tombe à Rome est de vingt-cinq à trente pouces par an ; en Lombardie, jusqu'à cent pouces dans certaines années ; mais la cbaleur n'y est pas suffisante pour le développement du principe de la fièvre.
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mètre de Réaumur était k ^o'* à Tombre , je Tai vu monter à So"* au soleil ; ce qui est plus qtié suffisant pour expliquer comment les lieux couverts d'arbres ou de maisons seraient exempts de fièvre , tandis que ceux où le soi est exposé à Faction immédiate dU soleil seraient infectés. Le Latium était atitrefois ombragé et sain , il est maintenant découvert et insalubre. La partie de l'enceinte de Rome, autrefois couverte de maisons, était saine; maintenant qu'elle est occupée par des jardins et des vignes , elle est en proie au mal' aria. La partie aujourd'hui bâtie et habitée est saine (cainpo marzo)^ tandis quelle était malsaine autrefois.
11 paraîtrait donc i" que le principe de la fièvre, le terrible maV aria^ ne se dégage de la terre qu'à ime certaine température qui demande l'action directe des ravons du soleil sur le sol et un certain degré d'humidité dans ce sol ; i"* que le principe de la fièvre n'est pas développé dans les lieux élevés, par cette seule raison qu'ils sont plus secs que les lieux bas, puisque si l'on y conduit de l'eau , ils deviennent malsains ; 3** que ce principe, dégagé du sol, flotte dans l'air des lieux infectés, et s'élève plus ou moins haut, sFuivant qu'il est plus actif ou phis abondant, rarement plus haut que cinq cents pieds , souvent pas au-dessus de cent pieds; 4° ehfin^ que cerpriucipe n'est porté par l'air qu'à une fort ipetite distance.
BESsicHEMKNT PAU 1ir02rDATI0ir. 4?
I-a destraction des antiques forêts du Latiinn pniaît être h cause principale de raccroîsscraent d « mai 'aria^ mais ce ne serait point la seuîe. Lors dit déclin de l'empire romain, et après sa chute, les antiques aqueducs qui portaient à travers les airs leurs abondantes eaux à Rome , rompus ôU totalement détruits en divers endroits, inon*dèrent la Oampagna, qui devint un marais; et Tancienne population, déjà réduite par la guerre et la famine, fut encore moissonnée par la peste. Le pays devint de plus en plus malsain ; et dans le cours de quelques siècles, les six ou sept millions d'habitants que contenait Rome antique , se trouvèrent réduits à trente mille, au milieu desquels les conclaves, assemblés pour l'élection du pape, redoutèrent ou dédaignèrent de siéger. Ce ne fut qu'au seizième siècle , sous Léon X , que ce misérable reste de population commença à s'accroître de nouveau. Une autre cause des progrès du mar aria est l'amoncellement du sable par la mer tout le long de ses côtes, lequel arrête le cours des eaux et recule la limite des marais Pontins qui, au lieu de l'étroit espace qu'ils occupaient autrefois , pi'ès du promontoire de Monte Circelio , s'étendent maintenant sous différents noms, tout le long de la côte.
Pent-être que les efforts même que Ton a faits pour dessécher ces marais, ont accru le mal en découvrant l>remièrement un terrain submergé
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auparavant et par là moins dangereux; puis, en forçant des courants d'eau bourbeuse vers la mer, au lieu de leur laisser le temps de déposer la terre qu'ils charriaient , laquelle n'aurait pas seulement élevé l'ancien niveau, mais aurait recouvert le sol volcanique que l'on croît délétère per^e. LesavantFossombrone,qui pendant tant d'années dirigea avec succès le grand dessèchement du VàldiChiana^ en Toscane, suivaut les principes de Torricelli , c'est-à-dire par des inondations artificielles, et en parquant Veau comme je l'ai expliqué ailleurs, pensait que, dans le court période de cinq ans et au moyen d'une somme de 3 millions de francs, cette grande opération aurait pu être finie dans les marais Pontins. Les eaux que Fossombrone avait en vue étaient principalement celles de VUtens, rivière qui tombe dans la mer, près de Terracina. Le Latium tout entier pourrait être ainsi régénéré par le moyen duTibre, sur un plan beaucoup plus étendu, mais d'après les mêmes principes* C'est une grande question de savoir s'il existe des rapports marqués entre la santé des hommes et la nature du sol de cette région, plus abondante que toute autre en mines pyriteuses, en eaux minérales, en substances volcaniques, et où l'on rencontre si souvent des soupirauxr méphitiques appelés bulicamiy lagoni, solfatara; des jaillissements d'eau et d'air que Ton appelle
fontaine^ prophétiques» On le croirait, et cepen* dant la santé ^st bonne en hiver, oii ces phé<* nomènes ont Heu comme en été. Il y a cet tai* némentdes lieux plus marécageux que les marais Pontins^ et que ceux du littoral de la Toscane ^ qui cependant nfe sont pas à beaucoup près aussi malsains. Je croi»donc que le sol, composé de débris volcaniques et de dépôts m'^arins humectés d'une eau légèrement muriqtique, est par luimême délét^e lorsqu'il est soumis à faction du soleil, toujours nécessaire au développement dit principe de la fièvre; tandis que les e^^halaisons plus profondes ne le sont pas faute du degré de chaleur convenable.
On sera peut-être curieux de savoir quelle Bst id la forme de réception usitée dans lej grandes maisons, celles des ambassadeurs ^ par exemple, car sa sainteté et son premier ministre ont plus de simplicité. La première antichambre, tr^-spacieuse , est occupée par les laquais de la maison {la fcuniglia) et ceux des personnes qui sont venues rendre visite, ou par leurs valets de place. Ici, le vôtre vous annonce à la porte de la seconde antichambre occupée par des domestiques sans livrée. L*Mn d'eux vous écrit, tandis qu'un autre vous annoiicQ (i) à la porte d'une troisième anticliambre ou anti$alon, où
(1 ) Les anciens Bomaîns avaient leurs nomendateui's, qui nommaient ainsi les convives.
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VOUS êtes reçu par un personnage lepée au côté et le chapeau sous le bras y qui vous fait la révérence et vous conduit à un autre personaage comme lui, <{\\ï vous ouvre la porte du salon et prononce votre nom. Si c'est la première visite, il entre et vous aide à trouver dans la fouie le mâitre de la maison à qui il votis pré* sente. Pendant long-temps je n'imaginais pas que ces deux personnages si polis, que je rencontrais toujours dans l'antisalon de M. de Btacas, fussent des gentilshommes (Tun d'eux conte Cau'alliy et l'autre le neveu d'un cardinal, dont le nom m'échappe): on les appelle Maesiri di Caméra ou simplement GentiluominL Quelquefois ils étaient invités à dîner avec l'ambassadeur, mais ils prenaient alctf^s le café à leur poste : chez te cardinal Gonsaivi , ce poste était rempli par des ecclésiastiques. L'on assure qu'il y a , non pas seulement à Rome , mais dans toute l'Italie, des gentilshommes qui gagnent leur vie en faisant le métier de valet de place sous le nom de cicérone.
J'ai vu hier pour la première fois rintérieur de la colonne Trajane ; les vingt-deux ou vingttrois pierres cylindriques qui en composent le ftit, sans y comprendre la base ni le chapiteau, sont chacune du diamètre entier de ta colonne, onze pieds deux pouces dans le bas et dix pieds dans le haut \ elles ont quatre pieds d'épaisseur
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et flont jointes sans ciment, mais scellées Tune à l'autre par des crampons de métal dans l'intérieur ; ce qui rend raison des trous nombreux qui ont depuis é\é faits dans les pierres pour en tirer ce métal. On parvient au sommet par cm escalier en spirale, taillé dans l'intérieur, et qui a seulement deux pieds de largeur : tout le reste de la colonne est massif. Cet escalier est éclairé et reçoit Tair et le jour par de pe« tites. fenêtres pratiquées de loin en loin. Les basreliefs qui couvrent la colonne sont fort admirés , de confiance pourtant, car il n'est guère possible de les voir sans Taîde d*un télescope. Ici comme à Paris où la colonne Trajane a été imitée sur la place Vendôme, il y a autour du chapiteau une balustrade en fer de fort mauvais goût ; on doit en dire autant d'une prolongation de la colonne, qui surmonte ce chapiteau, et à laquelle on a donné une forme bien peu classique. C'est là qu'était placée la statue de Trajan , tenant le globe de la terre dans sa main droite. Elle a fait place à la statue de saint Pierre , et le globe se voit à présent sur l'une des colonnes milliaires du Campidoglio.
Les savants pensent que Rome antique , si riche en monuments d'architecture, n'en avait point qui surpassassent ceux du Fonun Trajanmn; et la colonne Trajane , que l'on voyait seule sortir du sol qui couvrait les ruines de ce forum , était