‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 79 sur 99 · II · texte numérisé non relu

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dehors donnant probablement sur une galerie^ extérieure qui servait de dégagement conmiufi^ mais qui n'existe plus : elles n ont point de communication entre elles et point de feuetrès. A présent toutes ces clu^mbres, excepté celles du rez-de-chaussée, he sont accessibles qu'aux oiseaux, et peuvent être comparées à iiu gi*and pigeonnier^ Cet édificp pouvait être la caserne des gardes de l'empereur. Ce qu'il y a d'extraordinaire^ c'est (Jue le mur extérieur^ c'est- à- dire celui du fond des chambres, est double, laissant un intervalle d'environ un pied entre les deux. Peut-être était-ce un moyen de chauffer l'édifice par le £eu ou par la vapeur^ de manière à placer, non pas un poéie dans la maison , mais la maison dans un poéie ? Au reste ces murs ne sont point noircis de fumée. On voit encore cette même disposition dans un autre édifice qui paraît avoir £ait partie du palais impérial lui-même; mais ici l'intervalle entre les deux murs n'est que de trois pouees au lieu d'un pied. £n m'approcbant d'un champ qu'on labourait, je trouvai que le terrain retourné par la charrue, était principalement composé de fragments de briques et de mortier méiés de morceaux de- mosaïque qui brillaient au soleil : on recueille, sur cette étrange terre végétale, sept ou huit fois la semence. De nombreuses ouver* tures dans le sol laissaient voir des appaite-

L^HEUBJE QU'JL £ST. 67

ments voûtés ensevelis sous les décombres , de sorte que c'était le premier étage d'une maison qu'on labourait. Il y avait partout des réservoirs et des conduits pour la distribution de l'eau ; toat cela est à sec maintenant, et le site n^est point marécageux. Cependant on n'y peut vivre Tété sans être attacjué de la fièvre. Il ne pouvait en être ainsi du temps d'Adrien, autrement il aurait choisi un lieu* plus élevé, sur le penchant de la colline au pied de laquelle est la villa. Les violiers, qui se plaisent sur les vieux murs, et les violettes ajoutaient leur parfum à celui des fèves, déjà en pleine fleur, que l'on cultive parmi ces ruines, alternativement avec le blé. Le buis, sous les jardiniers impériaux, était taillé aux ciseaux, mais les Goths et lesVandales lui laissèrent reprendre sa forme naturelle qu'il a depuis tou« jours conservée, et il fleurit maintenant abandonné aux soins de la nature. Quoique la concrétion pierreuse appelée travertin soit si commune ici, et qne l'on puisse dire qu'elle croit sur les lieux, elle n'a guère été employée dans les constructio/xs de la villa Âdriana , mais seulement la brique qui a sept pouces de longueur, deux de largeur et autant d'épaisseur.

Le^ étrangers à Rome savent à peine l'heure qu'il est, tant cet variable et compliquée la oianière de la trouver. La première heure des vingt -quatre commence demi -heure après le

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coucher du soleil : ainsi , lors de Téquinoxe, ùtî dit à midi qu'il est dix-sept heures et demie, et à sept heures et demie, on dit qu'il est une heure. Les horloges des églises sont réglées à midi, et avancées ou retardées, suivant que les jours croissent ou ^décroissent; mais c'est la cloche de Yj^i^e Maria, sonnée démi-hèure après le soleil couché, qui en général sert à régler les montres. Au son de cetjte cloche, tous ceux qui se piquent d'exactitude mettent la leur à XII^ mais le plus grand nombre attend que la différence soit de quinze ou vingt minutes. Une autre source de confusion, c'est que le cadran de leurs montres, faites dans l'étranger, étant mar-» que pour douze et non pour vingt-quatre heures, il faut appeler une heure treize heures. Malgré tout cela, les Romains sont persuadés que leur manière est la meilleure; « car, disent-ils, chacun sait en regardant à sa'montre combien il y a d'heures de jour, ce qui est l'essentiel. Les peuples du nord, ajoutent-ils, vivent l'hiver à la lueur des lampes; le soleil ne leur est rien, que leur importe son lever ou son coucher i>! On raconte qu'une ville d'Italie, je ne sais plus laquelle, assiégée par les Français était sur le point d'être prise et traitait pour sa reddition. Le son des cloches de toutes les égRses se fit toutà-coup entendre à-la -fois, et fut pris par un officier français pour le tocsin : « Faites feu ! s'é-

SEMAINE SAIXTE. 69

cria-t41. — Arrêtez! aiTetez! s'écria un Italien attaché à Tarmée française , tirant sa montre et la mettant a XII, c'est Vjiife Maria. »

L'on va voir au couvent des capucins le célèbre tableau du Guide, reprf&^en tant l'archange Michel, vainqueur du diable qu'il tient sons ses pieds et qu'il va percer de sa lance. Rien de plus •angélique sans doute que son visage; seulement il n'est pas plus gros que son genou ! L'erreur serait trop forte pour être involontaire, et l'in- •tention de l'artiste a été ici de faire paraître son •ar<rhange surnaturel, grandioso enfin, comme <le dégrader son diable en lui donnant une queue. N'est-ce point là tomber dans l'extravagance et le ridicule, en cherchant le sublime ?

La semaine sainte amène à Rome une foule d'étrangers des extrémités de l'Europe et surtout de l'Angleterre. Depuis quinze jours on ne voit que chaises de poste qui se suivent. Les hôtels , les appartements garnis, tout est plein ; on veut pouvoir dire à son retour que l'on a vu ce qu'au fait on aimerait tout autant ne pas voir. Étant allés à Tivoli, nous avons manqué la bénédiction des rameaux, qui eut lieu le premier dimanche: mardi il n'y a rien eu d'important; mais mercredi 10 mars, le miserere a été chanté dans la chapelle Sistina par les chantres de sa sainteté. Chacun sait ce qu'ils sont. Le service â duré de trob heures à sept. Un certain récitatif nasil-

^O SEMAmÉ SAIITTÈ.

lard, débité comme un remplissage obligé eteii<nuyenx, occupa la plus grande partie de ces quatre heures. De temps à autre le chant de vingt voix sans accompagnement se faisait tout' à"COup entendre. C'était une harmonie si simple, si calme ^ si vague, si profondément triste, si différente de tout ce que Ton a jamais entendu, * qu'elle semblait venir d'un autre monde. Les morts du fond de leurs tombeaux prient sur te ton-là ! Les sons en eux-mêmes pourraient être comparés à ceux de la harpe éolienne; plus forts cependant, ils ressemblent encore davantage aux vibrations de Tharmonica. Mais les beaux sons ne sont pas plus de la musique qu^un langage harmonieux n'est de l'éloquence, et la musique de Isl capella Sislina, doit peut-être encore plus aux charmes de l'harmonie qu'à ceux de la mélodie. 11 m'a semblé aussi que la voix de ces chantres, quoique égale au moins aux plus belles voix de femmes, c'est-à-dire à celles qui sont basses, avait cependant le défaut d'être toujours un peu voilée.

PendaQt le miserere on alluma treize cierges qui furent ensuitp successivement éteints jusqu'au treizième, lequel fut placé derrière l'autel, en commémoration de la défection des dou2e apôtres et de la fidélité de la Vierge. On suppose ainsi que la finale du miserere est chantée dans l'obscurité ;mais le sbliil , qtii remplissait

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îa chapelle de ses rayons, déincnlait trop celte fiction, et l'on ne se serait seulement pas aperçu de l'éclairage des cierges ni de l'absence de leur lumière lorsqu'on les éteignit, sans le mouvement maladroit des échelles d'un candélabre à TautiT^ Vers la fin de la cérémonie, on entendit un bruit comme de gens qui marchent avec un fardeau, et c'était rensevelisfceraent de notre Sauveur que , par une autre fiction , Ton supposait avoir lieu. Ces cérémonies puériles , imaginées sans doute pour concourir à l'effet de la belle musique, le gâtaient au contraire beaucoup. De* bout pendant cinq à six heures dans la foule des curieux, justement en fiace du célèbre jugement dernier de Michel-Ange, que j'ai déjà décrit, il m'est plus d'une fois venu k la pensée que je jouais le rôle d'une des pauvres âmes condamnées aux peines éternelles qui y sont représentées. Jeiuli 19. — Ce m^^tin de bonne heure ces mêmes étrangers curieux , dont Rome est remplie , se sont réunis au-dessgs de la colonnade qui sert d'avenue à Saint-Pierre , où ils avaient des places réservées afin de voir le saint-père donner sa bénédiction , du grand balcon de la Basilique. Les soldats du pape étaient rangés en bataille sur la place, tous, vieilles moustaches, et l'on trouverait difficilement une plus belle petite armée de dix mille hommes. Rome, on plutôt la campagne de Rome, semblait avoir versé sa

^a SBMA1K£ SÀfStÉ.

population entière sur celte place; et, de l'en-' droit élevé où nous étions, nous avions sous nos yeux un rare assemblage de guenilles : les tnarckes de Tédifice en étaient couvertes, car c*est ici la livrée habituelle des gens de la cam» pagne. Le peu de Romains, de Rome •même, qui n'avaient pas dédaigné de se trouver là, étaient reconnaissables an grand manteau brun jeté sur Tépaule ganche, à FœiUet rouge ou au petit morceau de ruban de cette couleur mis à leur chapeau (i), et à Tair fier et sombre avec lequel ils se promenaient, coudoyant à droite et à gauche. Les sapeurs, à barbe touffue, à tablier de peau et brillante hacbe sur l'épaule, faisaient la police, c'est-âf-dire qu^ils admettaient les curieux aux places privilégiées, ou les repoussaient , selon leur bon plaisir. Un murmure enfin, une acclamation , un mouvement général de la foule qui se portait en avant annonça que le pape approchait. Bientôt il parut au grand balcon, porté dans sa chaire pontificale. On le voyait au-dessus des têtes profondément inclinées des gens de haut parage qui remplissaient ce balcon, princes, ambassadeurs-, cardinaux. Du bout du doigt le saint-père bénissait à droite et à gauche le peuple assemblé, et recommença

(i) Les gens de la YÎlIe, comme ceux de la campagne, portent également le chapeau en pain de sucre, d*un grîa bran.

SEMAINE SAINTE. 'jZ

plusieurs fois; puis, en se retirant, il jeta une poignée de feuilles volantes sur lesquelles la canaille se précipita; tout comme à Paris dans les prétendues réjouissances publiques, semblable canaille ou pire encore, se précipite sur le pain et les saucissons qu'on lui jette, [ci, c'étaient des indulgences en faveur de ceux qui les pouvaient attraper en foulant aux pieds leurs semblables. A peine le pai>e était-il rentré, que la foule des étrangers parmi lesquels nous nous trouvions, abandonnant son poste élevé, se rendit en tqute hâte vers le lieu où devait se faire une autre cérémonie, celle du lavement des pieds, et les plus lestes s'emparèrent des meilleures j^laoes, tout comme les plus forts parmi la canaille s'étaient emparés des indulgences, tl y avait des placeis réservées aux princes étrangers^ et l'on y voyait le roi d'Espagne et Godoy (ie prince de la Paix), le prince héréditaire de Bavière, la duchesse deChablais, etc. Mais on remarqua dans la foule les femmes de la famille de Lucien Bonaparte, dont le tour est venu d'être des c/-^ devants. Sur des sièges élevés on voyait une

rangée de gens en tuniques blanches, bonnets hlancs et les reins ceints d'un cordon. Plusieurs portaient <fe longues barbes, et il y avait un nègre parmi eux. Ils étaient là pour figurer les <louze apôtres, et le nègre probablement représentait Judas. Un murmure confus se faisait ènten-

^4 S£HAIK£ SAim:E.

dre à rextrémité de la salle; c^étatt le çoia des ambassadeurs y où une forte coloone de daines anglaises avait pénétré, et qu'elles occupaient résolumeot. La garde suisse n'avait pu les entamer, les prélats avaient été repoussés ; ce]>endant il ikllait absolument déloger cette colonne, car la diplomatie ne badine pas. Â la fin on vit un personnage en robe brilUmte d'argent pénétrer dans les rangs de ces obstinées; il j>ariait, grondait^ flattait, poussait, gagnait insen$il;)lemeDt du terrain, ei petit k petit faisait évacuer la place. C'était le cardinal GoasaIvi,àqui les daines comme les voleurs de grands chemins, se tendent à discrétion. Ce premier ministre met la main à tout. Le saint-pere arriva à hi fin : on lui ôta sa robe, on lui ota sa tiare, on lui mit un tablier, on lui retroussa les naaiiche^, et ainsi accoutré, le bon vieillard soutenu de chat^ue coté s'avança en chancelant. liss apôtres pendant ce temps4à se déchaussaient ^ hâte, c'^^t-À-dire tachaient de faire sortir leurs pieds de l'extrémité du pantalon , bit en forme 4e bas avec une ouverture, au talon, laquelle ne se trouvant pas asscE grande qu les apôtres pas assez adroits, le chausson rebelle restait accroché au bout du pied do plusieurs d'eiHre eux, ne pouvant plus ni entrer ni soitir. Il y eut dans l'assemblée un petit mouvement d'hiJarité ; mais on vint à leur secours, et le membre destiné à l'honaeur d'être

lavé par le pape fut dégagé: c était un seul pied. Le pape versa un peu d'eau sur ce pied et parut eusuite l'essuyer. On disait dans la foule que Lucien aurait dû faire l'apôtre ^ afin de mettre danâ tout son jour l'humilité du saint*père qui n'aimerait pas à laver les pieds d'un Bonaparte. La cérémonie achevée, et pendant que le pape repreïxait ses robes et sa tiare ^ les étrangers sont sortis en foule, chacun tâchant de gagner les autres de vitesse, afin de s'emparer des places pour la troisième et dernière cérémonie , dans laquelle le pape sert les pauvres à table. La distance n'étant pas grande, les curieux assaillirent en masse la porte de cette chambre à manger apostolique, gardée parles Suisses qui, pendant la semaine sainte^ sont revétns de leur ancienne armure de fer hérissée de poiales. Ils avaient ordre de ne laisser entrer qu'à intervalle, afin de ne pas remplir la salle tout*à-coup; d'où il résultait un mouvement intermittent assez sem« blable à celui du bélier hydraulique. Mais k foule, et surtout la queue de la foule, ignorant cet état de choses, poussait totijours. I^e premier rang se trouvait par là en contact immédiat avec les armures à pointes des Suisses, lesquels, fidèles à leur consigne, n'entendant d'autre langage que leur patois allemand, et d'ailleurs empressés de déployer leur invulnérabilité, s'appuyaient, se roulaient presque stu* ce premier rang de

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curieux, où il y avait beaucoup de femmes exposéeis, pour la première fois de leur vie, à un aussi brutal contact; mais si elles imploraient le secours de leur protection, c'était pour les aider à enîrer plutôt qu'à se'retirer de la bagarre. On a vu une de ces martyres de la curioîsité, égi*îailignéé, meurtrie, menacée même de la pointe d'une hallebarde, ptête à s'évanouir de malaise et de peur, demander à être tirée dé là. L'homme qui lui rendit ce service l'avait conduite près d'une fenêtre où le grand air la remit bientôt; tournant alors un œil de convoitise sur cette porte, où elle avait en vain voulu entrer, elle exprima en hésitant le désir d'essayer encore, avant que toutes les places fussent prises. On lui représenta qu'il y aurait trop de difficulté et plus que la c^ose ne pouvait valoir, a Si vous le pensez, monsieur, vous pouvez rester. — Je profiterai, madame, de la permission que vous voulez bien me donner! » Sans plus larder, l'héroïne se jetant dans la mêlée, entra! Nous entrâmes aussi, mais les derniers, et ressortimes presqu'aussitôt parce qu'il était impossible de rien voir. Plusieurs étrangers ont été arrêtés en cette occasion pour avoir menacé les gardes cui^ rassés, et ont ensuite été mis en liberté par l'entremise personnelle du cardinal Gonsalvi; ce premier ministre, comme on voit, étant présent en (ouft liçuxt

Le grand nombre de voitures pleines d^étran* gers allant chaque jour à Saint-Pierre, étonne et amuse les Romains , qui se les montrent au doigt les uns aux autres et en rient. lis ne conçoivent pas que Ton puisse venir de si loin pour voir ce qu'eux-mêmes ne se donnent pas la peine de regarder , quoiqu'à leur porte. Tout ce qu'il y a de vieux équipages disloqués ^ oubliés dans des coins , en est tiré et se loue à des prix fous. On compte à Rome, dans ce moment, sept mille Anglais, hommes, femmes, enfants et domestiques^ et peut-être autant d'Allemands, d'Américains et de Russes ; mais je n'y ai presque pas vu de Français. Ces étrangers se plaignent la plupart de ce qu'ils ne trouvent pas toujours place pour as« sis ter aux différentes cérémonies, a Le pape nous doit tout ^ disent-ils, nous Vauonsfait ce quii est. Notre sang a été versé et nos trésors prodigues pour le relever de la poussière. Il donne une belté fête, nous y venons, et voilà qu'on nous reçoit à coups de hallebardes ! »

On a calculé que les voyageurs anglais répandent annuellement, depuis la paix, 60 millions de francs chez les nations étrangères (i),

(1) Environ ving^t mille Anglais débarquent annuellement k Calais on à Boulogne; et un nombre à -peu -près égal passe sur le continent par les ports de la Hollande , etc. , etc. Ce Vest pas trop de leur accorder deux mois de résidence et mie gitinée par jour, en moyenne; car quelques-uns passent

78 SS3UIHE SAINTE.

perte énorme pour la natioD, ajoute-t-o& , et qm wffirait, à la longuie^ pour épuiser ses richesses» C'est cepeadAit une erreur ; la oation n'y perd rien , et d'un autre côté j les étraqgers B'y gagaeut ri^n sous le point de vue munéraire* Les voya* geurs apportent de l'argent ou tirent des lettres de change sur TAngleterre, pour subvenir à leurs dépenses : dans Tmi ou l'autre cas» ils contribuent à baisser le change, ee qui favorise la demande de marchandises anglaises, parce que le payement s'en fait d'autant plus favora*blement pour l'acheteur. Le voyageur anglais consomme à Paris ou à Rome des produits étrangers; mai^ l'étranger consomme d'autant plus de produits anglais, et non pas à^peu-près, «oais exactement autant, car il n'y a accumulation d'or et d'argent nulle part; l'Angleterre et la France, et tout l'univers ont beau devenir plus riches , il n'y a pas beaucoup plus de numéraire en circulation. I^ balance du commerce est soldée entre toutes les nations respectivement par les produits de leur industrie , et en dernière analyse, on peut dire que le diner qu\in An^ais mange à Paris. on à Rome, est toujours un diner anglais, comme l'habit qu'il y fait faire est toujours un habit anglais. Du moins est-il certain que l'on

des années hors de leur pays. Le moins que l'on pinsse supposer, c'est donc soixante gainées par tdte, qni, mnUîplUes par quarante mille, font K »,4oo^ooo, ou 6<0|nil|ioBs4c4mi€i^

SCMAIKE SAfKTE. 79

expédie d'Angleterre des produits de valeurégale au dhier et à l'huit, si ce n'est le diner oo riiabit lui-même. Il est vrai que le* boucher, lé boutanger, le tdiUeur et le cordonnier^ voyent leurs profikts diminuer lorsque leurs pratiques voyagent , mais le manufaclurier , producteur d'objet^ d^expprtation , gagne, et tout est plus que compensé.

Le soir du même jour (jeudi 19 mars), il y eut un autre grand miserere^ le soir, à la chapelle Sistine , et la croix sous la coupole de Saint- Pierre fut illuminée. Celte célèbre croix était suspendue à quarante pieds de hauteur environ, et quoique sans grande beauté en elle-même , la lumière qu'elle répandait sur toutes les parties de réditice était d'un admirable effet. Tout ce que Blome contenait d'étrangers, ainsi que beaucoup d'Italiens , se trouvaient là; et pourtant ils étaient si loin de remplir l'église qu*il y avait des parties presque solitaires. On a dit que les hgilloqs de la misère et cens de la grandeur s'y rencontraient pêle-mêle, et je n'avais en effet jainais vu ensemble tant de croix, de rubans et do guenilles. Ayant par hasard levé les yeux, j'aperçus à une tribune très-élevée un prêtre suivi de deux autres qui l'éclairaient ; il portait à sa i^iain un petit coffre brillant qu'il ouvrai^ et montrait au peuple, avec des gestes animés^ taniQt d'une extrémité de I9 tribune, tantôt dç

80 SËMAmK SAlNtl^..

l'autie. Il se retirait souvent, puis revenait avec quelque nouvelle chose à montrer, qu'il baisait religieusement et à laquelle il faisait la révérence. C'étaient des reliques; le saint-suaire, m a-t-on dit, la lance sacrée et le bois de la vraie croix: mais peu de gens y faisaient attention. Tai cepfendant vu quelques personnes se prosterner , et cela tout simplement et sans faire aucune attention aux regards du public^ qui lui-même ne s'en occupait pas. J'observai dans une autre occasion deux personnes bien mises, homtne et femme , amants peut-être, qui s'agenouillaient à côté l'un de l'autre au milieu d'une église pleine de monde, devant l'image contre le mur; l'homme ayant d'abord essuyé le pavé avec son mouchoir sous les genoux de sa compagne, sans s'embarrasser le moins du monde de ce que les rieurs étrangers en pourraient dire ou penser, et du ridicule qu'il allait encourir. Au surplus, celui qui rit pourrait fort bien lui-même prêter à rire à ses dépens de quelqu'autre façon , et tout en se moquant de l'idolâtrie, être idolâtre lui-même à sa manière. L'idolâtrie du connaisseur eu peinture, par exemple, qui s'extasiç devant un ta* bleau de Raphaël ou de Michel*Ange, n'allant pas plus loin que l'ouvrage d'art, de>iendrait bien autrement ridicule s'il se trouvait que l'ouvrage ne fut pas du grand maître auquel il l'aufait attribué. L'idolâtre en religion personnifie^

SKMAINE SAINTE. 8l

déifie peut-être un morceau de bois , mais il y a dans sa pensée une cause première, derrière ce morceau de bois ; derrière ce tableau , s'il n*y a pas Raphaël ou Michel-^Aogey il n'y a rien qu'un mauvais peintre.

9o mars. — Encore le miserere et la croix illuminée.

a I mars. — Conversion des Juife. Ces conversions ont toujours lieu dans la semaine sainte , et il y en a toujours trois, ni plus ni moins. Les trois néophytes donc vinrent frapper à la porte du baptistère de Saint-Jean-de-Latran « et furent reçus en cérémonie. Ils portaient un vêtement blanc, comme celui des apôtres de l'autre jour, et je crus même les reconnaître pour avoir été du nombre de ceux qui alors jouaient ce rôle ; au moins avaient-ils d'aussi mauvaises physionomies. Je n'eus pas la patience de rester pendant toute la cérémonie , à la fin de laquelle les Juifs devinrent bons catholiques.

aa mars. — Funzione à Saint-Pierre : c'est le plus grand jour et le dernier. Le pape a coutume d'officier en personne au grand autel de Saint- Pierre; mais, à raison de son âge et de ses infirmités, il parut seulement et n'officia pas. On avait préparé des places pour les étrangers qui avaient des billets de leur ministre. Les Italiens de distinction avaient aussi des places réservées; mais le reste des fidèles était abandonné à son II. 6

8a SEBIAlIiE SAINTE.

sort. « OÙ allez-Yous de si bon matin , disait PatS" quin à Marforio. — j4 la Funzione , répliquait l'autre. — Vous ne serez pas reçu! — Pas reçu? répétait Marforio tout étonné; et pourquoi pas, s'il vous plaît ? ne suis-je pas bon catholique ? — C'est justement parce que vous l'êtes. Il n'y a que les hérétiques qui soient reçus ». Toutes les cloches de la ville étaient en mouvement (et leur son , tout différent de ce qu'il est ailleurs , est plus solennel , plus fort et plus grave) , lorsque le pape parut à l'extrémité de la basilique de Saint-Pierre , porté comme à l'ordinaire dans son fauteuil, qui semblait glisser doucement sur un plancher de têtes avec lesquelles ses pieds étaient de niveau. La figure de ce bon vieillard semblait à cette distance bien chétive, mais ses deux éventails de plumes de paon avaient au contraire un air tout-à-Ëiit imposant. Ces singuliers accessoires de la majesté papale, ajustés an bout de longs manches , s'élèvent précisément au niveau de la tiare ; ils ont été probablement inventés pour chasser les mouches du visage de sa sainteté , et le garantir des ignobles chatouillements auxquels il aurait été exposé pendant que ses mains distribuaient les bénédictions. Je n'ai pu m'empécher d'être de nouveau frappé de la ressemblance profane existant entre cette marche àolennelle du pape et celte de Panurge: je soupçonnerais même que l'auteur de eet opéra

SEHAlIffi SAUfT£. 83

ne Fa pas £ait ainsi sans malice. Sa sainteté fut ensuite portée au grand balcon de la façade de Saint^^Pierre , d'où elle distribua comme l'autre jour des bénédictions à tout le monde, et des indulgences à ceux qui , à coups de pieds et à coups de poings , réussirent à s'en emparer. Les curieux furent ensuite dîner en hâte , et se préparer pour l'illumination et le feu d'artifice qui terminent la semaine sainte. A la nuit tombante, toute la façade de Saint-Pierre se trouva couverte de voltigeurs suspendus à des cordes, qu'on voyait passer comme des oiseaux d'un chapiteau de colonne à l'autre , monter et descendre en tous sens, courir le long des corniches, grimper par les côtes saillantes de la coupole et par la lan^ terne, jusque sur la boule dorée, se mettre enfin à cheval sur la croix qui termine l'édifice; et comme ils portaient des lumières, on aurait dit que les mouches luisante^ d'Amérique étaient venues prendre part à la fête. On assiu-e que ces hommes entendent la messe, se confessent et reçoivent l'absolution » enfin, mettent leur couscience en règle avant de commencer une opération qui présente de si grands dangers. Toute la façade de Saint-Pierre, et toute la colonnade qui y aboutit, brilla bientôt de la douce lumière de cinquante mille lanternes de papier ; mais en moins d'une h^ire et à un certain signal , l'édifice entier parut tout*à-<)oup en flammes , au moyen

84 MmOIR D£ DIAlfE.

d'un très-grand nombre de vases pleins de co* peaux et de térébenthine , et distribués sur toutes les parties de l'édifice, auxquels on met le feu simultanément : Tefifet en est prodigieux , mais de courte durée. Ce coup de théâtre était à peine fini^ que la foule s'est portée sur le pont du château Saint- Ange, afin d'occuper les quais de Vautre côté du Tibre; et ce ne fut pas sans difficulté que nous atteignîmes la maison , où nous avions des fenêtres. Rien de comparable certainement ne s'était jamais offert à nos regards : on ne saurait décrire la variété , là force , l'étendue et la durée du feu qui enveloppait le château Saint- Ange, et s'élançait à une hauteur prodigieuse. L'artillerie du château tonnait sans cesse au milieu de ces torrents de flammes , et le Hbre lui-même semblait rouler du feu. Après que tout fut fini , on revit Saint-Pierre , oublié momentanément, paraître au sein de la nuit obscure, comme une constellation nouvelle à son lever.

Le jour qui suivit la semaine sainte , Rome était un désert. Le silence universel n'était troublé que par le bruit éloigné des chaises de poste qui s'éloignaient rapidement de tous les côtés; et nous-mêmes, nous partîmes pour Naples.

TfMbano à Felletri^ le point de vue est continuellement varié et toujours magnifique. A la Riccia nous nous arrêtâmes quelques moments pour voir des dames qui y étaient logées et qui

MinOIR DE DI/LETE. &5

osaient à peine se promener hors des portes de cette petite ville, dans la crainte, peut-être un peu exagérée , d'être enlevées par les voleurs. Le lac de Nemi à Genzano, comme son voisin le lac d'Albano, occupe le fond d'un bassin circulaire en forme d'entonnoir , qui parait avoir été le cratère d'un volcan. Quoique plus petit que l'autre, ce lac a quelque chose d'encore plus frappant ; c'était le spéculum Dianœ des anciens , et la déesse avait son temple sur ses bords. Yelletri est une ville de dix mille habitants , qui nous ont paru un peu moins déguenillés qu'ailleurs , mais aussi malpropres; et Barbone, chef des brigands , que nous avons vu dans les fossés du château Saint«Ange , était de cet endroit ; il y a dans tout cela de quoi ternir le miroir de Diane. Monte jdlbano est un groupe de montagnes isolé dans la Campagna: il est compqsé de cendres volcaniques comme dans la plaine , formant des lits horizontaux assez durs; mais ces cendres volcaniques paraissent ici avoir été agglomérées par de la chaux. Il est permis de conjecturer que certaines portions de la base du bassin de Rome, calcaire comme l'Apennin , ont pu être calcinées par i'actiQn du volcan submariu et former de la chaux qui, infusée dans l'eau et mêlée avec les cendres flottantes , a formé de véritable mortier déposé en lits horizontaux ; cependant les dépots de la plaine ne paraissent pas contenir de la

86 MA.RA.IS POJffTINS.

chaux comme ceux-ci, et, à ce qu'an assure, ne font pas effervescence avec les acides. La prétendue découverte de vases étrusques, qui a eu lieu récemment entre deux lits de ces rochers volcaniques du mont Albano , aurait fait croire que ces vases étaient antérieurs à leur formation, et qu'il, existait alors des hommes et des hommes civilisés; mais, après avoir fait grand éclat, la découverte a perdu tout crédit.

De Yelletri la grande route descend au niveau des marais Pon tins , et les traverse en droite ligne jusqu'à Terracina^ éloigné de quarante et un milles. Quatre maisons de poste , gardées cha^ cune par quelques soldats^ sont les seules habitations humaines que l'on rencontre. L'un de ces établissements, Torre tre Ponti, n'est pas seulement une maison de poste , mais aussi un couvent de capucins. Pie VI avait voulu former là une colonie , mais elle est allée dans l'autre monde ; le feu s'est mis au couvent et tous les bâtiments sont en ruine. Le temps était froid et pluvieux : nous entrâmes pour chercher du feu , mais nous n'en trouvâmes point et ne rencontrâmes d'autre habitant qu'une jeune femme malade , qui nous regardait d'un œil hébété sans pouvoir répondre à nos questions. Quelques mendiants jaunes comme du safran erraient autour de la maison , et paraissaient n'avoir pas la force de tendre la main pour demander l'aumône. Quant

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au pays , sa surface ondoyante était entrecoupée de pâturages et de vastes champs de blé du plus beau vert. De grands troupeaux de bétes à cornes d'un gris cendré , de buffles et de chevaux paissaient en liberté Tabondant herbage : pas la plus légère apparence de marais , beaucoup moins certainement que dans une grande partie du bassin du Pô. Le canal parallèle à la route coulait avec rapidité du côté de Terracina et de la mer. Le pays est malsain , on ne saurait en douter; mais il ne paraît pas au premier coup* d'ceil que ce soit par excès d'humidité. Les mon* tagnes des Abruzzes s'élevaient à notre gauche , et deux ou trois vieilles petites villes étaient pittoresquement nichées sur leur pente rapide. A droite nous avions des touffes de bois de sapin , de chêne, de liège, sur les monticules de ces redoutables marais Pontins qui avaient l'air du monde le plus agréable. La mer au-delà bornait notre horizon , et le mont Circé paraissait sortir de son sein d'azur. Du temps de Virgile , c'était une île, à présent c'est un promontoire dont l'air est sain , quoique si près de la région pestilentielle ; ce qui fournit une nouvelle preuve à l'appui de l'assertion , que le principe délétère n'est pas porté au loin par l'air dans lequel il flotte. II est dangereux, quelquefois mortel , dit-on, de se livrer au sommeil en traversant les marais Pontins en voiture pendant l'été, et les postil-

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Ions ont soin d'avertir les voyageurs disposés à le faire; c'est peut-être une opinion exagérée , mais qui montre au moins la mauvaise réputation qu'a cette région. Le nombre d'oiseaux est incroyable, surtout ceux d'espèces aquatiques. Us couvraient le canal et obscurcissaient l'air en prenant leur vol. Le Êiucon, immobile dans les airs, choisissait parmi eux ses victimes.

La route actuelle de Rome à Napies, qui, je ne sais pourquoi, ne suit pas partout Fancienne Via Appia^ le fait ici, et s'en trouve mieux. Cette base est inébranlable. Le canal dont j'ai parlé ressemble à une rivière : il a environ soixante pieds de large ; mais ses eaux , claires et limpides, passent pour être aussi malsaines que l'air. Leur rapidité est de plus d'une lieue à l'heure. Près de Terracina, la grande route quitte de nouveau la Via Appia, qui se dirige à gauche sur l'antique Anxur^ dont les ruines se voyent sur la montagne; ses habitants, peu nom' breux sans doute, sont venus habiter Terracina, fondée par Pie VI au bord de la mer. L'auberge, la douane, les magasins d'entrepôts, le corps-de-garde , tout est pontifical; mais sous de beaux dehors tout est en ruines, et l'auberge, en particulier, était une des plus mauvaises que nous eussions rencontrées. Mais la mer, sous nos fenêtres, blanchissant de sa lame écumante Je gros mur du bâtiment, valait à elle seule ^

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bon souper et un bon lit. De Terracina à Fondi Ton suit d'abord le rivage de la mer, et ensuite un chemin creux entre des rochers stériles : c'est le quartier général des brigands ; et malgré les postes militaires, placés de cinq cents toises en cinq cents toises, les voyageurs, pendant la nuit au moins, sont arrêtés. et volés, dans les intervalles, presque sous les yeux des protecteurs de leur sûreté. Fondi est une petite ville , plus hideuse encore que tout ce que nous avons vu jusqu'à présent , et dont les habitants semblent plus pauvres, plus désœuvrés, plus pervers. Cette racaille se pressait autour de nous pendant l'examen de nos passeports et nos négociations avec les douaniers qui, pour la somme de t^paoles^ moins de 3 francs, nous laissèrent passer sans fouiller les malles; les scrupules relatifs aux passeports coûtèrent un paole. Pendant ce temps-là le factionnaire négociait avec les mendiants qui, pour un bajocco par tête, payable à notre départ, consentirent à se tenir tranquilles, et le factionnaire lui-même tendit la main pour en recevoir sa part. Le traité conclu avec les mendiants ayant transpiré, il en accourait une nouvelle bande , à laquelle iious échappâmes à force de vitesse, quoique poursuivis chaudement. LaVia Appia, avec son pavé de dix-huit cents ans, forme la principale rue de Fondi, dont les maisons classiques sont sans fenêtres, et

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éclairées par la porte seulement. Les hommes , enveloppés dans leurs manteaux râpés , de cou* leur brune , auraient fourni d'excellentes études à Salvator Rosa. Itri, qui suit Fondi, présentait un plus triste et plus dégoûtant spectacle encore. Les, femmes et les eo£sints en guenilles, et accroupi3 dans la rue, se tenaient mutueUem«at par la tête, cherchant ce qui, en Italie, se trouw là d'ordinaire en abondance. Dltri à Mola di Gaeta^ le pays, revêtu de la plus belle verdure, était parfumé de l'odeur des champs de fèves en pleines fleurs et de celle des orangers. On faisait la récolte des oranges dans de grands paniers portés sur des ânes. Les figuiers se couvraient de feuilles , et les haies d'aloès entraient en végétation, tandis que la neige récemment tombée, )>lanchissait encore les montagnes voisines. Le fort de Gaeta occupe un promontoire dans la mer. Il tint long-temps contre les^Français ; nous ne l'avons vu que de loin.

De Mola di Gaeta à GarigUano et à Santa Jgor ta y le pays est de plus en plus beau , riant , fer^ ' tile et bien cultivé ; cependant les mendiants ne sont pas moins nombreux. Nous avions pour ce Voyage deux excellents mulets , qui firent hier i[]uarante-deux milles en sept heures et demie sans s'arrêter, et quarante-cinq aujourd'hui, par un chemin montueux, en dix heures et demie, y compris une hem*e et demie de repos. Santa

Agala, où nous couchons, est une maison isolée où l'on est fort bien. La semaine dernière , un courrier allemand a été attaqué et blessé en voyageant de nuit sur cette route, et ses dépêches lui ont été prises, ce qui donne à cette affaire une apparence presque diplomatique ; cependant la surveillance parait augmentée , et les piquets de soldats plus nombreux qu'à l'ordinaire. Nous vîmes une tête encore fraîche , placée sur un piquet au bord de la route. Le pays, très-agréable en lui-même, était du vert le plus tendre, et tout en fleurs. C'était dimanche, et les habitants avaient £ait toilette. Les paysannes en robes rouges, galonnées d'or, portaient sur la tête, en forme de voile , une sorte de chàle brun , et les dames, parées de toutes les couleurs de l'arc-enctel, semblaient avoir le sentiment exquis de leur bonne mine. Capoue^ la délicieuse Capoue, est laide, sale, surtout bruyante, et en tous points différente de l'idée que l'on s'en forme: son site , au reste , n'est pas tout-à-fait celui de l'antique Capoue. De nos fenêtres, nous avons été témoins de plusieurs disputes entre gens du peuple, qui paraissaient toujours sur le point d'en venir aux dernières e:£trémités; mais nous étions rassurés par l'air des spectateurs qui n'en disaient que rire. Hier nous fûmes témoins d'une de ces absurdes et bruyantes querelles; c'était à Mola di Gaeta, et l'objet de la querelle.

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