‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 80 sur 99 · CA.POUE · texte numérisé non relu

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entre un vetturino (voiturier) et un de ses voyageurs^ roulait sur la manière d'attacher une petite malle fort délabrée et rapiécée de fer-^blanc Le voyageur craignait pour sa vieille malle ; les frottements lui allaient au cœur, et il aurait voulu qu'elle futattachée autrement. Lui et le vetturino, ne s'accordant pas sur cette opération , en étaient venus à une rupture ouverte ; leurs deux visages furibonds, i un travers de doigt l'un de l'autre, se défiaient d'insolence ; leurs deux bouches écu» mantes crachotaient de fureur, et leurs deux mains crochues semblaient prêtes à se porter à la gorge, aux yeux et partout. On aurait cru qu'un combat à mort allait s'engager, mais ce ne fut qu'un combat de langues. Après demiheure d'un exercice fatigant, le voyageur reprit tranquillement sa place; le voiturier remonta sur son siège, et l'on repartit sans que ni l'un ni l'autre eût obtenu la victoire: car la malle avait été rajustée, mais elle frottait plus que jamais, et les criailleries recommencèrent; mais le vent les emportait, et bientôt nous ne vîmes et n'entendîmes plus rien. Nous nous sommes vus poursuivis un mille et plus par les mêmes mendiants qui, bien qu'estropiés ou prétendant l'être , tenaient pied à nos bonnes mules. Presque nus et pires que nus, leurs guenilles n'étaient retenues que par de la ficelle et semblaient arrangées à l'effet. Un vieillard montrait

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à tous les yeux son énorme hydrocèle. Notre conducteur traitait ces mendiants avec le dernier mépris et beaucoup d'insolence, se moquant de leurs plaintes qu'il contrefaisait , et les menaçant de son fouet. Au premier signe, les chars de campagne se rangeaient pour faire place. En général , il me semble voir dans les mœurs une disposition tour-à-tour servile et insolente, suivant les circonstances. On ne peut se procurer du feu dans les auberges, quoiqu'il fasse froid le soir, mais seulement un brasier de charbon dans une sorte de bassin placé au milieu de la chambre , au risque d'en être asphyxié , ou tout au moins d'avoir un grand mal de tête. On entend les voyageurs anglais, qui remplissent toutes les auberges , se plaindre amèrement de la privation des commodités de la vie auxquelles ils étaient accoutumés chez eux , quoique leur possession n'ait pu les retenir. Us s'en sont éloignés sans nécessité et les regrettent. A quoi servent donc ces jouissances , qu'on ne connaît qu'après les avoir perdues? Mieux vaudrait sans doute ne les pas connaître.

Le pays tant vanté , entre Capoue et Naples, présente une plaine doucement inclinée vers la mer et très-fertile : il est comme le Milanais, planté de vignes , dont les tiges , souvent de la grosseur du bras, grimpent librement sur des peupliers; les intervalles produisent du blé et

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des fèves. Le vin obtenu de ces vignes gigan-* tesques est abondant autant qu'il est mauvais ^ et ce n'est pas la peine d'avoir le climat de Naples pour n'obtenir que du vin de Surène. Au bout d'une perspective de quinze ou vingt milles, for* mée par le grand chemin, l'on découvre le double sommet du Vésuve couvert de neige.

Rien de plus surprenant que la foule qui encombre les rues de Naples, et le tapage infernal qu'elle £siit. Cette multitude , endimandiée et couleur de rose, car c'était la teinte dominante, avait l'air ivre de joie ; mais à côté de tout cela on voyait des mendiants , tels qu'on en voit rarement ailleurs, même en Italie^ et dans leur plus hideux costume, qu'ils réservent pour le dimanche. Des chars pleins de monde rentraient à la ville au son du violon, après les amusements de la journée, tirés par un seul cLeVal; et la maigre haridelle, tout écorchée, était ornée de pompons et de fleurs. Quoique nous ne fussions encore que dans un faubourg , les maisons nous paraissaient, non <» seulement propres et bien tenues, mais d'une bonne architecture; les fenêtres avaient toutes de jolis balcons de fer. A l'instar de la Via Appia, les rues étaient pavées de grands morceaux de basalte; mais ceux-ci étaient au moins équarris , et d'innombrables cabriolets roulaient avec une vitesse extrême sur leur surface unie, au grand danger des passants.

BAIB DE NAPLES. gS

On voyait entassés dans ces cabriolets jusqu'à trois ou quatre hommes , chacun desquels sem«' blait plus gros que le petit cheval qui les emportait. Le conducteur était de plus assis sur. le devant, et un jeune garçon derrière faisait cla« quer son fouet et criait gare ! L'équipage entier, le train , la caisse et jusqu'aux rênes , tout était rouge et bleu, et doré, mais d'ailleurs usé, passé et prêt à tomber en pièces. Sur la selle du cheval on voyait s'élever quelque ornement bizarre, tel qu'une girouette de fer-blanc, un dragon , un saint , toujours doré^^ ou une grande touffe de plumes rouges. Ce ne fut pas sans difficultés que nous pâmes nous procurer un gite avant la nuit, qui fut presque aussi bruyante que le jour l'avait été.-

La baie célèbre, au fond de laquelle Naples est située , a cinquante milles de tour , et la ville avec les faubourgs occupe environ huit milles de cette circonférence; mais de beaux quais, des terrasses, des ouvrages avancés pour la protection des navires , des places publiques relèvent l'uniformité qu'une longue ligne de maisons aurait produite, et qui est encore diversifiée par deux forts (celui de l'Uovo, isolé sur un rocher, et celui de San-Elmo), ainsi que par une promenade publique plantée avec goût et d'un mille en longueur sur le bord de la mer. Rien de plus beau que la vue dont on jouit de cette proroe-^

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nade et de partout. Cette viie a surpassé notre attente, et nous a causé la même surprise que si nous n'en eussions jamais entendu parler. Les panoramas que j'en avais vus lui rendaient d'autant moins de justice qu'ils étaient plus exacts; car en peinture l'angle vrai des objets éloignés donne rarement l'idée vraie de leur élévation; la perspective aérienne, si difficile à rendre, ne venant point comme dans la nature au secours de la perspective mathématique.

Les barques de pécheurs sillonnent à toute heure les eaux de la baie : j'en ai compté jusqu'à soixante à-la-fois, montées chacune de trois hommes. La nuit ils portent souvent des feux pour attirer le thon et d'autres gros poissons, qu'ils frappent avec une espèce de trident, et qu'ils prennent par ce moyen. Mais la pèche au filet, surtout celle de l'anchois^ est la plus importante; ce petit poisson mangé frais tait la nourriture habituelle des habitants de Naples, comme sous une autre forme il régale toute l'Europe. Ces pécheurs forment à Naples un peuple à part, bien plus respectable que l'autre; ils sont distingués aussi par leur vêtement, qui se compose d'une grosse jaquette, d'un pantalon de laine brune et d'un bonnet rouge; ils vont nu-pieds.

I^ baie de Naples, telle qu'on la voit deja ville, est bornée a gauche et à la distance d'en-

won six milles par le Vésuve, de couleur brune DU raéme noire à mi-hauteur, encore l)!anclKî dts neiges de l'hiver vers le sommet, el du plus beau vert à la base; cette verdure est tachelée de points blancs, qui sont des maisons de campagne, et c'est là que se recueille le meilleur vin de ritalie, le lacrùna CJirisiL Toute la côte, au pied de la montagne, forme une ligne continue de maisons , connue sous les noms de Portici (Herculanum), fiesina, Torre ciel Grcco ^ Torre delV Annunziata . S tabla , Pompeia , lieux successiverflent dévastés par les laves du Vésuve, mais sur lesquels on a toujours rebâti avec ces laves mêmes et dont la population est très-considérable. Torre del Greco, à lui seul, compte quinze mille habitants. Un promontoire de l>elles montagnes bleues termine la baie de la côte, et l'on distingue à leur pied les villes de CastcUa'^ mare et de Sorrento, A droite, la vue est bornée par le promontoire de Postlipoy couvert de maisons de campagne, lequel cache le cap de Mi' sène où se termine la baio. Mais l'objet principal dans le paysage est l'île de Capri^ éloignée de vingt-cinq milles, et dont les formes, singulièrement pittoresques et hardies, n'ont peut-être lien qui leur soit comparable au monde. Un soir nous admirâmes le bel effet que faisait à l'horizon un vaisseau de ligue américain {le fFashington y capitaine Chauncey). Les derniers rî^yons

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