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du soleil éclairaient sa voilure, dont Téelatafite blancheur se détachait sur le fond vaporeux de nie de Capri , à peine distingué de la teinte du ciel : il y a dans la baie de Ms^les tout ce qn*îl faut de navigation pour l'effet pittoresque^ sans les circonstances triviales et vulgaires qui caractérisent un port de mer fréquenté.
Pour bien connaître une grande ville et se faire de suite une idée juste de sa forme générale et de la situation respedtive des Keux principaux, il faut la voir à vue d'oiseau : Naples^ par exemple, du Monte Fomero, On y trouve un Jardin très-agréabie, planté par Saliceti, qui était le véritable roi de Naples soas Murât (i). Plus haut est ijn vieux couvent (San- £lmo), transfoi'mé en hôpital militaire et destiné aux soldats aveugles. Nous fûmes surpris de les ti-ouver tous jeunes, et nous apprîmes qu'ils avaient perdu la vue en apprenant l'art de la guerre, sans l'avoir jamais exercé pour tout de bon. Dans l'idée d'endurcir les jeunes conscrits en temps de paix, Murât avait imaginé de les faire camper rigoureusement, et ils passaient la nuit au bivouac. En peu de temps ils eurent des maux d'yeux, et beaucoup d'entre eux étant devenus aveugles, on fit choix de ce lieu pour les
(i) Les ennemis de Saîiccli , cl il en atait beaacoup , firent jouer tine inine so&s sa maison; il «n fat k*gèremont blessé) xuais sa fille le fut grièvement.
XOUCHOim MB POCBM. 99
recevoir, quoiqu'ils ne pussent pas profiter de son admirable point de-Toe. L'armée française, qui fit sous le général Championnet la campagne de Calabre, éprouva également l'effet pernicieux des bivouacs sous ce ciel d'Italie. Uéglise de San- Elmo, comme toutes celles de ce pays, est trop éclairée et trop ornée ; mais ses ornements sont pourtant de meilleur goût qu'à l'ordinaire. La boiserie, qui sépare le choeur de la nef, mérite d'être citée par la perfection du travail en mar« queterie; les pièces de rapport, noires, blanches et jaunes, représentent des objets variés avec un effet admirable. Le toit en terrasse, couvert d'ujfi ciment , £iit de chaux très«pare et de puzzolana également dégagée de corps étrangers, est im« pénétrable i. l'eau. De ce point élevé, l'oeil plonge sur la ville de Naples, sur ses rues étroites et sombres, ses quais et ses places publiques, où circule une population tumultueuse, dont le bruit confus ressemble assez k celui d'une machine compliquée dont les rouages sont mal graissés. Dès ma première sortie à pied dans les rues de Naples, je perdis mon mouchoir, quoique, averti du dafnger, j'eusse pris soin de le bien poussa au fond de ma poche; et après en avoir ainsi perdu plusieurs, je trouvai que le seul moyen de le conserver était de le meltre dans mon cfeapeao. Un militaire en Iwbit bonrgeois fut l'autre jour volé de la même manière, en
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fact du corps-(le-garde , et la sentinelle saisit ïc? coupable. « Coquin , lui dit-elle, oses-tu bien voler le général! » Tout autre aurait été volé sansr que la sentinelle eût voulu s'en mêler. Personne ne veut prêter main-forte à la justice, elle n'est pas bien avec le public. S'il y a un meurtre conixnis, la pitié pour la victime fait bientôt place à celle qu'inspire l'assassin, simplement parce qu'il vient d'encourir la vengeance de l'ennemi commun, c'est-à-dire la justice. Rouez de coups de canne un filou pris en flagrant délit, vous aurez pour vous tout le monde; mais il n'en sera pas ainsi si vous le conduisez au corps-degarde. Comme à la Chine, il est reçu que les supérieurs battent leurs inférieurs; et cette coutume générale chez nos ancêtres, mai» <(tii a été abandonnée à mesure que la civilisation avançait et que la dignité de l'homme était mieux comprise, prévaut encore ici. Le jour après notre arrivée, comme je parcourais la yille en fiacre avec un Napolitain à qui j'étais recommandé , et qui s'est toujours montré de la plus grande obligeance à notre égard, un jeune homme du ba» peuple, un lazzarone^ qui, le nez en l'air et la bouche béante, avalait ses macaroni au coin d'une rue, fut sur le point d'être renversé par notre équipage, et son danger nous fit tressaillir; mais mon Napolitain, aussi ému que moi-' même, ne s'en tint pas à l'émotion; car, avan*
KŒURS. lOI
çant soudain le bras par une impulsion toute sentimentale f il appliqua en passant un coup de canne sur la tête de l'étourdi, pour lui apprendre à être mieux sur ses gardes une autre fois; ce pro-* cédé ne fut point pris en mauvaise part par le lazzarone ni par les passants , lesquels tout au contraire parurent fort approuver cette petite marque d'attention de notre part, et le sentiment d'humanité qui y avait donné lieu. Un instant après, Je cocher dépassant par mégarde la maison où nous devions nous arrêter, dans une rue trop étroite pour tourner, notre ami aussitôt de lui appliquer un coup de canne sur les épaules, comme s'il faisait la chose du momie la plus naturelle. Il n'j eut pas un murmure de la part du cocher, qui ne jeta pas même un regard sur celui qui le traitait ainsi. Beaucoup de gens, cependant, de la basse classe, portent un stylet habituellement, et on les voit souvent mettre la main sous le côté gauche de leur veste déguenillée, comme autrefois un gentilhomme sur la garde de son épée, pour témoigner qu'ils ressentent une injure. L'année française fit un effroyable carnage des lazzaroni, braves défenseurs de cette même classe dont ils recevaient des coups de canne; et le plus grand nombre, forcés de fuir, devinrent voleurs de grand chemiii. La police de Murât, tout active et rigouwusd Qu'elle était^ ne put jaip^ en purger la
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campagne, bien qu'elle eût réussi quant aux rues de la capitale. Le gouTcmement décréta la peine de mort contre tous ceux qui porteraient le st^iet, et cette peine fut infligée. Les lauaroni se montrèrent alors sujets fidèles d^un roi qiU i* était fait iazzarone (Ferdinand); mais ils ne se soumirent pas V(^on(iers à un lazxarone qui s'était /ait roi ( Murât) : car c'est ainsi qu ils s'expriment Ferdinand était naturellement po« pulaire, populacier plutôt; il était fiimilier avec le bas peuple, parce qu'il se sentait à son niveau; et à la pèche, où il allait souvent presque seul, on le voyait toujours causer et plaisanter avec les pécheurs, non par calcul politique, on s'en serait aperçu ^ nàais tout naturellement et d'inclination ; s'il eut eu quelques talents et do courage il se serait retiré en Galabre avec ses amis, les lazzaixmi, d^où il aurait bientôt pu revenir avec une armée disci{di»ée^ de solcwts braves, sobres, dévoués à Sa cause^ et aurait pu dès-lors donner à Napoléon l'utile leçon qu u reçut quinze ana plus tard des peuples du Nord. Le nouveau maître qui avait subjugué le |)eupl«i pUié les grands, inaulté t6ut le monite, néWt alors aimé de personne. En abolissant les droits féodaux, il n'avait donné à ceux qili les poss^ daieiit que des compensations purement Mca»liâtes, et avait repris à aiifôi boa tnarché cortaine& porticms du revenu |HibIie, l^lem^
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aliénée» potir valeur reçue. Ces mesures et d'atiires M^mbJables., ainsi qtke kii taxes énormes levées* a^i^ee ligneur sur les prc>}>rié(aires fon* ciers, puHière»C beau€OU>p de gens. D'un antre coté, kb justice étaU administrée avec une impartialité et uae céléi Itè aRpa^ravaiit incancues; et le rev«iiiu public, dépensé sur Ws lieux sous la forage de salaire, exurichiissflit les classes inféri^îures , qui cepeHdant (iireat les dernières à se plier au nouvel état de choses; et tandis qiae beaucoup d« nobles grossissaient le train de C^MToliney cettQ reine n'éfcait atix yeux des pécheui^f des lasuaroni et des paysans., que la Mùglie di GioHcchinia^ non la Regina di Natura. Aim» les vérilabies ultjfos napolitains étaient des sans-cutottcs; tai^dk que parmi les artistes, les avocats, les médecins, beaiicemp approuvaient et ap{HTMàvent encore les principes de la révoluifiufi'^ maisi non Fahus qii'on eu a lait
Il est mort la semarine (lernîcre un« religieuse €k>nt le sarng ne s'est poîut coAgulé , et pendant plusieurs jours elle a, dit^-on, conservé des ap* porenees de vie. Les prêtres ont crié au miracle; te peuple s'est p4)rté en foule autour du corps dr la bienbeureuse , et sa majesté est venue comirm les dulres mettra de fort bonoe foi ge* mm to terre. Voilà ce qne le roi Mnrat n'aurait jmn»?» voulu Carre, non qu'il eut plus d'esprit que* sa( majesté légiiîme ; mois il avait cet esprit
s a4 MOBURS.
fort qui court les rues en France, et ne souffre pas les miracles. Il n'en fallait pas davantage pour le riînclre odieux à là populace italienne , malgré les grandes routes qu'il faisait faire, \a bonne justice qu'il faisait rendre, et le stylet qu'il arrachait de l<i main des assassins. y 'J'entrai un soir dans une ^lise où prêchait un moine; il tenait un grand crucifix de sa main gauche, et de l'autre se frappait la poitrine avec tant de violence qu'à peine pouvait-on entendre ce qu'il disait. I^e peuple prostei^né poussait de profonds gémissements, surtout quand le moine s'arrétant paraissait enseveli dans ses pensées; car, à l'instant où il reprenait la parole, lepkis profond silence s'établissait jusqu'à ce que brandissant son crucifix, on l'entendit s'écrier: «Le voilà ! le voilà votre Dieu ! il menrt pour vous, il meurt et vous ne vous repentez pas ! » A ces mots , des cris déchirants se faisaient entendre , et on entrevoyait dans l'obscurité des gens qui se roulaient sur le pavé et s'arrachaient les cheveux, avec toutes les marques du désespoir. On ne sait comment concilier ce zèle ardent avec des mœurs si corrompues, tandis qu'on rencontre souvent la moralité pratiquée chez des peuples où l'indifférence en matière de religion semble générale. Peut-être en est-il des Napolitains comme de ces gens qui pleurent au théâtre sur les maux d'êtres fictifs., quoique tl'ailleurs peu sensibles k eeus
HOBURS. I o5
de leur prochain , qu'ils ne cherchent point à soulager. Il semble que la nature n'ait donné aux hommes qu'une certaine dose de sensibilité, qu'ils appliquent en théorie ou en pratique à dès objets réels ou à des objets imaginaires , mais rarement à ' Cous les deux à-la^fois. Certains individus heureusement doués ont assez de sensibilité pour com^ patir aux uns comme aux autres, mais il n'en est # pas ainsi de l'espèce humaine en général , et Ton peut bien mieux se fier aux hommes qui, à une sensibilité modérée , joignent l'habitude de remplir leurs devoirs , qu'à la plupart des en*thousiasles.
L'archevêque deTarente, Joseph Capecelatro, qui réside habituellement à Naples, reçoit trèsvolontiers les étrangers: c'est un homme aimable, dont la conversation, enrichie par les observations d'une longue vie, passée au milieu d'événements extraordinaires , est pleine d'intérêt. Quoique naturellement anti-frhnçais, il parle fort bien la langue française : sa maison fut une fois celle de sir William Hamilton , avec qui il vivait dans la plus grande intimité, et il raconte des anecdotes fort curieuses sur les premières liaisons de cet aitibassadeur avec la personne extraordinaire dont il fit pluft^ tard sa femme. C'est cette femme qui , prenant dans la suit» un si grand ascendant sur le héros d'Aboukir et de Trafalgar, fut cause ^*îl lerait «a renommée au temps de la révolu»
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tion de Naples^ par le manque de foii et là cpuamé. Prostituée du plos bat» étage , quoique douée de fou» le» charraesv e&suite femfBe d'un ambassadeur et d'unr saTant, puis eoirfidente et coQseillère intime dé la sœur de Marte-Antoifiette et soa veratBe dii cœur d'un héros , elle mourut si pauvre en France, que ses compatriotes pour* Turent par charité aux frais de son enterrement Le vénérable prélat, aime les chats, et lorsqu'ib meurent y leur portrait en conserve le soitvemr. Les dames étrangères qui lui font 1» cour louent ses efaats, ses petits oieubles^ et, certain- tableaa de Muriilo assez médiocre , ce qui parait lui rendre la vie fort douce. Il essaya autref^s de ramener son église k la simplicité des premiers concUes; il écrivit même, et comtiie ofi peut croire il se brouilla avec U eour de Rome: mais les Napolitains sont catholiques à la manière at»trichienne^de sorte qu'il fut soutenu;, et le pape fut obligé de plier. Mais on dit qu'il a été forcé de se démettre de son évéché , attendu que pour le pimir od exigeait de lui la résidence.
Une graode cité romaine, prèà du Véaufe {Pofnpeia) , atait disparu sans laisser de traces, et ne fut découverte q«t'il y a soixante ass^ ecter* rée sdiiB les cendres. £lle doit à tet aecideat d'afotr échappé aux injures dn temps et à celles des barbares^ et l'smtiqmté £y trouve en quelfse MHe prûe sur le fiiit. Vomff&A était stttsée sur
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le bord de la mer , à la roénae distance du Vésuve qu'est Naples, mais dans une direction opposée; et il n'a tenu qu'à un aire de vent que Tune de ces villes fut ensevelie au lieu de l'autre. Le vol* ean du Vésuve , éteint depuis un temps dont la tradition était perdue ^ éclata de nouveau Tan 79 de notre ère; Une pluie de cendres et d'eau , un déluge de boue , tomba sur Pompeia et la couvrit entièrement. Ce n'était point un torrent qui se précipitait de la montagne» car il n'y eut point de maisons emportées ^ point de bouleversement ; c'était à la lettre une pluie dont on peut expliquer la formation, en supposant que l'eau, élevée en vapeur et condensée à l'air libre ^ s'udit aux cendres et retomba avec elles. I.<es toits des maisons s'entoncèrent , mais il parait que les habitants eurent tout le temps nécessaire pour se sauver avec ce qu ils possédaient de plus précieux ; car Ton n'a jusqu'ici trouvé qu'un bien petit tiotnbre de squelettes , et fort peu d'argent ou d'obfets de quelque valeur, il est évident que la plremière éruption u'ensetelit pas la ville aussi profondéanent qu'elle l'est aujourd'hui, car Ton distingue plusieurs couches successives ( j'en ai compté huit); et la plus basse ^ on le voit aisémtet , a été remuée avant qne les couches supérieures existassent, les habitants étant sans doute revenus après la catastrophe chercher leurs richesses cBseveltes. On compte trente-âx grandes
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éruptions depuis la première et la plus considérable de toutes, laquelle causa la mort de Pline l'ancien, et â été décrite par Pline le jeune. Plusieurs de ces éruptions subséquentes furent violentes, et celle de Tannée 47 1 lança des cendres jusqu'à la côte d'Afrique et jusqu'en Syrie. Les diverses couches de cendres réunies forment dans quelques endroits une épaisseur de soixante à soixante-dix pieds , mais ordinairement elle est beaucoup moindre. On ne voit point de lave. La masse de produits volcaniques qui recouvre Pompeia ressemble plus à de la pierre ponce et à des scories réduites en poudre, qu'à des cendres; ces substances durent en tombant flotter dans l'air, comme la neige eu comme ferait du liège. Le premier objet remarquable, lorsqu'on approche de la ville du côté de l'ouest, est une maison de campagne. Les Romains s'entendaient mieux à planter. des colonnes que des arbres, et maniaient la truelle plus volontiers que la bêche; le parterre de cette maison de campagne avait cent cinquante pieds en tous sens ; un jet d'eau s^éle vait au milieu ; il était clos de murs et de plus entouré d'une galerie souterraine et voûtée, où le jour ne pénétrait que par des espèces de soupiraux. Il paraU qu'au moment de la catastrophe,, dix-sept personnes s'étaient réfugiées sous ces voûtes où elles auraient été en sûreté si la bouevolcani^u^ dont j'ai parlé », pénétrant par ce» oo»
Vetinres, n'avait rerapîi rintrrieiir. Parmi les squelettes trouvés deboiit contre le mur, on remarquait celui d'une femme, probablement la iDaitresse de la maison, qui tenait un enfant par la main. Elle portait des bagues à ses doigts, une chaîne d'or et d'antres bijoux ; la substance volcanique, durcie à Uentour de son corps, en conservait l'empreinte , dans tout l'embonpoint de la santé, mais ne contenait plus que des osse« inents ; quelques morceaux de ce moule extraordinaire ont été conservés ainsi que la léte et le fémur du squelette. Il paraît que cette galerie servait de cave, si l'on en juge par le grand nombre d'amphores rangées le long des murs; c'étaient de grands vases de terfe cuite, du contenu d'environ vingt-quatre pintes, qui tenaient lieu do tonneaux. A la porte de ce mémo jardin, l'on découvrit un bomme portant des clefs à sa main et de l'argent. Un autre individu, probablement malade, avait péri dans son lit. La maison occupait tout un coté du parterre et avait cent cinquante pieds de face, sur une profondeur à-peu* près égale; il n'en reste que le rez-de-chaussée, composé de beaucoup de petites chambres voûlées, les étages supérieurs ayant disparu; quant aux escaliers , ils étaient rapides et incommodes, comme tous ceux de l'antiquité; peu ou point de fenêtre? à l'extérieur. Les appartements recevaient Tair et le jour d'une cour
no ponvTA..
centrale entourée dévote piazta ou toit en saillie^ reposi^t sur des colonnes , et la distribution de» chambres semble avoir été tout'À'^&it mauvaise* U est probable que le domaine ruinai s'étendait au-delà du jardin.
La route , très^étroite , est pavée de grandes dalles de lave irrégulièrement terminées) mais bien ajustées les unes aux autres, et arrangées de manière à présenter une surÊice unie ^ sur laquelle les voitures devaient rouler doucement^ Elles y ont pourtant creusé deux profondes ornières. De chaque côté de cette route règne un trottoir large et commode , et une longue suite de tombeaux en marbre. Sur la gaudie est nne auberge dont la façade , longue de deux cents pieds^a une galerie extérieure oupiozjca.Toutesles chambres à coucher sont petites et de la même grandeur. Près de la. porte de la ville on voit un banc de pierre demi^circulaire ou hémicycle, établi pour la commodité des amateurs de non-* velles qui ^ dans l'antiquité, étaient réduits à saisir les voyageurs au passage, pour tirer d'eux ce qu'ils savaient ou ne savaient pas sur les pays lointains d'où ils venaient. Les anciens étaient loin encore de connaître ces feuilles précieuses qui , pour un soa ou même pour rien dans un café, vous apprennent maintenant tout ce qui se passe dans le monde , tout ce qui se £iit et se fera. Le mercier porte-balle, le roulier, le
POMKiA. III
soldat en semestre^ étaient les gens dont on tirait alors des lumières sur la politique; et c'était sur un banc de pierre , placé au bord d'une grande route pleine de poussière et exposé aux injures du temps ^ que Ton commentait cesnoUvelles4à. Le maribre d<e k plupart des tombeaux ^ à couTert pendant tant de siècles, paraît éclatant de blancheur et travaillé avec un goût aussi pur que sa couleur: un petit knur marque l'espace alloué k chacun d'eux. Ils sont voûtés et ont à l'intérieur des niches distribuées à Tentour, où étaient les urnes qui contenaient les cendres des morts. En dehors , il y a souvent une table et un banc de pierre où se faisait le repas funéraire. La solitude d'une route, au milieu des tombeaux ^ ne surprend pas comme celle des rues et des maisons, après être entré dans la ville ; et leur apparence désolée rappelle la déplorable histcHre de Pompeia. Le premier ouvrage entre* pris lors de la découverte fut de déblayer les murs de la ville, et aujourd'hui toute leur circonférence est visible. Ces murs qui , d'après certains caractères gravés sur les pierres, ont été bâtis par les Osques long-temps avant la fondation de Rome, ont environ vingt pieds de haut; ils sont perpendiculaires à l'extérieur, mais présentent à l'intérieur un plan incliné et des escaliers étroits, au moyen (lesquels les soldats montaient sur le mur. Leurs casernes étaient entourées d'une haute
muraille, le long de laquelle on voit des cliam*' bres sans fenétros, qui recevaient le jour par la porte seulement; un avant-toit, soutenu par des colonnes, les abritait. Les barbouillages des soldats sur les murailles, écrits ou dessinés, sont peut-être ce qui attire le plus la curiosité; ils lie sont pas toujours fort décents, et l'un d'eux rapporte certaine histoire scandaleuse d'une femme et de deux soldats. L'on y remarque le croquis d'un gladiateur tout armé qui, dit-on, a donné" aux antiquaires l'explication dont ils avaient besoin sur la manière dont l'armure était attacliée. Le genou gaucliQ seulement parait couvert, parce qu'il était le plus exposé. Deux malheureux soldats furent, à ce qu'il paraît, . surpris par la catastrophe lorsqu'ils étaient aux fers. On a trouvé leurs squelettes pris par les pieds entre deux barres de fer maintenant au musée, rongées par la rouille, comme tout le fer et le cuivre que l'on rencontre. Les tètes de ces malheureux, leurs crânes du moins se voyent encore. Près de là est un égout souterrain construit il y a environ trois cents ans, à travers \q site de Pompeia, sans le découvrir. Seize ans avant la fatale éruption, cette ville avait éprouvé un tremblement de terre qui coûta la vie à un plus graiid nombre de ses ^abitants que l'éruption elle-même; il ébranla ses édifices jusque dans leurs fondements, et l'on voit encore dans
plusieurs endroits clefs colonnes renversées , des fentes dans les murs, des enfoncements dans le pavé. L'on s'occupait de réparatiolis , et déjà las pierres avaient été amenées auprès de quelques édifices, h)rsqu*arriva la dernière catastrophe. Je me souviens d'une circonstance frappante de cette terribte interruption; c'est près du temple de Jupiter : l'on voit tm autel de marbre blanC fort beau et tout nouvellement sorti des mains du sculpteur; les ouvriers finissaient le mur de clôture, Tun d'eux venait d'appliquer sa truellée de mortier et de l'étendre, il revenait sur ses traces pour tout aplanir, lorsque sa main a été soudainement arrêtée. Après dix-huit cents ans^ le travail parait aujourd'hui encore tout frais ; vous croiriez que le maçon est seulement allé dîner et qu'il va revenir pour l'achever.
Le bas-relief d'un des tombeaux, hors de la ville, représente une jeune femme, qui place une guirlande ou une bandetette sur la tête du squelette d'un enfant étendu sur un monceau de pierres. M. Mazois, dans son bel ouvrage sur Pompeia, hasarde une explication sur le sujet de ce bas-relief: il suppose que l'enfant avait péri lors du tremblement de terre, et que son corps trouvé parmi les ruines avait été déposé ici par Sa mère, qui ne prévoyait pas qu'elle-même était peut-être destinée à périr peu d'années après sivec la ville tout entière, sans laisser personne
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qui pût réunir dans la mcme tombe ses restes avec ceux de son enfant.
Cest la passion du vulgaire que de gi.ibouiller sur les niurs, et cela parait avoir toujours été ainsi; mais l'antiquité ne saurait être vulgaire, elle a ce privilège. En parcourant les rues de Pompeia, on se sent irrésistiblement attiré par tout ce que Ton aperçoit tracé au coin des rues, et je ne saurais dire quel désappointement Ton éprouve lorsqu'au lieu d'un griffonnage antique, ennobli par ses dix-sept siècles et plus, Ton trouve une écriture, une date, un nom d'hier, qui sont impudemment venus en usurper la place. Les anciens n'ignoraient pas tout-à-fait l'usage du papier; au moins savons-nous que, sous les empereurs, l'on connaissait à Rome jusqu'à sept différentes manières de préparer la feuille du papyrus, dont on se servait pour écrire, non avec une plume, mais avec un roseau. Cependant aucune de ces préparations ne ressemblait au feutre léger et commode dont nous nous servons. Le papier des anciens était cher, et c'est précisément le bon marché du nôtre qui, facilitant toutes les communications écrites ou imprimées, en a fait aujourd'hui un des plus puissants auxiliaires de la civilisation. Quoi qu'il en soit, l'on ne connaissait pas ici l'usage d^s affiches, et les amusements de la soirée, de la journée plutôt, étaient grossièrement inscrits eu lettres rouges sur la
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muraille an coin des mes, comme les noms des locataires des maisons l'étaient au-dessus de la porte. Les deux théâtres s'élevaient au milieu de la ville et loin de l'amphithéâtre , qui se trou* vait dans un faubourg. Le plus grand de ces deux théâtres servait à là représentation des tragédies: il était découvert; son diamètre, mesuré aux extrémités du demi-cercle de gradins, avait cent quatre-vingts pied.s; et la scène, d'où les acteurs parlaient, n'ayant que quelques pieds de profondeur^ 11 ne pouvait y avoir aucune décoration en perspective, quoiqu'il y eût, derrière, le postscenium ou portique couvert, où les acteurs se tenaient lorsc|u'ilsn'étaientpasen scène. L'antre théâtre, de moitié plus petit, était entièrement couvert. L'amphithéâtre ovale, comme ils le sont tons, avait mille pieds de circonférence; toute la partie supérieure, qui se trouvait de niveau avec les cendres, a disparu; mais la partie inférieure est bien comservée : les sc|uelettes de deux lions ont été trduvés dsms leurs cage5.
Le citoyen romain sortait de bonne heure (ante htcem mùanbulcd^a^n dofni. Cic. ad^étf. VI, a) , et ne rentrait chez lui que poiir le repa^ du soir; il pas?? sait la j our née sur le forum , a u X bai ns , au t héatr e, partoutefifin , eitcepté chez lui ,oà il couchait dans une petite chambre satis fenêtres , sans cheminée et presque sa^s meubles. Cloacina n'avait point de tenapte dans ees^afn^iques^ntoisons. QbestioBné,
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&iir ce sujet, un homme du pays me répondit itt* gonument qae cela n'était pas nécessaire; « les riches ^ dit^il ^ avaient comme à présent leur cas-» solette, et les pauvres la rue»! Quelques ustensiles de cuivre formaient, en dépit du vert-de« gris, toute la batterie de cuisine. Les hommes vivant ainsi hors de chez eux, Ton ne doit paâ s étonner si jusqu'ici la moitié au moins de l'espace découvert consiste eu édifices publics et places publiques; la plus belle est le forum, entouré d'un portique , sous lequel on se retirait en cas de mauvais temps. Ce portique avait beaucoup souffert parle tremblement de terre de rannée63 de notre ère , et l'on a trouvé sur les lieux du marbre et d'autres matériaux, qiii devaient servir à le réparer. Deux temples magnifiques s'élèvent dans le forum, l'un dédié à Jupiter, l'autre à Yénus; en face d'eux était le rostrum^ espèce de chaire , d'où les orateurs parlaient au peuple : elle était haute de six pieds, bâtie en briques, et l'on y montait par quelques marches.' I^es plus grandes rues n'avaient, pas plus de vingt-deux ou vingtquatre pieds de large , et si l'on en déduit cinq à six pieds de trottoirs de chaque coté, il ne restait pour les voitures qu environ douze pieds ; mais comme l'espace entre les roues, indiqiié par les ornières qu'on voit creusées dans le pavé, n'était que de trois pieds , il y avait place de reste. Les plus belles maisons de Pompeia n'avaient'
point de fenêtres sur la rue, et ne recevaient Tair et la lumière que d'une ou de deux cours intérieures. Ije mur extérieur était flanqué de petites botitiques, dont le loyer rapportait beaucoup au propriétaire. L'aristocratie et le peuple se trouvaient ainsi établis dos à dos , quoique soigneusement séparés les uns des autres par un gros mur. Une belle porte sur la rue (j}rothjrrum) donnait accès dans la maison qui avait, comme chez^ nous, sa loge de portier (cella ostiarii) où Ton tenait d'un côté un gros chien à la chaîne, et de l'autre, un «sclave également enchaîné. M. Mazois, dans Tou* vrage cité plus haut, donne beaucoup dedétaiissur la distribution intérieure de ces maisons. La cour ou les cours, pavées de marbre ou de mosaïques, étaient entourées d'un toit en saillie, supporté par des colonnes : point de planchers de bois , point de cheminées, point de fenêtres aux chambres, ni d'autre jour que la porte (i). Une
(i) Toutes les maisons romaines un peu considérables étaient composées du vestibule, de Tatrium, du cavsedlum, c'est-à-dire, i^ de l'espace on portique devant la porte, où le patricien recevait le matin ses clients; aVde la grande salle, autour de laquelle les chambres à coucher àes maîtres et des domestiques étaient dbtribuées, et qui probablement était édairce d'en haut par le toit; 3° de la gi'ande cour avec un tivant-toit soutenu par des colonnes , sous lequel s'ouvraient les principales chambres , comme la chambre à manger , la f)ibliothéque , etc. Au centre de la cour était souvent une iaoXkmef et toujours un égout pour l'écpuleinent de l'eau de
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de ces maisons avait un petit jardin, où Von trouva une table et des bancs de pierre , ou plutôt des lits {iricliniares) de trois cotés de la table, pour diner en plein air. Ces lit^ n'étaient pas horizontauic, mais inclinés de manière à ce que Textrémité la plus rapprochée de la table fût presque à son niveau.
Trois énormes jarres d'huile semblent avoir formé tout le fonds de boutique des épiciers de l'antiquité; il y avait beaucoup de pâtissiers, de Tendeurs de lait (on reconnaît ceux-ci à la chèvre peinte sur le mur), mais un plus grand nombre encore de vendeurs de liqueurs fortes ( thermo-
pluie tombant du toit. \ Pompeia , on ne trouve presque nulle part de fenêtres ; la porte en tenait lieu : il est d'ailleurs probable que les maisons n'avaient qu'un étage y et qu'elles étaient éclairées par le toit; mais à Rome y oh les maisons épient profligieusei^ent élevées (elles fuveut^ sops Auguste, ]iraitéjes à soixante-<ii|L pieds), elles avfiici^t néc^ssairepient des fenêtres. Au reste , Cicéron, Pline, Tibulle, et plusieurs patres , pad^nt de f^uétre^ i U ville ^( i U ca|i^p9gue. Qn a trpuvé du Yfirç^ ^n abpi«daiif:« i tifirqila^mit, et m^me du veire à vitrer i ainsi 9 iqs ^QQ^ajns avi^ie^it 4^ lenétrçs comme 1^ ^4lres, pi^i^ paj$ pf^riout Y ^Y^it-M cfcfi çtiefuin^es? c'est ce qui est bien plus incçrtaif) ; cependant ^prac^ p^r^f quelque part d*un bqu feu de bois, qui fiç pouvait se i^iired^us un apparteotent 6sm$ cheipinées. On n'en i^ poiut tro^Yé i Pompeia ni k Herputamw; vi^m le cliwa^ «Vint plHS dp^x qu'à Rpme, pn a'avail s^ns 4puIc ^V? ^^ l^rj^^ers dç ci^arbon comme à p^é^çiit. Plusieurs de ces brasi^tfs ont é(é ^oi}v^ à r^mpeia.
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pôles); on voit encore les taches bfUnes circulaires q(ie l€ft coupes des bnuliurs avaient laissées ser le marbre blanc du conoptoir. Parmi les bou* tiqac8 âe hoiiUnger^s» nous en remarquâmes une où à Tinstant ou désastre Ton tirait le pain du four; la moitié de la fournée y restait encore quand rîti£î»rtuné mitron fut obHgé de fnîr, abandonnant son pistrînimi , an risque d'avoir du pain trop cuit. Il est clair qu'on lisait peu Adam Smith dans ce tetnps-ià , et que le beau principe de la division chfi travail était mal apprécié ; car les difFérentes opérations, telles que celles de moudre le blé, de bluter hi farine , de pétrir et de cuire le pain , se faisaient fontes dans la boutique du boulanger; si bien que ses pralîques, qui vtînaient avec leur blé, s'en retournaient avec des petits pains chauds. On jetait te blé dans un moulin grossièrcment construit sur le même principe que nos moulins à café; c'était un cône solide renversé et totirtiant dans la cavité creusée pour recevoir; lé tout en basalte bien dur. Cette meule conique était mise en mouvement par des ânes et pardes esclaves de l'un ou l'autre sexe, b(Ueset gens excités du même fbuct: Ces femmes esclaves étaient de plus livi*ées pour de l'argent aux pratiques qui venaient faire faire leur pain: c'était le casuel du boulanger! Les pains, encore dans le four, ayant été réduits eu charbon, étaient devenus incorruptibles ; il en avait été ainsi du
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blé, qui ne présentait plus qu'une masse de petite grains noirsagglom^s en pelotons.Ces échoppes, adossées aux maisons des riches , formaient une grande partie de leurs revenus. Par un avis tracé sur le mur d'une maison de Pompeia, le public était averti que JuliaFelice^ fille de Spurius,avait àlouer pour le terme de cinq ans, neuf cents boutiques, un bain et un venerium. Cette dernière sorte d'établissement industriel , que la fille de Spurio» affichait ainsi publiquement , et que dans le langage débouté de ce terops-la elle appelait tout bonnement par son nom, constituait, après les thermopoles y la branche de commerce qui allait le mieux; et l'enseigne ordinaire peinte, mais plus souvent sculptée en relief au-dessus de la porte ^ en désignait énergiquement l'objet. J'ai une fois été témoin de l'extrême embarras où fut jetée toute une société par l'exclamation bien innocente d'une jeune personne, qui prit l'enseigne en question pour toute autre chose. Malheureusement l'anecdote ne saurait être racontée, même en latin. Les Romains aimaient les représentations caractéristiques; aussi voit-on peints sur les murs des cuisines, du poisson, du gibier, des pièces de boucherie : j'y ai même vu un sanglier tout entier, prêt à être mis à la broche. Les cabarets sont également ornés de représentations, en rouge et noir , de combats de gladiateurs. Une boutique d'apothicaire^ assez mesquine d'ailleurs, avait pour
enseigne un beau et grand serpent mordant une pomme. Les meilleures de ces peintures, toutes sur fond rouge , ont été enlevées avec une tranche de la muraille et placées au musée , pro* cédé imité des anciens comme il le paraîtrait par les deux fresques découvertes à Pompeia, qui avaient été séparées de la muraille pour être transportées ailleurs. On a aussi fait la découverte intéressante de plusieurs instruments de chirurgie , chez un professeur de l'art; ils étaient au nombre de plus de quarante et tous de bronze. Un certain Âlbinus, dont le nom est inscrit sur la mai* son qu'il habitait, avait sur sa porte Timage en relief du dieu des jardins; mais, honni soit qui mal xpense^ Thonnéte Albinus n'était qu'un orfèvre, fabricateur spécial de ces images que les dames romaines portaient sur elles, soit p^r manière d'ornement , soit comme préservatif contre certains charmes ou certaines maladies. Il y avait des cadrans solaires, où la même image servait de style ou d'aiguille. C'étaient de singulières geQS que ces anciens, et les Romains surtout; leur caractère ofïre un inconcevable mélange d'innocence et de corruption , * de grossièreté et de raffinement , de grandeur et de bassesse, de sagesse et d'absurdité, dans lequel les mauvaises qualités semblent l'avoir emporté sur les bonnes, plus encore que parmi nous autres modernes. Ils doivent la moitié de leur réputa-
tion à rétat de barbarie où leurs contemporains étaient plongés, aux profondes ténèbres qui régnaient partout hors d^ Rome et de la Grèce , et qui, après la chute de l'erapire, s'étendirent sur toute la terre. Si nous pouvions converser avec les habitants de Pompeia, atesi que no«sle faisons avec ceux de Canton «t de Pékin , et si nous étions à même de comparer nos remarques avec ce que nous lisons dans les auteurs clas*^ siques^ comme nous comparons les ChiDOÎs avec ce que Marco Polo et les missionnaires nous en disent , j'imagine que les Romains ne soutietH draient pas mieux leur réputation , que les Chinois n'ont soutenu la leur. Pompeia était un port de mer , et le terrain vers ce port formait tm talus rapide couvert de magasins publics. L'ou voit encore les piliers en pierre et les anneaux de fer auxquels les bâtiments étaient amarrés; mais la n>er elle-même a disparu , remplacée par une plaine de cendres volcaniques, couverte de la plus brillante végétation.
Les gens qui travaillent à déblayer l'antique cité, ne se servent ni de charrettes ni de brouettes, mais transportent la terre sur leur tétc, dans des paniers; et les femmes, tout aussi étrangères que les hommes aux perfectionnements modernes, ignorent jusqu'à l'usage du rouet, et en sont encore à la quenouille et au fuseau. L'on voit chaque nuitin entrer à Naples une file de misérables ânes
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et chevaux» chaque béte acçoifipagaée de spii conducteur, et portant au marclié une petite charge de fagots* Un bon cheval, attelé à un char, traiterait ^ lui seul tous les* fagots et tous le^ ânes ; et c'est ainsi que ce peuple reste pauvre en travaillait beaucoup, parce que ce travail, mal dirigé et san$ résultat prpportionn^.i ^i en con« séquence mal payé.
Sur toute la distance du Largo di Ckistelloj au c(între de ^^faples, jusqu'à^ Pompeia (douze milles) , les maisons se touchant à*peu*près : ç'e^t oqe rue, A moitié chemin se (fouve le palais de Por-» tici , hâti sur la lave même qui recouvre Hercu^ fanwn. dont la situation et le nom même étaient oMbliés, lorsque, vers l'an 1G89, ^^* ouvriers, creusant un puits dans le village de fiesincij près, de Port ici, trouvèrent, à la profondeur de soixante» cinq pieds, des inscriptions et d'autres objets, ' dout la découverte conduisit à celle de la ville Hlit^ue. £n 17^0, on essaya de fouiller; mais quelques années s'écoulèrent avant que l'ouvrage fut entrepris sur un plan régulier, par les ordres de Charles III. Par une singulièire bizarrerie, ce monarque ajouta aux difficultés qu'opposent à l'entreprise des maisons sous lesquelles ii est dangereux d'exç^ver, en bâtissant lui*méme un palais magnifique. A chaque éi^iption, les mai* sons, propres et bien bâties en général, qui se trouvent au nied du Vésuve, sont exposées aui^
!a4 ' HERCITLANUAI.
plus grands dangers. En décembre i63i, Torre del Greco fut engloutie, avec la plupart de ses habitants, par des torrents d'eau bouillante ainsi que de lave, qui étendirent leurs ravages jusqu^à Naples, et y firent périr trois mille personnes. Les éruptions de 1767 et de 1794 ^^ furent pas moins fatales; mais les maisons détruites ont été chaque fois rebâties à la même place et avec la lave même qui les avait renversées : la route a été rétablie à force de travail , en enlevant la lave. Cette route présente maintenant, de chaque côté, un mur perpendiculaire de roc grisâtre, très- dur, qui ressemblerait au basalte sans les couches de scorie que Ton ne rencontre pas d^ns celui-ci. Quelques maisons de campagne, dont les portes et fenêtres ont été consumées par la chaleur de la lave environnante, restent encore debout, les murs ayant résisté à sa pression. Torre del Greco est de nouveau peuplée de quinze mille habitants. L'on descend dans ce qui peut s'appeler le tombeau d^ Herculanwn par un long escalier moderne taillé dans la lave; et à la lueur d'une chandelle dont chaque curieux est muni, il aperçoit d'abord les gradins d'un théâtre bâti de lave, mais de lave tellement antique , que les Romains ne conservaient aucune tradition relative à son origine. Il ne paraît pas qu'ils sussent que le Vésuve avait été un volcan. Ces gradins, comme ceux du théâtre de Pompée, ont trois pieds de
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krge sur quatorze pouces de haut, et forment un demi-cercle dont la scène occupe le diamètre, qui a cent quatre-vingt-quinze pieds; mais cette scène n'est proprement qu'une tribune sans profondeur. L'on voit de chaque côté les piédestaux des deux st<itues équestres que nous avions ad-* mirées au studio de Naples, et les noms des Balbi s'y trouvent gravés. Nous fumes extrêmement frappés de voir une figure humaine cs^actement moulée dans la lave, mais c'est un visage de bronze qui y a ainsi laissé son empreinte; la chair aurait été un cachet trop peu solide. L'on dit que Hercutanum fut d'abord , comme Pompeia, ensevelie sous des cendrés par-dessus lesquelles la lave coula plus tard; cependant nous avons trouvé la lave partout en contact immédiat avec les ruines; mais comme, loin d'adhérer, elle laisse au contraire un petit intervalle, on en sépare aisément les marbres ou autres objets qu'elle enveloppe. I^es fouilles firent découvrir une ville entière , dont les rues étaient pavées de lave. Quelques maisons poitaient des fenêtres vitrées; d'autres fenêtres avaient des feuilles de talc. Cette ville, beaucoup plus belle que Pompeia, renfermait des temples, des palais, des statues magnifiques ; et c'est ici, et non à Pompeia , que les manuscrits ont été trouvés. Réduits à l'état de charbon sous la lave , ils ont pu se conserver; tandis que, sous les cendres humides