PORTICI
de Pompeia, il y a eu dissolution complète, (i) Des instruments d'art de loute espèce et potrr tous les métiers, desmeubks, des objetsde luxe sans nombre, trouvés ici, nons ont mieux fait connaître la manière de vivre des anciens et mieux juger (le leur intérieur. TcMfles ces choses oofc été déposées au studiOy et les galeries souterraines bien m(rlbeureitsement comblées, par je ne sais quelle crainte mal fondée, pour la sûreté des maisons situées aa-dessus. Maintenant , Ton ne voit plus que le théâtre dont j'ai déjà parlé. Le peuple dlferculanum était au s|)ectacle lors db la première et terrible explosion du volcan; il en périt un plus grand nombre qu'à Pompeia.
•Le palais royal de Portici est dangereusement placé sur une coulée d'ancienne lave, et traversé pur la grande route qui est un fléau de tous les jours. Du reste, il est bien distribué et avait été meublé avec élégance par Murât. Les jardins, qui s'étendent jusqu'à la mer, ont même dans leur composition un peu plus de verdvtt^e et un peu moins de maçonnerie, qu'il n'est d'usage dans les jardins italiens. A côté du palais se trouve le dépôt de toutes les fresques enlevées d'IIerculanum ^ de Pompeia et de Stabîa.
(i) La bibliothèque d'Herculanum , où tous les manuscHts que Ton est occupé actuellement à dérouler ont été trouvés i était si petite , qu'en étendant les bras on toucUait les xttors G|ipofcés.
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Je m'attendais à y voir les objets et les personnages, rangés sur lainéme ligne comme dans les bas • reliefs, et à y remarquer une absence to* taie de perspective; mois il n en fut pas ainsi. Les figures étaient bien dessinées , bien groupées, et montraient une connaissance exacte des formes humai^ies. Les paysages ne manquaient ni de goût ni de liberté, et avaient du naturel ; en un mot « ils possédaient tout ce qui manque aux jardins de l'antiquité. Tous ces trésors vont être transportés à Naples, pour être mis à l'abri d'une nouvelle inhumation.
Comme nous revenions chez nous, après une journée bien employée, eu passant le long du port et du marché au poisson , lieux fréquentés par la populace de Naples, nous vîmes un personnage qui, monté sur un banc, haranguait la foule, et que nous prîmes pour im chai4atan débitant son baume ; mais l'orateur en guenille^ était un poète, racontant avec enthousiasme l'histoire de Rinaldo et Armida. Ce héros est ici une sorte de dieu mythologique de la canaille et le sujet perpétuel des improvisateurs, qui brodent sans scrupule le fond que le Tasse leur a fourni , si toutefois ce n'est pas chez eux que le Tasse a puisé ; et lorsqu après avoir chanté plusieurs heures, l'improvisateur est obligé d'ajourner au lendemain la fm de son histoire , s'il arrive qu'il ait laibâé son héros dans l'embarras, trahi , blessé
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et sans vengeance , les auditeurs s'en retournent de si mauvaise hunieur cbe2 eux, qu'ils battent leurs femmes.
J'ai oublié de parler de la famille royale dçs illégitimes, qui sont encore à leur place dans le palais de Portici. Napoléon s'y trouve en jupon de satin blanc , costume obligé , à ce qu'il semble, de son rôle d'empereur. Murât, près de lui, ressemble à un écuyer du cirque de Franconi. La femme et les enfants de Joseph ont l'air vulgaire. Enfin de toute la famille , Madame mère est la seule qui fasse bonne figure; et c'est même le seul bon tableau , quoique tous soient de Gérard.
Samedi 1 1 am/. —Étant partis ce matin pour visiter le cratère du Vésuve, nous nous sommes arrêtés un moment à Portici pour voir le palais; pendant ce temps la cour s'est remplie d'ânes et de leurs conducteurs, chacun d'eux offrant ses services avec de tels cris et une telle confusion que le choix était impossible. Ta sentinelle in« terposant son autorité pour faire évacuer la place s'est mise à taper sans cérémonie avec son fusil sur bétes et gens , tandis que notre valet de place en faisait autant avec sa canne. Rien ne saurait égaler le mépris que montrent ici, pour le bas peuple, tous ceux qui s'imaginent être un peu au-dessus de lui. Nous fîmes au hasard notre choix de montures et de conducteurs; et un homme, vêtu d'une espèce d'uniforme , se présentant à
nt>us sous le nom bien connu du guide Raymond , nous rengageâmes pour la journée; mais je ne sais comment il nous mit entre les mains d'un autre. Cinq guides , ou conducteurs d*ânes , nous suivaient ; on arvait beau leur dire que Ton n'avait pas besoin de tant de monde, et qu'ils ne seraient pas payés de leurs peines, leur sourire annonçait qu'ils n'en croyaient rien , et, comme les mendiants, ils comptaient l'emporter par leur persévé* rance; en effet , ils trouvèrent moyen de se faire payer, au retour, plus même que le prix ordinaire, et ne nous poursuivirent pas moins de leurs cris et de leurs lamentations pour avoir davantage encore. Ces circonstances ne méritei^ient certainement pas d'être rapportées, si elles ne servaient à donner quelque idée des mœurs de cette population affamée et avilie , par la raison qti'etle est trop nombreuse et que le rapport entre le travail à faire et le nombre des travailleurs est tellement disproportionné, qu'il y a toujours cinq ou six aspirants pour tel emploi qu'un seul individu eût aisément rempli. De là i*ésulte d'abord l'habitudede roisiveté,et enstiitela nécessité de tromper pour obtenir plus que le salaire du travail, nécessité provenant du temps perdu à ne rien faire; de là enfin résultent toutes les passions haineuses et jalouses entre individus qui se disputent des moyens d'existence si précaireô. Nous sommes partis de Portici à dix heures ,
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montant par nne pente assez douce , au miliea de chanips cultivés et de beaux vignobles traversés de loin en loin par des courants de lave
, plus ou moins anciens, noirs, raboteux et stériles; car il faut des siècles avant gu'il se forme sur sa surface, par la décoinposition de la lave ^ même assez de sol pour faire croître quelques brins d'herbe. A sept heures et demie nous atteignîmes le monastère où quelques moines pourvoient aux besoins des voyageurs qui s'y arrêtent^ en montant sur le Vésuve ou en en descendant. Deux ou trois beaux arbres ombragent ce lieu, et ce sont les derniers que l'on rencontre. Après ime demi - heure de repos , nous continuâmes notre marche le long d'une sorte de chaussée naturelle qui divise les courants de lave, et d'où Ton peut les voir quelquefois descendre de chaque côté. Plus haut nous en traversâmes un grand nonolbre formant ensemble une sorte de plaine très-raboteuse , où les ânes montraient une adresse singulière à éviter les mauvais pas. Dans les endroits les plus rapides , lieurs conducteurs paresseux prenaient sans pitié la queue de ces pauvres animaux , qui avaient alprs à traîner et à porter en même temps. Ils ré-
. pondaient a nos plaintes d'un air de surprise : E mio ysignorel (EU! mais, monsieur, la bète est à inoi ! ) et ne semblaient pas comprendre que les sf;ryiçG:^|^<4 ranimai n'appartenai^jatplus à sou
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lostître, pendant qu'il les louait. Quant à r«r«gument d'inhuin^ité, il i^asaait leur portée. Une deipi- heure de chemin nou^ conduisit^ au pied du conet lequel âait composé de cendi^es oii plutôt de sable volcanique , formant un angle de prèsi de 45% c'est*à-dire , aussi rajHde que pos6ibIe; heureusement qu^uu courant cle lave, élevé de quelques pieds au -^ dessus de ce sable niouvaut, nous servait d'échelle. Â Taide des inaius autant que des pieds, et dans une heure à*peu*près, ea y comprenant quei<ques in ter* Vallès da repos et d'adiniratioR^ nou^ arriv^^mes dani( un ei^droit oà la chaleur du sol , ou phitôt de la croûte volcanique se faisait sentir sous nos pieds. Des vapeurs brûlantes sortaient d'un grand nombre de petites crevasses^ dont les parois étaient couvertes de soufre en cfflorescenceç du papier, le bout d'un bâton y prenaient feu , et en approchant Toreille, l'on entendait un bri^lti semblable à- celui d'un fluide en ébullition-: tout annonçait que nous nous* trouvions sur up^ aorte de croûte assez mince, idée qui don*n^it; matière à de séritHisqs réflexions. Quelques paS: de. plua nous, firent) arj'iver.sur lie bord dit cratère meo^e, fermé par l'éruption de^ l'hiver derjnieri.Ce n'était pointau reiteTabîme effi^ayant que r}pu$t nou^ étjons. représenté , sans^foiul*, sai)& ri v^S:, où «mitonnait lai lavQ en^ fusion*; tiftaië toMt sipiplemevit.Hn creusa circulaire e^ eiil
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noir de quatre ou cinq cents pî-îds de profondeur, dont la pente était couverte de cendresgraveleuses , comme celle au travers de laquelle nous étions montés, et dont le fond présentait une surface horizontale de peu d'étendue et de même nature que le reste. Nous fîmes le tour du bord étroit dont la circonférence avait près d'une demi-lieue, ayant à droite et à gauche, une pente qu en poésie on aurait fort bien pu quantifier de précipice. D'une hauteur de trois mille huit cents pieds, la vue planait sur la mer et ses populeux rivages j et sur une grande partie du royaume de Naples. Sous nos pieds étaient les villes et villages modernes, qui se sont élevé» sur les ruines des cités antiques ensevelies sous" les matières volcaniques qu'a vomies le cratère»,, sur le bord duquel nous marchions; il semblait que d'un coup de pied nous aurions pu faire* tomber assez de cendres , de scories et de frag-* ments de lave , pour les ensevelir à leur tour. Leur effrayante proximité du volcan semblait ne' leur laisser aucune chance de salut. T^e cap Misènev au-delà de la baie de Naples , à douze ou quinze milles de distance, en ligne directe, paraissait être à une portée de fusil. C'était là que se trouvait Pline l'ancien avec la flotte romaine sous* son commandement, lors de la première éruptioa du Vésuve , l'an 79 de notre ère. Montant un bàtiment légisr, il traversa la baie, et se fit débar*