‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 84 sur 99 · II · texte numérisé non relu

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moins senti? Il y en a une pourtant établie dans VAlbergo dei poveri ou serragUoy et nous y avons trouvé 4oo jeunes garçons de huit à dix ans» qui, pour des Napolitains, n'étaient pas trèssales ni très -déguenillés. Un grand nombre d'entre eux avait mal aux yeux, car c'est une infirmité fort commune à Naples. I^e directeur, sachant que nous avions vu de ces écoles dans divers pays,, nous pria de dire franchement ce que nous pensions de celle-ci. Désii*ant répondre au bon esprit que montrait celte demande, nous lui fîmes observer que les moniteurs ne faisaient pas, de la baguette qu'ilsavaient à la main, le seul usage auquel elle était destinée, celui de mieux indiquer les fautes et non de les punir par des coups: nous désapprouvâmes aussi l'usage de relever ces fautes par des injures et surtout par des railleries. Cet établissement, encore dans son enfance, peut produire un bien immense, et les élèves ont déjà fait des progrès marqués dans la , lecture et Tccriture; mais nous ffimes fâchés de voir quelques-uns d'entre eux mendier. Telle est la force de l'habitude, que je n'aurais pas été surpris, si nous eussions perdu nos mouchoirs au milieu d'eux. On dit que le roi s'intéresse à cet établissement. Il y a, sous le même toit, une autre institution primaire où l'on enseigne à un grand nombre d'enfants l'art dje travailler le corail. Je ne sai^ s'ils peuvent ensuite trouver tous de

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Toccupalion dans cet art; mais au moins rétablissement les tire de la rue et les soustrait à l'exemple de tous les vices qu'ils y auraient reçus. Le dernier gouvernement votilait établir des maisons d'éducation pour les jeunes fitles; et quoique l'éducation domestique soit la seule qui convienne aux femmes, encore faut-il, pour que les mères puissent élever leurs filles, qu'elles aient été élevées elles-mêmes. ANaples, il faut bien commencer par celles qui deviendront mères un jour, puisque les mère& d'à présent sont incurables.

Les femmes au-dessus du commun ne vont pas à pied, et celles qui ne sauraient faire la dépense d*une voiture , sont condamnées par la coutume à un emprisonnement perpétuel; elles vont seulement à l'église suivies de quelque pauvre hère qui joue le laquais, affublé de l'antique livrée, et portant le coussin et les heures, sous sou bras. Les maris, dit-on, endossent quelquefois cette livrée, se flattant de n'ctre pas reconnus, et sacrifient ainsi, par économie, leur orgueil à leur vanité. Les maisons sont cour vertes d'un toit plat, sorte de terrasse, ornée de plantes et d'ai'brisseaux où les femmes vont prendre l'air. Leur esprit sans culture ne nourrit d'autre idée que celle de se procurer un amant^ et les contes de Boccacio et de Iax Fontaine donnent une idée assez juste de leur^

inçeprs.

i4d cjLsmu.

Le théâtre de Saint-Charles , rebâti depuis son incendie, le plus beau peut-être de l'Europe, quoique trop élevé, est certainement le plus élégant et le roieux tenu. La couleur des loges est gris et or; les placeâ du parterre, numérotées et séparées par des bras en forme de fauteuil, sont louées d'avance de même que celles des loges; mais ici, comme partout en Italie, le bruit empêche la musiqtre.

La ville a une forte garnison qui n'est certainement pas destinée à la défendre contre un ennemi extérîenr. Ces troupes bien tenues ont Tuir de vieilles moustaches, et Ton a peine à croire que ce soient les mêmes hommes qui, opposés aux Autrichiens, ont en dernier lieu pris la fuite lorsqu'ils étaient deux contre un , ou Jorsqu'autrefoîs, vis-à-vis les Français, ifs étaient quatre contre tin.

Le palais-royal de Caserta^ à dix-huit milles de Naples , est situé au milieu d'une vaste et feitile plaine , dont Tair n*est pas fort safubre. C'est im immense corps de bâtiment carré , d'une architecture pesante. Le portique qui divise l'intérieur en quatre cours est magnifique, ainsi que je grand escalier ^ mais les appartements sont mal en ordre et dévastés. Les tableaux représentent des chasses royales avec toutes les circonstances qui les accompagnent, surtout la dernière, celle du carnage; d'énormes tas de

langUers , de cerfs, de daim$ dans toutes les variétés imaginables de pose morte, ainsi que des milliers de lièvres, de lapins, d'oiseaux brochant sur le tout La grande chasse, surtout celle du sanglier , n'est au fond qu'une boucherie , et cette application des beaux-arts, qui la représente au naturel et même Texagère , plairait à un boucher tout comme à un prince (i) ; elle a dû plaire à Joachim Murât non moins qu*à ses légitimes prédécesseurs et successeurs. Le pré^ tendu jardin anglais , qui est bien plutôt hollandais, se compose de longues allées parallèles à un canal dont les eaux sont amenées de la distance de quinze à vingt milles, par un aqueduc à trois étages qui , dans quelques endroits , a deux cent cinquante pieds de haut et dans d'autres passe sous terre. L'effet, produit par des moyens aussi magnifiques, est cependant bien peu de chose. Cette énorme maison de chasse fut, je crois, bâtie par le père de sa majesté actuelle, qui avait déjà construit deux autres palais. Tout cela semble hors de proportion avec les moyens d'un royaume, dont la population se compose, ^n bonne partie, de mendiants; ils fourmillaient autour de Caserta.

Un napolitain de notre connaissance qui nous avait accompagnés à Caser ta ^ voulut bien aussi

(i) Bien de oommiin entre ]« sabreqr Murât et nn boncher.

Qous conduire chez 4es reljgîeqses dont la supé* rieure était ^a proche parente. Ce» saintes fille» I30US reçurent avec autant d'hospitalité qp'U était eq leur poqvoir de le faire, et, par un procédé ingénieux, nous firent din^r à leur table , qui était mise sur le seuil de la porte du réfectoire: nous occupions le côté extérieur rt la cominiv pauté l'intérieur. Pendant le dîner, qui fut assaisonné d'qgréabhs propos f il y avait à quelque» pas de noMs i|ne vingtaine de misérables créatures, la maladie et la faim peinte^ sur le visage^ qui dévoraient d^s yeux tout ce que nous mangions. Je crois voir encore un jeune garçon de quatorze ou quinze ans, maigre à faire peur et n'ayant sur lui que les Is^mbestux d^une chemise^ ainsi qu'un enfant à la mamelle, dont la chair ayait la couleur et la consistance du heurre frais; ses yeu^ occupaient la moitié de son yis9^e; de temps en temps on leur jetait, comme aux chiens, des assiettées de restes, objets de leurs jalousies mutuelles, et qu'ils dévoraient en grondafiit. L'on a peine à cqroprepdi^P que la fièvre et la faipi se tçuuv(;ot ainsi |e j>artage d'un pays fertile et saîDi car ce cpqvent est situé au-dessus de la région insalubre ; et on le comprend d'autant moins que les paysa^is sont en général propriétaires du champ qu'ils cultivent. Sur les cotes de l'Adriatique, la teiTc est cultivée par des compagnies de laboureurs qui, dans la saison y viennent des nnontagnes

pozz\:mJô. 1 f> I

de la Calabre et s'en retournent au plus vile, i PipirtoTit aitienrft le sol est divisé en petite?^ fermes louées pour des termes assez courts ; mais les reïatiôns entre le propriétaire et le fermier aont en général libérales et bienveillantes. Le priit des terres est estimé au denier vingt ou vingt-cinq.

Le Pansilipe est un promontoire élevé qui &é* pare ia ville de Napies de cette région poétique dû feu 6t du soufre à qui leâ anciens donnaient les noms significatifs de Forum Fulcani y Campi,^ Phlegrei, à'jii^emc, d^Jchéron, de CkmnpS'Ely* séess et où des indices notnbreut voiis avertissent encore que le sol que nous fouloris renferme des élémerfts de destruction. La grande route est tin<!! galerie souterraine, taillée dans te tuf volca* nique, appelée Grotte de Pozzuofo; elle a un mille de longueur^ et c'est probablement Touvragè de celte espèce le plus ancien qiiî existe. Sirabon et Sénèqne qui eh parlent n'en savaient 1^8 plus que tioth sur son origine. Deux fois Tan, en octobre et en février, les derniers rayons du soleil traversent cette longue galerie qui est assez large pour que trois voitures y passent de front. De cet antique passage au cap de Misène, tonte hr côte, qui a cinq ou six milles de longueur, esf parsemée de ruines; ce sont des temples, des bains, rfes maisons de campagne, des théâtres ,' des amphithéârres, comme le Colisée;

1 5a tàzzvàto.

des môles ou jetées pour abriter les vaisséaoX et des fanaux pour tes guider. Ces constructions y I toutes antiques , s'étendent dans quelques endroits jusque sous l'eau et même à une grande profondeur, aussi loin que l'œil peut pénétrer. La 'ville de Pozzuolo qui, sous les empereurs, était un lieu de délices, prise d'assaut et ravagée par le fer, dans les cinquième, sixième et hui* tième siècles , fut à la fin renversée de Ibnd cb comble par ks tremblements de terre et les érup« tions volcaniques qui eurent liefu aux quinzième et seizième siècles. Elle a d'un côté la solfcUara et le Monte nuouo de l'autre. Ce Monte nuovo est une petite montagne de forme conique entière^ ment composée de substances volcaniques^ On la vit s'élever lout-à-coup du fond du lac Lucrino^ le 3o septembre i536. La terre tremblait avec violence, et il en sortait des flammes par des crevasses et des ouvertures dans l'une desquelles b ville de Triperojola fut engloutie, ainsi que plu» sieurs villages voisins avec leurs habitants. La ro^ roulant impétueusemefH sur la terre , emporta tout en se retirant.. LrC lac Lucrino était sous les Romains un port de mer dont le fanal est encore debout, et l'on y trouvait alors d'excellentes huîtres vertes; mais il est devenu un marais pefr* tilentiel, rempli de joncs très-élevés. Le lac As^erno , de l'autre côté de Monte nuovo , évidemment le cratère d'un volcan éteint , était du

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temps (le Stràbon enveloppé de forêts , et il en sortait des vapeurs soufrées , fatales aux oiseaux i]ui le traversaient. A présent il n*y à ni forets ni vapeurs soufrées, et les bords du lac sont arides et nus. Nous y vîmes Fantre de la Sibylle et le passage souterrain qui conduisait aui étnves , sources d'eau soufrée et très-chaude. Les amateurs s'y font transporter sur le dos de leur guide ; on y étouffe de chaleur.

Le temple de Sérapis , près de Pozzuolo^ offre un fait très-singulier à la curiosité du géologue. Ce temple situé sur le bordde la mer , et dont la base est à dix pieds au-dessus de son niveau, fut, à une époque inconnue, enseveli sous un déluge de cendres volcaniques comme Pompeia, et seulement trois de ses colonnes restèrent debout, la moitié de leur hauteur s'élevant audessus des cendres. Ces cendres furent déblavées il y a soixante ans, et à la profondeur de quinze pieds on découvrit le pavé du temple, divers vases et instruments de sacrifice, des anneaux de bronze auxquels on attachait les victimes, enfin des statues brisées et des tronçons de colonnes; mais ce qui est extrêmement remar- • quable, c'est que les trois colonnes encore debout se sont trouvées percées tout à l'entour de trous de pholades (i), depuis les cendres jusqu'à

(j) Ce n'est point par un procéda mécanique que les pho*

/ I S4 Pozzuoto.

U|i certain niveau élevé de cinq ou six pieds « tandis qu au^lessus elles étaient encore intactes, m La grandeur des trous de pholades et de leurs coquilles 9 qui en occupent encore rintérieur, font voir que ces pholades ne devaient pas avoir moins de cinquante ans. A côté des trois colonnes, ou remarquait un tronçon de colonne de huit à dix pieds de longueur , couché sur les cendres et percé de trous de pholades sur toute sa surface , si Ton en excepte la partie qui reposait sur les cendres et que les pholades nV vaient pu atteindre. On ne saurait douter que la partie des colonnes ainsi percée n'ait été couverte des eaux de la mer pendant un grand nombre d'années, ce qui suppose que la mer s'est élevée de vingt-cinq pieds au-dessus de son niveau actuel, ou que le temple s'est abaissé avec le sol sur lequel il repose. Or ce temple a été construit environ un siècle avant notre ère; et si la mer s'était élevée de vingt-huit pieds , dans

Uûeê (p^til pdissoii à ooquîlle) pétmeiit lés pi«)?res calcaires, &'iiy4Rt ancua or^nt pmpre pour et U « mais pur un procédé cliiml({uey au niOj«n à'pn acide qu'ils e:(sucleqt. D'aiitres poissons à coquille y communs dans la Méditerranée ( scrpules)) possèdent fa même propriété. Quelques lichens, à ce quW croit, sont pourvus par la nature du même Inoyeiide feire dans les rockers calcaires des cavtîés oà leurs racines pcrisséfit s« loger. Les pierre» eal&iires de b baie de Naple^ sont pleines de petites cavités, où les coquilles de pholades se trouvent ordînAÎremeat.

rintenralie qui s'est écoulé depuis ce temps jusqu'à nos jours, ce phénomène qui aurait été fatal à une multitude de ailles maritimes, non^ seulement sur les côtes de la Méditerranée, mais sur celles de l'Océan, n'aurait pu rester ignoré. D*un autre côté, Ton sait qu'aux quinzième et seizième siècles , la côte de Baia fut exposée à de grands bouleversements volcaniques , et les mines que l'on voit dans les eaux prouvent que la terre s'est affaissée dans certains endroits. Ce phénomène a donc pu avoir lieu à Tégard du temple de Sérapis. II est vrai qu'il a fallu q^i'ensuite le sol se relevât après s'être affidssé pendant un demi -siècle; mais ce phénomène n'est pas plus impossible que l'autre, et l'on a vu des îles s'élever du. fond de la mer, airisi que s'affaisser, dans le voisinage des volcans. Enfin de deux difficultés choisissant la moindre, je supposerais que c'est la terre qui a momentanément changé m niveau, plutôt que la mer.

Un voyagenr xjuî visiterait Baia avec des rémittiscentes classiques sur les beautés du pays, ae trouverait étrangement désappointé , car Taspect en e^t maintenant aride et désolé; tout y porte les marques du feu et tles tremblements de terre, et qnoiqoe la vue de la baie de Naplès soit toujours la même, les beautés locales n'existent plus^

S5 baÎ\1

C'est à Pozzuolo que Caligiila construisît é3 pont de bateaux, couvert de terre, et pavé comme une grande route, qui traversait la mer jusqu'au cap de Misène sût» Une longueur de trois 'milles éh ligne droite. Malbieureusement il ne se tiôya pas lors de sa marche triomphale sur ce pont 9 ou pendant ie festin bachique qu'il y fit, comme il afriva à quelques-uns de ses courti- !sans; mais c'est mal à propos que l'on a donné son liom aux douze à treize arches en pierre qui s'avancent dans la mer devant Pozzuolo y car elles étaient là plusieurs siècles avant que cet insensé montât sur le trône, et avaient été construites, non pour un pont, mais pour servir d'abri aux navires. On voit un autre ouvrage de cette espèce au nord de Pozzuolo devant Porto GiuUo; ce sont dès constructions sous-marines, qui font l'effet d'un rescif à fleur d'eau sur lequel la mer se brise souvent avec furie , et que les pécheurs appellent la piana ou la turnosa. Ces ouvrages • formaient un port artificiel dans la baie de Naples, beaucoup meilleur et plus grand que celui dont on fait usage à^présent.

La solfatara , située à cinq cents toises de Pdjbzuoloy est le cratère d'un volcan , situé en plaine contre Tusage ; non que les montagnes fassent les volcans, ce sont au contraire ceux-d qui élèvept leur montagne, comme les fourmis leur fourmilière, en rejetant au -dehors ce qu'elles

BAI A. l5'J

tirent du dedans. Cette soffatara n'est point un volcan éteint, il brûle toujours, mais sans éruption, au moins depuis Tannée 1 198, car il lança alors une grande quantité de cendres et d'autres nuitières, sous lesquelles plusieurs antiques édifices, placés dans le voisinage, furent ensevelis. Il y a maintenant une fabrique d'alun sur la croûte même qui recouvre l'orifice du cratère, et qui sonne creux sous vos pieds. Sur le couvercle de la chaudière volcanique qui bout encore à petit feu, et laisse échapper de la fumée et des étincelles visibles la nuit, le sol est blanc, il est doux au toucher, et l'on en tire, ontre l'alun , du sel ammoniac en abondance. Diverses sources d'eau thermale sortent de la terre dans les environs. Le couvent de Saint-Janvier s'élève au bas du cratère, et le pavé de la chapelle ainsi que Tautel lui-même, exhalent des vapeurs ^feiudes qui sèchent en un instant le linge qui yTfci^ exposé. Quoique destructives pour les vivants, elles ont la propriété de préserver les morts des atteintes de la corruption, et les anciens, gens bizarres à l'égard de leur sépulture, semblent avoir eu beaucoup de goût pour cette bouche de l'èpfer, autour de laquelle on trouve nombre de to^bibeaux ; ce sont de petits caveaux garnis de niches où les urnes cinéraires étaient placées. «

De l'île de Nisida, située à quatre ou cinq

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cents Uàsn iix cap de Misène, loa voit dun coup-d'oeil toutQ la baie; Naples et le Yésuveà l'autre extrémité y et wr le pr^mi^r plan Poj^r tuoio, le temple de Neptune, et une longue succession de ruines tout le long de la cote* L'Ue de Caprée, pittoresque sous tous les points de vue, se montrait vers la pleine osyer, et, sur to^te l'étendue de la baie , on voyait d'innombrables bateaux de pécheurs à la voile. À ilotre retour^ nous avons été visiter le lac AgnanQ qui , ainsi que tous les autres lacs, a été le cratère d'uA volcan; et sur ses tristes bpcds, est la célèbre grotta del Cane, où nous ne voulûmes pas voir répéter la vaine et cruelle expérience du pauvre chien qu'on asphyxie dix fois par jour pour Tamusement des badauds qui voyagent. I^a côte do Boïa peut certainepient être vue et revue plusieurs fois avec intérêt; mais il est diOQcile do croire qu'elle ait jamais pu offrir une retraite agréable, car les parties même qui n'ont pas. été bouleversées par des éruptions volcaniques sont ou arides ou marécageuses. La situation de Naples, entre.Baïa et le Vésuve , n'est certainement pas sans danger*

Ainsi que tous les^ouyeruements arbitraires , celui de Naples est extrémemeQt simple; la volonté du souverain ou de ses ministres décide de tout.Il est vrai que le Code français n'est ^int ab»rog4> et qu'il i^t cjaçore; rfogjie eotr^ partîçii*

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lîers (i), toutes les fois cjue les Juges le veulent bien ; car autrenient on ne saurait les forcer à s'y conformer. 11 y a dans le pays des classes aristocratiques de nobles et de riches, mais il n'y a point d'aristocratie constitutionnelle ni de corporations qui aient des droits politiques, point dfi magistrature indépendante, et le clergé luimême, pauvre, ignorant et servile, a fort peu d'influence. De légers obstacles, qu'autrefois la coutume opposait à certains abus , ayant été écartés par la révolution, il n'y a plus de remède à rien. La restauration a mis les baïonnettes apportées par Bonaparte ou ses lieutenants , entre les mains du gouvernement légitime, qui les gardera tant qu'il pourra.

Le roi n'a point de premier ministre, il est censé présider lui-même son conseil. Les projets de lois ou plutôt d'ordonnances, sont quelquefois soumis à un conseil de chancellerie , dont les membres se moquent eux-mêmes de leur propre nullité. Hors du conseil du roi , il n'y a aucun pouvoir indépendant, mais seulement des agents de l'autorité, tous destituables à volonté. L'organisation administrative est d'ailleurs la même qu'en France , aux noms près. Les juges, nom-

(i) 'Excepté y I* quant au divorce , qui n'est plus permis, et a* quant à l'ordre des successions » la moitié seulement des biens-juenbles et immeubles étant partagée également entre tous les enfants, ^^s et filles, sans dJ3tinctioi^.

i6o G0tJV£tl9RMKNT.

mes par le gouvyiiement , sont révocables à volonté pendant les trois premières années, après lesquelles il faut leur faire le semblant d'uii proces. Leur salaire , depuis le président de la cour suprême jusqu'aux juges d'arrondissement de troisième classe, varie de 4*000 ducats par an, à a4o (fr. 1 7,600 à fr. I ,o56) , sans casuel avoué. Il y a à Naples et dans les provinces continentales, deux cent soixante-dix juges, tant au civil quau criminel , outre un grand nombre de magistrats inférieurs ou juges de paix. Les juges sont ordinairement choisis parmi les jurisconsultes érai« nents , mais j'ai entendu parler de certaines fa« milles de robe, comme autrefois en France: les Serignanij les Laffredi^ etc., etc. Ce patrimoine du siège de la justice semble, au premier coupd'oeil, un monstrueux abus; cependant les anciens parlements , en France , étaient remplis de bons juges, dont Tinti^^grité était en général audessus de tout soupçon.

Tout homme , prévenu de crime , est censé devoir être mis en jugement aux assises les plus prochaines, mais il n'en est pas moins retenu eh prison indéfiniment, quelquefois pendant un grand nombre d'années ; et lorsqu'enfin on veut bien lui faire son procès , les témoins à charge et à décharge ne se retrouvant souvent plus , la première déposition écrite à charge seulement se trouve êtrela seule pièce au procès, et l'accusé est

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ainsi privé de ses moyens de défense : point de jury, point d'exposé public de la part-du juge« des motils de la sentence. Le roi fait grâce assez souvent lorsque le criminel a des amis; mais rarement par des motifs de justice. Le gouvernement restauré se croit libéral, parce qu'il a dégrevé les filles publiques et les maisons de jeu de la taxe que Murât leur avait imposée.

Pierre de Tolède, le premier vice-roi espagnol, voulait établir l'inquisition, mais il y eut une insurrection qui l'en empêcha; en Sicile, toutefois, elle fut établie et maintenue^ jusqu'à ce que l'illustre Caraccioli' l'abolit il y a quarante ^ns.

La police est meilleure depuis nue vingtaine d'années; on la compare même à celle de Paris; mais quoique aussi arbitraire et aussi vexatoire, elle est certainement moins efficace quant à la prévention des crimes. I>e préfet de police actuel est un bon et respectable magistrat, m<iis il. a de mauvais subalternes, et l'institution en général fait au moins autant de mal qu'elle en prévient.

Jje dénombrement exact, exécuté l'année dernière, donne cinq millions d'habitants au royaume de Naples , et l'on en suppose un million huit cent mille à la Sicile. Mais les morts ont en dernier lieu excédé les naissances , par suite de la grande disette.

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