‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 86 sur 99 · CHATEAUX · texte numérisé non relu

CHATEAUX

quelle pèse également sur tout le monde , w>^ blés et vilains. Ils n*ont point gagné an c^iange. Au reste , je dois le dire, ils n'avaient pas l'air beaucoup plus pauvres que dans bien des p&yis libres, et les mendiants n'étaient pas nombremc. On nous fit admirer un en&ntillâge qtd (je ftis un peu fôché de rapprendre) était de Finvention du respectable prince de Butera; c'était une chartreuse pour rire, dont les religieux étaient de cire; chaque cellule avait son chartreux de grandeur naturelle, et deux des révérends pères représentaient une paire d'amants infortunés, dont Voici l'histoire; Etant trop proches parents ils ne purent pas obtenir à Rome la permission de se marier, et les parents de la jeune personne la forcèrent à en épouser un autre. Lamant, au désespoir, se fit chartreux; l'amante devenue veuve bientôt après, trouva moyen d'entrer dans le même couvent, déguisée en homme, afin d'avoir la consolation <louloureUse de vivre sous le même toit que lui, quoique sans en être connue. La mort cependant vint mettre un terme à des maux sans remède, mais divulgua son secret; son amant la suivit bientôt dans la tombe. Je ne sais $î les visages de cire ressemblaietit à ceux de ces amants infortutiés, mais leur beauté était remarquable.

Nous visitâmes ensuite le château de Pala^ gonia, où l'on arrive entre deux files d^ statues.

LES CHATEAUX. I'j5

On dit qu'il y en a^milie représentant toutes sortes de monstres, teis qu'un ours avec une tète d'âne, jouant du violon; une dame à sa

■ toilette, qui a la tête et la queue d'un cheval, entourée d'admirateurs de son espèce, pourvus de membres qui ne leur appartiennent pas et même d'un plus grand nombre qu'il ne leur eh reviendrait; plusieurs têtes au même corps, plusieurs corps à la même tête, plusieurs tctes même à un seul cou; enfin tout ce qu'une imaginatitMi dérangée peut concevoir de ridicule et d'absurde. Les murs, les planchers, les plafonds de l'intérieur, incrustés de marbres variés, reproduisaient des conceptions également mons^^ trueuses; le tout entremêlé de grandes glaces qui multipliaient les objets à l'infini. Je me souviens aussi d'une représentation de l'adoration des Mages, où ces rois d'Orient paraissaient en habits de cotir français • de velours brodé en or.

• Le noble propriétaire paraissait jouir de l'héritage de monstres que ses ancêtres lui ont légués , et se complaire au milieu d'eux. Tous les jardins de ces châteaux et de quel<Jues autres que nous ruines voir, étaient comme on peut croire dans le bun vieux goût classique, préférable sans 'doute aux îiiiitations mn\ entendues de jardins anglais, qu'ici même on rencontre. Rien de plus beau, par exe>np!e, que l'antique avenue classique. Rien de plus ndicnle et de plus mauvais

ï'jè Les KofiLEàj

goût qu'une montagne ou des rockers faCticeSi Des sentiers qui serpentent sans motif et tous font faire la pirouette à chaque instant.

La petite plaine ou vallée de la Conca d'oro ^ derrière Palernie, est parsemée de villages , de fermes et de maisons de campagne, où les gens de la ville^ nobles ou roturiers, passent quelques semaines du printemps et de l'automne, c'està-dire le mois de mai et ceux de septembre et d'octobre, après les grandes pluies. En été, la campagne est tout-à-fait sèche et brûlée. Pendant que nous nous promenions avec le prince de T...,, les paysans l'abordaient avec respect et quelquefois lui baisaient la main; mais ensuite lui parlaient avec une sorte de liberté et même de familiarité. Quoique les droits féodaux n'existent plus, cependant, lorsque l'ancien seigneur est persounellement reconimandable, il parait que ceux qtii furent ses vassaux sont encore disposés à lui soumettre les différends qui surviennent entre eux , comme à une autorité légale. Lorsque nous nous séparâmes le soir du comte S...., qui nous reconduisit à Palerme^ it répondit , en riant, à quelques observations sur l'hospitalité sicilienne que "nous éprouvions : ff C'est la vertu des barbares ». Quelques-uns des nobles jouissent d'un revenu territorial de quatre-vingt mille onces, environ un million de francs, je croîs même qu'il y en a de plus riches*

LA PRISOX. 177

La légitiiïie des cadets est ordinairement de iàS à 40,000 livres dé rente. La piup<irt des filles ne st Aiarient pas, et en général en en fait des religieuses. Sous un gouvernement constitutionnel^ les princes siciliens auraient ïotmé comme en Angleterre lin corps politique, et leurs richesses (eur auraient donné une influence utile. A pré^ sent, celles né leur d^onnent que l'odieux pourvoir dé tout acheter et surtout la justice, dans i*in pays où tout est à vendre. Elles donnent en»- Core aux meilleurs d'entre eux le pouvoir, presque aussi fatal, de faire l'aumône aux mendiants, c'est-à-dire, d'augmenter leur nomhre.

Vis-à-vis notre hôtel, situé sur la Piazza JUa^ rina^ est une prison que l'on m*assure renfermera présent dix-sept cents prisonniers détenus pour délits de toute espèce , souvent depuis long-temps, quelques-uns depuis un granïl nombre d'années, dix ou même quinze ans, dans l'altente, non d'être jugés, mais detre mis dehors, à la fin, faute de place, comme cela arrive de temps à autre. La cause de leur détention, souvent peu importante, est oubliée; les témoins sont morts ou éloignés; personne ne poursuit: mais on garde toujours le prisonnier par insouciance, par manière de soin , et parce que cela repose la conscience de rautoritc , qui croit avoir fait preuve de vigilance en tenant les prisons bien pleines. Une épidémie emporta quatre-vingt-

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