II. ^ la
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deux prisonniei*s le mois passé, et l'on ne poorrait, sans risque, pénétrer dans l'intérieur de la prison; mais en eu faisant le tour, j'ai trouvé que rédifice avait deux cent vingt-cinq pieds de longueur sur cent cinquante de largeur, et trois étages : tout calculé, il y a strictement place pour les dix-sept cents prisonniers couchés les uns à côté des autres sur le plancher. Voici un exemple de la manière dont les prisons se remplissent ; je suis certaiis^ du fait. Deux hommes se querellaient dans la rue, armés de couteaux. Un passant, en cherchant à les séparer, fut poignardé; les meurtriers prirent la fuite; des sbirri survenant saisirent à l'aventure trois des spectateurs, et les conduisirent en prison. H s'est écoulé deux mois depuis cet événement; ils y sont encore; pas l'ombre de preuves contre eux, mais enfin ils étaient là; les preuves viendront peut-être , on ne se met pas en peine de les chercher ; pourquoi le feraiton? IjCS prévenus sont bien heureux qu'on les oublie; c'est merci que de les laisser vivre un peu plus long-temps, avant de les pendre; et c'est ainsi qu'ils pourront passer en prison la moitié de ce qu'il leur reste de vie.
ag avrîL — J'ai eu le plaisir de voir aujourd'hui il sig, commandante Poliy pour qui j'avais une lettre. Il fut autrefois gouverneur du prince héréditaire, dont ila toujogjrs la confiance; c'ast
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un homme iostruit, qui n'ignore pas les abus sous lesquels son pays gémit, surtout ceux du système judiciaire. }i reconnaît aussi la nécessité d'un meilleur système d'éducation , mais dit que Vécole normale établie à Palerme depuis l'année 1789, en imitation d'une institution allemande fondée par Marie-Thérèse, ressemble beaucoup à la méthode lancastrienne. £n sortant de chez M. Poli, j'ai été voir cette école, muni d'une lettre de sa part. J'y ai trouvé neuf cent quarante jeunes garçons de l'âge de six à quatorze ans, et onze mai« très qui leur enseignaient simultanément la le^^ ture, Técritiire et l'arithmétique par le moyen de tableaux. Ces maîtres tiennent lieu de moniteurs» mais d'une manière moins avantageuse et à plus grands frais : car les fonctions de moniteurs soBt aussi utiles à ceux qui les exercent qu'à ceux à l'égard de qui elles sont exercées ; et les onze maîtres, ainsi remplacés, auraient pu diriger onze écoles au lieu d'une (1). Les élèves étaient
(i) Un noble Sicilien sentant Tutilitë, en Sîcîlc, d'un élublissenient comme celui de M. de Fcîlenberg, à Hofwyl près de Berne I qaî fait de l'agriculture un moyen d'éducation, et dç i'<§di|cation un moyen de pcrfcctionaer ragilcolture, nie chargea de demander à M. de F.ellonbcrg la pennissioa de lui envoyer deux ou ti-ois jeunes Sicilions qui, à leur retour, après quelques années, auraient été à m^^me de former chez eux de semblables établissements. — Je m'étais acquitté do aaa commi^lon, mab leê troubles de la Sicile sont vekras déranger ce proj.et philanthropique.
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ici interrogés individuellement par les maîtres y et 9 si l'un d'eux découvrait quelque erreur daa» la réponse de son camarade, il demandait la parole en levant la main et rele^it cette erreur: ceci donne peut-être tpop d'essor à Fémuiationy qui a ses dangers* et dont il faut user sobrement* Mais enfin , l'on voit que , par la seule introduc-' tion des moniteurs, cette école ne laisserait rien à désirer. Je remarquai avec surprise que la moitié des élèves avaient les cheveux blonds. <c Ce sont les Anglais qui en sont cause», dit en plaisantant un Sicilien.— «Non », reprit un autre, piqué de cett« remarque , « nos femmes aiment mieux les b^uas. »
Il y a des* gens qui toléreraient les écoles, pourvu qu'elles n'eussent pas de moniteurs;, ils reconi}aissent l'efficacité dé la méthode d'enseignement mutuel ,. et, par cette raison même, ils n'en veulent point. Voici leur raisonnement qui est spécieux :« Le peuple instruit', disent-ils, de* vient mécontent de son sort, il le veut améliorer, changer à tout prix ; de là les révolutions. Devenus égaux ou supérieurs en facultés intellectuelles à ceux que la naissance et la fortune ont placés au-dessus d'eux , les gens du peuple supportent impatiemment une inférîorftè accidentelle que la nature désavoue , et qui offense leur amour-propre ». Supposant en effet que tel doit être le résultat moral de l'instruction, on de*
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mande àpces adversaires de l'enseignement mutuel, s^il leur est possible de fermer si bien toutes les avenues à l'instruction, que personne parmi le peuple ne puisse trouver moyen de s'instruire : ils ne le pensent pas. Or, l'individu instruit, placé entre les classes supérieures qui le repoussent et celle où il est né, laquelle ne saurait plus- lui convenir, se trouvera précisément dans la situation dangereuse qu'ils craignent. Ces individus instruits, et habiles, répandus au milieu d'une grande masse ignorante, seront les meneurs de révolution , et leurs camarades ignorants seront les manœuvres qui en auront toute la peine, tandis qu'eux en recueilleront tout le profit. Que si au contraire l'instruction devient générale , personne ne voudra plus être manœuvre ; plus de dupes qui se laissent tromper par de fausses représentations : on voudra toujours la réforme d'abus patents, mais non le renversement de tout ce qui existe. Au moins on saura ce que l'on veut; on ne rêvera pas l'impossible, et il y aura moyen de s'entendre. D'ailleurs, les gens instruits font bien et prudemment ce qu'ils font; ils réussissent ordinairement dans leurs entreprises ; ils sont bons agriculteurs , bons manufacturiers , bons ouvriers de toute espèce ; ils ne multiplient pas comme les bétes des champs, sans songer aux moyens de subsistance pour leurs enfants ; ils craignent l'avilissement de la
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misère pour eux et leur postérité. Ils savent bien faire leur compte , mais ils savent aussi fiaîre le compte des autres; ils ont moins de disputes, de froissements, dans leurs relations habituelles. Tout le monde se Ge à eux, et Ton sait Timmense avantage qu il y a, dans les affaires de la vie, de celui en qui on se fie sur celui en qui on ne se fie pas. A leur aise, considérés, heureux, ils ont beaucoup moins de tentation à tout bouleverser que n'en a la canaille ignorante et grossière, que l'on croit pouvoir gouverner par la crainte, mais qui s'élève quelquefois au-dessus de toute crainte par son ignorance même, qui l'aveugle et la rend furieuse. Comme Ton ne peut pas fermer toutes les portes à Tiustruction, il faut les ouvrir toutes. La timidité, qui tolère l'instruction pourvu qu'elle ne soit pas générale , ressemble un peu à celle qui, craignant l'explosion d'un baril de poudre à canon, l'enfermerait soigneusement avant d'y mettre le feu, au lieu de le brûler en plein air.
Il n'est pas rare ici, dans les grands diners, d'avoir de la musique. Cet usage dispense ^ disait le prince Eugène , de la fatigue de converser ^ et en sauve quelquefois les inconvénients^ sans evi^êcher le moins du monde les a parte. Il leur donne même l'intérêt du têt«-à-lête. A l'un de ces diners , un 'étranger racontait à quelques dames une anecdote assez piquante, peut-être
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mcme un peu trop piquante , et s'arrétaut à 1 endroit le plus intéressant, hésitait timidcinent au îicu de poursuivre : t< Mais allez donc^ s'écria Tune d'elles , capisco nîenic ! nientc ! p
S'il fallait juger d'après ce que j'ai vu et entendu ici, je dirais que les Siciliens sont des gens faciles, de bon naturel, et, comme les Italiens du -continent, plus près de la nature que les iiutres Européens; mais la nature sans culture a, je le crains, plus de vices que de vertus. Le genre de vie des hautes classes, adopté par tous ceux qui le peuvent, est à-peu-près le même qu'à Naples. On se lève fort tard, on fait un tour de promenade, on dîne entre trois et quatre heuiN^s, on se repose; sur le soir l'on S€ promène en voiture sur le bord de la mer, l'on vu à l'opéra, puis au jeu très*tard; et l'été, c'est au point du jour que l'on se couche. Quelquesuns des nobles donnent un peu de temps au soin de leurs affaires; mais ils ne s'occupent nullement d'agriculture, et ne vont jamais dans leurs terres. Les maisons de campagne, où ils passent quelques semaines au printemps et en automne, étant toujours dans le voisinage de la ville, ils y vivent exactement comme à la ville. Les conver» sazioni sdnt, comme à Naplej, des lieux où la bonne compagnie se rassemble pour jouer aux cartes et prendre des glaces; on n'y converse guère.
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Les cours de justice siègent à Palerme, et rien n'est plus embrouillé que les compilations de lois, ordonnances et coutumes locales, mêlées de droit romain , d'api-ès lesquelles tout est censé être décidé. Les gens de lois, très-nombreux, mais très-occupés, ne sauraient donner dans les mêmes travers que les nobles; mais ils ont les leurs qui valent les autres, et ne sont pas en odeur de sainteté. La classe marchande passe pour ce qu*il y n de moins immoral. L'on fait ici une grande distinction entre le clergé régulier et séculier: celui-ci (les prêtres de pa* roisse ) mène en général une vie exemplaire; l'autre (les moines) se mêle de tout dans les familles, gouverne, trompe et corrompt lesmœur». Les nobles, malgré leurs grands revenus, souvent à court d'argent par suite de leurs dés- ' ordres , font alors la cour à tous ceux qui peuvent leur en procurer, et souvent aussi oublient de payer les dettes qu'ils ont contractées. L'un des deux secrétaires d'état prête à usure , et fait la contreJjande; un sous-secrétaire d'état entreprit de le dénoncer, mais abandonné de tout le monde il perdit sa place : l'histoire est connue de tout le monde , on la faconte à qui veut Tentendre et cela sai^ danger; le coupable (i) n'en fait que rire , il ne lui vient pas à l'esprit d'en avoir honte on de s'en fâcher.
(i) Le marquis F.... ]La haute faveur dont il jouit à (aQfMir
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Telle est la corruption des jtiges, et le peu de soin qu'ils mettent à s'en cacher, que leurs domestiques n'ont point d'autres gages que les présents des plaideurs et, de plus, fournissent le foin et l'avoine des chevaux de leurs maîtres. L'on sait que la justice est au plus offrant, et, si des deux côtés on s'obstine, les frais excèdent plusieurs fois la somme en contestation. Le plus puissant est sur de gagner la cause. Voilà ce que j'entends dire publiquement à tout le monde, et il est aussi difficile de croire que cela soit entièrement faux qu'entièrement vrai.
Ce sont des moines qui enseignent, dans la plupart des collèges de la Sicile , les langues mortes, les éléments de mathématiques, la médecine et la théologie ; et ils s'en acquittent mai:
s'explîcjae ainsi , et lui fait plus dlionneor qne ses opérations nsuraires et sa contrebande. Lorsque Médici était à la tête de ]a police de Naples {^Reg9nte délia vkaria ), )! fat accusé, par le général Acton , de correspondre secrètement avec les révolutionnaires français, et mis en jugement. Le marquis F...., qui était un de ses juges , découvrit que quelques-unes des pièces au procès étaient altérées ou fausses , et sauva Médiciy msd.^ perdit sa place. Celui-ci , cependant, revenu en faveur y se souvint de lu! et lui fit donner le département des finances pour la Sicile , avec la permission de continuer certaines opérations dans lesquelles il était intéressé et que sa place Ta mis dans le cas de rendre beaucoup plus lucratives. Je ne rapporte oelte anecdote , que parce qu'elle sert à donner une idée des moeurs publiques.
mais les deux universités sont en meilleures
nîains ; celle de Catania^ fondée par Alphonse le Magnanime au commencement du quinzième siècle, est une des plus anciennes dltalie; mais celle de Palerme est tout-à-fait moderne. Lors cte l'abolition des jésuites en Europe, il y a soixante aiîs, l'on établit un collège à Palerme dans la maison de cet ordre; mais en i8o4, le gouvernement jugea bon de rétablir les jésuites, et pour cela de dissoudre le collège et de reprendre la maison. Les mécontentements qui en résultèrent firent cependant que l'on établit une université au lieu d'un collège, mais non dans le local des jésuites : on prit pour cela le couvent d'un autre ordre. L'université eut un revenu de 6,000 onces (72,000 francs), et trente-trois professeurs (i): parmi eux, le savant Scina enseignait la physique. Un élève de Bamsden vint d'Angleterre, pour fabriquer des instruments. Les beaux-arts ne sont pas négligés en Sicile; elle a un peintre d'histoire distingué , M. Vclasquez.
Quels que soient les vices du gouvernement et ceux du peuple sicilien, celui-ci montre un sen-
(i) Le professeur d'économie politique à Palerme a publié une Descrizione topografica dlPalt^rmOy que je recommande aux voyageurs, ainsi que les Osservazioni sopra la slona Sicilîanay G vol. in-S**, par le célèbre Grcgori, professeur de droit public.
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liment de dignité inconnu au bas peuple napolitain. Lorscjue j'ai raconté ici ce que j'avais vu à Naples, des coups de canne distribués. libérale* ment, on m'a assuré qu'en Sicile il en pourrait coûter la vie, et qu'un coup de canne vous vaudrait un coup de couteau.
Le gage d'un domestique mâle est k Palerme de trois carlini ou tarini par jour (26 sous de France), outre sa nourriture et la livrée. Un journalier gagne trois à quatre carlini, mais se nourrit à très-bon marché, il est vrai. On se procure difficilement des domestiques femmes, ce qui n'annonce pas la pauvreté. Les terres affermées rapportaient autrefois 4 l'r^ p* ojo au propriétaire, maintenant moins de L\ à cause de Taugmentalion des impôts et du bas prix des grains. Le fermier, après avoir rendu la semence dont le propriétaire avait fait l'avance, paye son loyer en denrées, d'après l'évaluation faite dans chaque paroisse assez libéralement, ,et il y a toujours des geng qui sont prêts à les recevoir au même taux, mais à crédit. Les fermiers sont en général de bonnes gens, mais fort ignorants; ils tiennent leurs comptes au moyen d'entailles faites sur un- morceau de bois. Les terres nobles sont transmises par le moyen de fidéicoramis (1), et ne peuvent être vendues que
' (i) Depuis mon d»':part de la Sicile* , les Odéicommis ont ëlé abolis (en août 1 8x8), mais les inajorats subsistent.
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par permission spéciale du roi; mais les terres achetées peuvent être revendues.
Pendant que nous faisions nos préparatifs de départ pour faire le tour de la Sicile, un guide, ou plutôt garde, vint offrir ses services: c'était unç espèce de brai^o napolitain, avec des pistolets à la ceinture et une énorme espingolé à la main. Son gilet tout ouvert laissait voir une poitrine velue, et le long chapelet de bagues enfilées au bout du mouchoir, jeté autoiu* de son cou, indiquait, nous dit-on, le même nombre de victoires remportées sm* d'innocentes victimes. La seule apparence de ce braggadocio suffisait pour nous décider à le renvoyer; d*ailleurs, on nous conseilla de ne point prendre d'escorte. Pour trois maîtres et deux domestiques, nous avons loué trois chevaux de selle et une lettiga, sorte de chaise à porteur, qui contient deux personnes en vis-à-vis, et qui est portée par deux mules, Tune devant l'autre. Un muletier à pied aiguillonne ces animaux pendant qu'un autre muletier , monté sur une troisième mule chargée de bagages , mène en laisse la seconde mule : nous avions de plus une quatrième mule , chargée de bagages seulement et de son conducteur, (i)
(i) Pour rinstruction d'autres voyageurs, je dirai ici que la lettigOy avec ses trois mules et deux conducteurs, coûtait a onces ou 27 francs par jour; Tautre mule et son conduqp
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Nous autres gens du Nord nous somiscs tel-» leinent accoutumés aux facilités de toute es^^ pèce, inhérentes à un certain degré de civi«i ILsation, et dont chacun, riche ou pauvre, jouit sans effort et sans soin comme de l'air qu'il res^ pire , qu'il nous arrive d'oublier ce que nous devons à cette providence de la civilisation qui De nous abandonne jamais, et de ne voir que l'inégalité des parts qu'elle fait. Aussi est-il bon que nous en soyons quelquefois privés, pour nous rappeler ce qu'elle vaut. Un besoin, qui n'est pas satisfait^ en crée un atitre: point def route, il faut des chevaux de main en beaucoup plus grand nombre; car ils ne portent pas la cinquième partie de ce qu'ils t^aînera!ent, et i\' faut des conducteurs pour ces chevaux. Point d'auberges; il faut porter votre lit, votre marmite, votre cafetière, votre verre, votre lumière, votre sucre, votre café, ou vous en passer. Vous êtes long-temps en route , il vous faut plus de linge: toutes ces choses demandent d'autres bétes de somme; un seul cheval attelé à une voiture quelconque charrierait facilement sur une route ordinaire tout ce qui, sur des sentiers à peine
teiir, avec les trois cheyaox de selle, aussi 27 francs. Nous employâmes seize jours à notre voyage et comptâmes quatre jours de plus pour le retour. Environ 1,100 francs. — La nonrritui« des hommes, mules et chevaux, n'était pas à nos
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frayés, exige quatre mules ^ trois muletiers et trois chevaux. Des auberges vous dispenseraient de porter les trois quarts des choses qui, autrement, sont indispensables; enfin vous êtes forcé d'employer de grands moyens, pour une trèspetite fin. Cest, en dernière analyse, à ladivisioa du travail qu'il faut attribuer ces avantages; c'est par elle que les besoins de chaque individu et ceux de la masse se trouvent mutuellement satisfaits avec plus de facilité, plus abondamment et à infiniment moins de frais, que si chaque individu n'avait à s'occuper que de lui-même, et que, ne faisant rien pour personne, personne ne fit rien pour lui. 11 en coûterait moins de faire le tour de la France en chaise de poste, trouvant chaque soir un bon soupe et im boa lit , et. recevant les reraercîments do son hôte, que de faire le tour de la Sicile à chenal , portant son lit et sa marmite , et réduit chaque soir à demander l'hospitalité à la porte d'un étranger- Nôtre leltiga avait une haute réputation à Palerme, à cause d'une image de la vierge Marie, magnifiquement peinte sur le panneau de derrière, et de celle d'un saint de chaque coté, gages de protection durant le voyage.
AlcamOy a mai. — Le jour de notre départ nous ne sommes allés qu'à Monte Realcy petite ville de montagne, au sud-ouest de la vallée de Palerme , et à peu de distance. Le blé et les fèv^
en fleurs, sous des plantations d'oliviers ^ occupaient la plus grande partie de cette vallée. Les orangers et la vigne se partageaient le reste, et celle-ci était plus avancée de six semaines qu'en Bourgogne; les champs de blé jaunissaient déjà. Les bosquets d'orangers, à peine hauts de vingt pieds et sous l'ombrage desquels rien ne croît, n'ont de beau que le nom, excepté lorsque la vue plonge des hauteurs sur leurs masses épaisses de feuilles vernissées : ils étaient chargés de fruits et de fleurs, le parfum de celles* ci était même excessif. Le palmier balançait dans les airs sa cime gracieuse , l'aloès élevait à quinze pieds de hauteur sa tige pyramidale, qui ressemble à une asperge colossale; le gigantesque bam-* bou, le laurier, Toléandre et surtout le ^cus opuntia, étalant sur les rochers sa /nasse énorme de feuilles agglomérées, chacune longue, large et épaisse comme un matelas, ces diverses plantes, dis-je, donnaient au paysage une physiojiomie toute nouvelle pour nous. Le fruit de ce ^cus opuntia ressemble à une figue, et compte parmi les produits du pays. Un fort beau chemin , qui ' s'élevait en zigzag sur le flanc de la montagne, nous conduisit en une heure à Monte JReale, petite ville habitée par des espèces de manufacturiers paysans, fort à leur aise, qui cultivent la terre et font des macaronis. Leur égUse était, dans l'intérieur, décorée d'an-
tiques colonnes de granit. Il y a dans le couvent des bénédictins un admirable tableau par Pietro Novelliy dans la manière du Doifnîniquin;cepein« tre est mieux connu sous le nom du Monte Rea^ lesi, étant du pays même; on y voit un autre tableau par Vfelasquez \ artiste également indigène.
Bientôt, après aVoîr pferdu dé viiè la vallée dé l^lerme|,<3n défcouvre une aùtrfe Vâlléfe également verdoyante et fertile, dû î! y à plnsîeut^ beaut Villages', et nï)us tlou^ ari^étâmdè dëlix heures à Tun d'eu* {Postera)^ fjoiir faire reposer les iriltiles. On allait pendre un assassin , et ses amis faisaient la quête pour enterrer lepovero ùnpiccaio (le pauvre pendu). Nos muletiers, amateurs de ce genre de spectacle , auraient bien voulu s'arrêter pour en jouir, et nous étions au contraire d'autant plus pressés de partir, qu'il fallait passer sous la potence^ enfin nous l'emportâmes; mais, dans leur mauvaise humeur, ils s'obstinèrent à passer sans payer le péage établi sur la route, bientôt Siprès Postera. Cependant, les gens, préposés pour le recevoir, n'entendant pas raillerie, nous poursuivirent armés de fusils, et plus d'une fois nous couchèrent en joue; l'un d'eux à la fin nous atteignit, et après avoir dit beaucoup d'injures aux muletiers, s'adressa à nous forestieriy sur l'énormité du crime commis contre sa majesté Ferdinand I^. Sans disputer sur le
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Tond , nous nous bornâmes à dire que les mu* ktiers, obligés de faire tous les frais, étaient ^euls coupables; mais qu'en leur tirant un coup de fosil , les o£Qciers de sa majesté devaient prendre gai'de de ne pas nous atteindre. Les muletiers acquittèrent à la fin le péage ^ et il nous vint ensuite à l'esprit que tout ce bruit pouvait fort bien avoir été concerté, pour nous ehgager à le payer nous-n^émes. A la nuit, nous arrivâmes k AlcemiOy ayant fait trente iniiles en neuf heures y compris deux heures de repos. Pendant ce temps<>]à, les mules allaient au pas, tandis que les chevaux étaient obligés de se mettr<^ qitelquefois au trot pour les suivre. Le pays, agréable et varié , offrait de grands pâturages et quelques échap|>ées sur la mer. L'auberge à Alcaino (la dernière que nous devions trouver ) était située sur la place du marché, où il s^è faisait un bruit incroyable. On entendait les cloches sonner, braire les ânes, aboyer les chiens^ et toutes les langues déchaînées faisaient entendre à-la-fois leurs clameurs aiguës; et cela n duré presque toute la nuit. Au point du jour, après deux heures de repos, le tintamarre a recommencé; il était même augmenté par les bouchers, qui faisaient au public l'énumération des qualités de chaque pièce de bœuf, de veau et de mouton, étalée sur leur table, et les souievaieut les unes après les autres pour les faire voir. Ce