‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 88 sur 99 · TEMPLE DE SEGESTR · texte numérisé non relu

TEMPLE DE SEGESTR

spectacle attirait une foule de campagnards qui, enveloppés de leurs grands manteaux bruns à capnchon pointu, écoutaient bouche béante, enviant les mouches qui goûtaient de tout sans qu'il leur en coûtât rien. Ijbs lits d'auberge, ici comme dans }e midi de Tltalie, sont composés de quelques planches posées sur deux trétaux en fer, et soutenant une paillasse et un matelas; le meuble indispensable , partout ailleurs de terre ou de faïence ,* est ici un grand gobelet de verre, revêtu de paille tressée, et que son étrtnte base met toujours en danger d'être renversé. Les gens de la maison nous entretinrent des mérites extraordins^ires de la madona iVAlcamo supposant que nous la venions voir, ainsi que de tous les miracles qu'elle avait faits; il n'y avait pas une autre madona comme celle-là , diraitils, dans toute la Sicile. ,

Nous sommes partis de bonne heure ce matin pour les ruines de Segeste^ éloignées de deux milles de notre route directe, ou plutôt du sentier qui conduit à Castei VéiranOy où nous devions coucher. Guidés par le temple antique qui se voyait au loin sur une éminence, nous traversâmes pour y arriver de vastes pâturages sans arbres, assez semblables à ceux d'Ecosse , quoique moins verts. L'effetdu temple, très-frappant de ioin, le devint bven davantage quand nous fûmes auprès. Il est entier à l'extérieur: colonnes^

Tsvnuc n mscwn. igS

eotablure, frcMaton , tout y est, excepté la cella (le sanctuaire) etlacouverture* Os colonnes de IWdre ionique ont sept pieds de diamètre à la base^ beaAicoiip moins dans la part ie supérieure, et quatre gpraMads. diamètres de hauteur; elles sont construites e A pierre calcaire, remplie de coquill es et d'un grain assea grossier. L'espace intérieur, long de cent scMzante • quatre pieds , large de soixante-douze, et couvert d'un beau gazon , est fréquenté par les bestiaux des pâturages environnants, qui viennent lÀ jouir d'un peu d'ombre et d'une Apparen^d'abri. Le temple reposé sur trois marches régnant tout autour, élevée chacune de deux pieds et profonde de quinze pouces : dimensions singalières^dont il est difficile de se rendre compte. Une marche de deux pieds de haut serait si incommode qu'on croirait qu'il eût dû y en avoir une oo deux intermédiwes, si la profondeur de quinee poaces l'eut permis. Ce temple est tout ce qui reste de Tantique cité de Segeste ; aucime ruine ne l'accompagne, et le site n'en admettrait même pas : car c'est «m étroit promontoire, terminé brnsquen^it de trois côtés p«r le lit proibnd d'un torrent. Quelques réparaïicHis^ utiles à la ^xmservation du temple , ont fourni l'occasion de placer rinscripHon suivante en gea^ftdes lettres, sur l'architrave de la façarle : Fer^TiomU régis augasiissimi promien tia restée

196 CAVALIÈRES SlCIIttinfÊS.

Nos mules fatiguées s-açeDomHèrent, toufe< chargées, à la manière des chameaux*, et les mu** letiers s'endormirent à l'ombre des colonnes du temple , api*ès avoir chacun à son totrr soulevé le petit baril de vin, et sans le toucher des lèvres, adroitement reçu dans la bouche le filet de liqueur pourpré qui en déeotilait. Dïi côté dû nord , on apercevait dans le lointain la mer; au midi, sur un monticule, les ruines d'un chât^nfort des Sarrasins. D'ailleurs , rien d'humain ne se faisait voir, excepté notre caravane; pas la . moindre trace d'habitation. Cheminant à travers ce désert , nous sommes arrivés vers le milieu du jour k une sorte de ville murée, située sur la hauteur comme toutes les autres. Noos étions précédés par une compagnie de dames siciliennes en robe de soie bleue et couleur de rose, à califourchon sur leurs mulets^ Elles portaient de» bottes à la cavalière qui montaient plus haut que le genou , et cependant reilcontraient à ]>eine uo jupon trop court pour la selle. Leurs nombreunr domestiques en guenilles suivaient à pied. Pas une auberge dans la ville, où l'on pût prendre quelque repos; point de refuge pour bétes ni gens; point de foin ni d'avoine. Debout dans la rue pendant qu'on ferrait un cheval , nous fondes, il est vrai, invités par plusieurs habitants à entrer dans leurs maisons pour nous reposer ; mais celui d'entre nous qui accepta i'invitatiol»

Câstêl venuiero. ïg^

nous donna en sortant, une effrayante description du dénûment absolu et de la saleté qu'il avait; rencontrée, et la vermine qui courait sur ses habits attestait énergiquement la vérité de ce rapport. Une autre ville de montagnes se montra bientôt, flanquée de murs au-dessus desquels on voyait des toits en terrasses. Nos muleti^s , voulant éviter la montée et la descente en tour^ nant la Colline, nous engagèrent ^ans des difficultés dont nous ne nous tirâmes pas sans peine*. Une vaste et riche plaine s'étendait jusqu'à la mér au sud-ouest, mais l'on n'y voyait aucune iiabitation. Les cultivateurs se retirent la nuit dans l'enceinte des petites villes murées, où les produits du sol sont aussi portés; je ne saurais dire , si c'est crainte des voleurs ou de la fièvre ^ ou seulement une vieille habitude. Nos muletiers, faisant une pétition de principes, disaient que les habitants vivaient dans les villes parce qu'il n'y avait point de maisons dans les campagnes ; mais, loin d'expliquer pourquoi il n'y en avait pas, ils semblaient croire la chose trop évidemment impossible pour avoir besoin d'explication. Nous avons passé aujourd'hui quelques beaux rochers de gypse, et sommes arrivés sur les six heures à Castel FètranOj dont l'approche était marquée par une fort belle route , qui s'étendait seulement à deux milles hors la ville, et fiur laquelle nous fûmes surpris de trouver plu-

19? CASTEl. VETBAKO.

sieurs brillants ^nipages, avec des Ia<{iiais es livrée montés derrière. Noiis avons fait aujour* d'hui trente milles en douze heures , y compris trois heures de repos. Une sorte d'arc de triomphe , composé de rameaux verts , de fleurs et de nœuds de. rubans, décorait Feutrée de Castel FetranQ dont les vu&% étaient pleines de monde. Les femmes, enveloppées de leur grand voile noir, les hommes en modeste bonnet de coton blanc , suivaient taus en foule une madone de grandeur naturelle, portée en furo^ession sur les épaul(ts de quelques hommes. Op ne voulait pas nous laisser passer; mais les mules qui sentaient récurie , ruèrent ^ se cabrèrent et ^ coups de pied et de dent jse firent bientôt faire place » tandis que nos muletiers, tout en Êd^ant sen^blantde vouloir les arrêter, riaient sous cape. Nions arrivâmes ainsi à la maison d'un cwaiiere Paoli à qui nous étions recommandés; ce c(waUere nous conduisit au palais désert 4" duc àoi Monte Letme, laissant avec nous un domestique pour aider aux nôtres à se procurer des vivres. Eten^fint les matelas sur le plancher, l'on se trouvar bien vite comme chez soi , beaucoup plus même que si le cavalière nous avait ouvert sa porte, et nous reposâmes au milieu des vieilles armures, des casques, des hallebardes et des grandes épées, ai|ssi bien qu'au raient pu faire des héros de oiadameBaddi ^e. Le présent duc de Monte l^one^ ptant entré an

service de Murât , perdit ses biens en Sicile ; ils lui ont pourtant, je crois , été rendus. La ville est belle et bien bâtie; la plupart des habitants sont propriétaires , e( nous y avons à peine vu un mendiant.

Lundi^mai' — ^Laniéme bonne route d'hier nous a conduits ce matin à environ la même distance hors la ville; après quoi nous sommes rentrés dans un sentier à travers le désert, lequel est bien cultivé pourtant , riche et fertile ^ mais sans habitation aucune et terminé par la mer. Point de vignes ici sur les arbres, au milieu des champs de blé, comme en Italie ; on ne les trouve que sur le penchant des collines, et basses comme en France. Cependant le vin, mal préparé d'ail*leurs, ne se garde* pas, et celui de Marsalla est le seul qui s'exporte au loin sous le nom quelquefois de Madère sicilien y le plant ayant origi* nairemeut été apporté de Madère. On est surplis d'apprendre que ce vin est préparé par des ^^nglais ( MM. Woodhouse et compagnie ) : leur établissement n'était pas fort éloigné de notre route , mais nous ne le vhnos point.

Huit milles au-delà de Castel F^trano , dans un lieu inculte, sur le bord de la mer, l'on trouve trois énormes .nK>nceaux de ruines confusément entassées, et c'est tout ce qui reste de l'antique Selinonte.. Gc ne sont point là les riiines des ai^cieiines !dçmeure$ de ses habilsaits; elles oui

.disparu comme eux :'car, dans i'antiquitî^, les itoa(^ sons des particuliers étaient aussi frêles, queleuts édifices publics étaient solides et durables ; le& trois tnonceanrappaitienneut à autant de temples qui n*ont été renversés que par des tremblements de terre- On les appelle dans le pays giïpiUeri de Giganti ; ils sont à soixante- six grands pas Tun de Taotre , rangés srir la même Ugne, et leurs dimensions sont de deux cents pieds sur qualre«- Tingts. Les colonnes, toutes tombées du côté du centre, avaient dix pieds de diamètre à la base , et les pierres qui les composaient étaient liées entre eHes , comme à Rome , par des crampons de méral, placés dans certaines cavités pra** tiquées au centre de la colonne, lesquelles avaient neuf pouces de largeur sur quatre pouces de profondeur ; une autre cavité plus' éti'oite et profonde de deux pouces seulement , se trouvait dans le fond : on ne comprend pas son usage; Les crampons eux-memels, ainsi que le plomb qui les retenait, ont disparu. L'on voit à quelque distance, et placé dechatrip sitr sa circonférence, le tronçon d'une colonne , du diamètre de huit [neds , et épais de cinq pieds , qui a roulé jusquelà.' Plusieurs mofceattx de l'architrave, que j'ai mesurés, avaient dijt-huit pieds de long et six pieds d'épaisseur. Toutes ces pierres sont caU caires, poreuses et assez peu dures. Sous unautre climat , elles auraient été réduites en poussière^

depuis long-temps; mais ici , où ri plerit rarement et ne gèle jamais , rien ne les use , et leurs orne'^ ments les plus délicats se sont parfaitement conservés. Quelques eolonnesf du second temple sont encore debout; celles du troiMème ont, en tombaât tout dVne pièce , conservé leur position respective, et montrent, comme s^xprimaient nos conducteurs, la plante des pieds, c*est-à-direV leurs bases soulevées, à l'endroit même ou autre* fois elles reposaient. D'innombrables lézards, d'un vert d'émeraude , étalaient au Soleil leurs formes souples et gracieuses , et des serpents rarement troidi)Iés dans leur asile , rampaient tranquillement parmi les ruines et le long des tiges d'aloès. Quelques autres ruines se montraient du côté du midi; mais il y avait un ravin à passer et nous ne les visitâmes pas. Nos mules avaient pris le devant pour se reposer à une maison solitaire, éloir gnée d'un mille environ, où nous les suivîmes. Cette maison renfermait quelques restes de beaux meubles, et l'on apercevait encore de la dorure. Elle avait évidemment été habitée par des personnages d'importance; cependant la plaine AeSelinonie^ envahie aujourd'hui par \emaV aria, est inhabitable pendant l'été et l'automne; même à présent il serait dangereux d'y passer la nuit.U avait fait fort chaud tout le jour, et le conducteur, monté sur la troisième mule de la lettiga , se dépouillant sans façon de tout , excepté le simple

AOSà ftClÀGCA.

bonnet de coton ^ étenilit ses vétemeuts au soleil sur le bagage eçta^é derrière lui.

Sciaccaj le 4 ^^i* — Cette ville, d'origine grecque comme toutçs les autres, fut autrefois fameuse pour ses eaux minérales et s'appelait , du temps des Romains, Tkennce Seànuntinomm.

Escortés par une troupe de badauds, curieux de voir des étrangers, nous arrivâmes chez le signor Odda, pour qui nous avions une lettre. Il venait de fermer sa porte et parlait pour la campagne au moment où , JM^ur son malheur, nous nous présentâmes; maïs, quoique notre anîvép ne pût que lui être très-inconunode, il n*hésita pas à rentrer et à nops recevoir avec beaucoup de politesse et de bonté. Au bon ordre de Tappac^e* ment qu'il nous donna , uinsi qu'au bon souper qui nous fut servi, o^ ne se serait pas douté de l'inopportunité de n^tre visite. Comme il était encore de bonne heure , un jeune frère (}u signor Odcia nous mena voir les curiosités de la ville , et le lendemain, au point du jour, lés deux frères étaient debout pour nous faire déjeûner avant de partir. I^s cultivateurs ides environs de Sciacca ne sont pas en générai propriétaires, mais ont des baux de. trois, six ou sept ans, et payent ordinairement 6 onces (un peu plus de trois louis ) par salma de ten^e d'environ quatre arpents. Il faut un sabna de blé, pesaijyt environ quatre cent cinqnaifte livres ^ f>0ur en^

SCIACCA* 2o3

6<»neiicer un salma de terre : od recueille eu moyenne huit .pour un. Lorsque la terre est fumée, on lui fait porter du blé chaque année; autrement, tous les trois ans: i"* blé, a"* j/ïchère morte et les mauvaises herbes fauchées, 3"^ {^* sieurs labours avant de semer pour la quatrième année; quelques fermiers alternent avec des fèves qui servent à la nourriture des hommes comme des animaux , et sont souvent mangées crues par les uns et les autres. Ij'on conçoit qu'avec un aussi mauvais système d'agriculture , la terre lie rend pas ce qu'elle devrait. Jusqu'ici nouf avons trouvé en Sicile bien moins de nuyndiants qu'à Naples. Sciaeca est sain ; Castel'f^ey trano^ notre dernià*e couchée, Tétait aus^, ^ il en est de même de toutes les villes un peu considérables , soit que le site ait été choisi en raison de la salubrité de l'air pour y bâtir une ville , soit que la ville ait produit la salubrité. Diverses circonstances me feraient pencher pour cette dernière opinion.

Girgenti, 6 mai. — Notre marche d'hier s'est faite à travers une plaine inculte, assez sem* blable à la campagne de Rome, où noiis avons seulement rencontré quelques bergers à la tête de grands troupeaux, et des cavaliers en bonnet de coton blanc, poursuivant à toute bride des troupes de mulps demi sauvages. A leur vue, nos çiievaux entiers dressaient les oreilles, ayant

St04 CHA&RlfE ÂICtLlEICITE.

grande envie de joindre les poursuivants, 6u lè^ poursuivies; Tun d'eux s'échappant, ne fut pas rattrape sans peine. Il portait maintes glorieuses marques de coups de pied et de coups de dent sur son corps et sur son équipement. Une partie du jour nous cheminâmes plus agréablement le long du rivage de la mer, où nos montures prenaientplaisir à mouiller leurs pieds dans la vague, qui se brisait sur le sable. Les habitants des hameaux de pécheurs, cachés dans les ravins de la côte, paraissaient quelquefois sur les hauteurs , occupés à nous considérer; mais en nous saluant du bonnet avec bienveillance , comme font en général tous les Siciliens que nous rem controns , ils démentaient l'opinion qu'on a généralement sur le continent, de leur rudesse et de leur barbarie.

La charrue sicilienne parait n'avoir rien gagné depuis Ti'iptolème : elle est composée d'un timon de onze pieds de longueur, duquel les bœufs sont attelés au moyen d'un collier, et qui reçoit à l'autre extrérnité une seconde pièce de bois de cinq pieds de longueur qui lui est ajustée' obliquement; le bout inférieur, taillé en pointe, sert de 506 à la charrue, tandis que l'autre bout est son manche. Point d'oreille pour renverser la terre ou le gazon, point de coutre pour ouvrir le passage au soc. Rien de plus élémentaire que cette charrue j elle ue fouille

]pâ& le sol plus profondément qiie ne fait le groin d'un cocihon.

A la moitié du chemin^ nous fîmes halte au pied d^un rocher ^ sur te sommet duquel on voyait une sorte de bourg ou village abandonné; il était enceint de murs , et dominé par son château et son église. Ce squelette de ville, sans toits, sans portes et sans fenêtres, n'était occupé que par Taloès et l'opuntia qui scH'taient de chaque ou-» verture. Des escaliers taillés dans le roc en zig« zag formaient la seule avenue par laquelle ou arrivait à ce nid d'aigle féodal*, dont le seigneur avait dispani; et ses vassaux, abandonnant le sommet du rocher, étaient venus, s'établir à su base, où ils . exploitaient le soufre d'une carrière de plâtre. Nous passâmes quelques heures delà grande chalelir dans une d<2 leurs maisons^ où nous fîmes cuire une vieille poule et un chou au feu , allumé datis le milieu de la chambre; après dlnef , nous primes quelque repos à l'ombre de riipijlensé panier, grand coninae une cuvcj où les paysans siciliens élèvent leur volaille. Ces gens-là nous ont paru bons et obligeants, et de plus à leur aise , c^est-à-dire qu'ils n'étaient pas en guenilles et ne mendiaient point.

Girgenti^ comme Selinonte et Segeste, est une ancienne colonie et république grecque, que les Romains appelaient Jgrigentum ; elle n'occupe cependant pas tout -à -fait le site de l'antiquQ

j^grigentum , mais dl« est située un peu plus Ioîd de la mer sur une colline. Après avoir grimpé une heure entière , notre caravane atteignit la maison du signor Gramitto , devant laquelle on se rangea en bataille : ayant envoyé notre lettre d^ créance, le propriétaire, qui parut bientôt ^ nous fit l'accueil le plus cerdial ; peut-éu« même aurions-nous souhaité être reçus avec moins d'hospitalité, lorsque nous nous vîmes intro^ duits, fatigués et poudreux comme nous étions, dans un grand salon plein de monde, où une jeune personne chantait avec une fort belle voix, en s'accompegnant sur le piano. Après quelques mots de politesse interprétés par le langage des yeux, la musique^ recemmença, et à l'exception des regards furti& que la compagnie promenait stu^ nous^ nous fômes peu inquiétés pendant les deux heures qui s'écoulèrent avant qu'il nous fut permis de nous retirer , mgàs qui néanmoins parurent longues^ Sur les onze heures nous reçûmes l'invitation de venir souper. Le repas se composait d^in grand platée macaronis^ de plusieiu*s e^ees de poissons, d'olives pré*^ parées de «diverses façons , et d'or^n^es. Il y avaft des glaces en abondance; l'eau et le viaa étaient è la glace. De nos chambres , nous jouîmes le lendemain à notre réveil d'une magnifique vud qui s'étendait sur la mer et sur la terre. A dé^ jeûner (du café au lait), nous commençâmes k

aisfiorf. #07

débroHiller la &imlle, qui se composait du père et de la mère, de cinq fils, trois filles et un gen* dre, dont la femme était eh couche, et ae parut pas. I/italien des dame» ne nous était pas tout* à-feit intelligible; mais la conversation, simple, iacile et de bonne humeur, cheminait à l'aide des signes. Le langage sicilien est éminemment court, varié, descriptif, et les traductions de Kvres . étrangers sont toujours beaucoup plus courtes que rorigtnal. Un ami de la maison, M. Potiti, pour qui nous avions aussi une lettre, déjeûnait avec nous, et offrit de nous conduire aux ruines ^jégrigentum; mais, au moment de partir, xtù combat furieux s'engagea entre deux de nos montures, un nouveau cheval ayant ici été ajouté aux - autres. Ils étaient tous entiers : Selles et brides- furent en un instant sous leurs pieds; le sang coulait de leurs blessures, et il n'y eut pas moyen de les séparer, ji^squ'à ce que le premier feu fût passé ; mais alors ils permirent qu'on les rajustât, et se laissèk*ent monter aussi tranquillement que s'il ne fût rien arrivé. Des hauteurs de la moderne Jgrigente, atJk cbstinguait sur la côte deux des temples grecs de l'ancienne,, dont l'arphitecture , élégante et légère, se dessinait à jour comme une décou** pure^ sur le bleu céleste de la mer, qui faisait le fond éa tableau; et c'est ainiù qu'on les a vu» depuis vingt siècles et plus, inébranlables au

lod ttRGEHtt.

milieu de la guerre déa élémôiits et des hationS: Mais les soixante mille Grecs qui vivai^t sous leur ombre, ne sont plus.

Le temple de la Concorde fqt le premier que nous atteignîmes. Les colonnes sont encore toutes debout ; architrave , frise , corniche ^ •fronton, tout ert à sa place , ainsi que les murs de la cella dans le milieu. Celle-ci avait été diapgée en église , mais on vient d'en ôter le toit et les. portes> et de la ruiner à neuf; aussi veitKm sur la façade du temple la même inscription prétentieuse qu'à Segcste. Une antique citerne^ entre ce temple et lé suivant, est parfaitement conservée. Ce second temple, plus petit que le premier, était dédié à Juno Lucina. Le troisième temple, celui de Jupiter Olympien^ tout-à-fait en ruines, était csncore entier dans le douzième siècle, seize cents ans après sa construction ; ayant été bâti environ quatre cent quarante ans avant notre ère. Ses dimensions intérieures étaient de trois cent soixante pieds sur cent Quarante, et il avait cent viugt pieds de hauteur. Quoiqu'il fut l'un des plus vastes temples de l'antiquité, et qu'il porte encore au^ jourd'hui le nom de teqipio dei Giganti^ il n'est absolument rien, comparé aux temples modernes des chrétiens; et il ne faut pas aller chercher à 1 Rome ou ailleurs des objets de comparaison, car Téglise même de la moderne Girgenti est ploa

grande que ce prétendu temple des géants. Ce qui est véritablement gigantesque dans ces an- . ciens édifices, n'est pas l'ensemble, mais les détails« Ici, la base des colonnes, ainsi que leurs chapiteaux doriques, ont quatorze pieds et demi de diamètre, et les cannelures seules cacheraient un homme dans leur creux , tant elles sont larges et profondes. Ces colonhes étaient seulement en demi-relief sur le mur de /a ce//a, qui estlui-méme d'ime énorme épaisseur. M. Politi, ayant beaticoup étudié en dernier lieu avec M. Cockerell, ainsi qu'avant lui, les antiquités C^ u4 grigentiim ^ en connaît chaque pierre. Après nous avoir montré parmi les ruines une tête gigantesque, avec partie de l'épaule, taillée d'un seul bloc, il nous conduisit dans différents endroits, où nous trouvâmes épars d'autres fragments de la même statue, teisqu'unesectiontransversaledela jambe, une section longitudinale du corps, un genou, un coude. Quoique ces divers fragments eussent individuellement l'air de toute autre chose, cependant l'instinct classique a vaif découvert leurs rapports, et su les mettre à leur place, de manière à for- .. mer dans un dessin une belle figure cariatide. Trois de ces figures ont été ainsi composées, et M. Politi a trouvé leur place à l'entrée du temple; mais son coadjuteur, M. Cockerell , par une autre théorie, les plaçait avec dix-neuf autres, dans l'intérieur du temple. Commencé cinq siè-

SIO GIRGENTI.

cles avant Jésus-Christ, ce temple n'avait jamais été achevé à cause d'une guerre avec Syracuse, qui intervint et fut fatale à Agrigente. Pas le plus petit yestige d'autres édifices ne se voit sur la surface de la terre; mais en quelque endroit que Ton creuse, Ton trouve des murs , des mosaïques, des marbres. Quant à retendue dé la ville, elle est déterminée par ses murailles, ou plutôt par le rocher, taillé en ^rme de muraille, qui l'environne: ces murailles, d'une seule pièce, auraient duré à jamais, sans les innombrables tombes, creusées dans leur épaisseur pour les grands hommes d^Agrigente, çt qui les avaient trop affaiblies. D'énormes morceaux étant tombés dans la vallée que domine la ville, les grands hommes se trouvent ainsi pour jamais sens dessus dessous dans leurs dernières demeures. Les anciens étaient, quoiqu'on en dise, de bien vilaines gens, pires même que nous autres modernes, et bien plus inutilement malfaisants et cruels dans leurs guerres. Voici une île qui était toute bordée de petites colonies grecques, toutes républi^ines , nées sœurs, et que la nature avait faites amies, mais dont les habitants ne cherchaient qu'à s'entredétruire sans but et par plaisir. Agrigente semble avoir eu plus que sa part de ces calamités publiques; ce fut aussi chez elle que Phalaris chauffa son taureau, pour y cuire de fidèles sujets. Le magnifique sarcophage de la cathédrale passe, je ne

JXIC^TA. 9f I

sais sur quel fondement, pour avoir été le sien; inaisà propos de quoi, ceux qui s'étaient révoltée contre le tyran, pendant sa vie, lui auraient-ils £iit cette galanterie ajprès sa mort?

Une bonne et grande maison, à Agrigente, vaut ^ingt à vingt*cinq louLs par an ; les ouvriers de b campagne gagnent trois tarini par jour*, le pain Taat seize graîns ou 77 d'un tarino ; le rotolo e^t composé de 3o onces; ainsi leur salaire est égal à sept livres de pain par jour : cependant^ih 8ont mal noiuris ainsi que mal vêtus, sans doute parce que le travail manque une grande partie de l'année. La population (quinze mille âmes) est tout agricole, c'est-à-dire, composée de propriétaires de terres, de fermiers et de Journaliers.

jàlidUa^ le 7/nar.— Nous avons q!iitté ce matin nos bons hôtes d'Agrigente, qui nous avaient rétenus trente-six heures , et , en descendant Içur montagne, nous avons encore une fois passé auprès de rantîqKe cité , et admiré de nouveau ses temples sur leur promontoire ombragé. Notr^ marche s'est faite à travers un pays* pauvre et san^ beautés ^ excepté lorsque nous suivions la côte, qui nous rappelait, par sa blancheur, celle de la Manche, quoiqu'elle fuit composée d'alumine an lieu de craie. Au milieu du jour, nous prîitoes lé repos ordinaire dans un miséra)>le village , dont tes HMiletiers crtjrenf nécessaire dé surveiller la

UI2 ALICATA.

population fainéante, qui se pressait autour dé nous. Nous n'avons pas encore vu une bonne prairie en Sicile ; il n'y a pas de foin ni , par cou^ eéquent, de fumier. L'usage du plâtre, comtne engrais, est inconnu, quoique celte substance soit très-abondante; et le pâturage des'jachères y semble être le seul moyen de rétablir les terres épuisées. Les moutons sont , en général , noirs on bruns, et leur laine s'emploie sans être teinte. La ra(;e des bêtes à cornes est croisée de celles d'Italie et de Suisse : celle des cochons , à jambes courtes ot corps ronds, ressemble à la race chinoise ; leur peau est sans poil.

L'apparence du pays gagne en approdiant âiAlicata^ qui est un petit port de mer florissant, entouré de jolies maisons de campagne sur le bord du désert ; et ce désert est , en général , fiévreCix^, mais la ville ne l'est pas. Malgré la bonne apparence d'Alicata , nous en sommes sortis nos habits noirs de puces ^ et la peau toute rouge de leurs piqûres. Le voile blanc du nord de la Sicile est remplacé ici par un voile noir, qui couvre les feù^nes de la tête aux pieds. Nous avions eu l'intention d'aller de Girgenti à Syracuse, par CalcUOr girùne^ qui est une grande ville que l'on dit mériter d'être vue, et où l'on trouve une bonne auberge tenue par un étranger; mais nous étions venus pour voir la Sicile dans son état naturel , ^vec les imperfections^ qui la caractérisent, et

SISCARf . t3L 1 3

iorous avions pris notre parti sur les incouvénient» qui en pourraient résulter; c'est pourquoi nous Avons préféré passer par Biscari;.

Biscari, le 8 mai Encore un pays agrestd

sans beautés naturelles, et inculte quoique fertile. Les sables îdu bord de la mer, quand nous pouvions le suivre, soulageaient nos yeux de la monotonie des terres. Des tours construites par les Sarrasins, poqr la défense de la côte, s'élevaient de distance en distance. Vers le soir, nous traversâmes ime riche et belle vallée, et bientôt après nous gravîmes la hauten r qu'occupe Biscari. N'ayant point de lettre pour cet endroit^ nous fîmes halte sur la place publique, sans savoir et» que nous deviendrions cette nuit. Mais, nous étant adressés à quelques personnes qui nous parurent constituées en autorité, on nous donna fort poliment l'hôtel -de -ville pour nous loger, c'està-dire, un grand bâtiment inhabité et sans fenêtres, où nous trouvâmes pourtant des recoins à l'abri du vent, qui commençait à souffler avec violence. Nos matelas étendus sur le plancher, nous nous occupâmes de notre souper. A la poule et au chou, nous ajoutâmes ici les macaronis; quelques charbons allumés sur une pierre firent bouillir la marmite , et nous nous trouvâmes bientôt en possession du nécessaire , et même d'un peu de luxe, c'est-à-dire, de café. Un des princes de Biscarî, mort il y a trente ans, homme in-

13^1 4 CHIlRi. HONTE.

siruit et zélé pour lé bien de ses vassaux, voulait * embellir la capitale de sa principauté; il avait construit, dans cette vue, l'hôtel-de- ville, que nous habitions, et un palais pour lui-méine, vis^ à-vis; tous les deux abandonnés depuis, parce qu'ils étaient sans, rapport avec la civilisation des habitants; ce seigneur philanthrope avait, comme le czar Pierre, commencé par où il fallait finir. Leczar crut a voir beaucoup fait, lorsqu'il eut coupé la barbe à ses Moscovites; mais il ne les laissa pas moins barbares. Les gens de Biscari ne nous parurent pas supérieurs à leurs voisins, et même tout au contraire, ils nous parurent un peu plus fainéants et déguenillés. Tandis que, par désœuvrement, ils se pressaient autopr de nous, un en* terrement vînt faire diversion à leur curiosité, et nous en délivra. Le corps que Ton portait en terre était celui d'une femme ; son visage était découvert, et, pour la première fois probable* ment, elle était proprement vêtue de blanc, et portait des rubans et im bouquet à son côté. Le pain vaut ici environ i5 centimes. la livre; la vi,inde, 3o centimes ; la journée de travail , à la campagne, i franc 3o centimes, c'est-à-dire, environ trois fois ce qui procura une bonue et abondante nourriture. ,

Palazzuolo , le 9 mai. — Le pays, plus agréable aujourd'hui, présentait une suite de vallées fertiles et verdoyantes, quoique médiocrement bien

CHIAAA MONT£. 2l5

cultivées et toujours désertes, les U^l^îtations se trouvant réunies sur les sommets les moins accessibles, eu groupes flanqués de mtirs. Il fallut aller chercher quelques heures de repos, vers le milieu du jour, dans un de ces endroits appelé Chiara-monte jQX pour cela, grimper pendant deux heures pouf redescendre en le quittant. Un obstacle mo* inentané, qui nous empêchait de passer dans une rue étroite, nous obligea d attendre quelque temps. Un habitant sortit de sa maison, qui é(<Vit assez pauvre , et m'invita de si bon cœur à prendre le café avec lui, que j'acceptai, et lui donnai en retour tous les éclaircissements qu'il semblait désirer sur nous-mêmes et sur les motifs qui nous faisaient voyager ainsi dans son pays; mais je crus m'apercevoir que je n'avais pas pleinement réussi à le convaincre que nous n'en avions pas d'autre que la curiosité, quoique, pour la lui faire comprendre, je citasse sa propre curiosité à notre égard.

*Valoès et sa haute tige à fleur, le noir carou^ bier^ et surtout les masses duyScwj opuntia, donnaient au paysage une physionomie tout africaine. Les dimensions extraordinaires delà feuille de cette plante sont celles d'un fort matelas; leur couleur est sombre et terne ; elles sont hérissées d'épines : elles n'ont ni tronc ni branches , ces feuilles en tiennent lieu; sortant les unes des autres, elles forment , par leur agglomération , des masses

« irrégniières , qui laissent entre elleis des caviiés

semblables à des cavernes. Ces masses végétales portent des fleurs jaunes; auxquelles sueeède un fruit semblable aux figues. Sur la côte croissaient , dans leur état sauvage^ le gresadier, le myrte et Toléandre. La cime neigeuse de TEtna s'est plusieurs fois montrée de fort loin, entre des montagnes plus rapproeliées*

A PalazzuolOf village situé dans les nues, eu tout au moins élevé de douze cents pieds, et où nous montâmes à travers un boisde vieux chênes, il n'y avait point d'hôtel-de-ville pour nous donner un asile, et nous fumes heureux de le trouver sous le toit d'un des habitants. La seule chambre de la maison étant occupée par la £amil le et par nos muletiers, nous nous arrangeâmes de préférence dans'la cave, où du moins nous pouvions dormir seuls : c'était une sorte de demi-souterrain ^ qui contenait du vin en tonneaux et dans des outres propres à être transportées à dos de mulet, un grand tas de sel , du chanvre et le grarid paniei* à poulets déjà décrit autre part : c'est au milieu de ces richesses patriarcales, que nous avons étendu nos matelas et mis la nappe. Pen-' dant que nous faisions notre frugal repas , l'hôte et l'hôtesse, bons fermiers, sont venus poliment s'excuser du peu qu'ils pouvaient faire pour nous, et nous assurer du plaisir qu'ils auraient eu de nous mieux traiter, déclaration qui paraissait

StRACUSÊ. iij

bien sincère, et que nous reçûmes avec reconnaissance ; mais pendant cet échange de civilités, la bonne botesse découvrant par malbeur un pot d'eau fraîche qui venait de nous arriver de fort loin , s'en saisit sans cérémonie, et , le portant à sa bouche pour se désaltérer, nous le ren* dit , sans s'en douter , privé de tous ses charmes- A la lumière d'une bougie, partie essentielle de notre bagage, j'ai noté à la hâte les événements de la journée, et me suis endormi.

Sj-racusa, le loetle i\ inai. — DePalazzuolo, nous avons traversé un pays sec et pierreux , terminé par un défilé entre des rochers calcaires, dans lesquels on voyait de nombreuses cavités fer* mées de portes, ce qui d'abord nous parut un peu suspect. Mais nous apprîmes bientôt que ces ca-^ vîtes servaient de magasin à blé, usage moins pittoresque que si elles eussent servi de retraite aux banditiy mais plus tranquillisant pour des voyageurs paisibles, qui n'avaient entre eux tous qu'une paire de pistolets, déposée dans un iiéces^ saire de dame. Au-delà de ces rochers nous trouvâmes une plaine dont le sol , couleur de tabac d'Espagne , avait l'appar/^nce d'une haute fertilité, et n'était pourtant couvert que de mauvaises herbes. On y voyait de grands troupeaux de moutons noirs, gardés par des bergers qui ressemblaient fort à leurs bétes, étant vêtus de leur toison. Les oliviers, en Sicile, sont plus beaux

^ 1 8 SYRAOOSfe.

qu'en Italie; il y en a d'énormes, qu'on asstiK, par tradition , avoir été plantés par les Sarrasiud. Syracuse I après le genre dé vie que nous avons mené depuis quelques joiirs , nous semble être un séjour de délices, établis, comme nous le sommes, dans Texcel lente auberge de Gitiseppe Abbate ; les personnes , à qui nous sommes re* commandés, se montrent très-favorablement disposées à notre égard. V intendante, prince Reburdone, a eu l'extrême obligeance démettre sa voiture à notre disposition , pondant notre séjour; plusieurs loges nous sont ouvertes à l'opéra , et tout cela vaut bien le dîner qu'une lettre de recommandation vous procure quelquefois à Pa^ ris ou à Londres; l'équipage surtout est précieux dans un pays où il n'y en a pas à louer. Il cavalière Lattdolini Nava a bien voulu se charger d'être ce matin notre guide, pour visiter les antiquités de Syracuâe, et le signor D. Yincenzo Politi nous en a fait les honneurs après-midi; ce dernier est un artiste, frère de celui que nous avons connu à Agrigente: un homme de qualité et un peintre se partagent ainsi avec une égale bonté le soin de recevoir des voyageurs étrangers. Les rapports mutuels de ces deux personnes nous ont paru également exempts d'un air de supériorité d'uu côté, comme de l'autre, d'un sentiment d'infériorité- Le père du cavalière Ixitido- Uni ISava était un savant antiquaire , et le musée

de Syracuse lui doit plusieurs marbres précieux, surtout une Vénus antique fort estimée : afin de faire goûter pleiiiepient aux connaisseurs ce qu'on appelle le sentùnento de l'artiste, on le fait monter sur une escabelle qui le met à portée des parties de cette statue , où ce sentiment exr quis est le plus sensible. La couleur du marbre, dans ces parties-là, et son poli plus brillant, font assez voir que Texpérience a été souvent répétée par les amateurs de Fart. Le portrait du noble antiquaire lui-même, représenté avec un rouleau de papyrus à la main, se voit au muséum.

^racusa était tout en émoi ce matin , à Toccaeion de certaine visite annuelle qu'une madonna de la cathédrale est dans l'usage de faire à ime autre madonna de certaine église du voisinage. jNous fûmes conduits dans une maison, où la meilleure compagnie de Syracuse se trouvait assemblée, pour jouir de cet 'intéressant spectacle, d'un balcon d'où* la vue embrassait les deux églises; et tout le monde paraissait y prendre grand intérêt. Il est d'usage de laisser s'envoler deux tourterelles, au moment où la madonna sort de l'église; mais cette partie de la cérémonie, on ne sait pourquoi, avait été omise, ce qui paraissait chagriner beaucoup ces bons Siciliens. J'ai lieu de croire que quelques-uns d'eux s'en souciaient au fond assez peu; mais ils se mettaient aussi peu en peine de le mon-

iad SYRACUSE.

trer. On n'a p^s ici, non pins qti'en Italie^ la vanité de faire Tesprît fort, lors même qu'on est esprit fort; et cela est un trait caractéristique des mœurs. Les Italiens nïsjbnt rien parce qu'on les regarde, et ne s^ahstienherit de rien parce quon les regarde. Ceux qui ne croyaient pas fortement à la madonha faisaient tout comme les autres, c'est-à-dire, montraient le même intérêt, non par hypocrisie; que leur en revenaitil? mais par bonhohiie, pour ne pas chagriner ceux qui y croyaient, et sans craindre que des liérétiques comme nous, se moquassent d'eux; sans s'abstenir enfin, parce que nous les vegrirdions. La madonna, de grandeur naturelle, faite d'argent massif et resplendissante de diamants, sortit enfin de l'Eglise portée par un grand nombre d'hommes sur une sorte de palanquin. Les visites de cérémonie ne sont pas longues, et la madonna, qui faisait celle-ci, prit bientôt congé de son amie et rentra chez elle; toute la compagnie alla incontinent lui rendre ses devoirs. Elle se déshabillait lorsque nous arrivâmes; les joyaux, qui avaient fait sa parure, étaient étalés sur sa toilette, et nous admirâmes, entre autres, de magnifiques pierres gravées antiques, qui, bien que d'origine païenne, jouaient ici un grand rôle. Les Siciliens paraissaient de tout aussi bonne foi dans l'amour de leur madonna que dans celui de leur maîtresse , et ne craignaient pas

plusrfavooer l'un que Taulre. Nous nous mimes, après-diner, sous la conduite de notre ami Taritiste, dans Téquipage de notre ami le grand seigneur, et commençâmes par la fontaine d'Are-* thuse, décrite par Cicéron, comme étant incre* dibilimagnitudine etplenissimuspisciwn? Au lieu de quoi nous trouvâmes, au fond d'une sorte de grand puits, une source d'eau peu considérable, autour de laquelle quinze à vingt blanchisseuses»^ pieds nus et retroussées presque jusqu'à la ceinture, étaient à Touvrage, trempant, frottant^ battant, tordant les chemises des Syracusains. Dans ma surprise, je demandai à notre ami, fai* sant fonction de cicérone, fit c^était bien là la fontaine d'Aréthuse : « 3'aime à le croire», répoi)dit-iL

La statue colossale de Jupiter, décrite par ^iodore, fut retrouvée il y a trois cents ans, fort mutilée; elle portait sur la poitrine une inscription grecque: mais les Espagnols, alors maîtres de la Sicile, enlevèrent cette inscription classique jX)ur en substituer une autre, toute monacale, qui est datée 1618. .

La célèbre prison de Denis le tyran n'est pas bâtie, mais creusée dans le tuf: c'était probablement unis carrière qui^, se trouvant avoir une forme propre à répéter les sons, fut employée par le tyran à l'usage que l'on connaît; elle est étroite, élevée, et a sa sommité terminée an-

aaa DEms le tteait.

guIaireiDent; voici sa section ou élévation verticale A 9 et son entrée et plan horizontal B.

Un guide» à Taffùt des étrangers, nous préoé» dait avec un fagot allumé, poui* éclairer le fond de la caverne » et deux boites chargées aiuL« quelles il mit le feu , et dont l'explosion pro* duisit un effet prodigieux. Le ton de nos voix était également multiplié et prolongé d'une manière extraordinaire ; mais Fobjet principal de notre curiosité était le petit trou par lequel le tyran, en y appliquant son oreille, entendait tout ce que ses victimes disaient en secret; ce petit trou tyranniqu^ nous fut en eitet montré, mais à une hauteur inaccessible d'en basu Les curieux peuvent bien , au moyen de»cordes, s'y faire descendre de la montagne au-dessus ; mais ceux qui l'ont fait n'ont rien découvertquipûtnous engager i( répéter l'expérience; d'ailleurs notre axai aùnait à croire que c'était bien là Je petit trou en question, et nous partagions cette disposition»

Le célèbre théâtre de Syracuse est une autre carrière, mais à fleur de terre, laquelle se trou*

SYRACUSE. aa3

i^ant présenter des facilités pour cet objet, fut taillée dans la forme semi-circulaire, en gradins, divisés en plusieurs séries, chacun d'eux, haut de quatorze pouces,* large de trois pieds, et un peu relevé sur le devant. Il y a aussi un amphithéâtre taillé dans le roc, plus petit en proportion que le théâtre, ce qui semblerait marquer la différence de mœurs entre les Grecs et les Romains, ceux-là donnant la préférence aux amusements où Tesprit a quelque part, ceux-ci aux spectacles sanguinaires qui produisent des émotions de fait et non d'imagination. Les serpents fourmillaient dans ces lieux; dérangés plutôt qu'effrayés par notre approche, leurs corps ondoyans et lustrés glissaient doucement sous rherbe parmi les pierres.

Les maisons de l'antique Syracuse ont entiè* rement disparu, mais ses tombeaux subsistent encore, étant creusés dans le roc même. C'est encore ici une carrière à fleur de terre, exploitée en forme de riie, et dont les tombeaux occupent les deux côtés; la façade de ces tombeaux est; souvent décorée de colonnes, engagées dans le rocher; mais les ornements extérieurs sont en général fort dégradés par le temps. C'est dans un de ces tombeaux, que le corps d'Archimède avait été déposé. Un banc, toujours taillé dans le roc, occupe trois des côtés de l'intérieur, qui a douze ou quinze "pieds en carré; le plancher

àâ4 SYRAGUSC.

(encore le roc) semble porter les traces des pas de ceux qui y ont marché, ce qui montre que les Syracusiens n'oubliaient pas les amis quUls avaient perdus. Les traces de l'antique cité sont d'ailleurs si incertaines ^ qu'on ne pe4i^^n assigner exactement la situation ni les limites, et Ton convient à Syracuse qu'il faut les yéiix de la. foi pour les reconnaître, les matériaux ayant servi à bâtir Catania et Messine, où ils furent transportés par mer. Le temple de Minerve, dans la moderne Syracuse, n'a élé conservé que parce qu'il fut transfonné en église chrétienne dès Tanhée ig/i- U est, au reste, défiguré par un mtir dans lequel ses colonnes sont comme ense^ velies, et par plusieurs autres changemeils barbares. Cette moderne Syracuse n'occupe qu'un faubourg de Vancieime ou plutôt son port, étant située sur une péninsule qui Tabritei II y a, dans le voisinage, des figuiers énormes, dont l'ombre impénétrable couvre tme surface de cent vingt à cent trente pieds en diamètre. Parmi les femmes que nous avons eu occasion de voir, dans les familles auxquelles nous étions recommandés, nous en avons trouvé un assez grand nombre qui entendaient le français et l'anglais, qui lisaient,, et paraissaient aimables et modestes, sans affectation. Leur beauté, car elles en avaient un peu plus que la portion ordinaire , était relevée par un teint qui, même dans le nord de l'Europe,

aurait élé admiré. Il y a dans les mœurs heaucoup de bonté, de simplicité, et de celte facilité qui marque la véritable politesse.

Cafaniay i a maL — Bientôt après notre départ de Syracuse, cheminant le long des sables de la mer, nous découvrîmes, à notre gauche, les ruines d'Épipolce^ qui couvraient des hauteurs en apparence inaccessibles. Les. sépulcres de celte antique cité grecque se montraient comme autant de fenêtres, percées sur la façade du roc perpendiculaire qui lui servait de base. Le nombre en était très-grand, et l'effet fort extraordinaire. Nous aurions désiré voir ces ruines de plus prês> mais cette course nous aurait pris beaucoup de temps, et nous avions une grande journée à faire pour arriver à Catania (quarante-trois ujilles), seul endroit où nous pussions trouver im gîte. Epipolœ fut autrefois la rivale deSyracuse, et son égale en pouvoir. Plus loin ,sur les promontoires de la côte, étaient d'autres ruines qui rappelaient iineépoque bien pi us rapprochée, et pourtant fort ancienne déjà , celle où les Sarrasins dominaient en Sicile: ces ruines étaient leurs châteaux*f'orts. La ' chaleur était extrême : les plantes, croissant parmi les rochers de la côte^ avaient toutes un aspect exqtique; nous marchions, sans route tracée, le long d'une plage de sable et de coquillages que Ja mer blanchissait d'écume, et cette mer avait lazur foncé de la zone torride. Tout ce qui s'offrait à nos

If. i5

226 l'eTNA.

regards, nous-mêmes, ou du moins notre manière de voyager, etjusqu*à notre solitude, suggéraient l'idée d'une caravane allant à la Mecque, le long des bords de la mer Rouge; cela semblait tout autre chose enfin qu'un voyage en Europe. En nous éloignant dé la mer, nous traversâmes des terres cultivées et pûmes compter trente hommes à-la-fois, piochant une vigne taillée basse comme en France, et non sur des arbres corhme en Italie. Ils étaient proprement vêtus de grosse toile, et portaient le bonnet phrygien. L'un d'eu^ nous salua; nousrendîmes le salut, et tous alors ôtèrent leurs bonnets. Je ne remarque une circonstance aussi peu importante, que pour faire voir que le peuple sicilien n'est pas plus grossier que les autres. Non loin de là se voyait un tombeau antique, construit de gros blocs de pierre. Après plus de trois heures de marche , nous traversâmes une coulée d'ancienne lave, qui passait entre deux rochers calcaires. Comme l'Etna était encore trop loin (environ quarante milles), et qu'il n'y avait aucun volcan dans le voisinage, il se pourrait que ce fut du basalte. Une autre, coulée noire et stérile s'oTfrit encore à nous bientôt après. L'Etna paraissait au loin , bleu comme le ciel , derrière d'autres montagnes de couleur obscure ; son capuchon de neige descendait irrégulièrement sur ses flancs. Un sentier inégal et rude, ombragé de myrtes, d'oléandres, de Cguiers et d'amandiers ,

XAVE AHTTQUE. 2^7

nous conduisit à une vallée où nous fîmes halte à la porte d'une vieille tour, seul endroit habité, où, dans tout le cours de la journée, nous eussions pu trouver de quoi donner à manger à nos bétes et jouir d*un abri pour nous-mêmes. Les habi- • tânts de cette triste demeure avaient l'air pauvre et nEialade; et, d'après ce qu'ils nous dirent, ils étaient sujets à la même espèce de fièvre que les gens de la campagne de Rome. Il eût été dangereux pour nous d'y passer la nuit ou même de traverser le pays au coucher du soleil , quoique l'on puisse impimément couôher , à un demi«mille de là, sur les sables de la côte, enveloppé d'un manteau. Le bétail de la ferme, insensible au inaV ariay était magnifique ; oe n'était poiqt la race cendrée d'Italie , mais celle de Suisse , d'un rouge brun.

 mesure que nous approchions de l'Etna, les coulées de lave (de véritable lave) devenaient plus fréquentes, et la route de Catane (car il y a des routes près de cette grande ville), traversée plusieurs fois par ces laves, avait été déblayée à grands frais. Bn entrant à Catane, par une trèsbelle porte, nous avons été frappés des tristes effets du dernier tremblement de terre. La moitié dés maisouB étaient étayées, et d'innombrables pièces de bois appuyées contre leut*s murailles obstruaient les rues remplies de monde. IjCs ha-, bitattts, entièrement revenus de la peur qu'ils ont

■ ■ ïf ■

aa8 ciTAKSi

eue si récemment , s'arrêtaient poui* ùoùs toir passer, comme s'ils n'avaient pas eux-mêmes été (les objets beaucoup plus curieux. Le^rues étaient ])av^es, comme à Naples et à Messine, de grande» dalles de lave, et les maisons neuves et régulières; car, les tremblements de terre ne leur donnent guère le temps de vieillir, et leur sort est d'être renversées ou englouties de temps à autre. Dans l'année 1669, une rivière de feu, large de quatre milles (une lieue et un tiers), rencoûtra, dans sou cours, les murailles de Gatane, et, quoi-s qu'elles eussent soixante pieds de hauteur^ passât par-dessus en plusieurs endroits, traversa la ville, et, débauchant dans la mer, forma un môle énorme, qui ajoute à la sûreté du port. Vingtqu-^tre ans après, un épouvantable tremblement de terre ensevelit dix-huit mille personnes sous les ruines de leurs maisons, et quatre-vingt-dix ans plus tard, Catane souffrit encore, par une de ces terribles crises de la nature ; c'était celle qui causa tant de malheurs en Calabre, et ren-^ versa Messine le 5 février 1783. Pluaeurs autres, moins violentes, ont depuis effrayé les ha» bitants, et notamment celle du no février dernier, qui ébranla toutes les maisons et lés édifices puljlics, et en renversa plusieurs^ Les habitants lurent cependant avertis par divers signes précurseurs : l'agitation extraordinaire de la mer fit que , dans des eaux profondes^ les navires heuf-

CÀTANË. û:^9

taiènt le fond; on vit des flammes légères par^ courir les flancs de TEtna, et l'air devint trèschaud pour la saison. Bientôt la surface du sol parut avoir le mouvement houleux de la mer; ce mouvement était de Test à Touest; il faisait en- Ir'ouvrir et refermer les murs. Les habitants, quittant en foule leurs maisons, passèrent la nuit dans les places publiques et les lieux découverts : encore à présent, une partie d'entre eux continue de demeurer dans les cabanes en bois, couvertes de nattes, qu'ils avaient construites, n'osant pas rentrer chez eux.

Notre hôte de Syracuse , Giuseppe Abbate, nous avait accompagnés à Catane, où son père tient auberge; et, sous sa protection, nous fumes d'ait'* tant mieux traités ; aussi nous oubliâmes bientôt, dans le sommeil i des fatigues augmentées par la grande chaleur, et songeâmes peu que nous reposions sons le toit d'une maison qu'un tremblement de terre avait si récemrflent ébranlée.

Le prince de Biscari, déjà plus d'une fois cité, avait été le fondateur du musée de Catane , maintenant fort riche, en médailles principalement. Il dépensa un million,argentde France (i), à faire des fouilles pour découvrir l'antique cité de Catane, et trouva, sous plusieurs couches alternatives de lave et de substances alluviales, à nue

(i) Le prince de Biscari jottissaii d'un revenu de 8o;00(i. onces, environ x million monnaie de France.

a3o CXTAJS£.

grande profondeur, des portions du théâtre, de l'amphithéâtre et des murailles de la ville; des bains, des temples, plusieurs statues, un éléphant de lave, portant s^ur son dos un obélisque d*Egyptc. La courbure des gradins du théâtre fait voir que la circonférence, dont ils faisaient partie, avait été immense, et la statue colossale de Jupiter, trouvée dans ce théâtre , quoique très-mutilée, prouve assez que Fart de la sculpture était porté à un haut degré de perfection. Tout près du grand théâtre il y en avait un fort petit, auquel le pririCe de Biscari donne le nom d'OcleOj et qu'il dit être le seul alors connu; mais, un autre de ces théâtres, en diminutif, a depuis été découvert à Frasçati, à côté d'un grand théâtre. En haine du paganisme, l'amphithéâtre avait été fort endommagé par les Normands, lors de leur conquête; et, dans le treizième siècle, le roi Frédéric se servit, pour rebâtir les miu^s de la ville, des pierres qui s'élevaient encore au-dessus du niveau, des cendres et de la lave. Dans la suite, la ville s'étendit .au-dessus du site de cet amphithéâtre; mais les fouilles du prince de Biscari ont pénétré jusqu'à sa base, où l'on a trouvé beaucoup de chambres ou loges pour les aniniaux destinés au combat. Il y en avait, je crois? deux centsXes murailles de la ville étaient comme ipoulées dans la lave qui les couvrait, malgré leur hauteur de cinquante à soixante pieds. Les pierres

CATAKE. !23l

n^adhèraient pas à la lave, qui cependant en conserve l'exacte empreinte. lille s'était retirée ien se refroidissant. Un antique ruisseau qui coulait au pied de la muraille a continué de couler sous la lave depuis Tannée 8ia, protégé, il est vrai, par des dalles qui le recouvraient. Depuis que cette eau a revu le jour, les blanchisseuses modernes sont venues occuper de nouveau le poste des anciennes. Le musée possède un grand nombre de ces vases antiques que, faute d'un meilleur nom, on est convenu d'appeler étrusques. Ils se ressemblent tous; et, s'il est permis de le dire, la forme etles ornements en sont peut-être un peu plus admirés quHls ne le méritent : ces ornements, toujours les mêmes, sont rarement bfcn dessinés. Quant aux formes, lorsque les vases dont nous nous servons, pour les usages les plus vils commepour les plus relevés, auronttous iété déguisés en vases étrusques, et seront par conséquent devenus vulgaires, peut-être s'aperce vra-t-on que ces formes tant vantées ne sont ni solides ni commodes, et qu'elles ont, au fond, peu de beauté. Les gens du siècle passé se sou/vîennent des magots de la Chine, qui ornaient tous les salons; ils eurent une aussi grande vogue que les vases étrusques, et l'on aurait eu aussi mauvaise grâce de leur manquer d'égards, il y a cinquante ans, qu'aux vas6s étrusques d'à présent. On trouve au musée de Catane une collection

des anciens habillements siciliens, de ceux des femmes en particulier; des chemises brodées et des falbalas du moyen âge ; des souliers de bal qui datent de Roger^le -Normand, et. dont les semelles épaisses feraient penser que le climat de la Sicile était alors fort humide ,.ou que les dames étaient bien sujettes à s'enrhumer.

L'université de Catane a trente-deux professeurs et environ cinq cents étudiants, qui vivent dans des maisons particulières , et ne sont assujétis à rien qu'à suivre les leçons et à subir les examens nécessaires pour pouvoir obtenir leurs degrés. La plupart se sont momentanément éloignés, en conséquence du dernier tremblement de terre. Le professeur d'économie politique ne pouvait pas pardonner à Adam Smith d'avoir attribué une sorte de prééminence à l'agriculture sur toute autre espèce d'industrie, et nommément sur le commerce; distinction renouvelée deQuesnay, et en elle*méme peu digne, il est vrai , de ces deux hommes illustres. Autant vaudrait-il disputer sur la prééminence du sang dans l'économie animale, comparé au cœur qui le fait circuler, celui-ci n'étant qu'un instrument et l'autre le principe même , ou tout au moins l'aliment de la vie. Le traitement des professeurs de cette université varie de 4o à 80 onces par an ; ils ne reçoivent rien des étudiants, et ils n'apprenaient pas sans surprise que les professeurs du collège d'Edim-

GITANE. a 33

bourg ciis$ent^ quelques-uns d'eux, jusqu'à cinq cents étudiants à leurs leçons, de chacun desquels ils reçoivent environ loo francs, formant un revenu annuel de 60,000 francs; sur moyen d'avoii* des professeurs qui enseignent et des étudiants qui écoutent pour tout de bon. Adam Smith a prouvé le bon effet de cet arrangement, et sa théorie à ce sujet aurait du lui faire pardonner celle qu'il a émise relativement au commerce .et à l'agriculture, tout au moins par un confrère professeur.

La bibliothèque de l'université , qui cçntient soixante*dix mille volumes, s'accroît chaque année; et la collection de médailles est trèsriche. De nombreux états indépendants divisaient autrefois la Sicile : c'étaient la plupart des républiques toujours ennemies. Chacune d'elles aspirait à perpétuer la mémoire d'événements qui, à la distance de vingt siècles, peuvent nous paraître assez insignifiants, mais qui étaient pour elles de la plus grande importance. Au lieu d'écrire des livres, l'on frappait des médailles : c'était l'histoire de ces temps-là. Des guerres fréquentes et surtout d'affreux tremblemcRts '^e terre dispersaient ensuite, enseveli&saieut ces médailles , qui maintenant sont souvent retrouvées; car la source est loin d'en être tarie. On croirait que c'est une production annuelle du sol sicilien. Elles sont en général exécutées avec

a34 CATijïÊ.

beaucoup d'art, et leur inspection montre asseas que ces républiques étaient parvenues à un haut degré de civilisation. L^on trouve encore à Gitane d'autres collections de médailles, celle surtout du cavalière Giovani^ qui en possède aussi une des minéraux de l'Etna. Je crois que c'est là que j'ai vu un accident minéralogique assez curieux : c'est la tête d'un chien avec de belles dents blanches , qui fait partie d'un morceau de poudingue ou brèche, dans lequel il est aggloméré, avec différents fragments de pierre, par un ciment commun. L'on compte à Catane quatrevingts familles nobles dont les revenus divers sont de 3 à 8,000 onces par an (de 36 à 100,000 francs.) Leurs fils sont pour la plupart envoyés a l'université; aussi les hommes sont-ils en général instruits : mais les femmes diffèrent peu* des Italiennes. Le grand voile noir, qui les couvre de la tête aux pieds, est ici bordé d'un galon d'or, et a très-bon air.

La Sicile passe pour un coupe-gorge , où l'on ne voyage qu'avec grand da^nger. En Italie, et même à Naples,.où l'on n'est pas gâté quant à la sûreté des routes, voilà l'idée qu'on s'en fait; mais à notre arrivée à Palerme nous fumes mieux informés; et nous savons à présent, par expérience, que l'on vole fort lestement en Sicile, mais sans violence. Le pays autrefois était, il esJL vrai, infesté de brigands, et les mesurés qui

Ten délivrèrent méritent d'être connues. Pendant la courte durée de la constitution , on dit même plus anciennement 9 la Sicile fut divisée en vingttrois districts, qu'on pourrait appeler centuries ^ comme dans le royaume de Bourgogne et comme les hûndreds du roi Alfred, en Angleterre. Dans chacun de ces districts on nomma un capitaine {capitano)^ choisi parmi les habitants riches, et d'un caractère honnête et ferme , à qui on donna quatorze cavaliers bien montés, bien armés ^ l>ien payés, et, de plus, choisis parmi les brigands les plus renommés. Au moyen de cette force , le capitaine doit ptirgér son district de voleurs et pourvoir à la sûreté publique. Il réj'ond personnellement des vols qui s'y commettraient. Cet arrangement a eu un plein succès. Ainsi trois cent quarante-cinq hommes font qu'à présent, l'on voyage dans l'intérieur delà Sicile, avec le même degré de sûreté à-peu-près qu'en France. On ne saurait dire pourquoi le même expédient n'est pas adopté en Calabre et dans toute lltalie.

Une journée de travail , à Catane, où les pauvres semblent assez nombreux , se paye 3 à 4 tarini (27 à 36 s'.); mais à l'année, 1 tarini seulement j le pain, i tarino pour cinquante-cinq onces (environ 3 s. la livre); la viande, 5 s. la livre. Les meilleures maisons , avant le dernier tremblement , se payaient seize louis par an.

a36 MOSfT ÉTBfAi

Nicolosiy \[\mai, — Nous ii*avionô pas eu de pluie depuis notre arrivée en Sicile ; elle comînençaà Catane, et a continué une grande partie du temps que nous y avons passé. Nous en sommes partis aujourd'hui à midi, et quatre heures de montée nous ont amenés ici. Le pays que nous avons traversé portait tous les caractères cte ta plus haute fertilité, et la vue était partout maguifiique} maisleshabitationsavaientbeaucoup souffert des effets du tremblement de terre : nombre de maisons étaient en ruines, et le rapprochement de tant de beaiités naturelles et de tant de calamités était triste. Nous remarquâmes une église encore debout, dont on n^osait sonner les cloches qu^au moyen d'une longue corde qui sortait du clocher, etquel'on tirait de loin. Nous étions recommandés aaprincipal habitant deNicolôsi, \t signor Mario GemmelarOy dont notre arrivée interrompit, je crois, le repos au milieu du jour, mais qui ne nous reçut pas moins avec beaucoup de politesse et de la manière qui nous était le plus agréable. Il nous fit tout de suite voir le logement quMl pouvait nous donner (deux grandes chambres); il chargea la servanta d*aider notre domestique à se procurer tout ce dont nous avions besoin , et nous laissa consulte en pleine liberté, après nous avoir cependant montré sur un rayon, quelques livres qui, ayaot rapport à l'Etna, pouvaient nous être utiles et agréables. Après le

dihér, notre hôte prit le café avec nous, et nous fe trouvamesinstruitetagreable.il possédait, sur sîi montagne en particulier, beaucoup de faits observés avec soin ; il savait le latin , et lisait le français et l'anglais. Sa maison, située au tiers de ha hauteur de l'Etna , et construite de manière à braver la violence des tremblements de terre , occupïiit les trois côtés d'une grande cour, et n'avait qu'un rez-de-chaussée , dont les murs , très-épais , étaient hauts de dix à douze pieds seulement, et^dont le toit, formé de b<imbous, était très-léger. Notre hôte, sa maison, sa servante, l'air respectueux des gens qui venaient lui parler, nous donnèrent l'idée d'un /air^ écossais des liantes terres dans son manoir.

Nicolosi^ i5 mai, — Nous étions à cheval à quatre heures du matin (heure à laquelle dans cette latitude-ci il ne fait pas encore jour), et commencions à gravir la montagne, dont le sommet, couvert de neige, se découpait nettement sur la sombre profondeur d'un ciel sans nuages. Immédiatement au-dessus deNicolosi, nous traversâmesunevasteétendue de cendres oudésable volcanique; mais, laissant bientôt cette région désolée, nous atteignîmes la zone boisée de l'Etna. A cinq heures , le .soleil se leva dans toute sa splendeur, sur notre droite, après un très-court crépuscule. La zone boisée est couverte de grands chènçs, trop souvent dépouillésde leursbranches

a 38 Moirr exota.

et quelquefois de leur cime entière par les diarlionniers qui étaient à Fouvrage dans mainis en* droits autour de leurs cônes enfumés^ Le feuiilage de ces arbres était déjà du vert le plus éclatant. La fougère déroulait ses jeunes pousses parmi les fleurs du premier printemps, déjà passé au pied de la montagne ^ et le rossignol , l'alouette et le coucou, animaient par leurs chants les ombrages de la foret. A six heures et demie , nous observâmes des hêtres parmi les chênes et la végétation de ceux-ci était beaucoup moins avancée. Bientôt nous atteignîmes la grotte aux chèvres (/a spelonca' délie capriole) , également connue sous le nom de Grotte aux jonglais, e^ raison du grand nombre des voyageurs de cette nation, qui y ont passé la nuit en montant l'Etna. Elle offre un excellent abri contre le vent et la pluie, et nous eussions bien mieux fait d'y coucher. Tentés par les restes d'un feu que nous y trouvâmes, nous nous y arrêtâmes et prîmes quelques rafraîchissements , tandis que nos chevaux mangeaient l'avoine. Un peu après sept heures , poursuivant notre route, nous dé;passâmes la forêt et renvoyâmes nos montures. L'escaq^e* ment et l'inégalité du terrain augmentaient; nous avions atteint la neige qui ; suffisamment dure pour nous porter et n'étant point encore glissante, n'opposait aucun obstacle à notre marche. Le vent , au contraire , qui s'élevait par degrés,

UOVT ETKA. a 39

nous devenait très-inconiniode , et les nuages, s'araoncelant autour de nous, interceptaient la vue des objets éloignés. A neuf heures , le vent était devenu un ouragan , le froid était excessif et un épais brouillard nous enveloppait; la montée beaucoup plus raide était tellement glissante et fatigante , qu'il fallait de temps en temps se coucher pour reprendre haleine pendant une ou deux minutes. Nous reconnûmes qu'en marchant de coté et rompant à coups de talon la croûte durcie de la neige , on se maintenait dans u/ie assiette plus sûre, de manière à éviter de glisser ; car une chute aurait pu être fatale en raison de la difficulté de s'arrêter, une fois lancé sur ce plan incliné de glace. Les cendres , lorsque nous en rencontrions , étaient iin grand sou* lagement ; l'un de nou^ eut son chapeau enlevé par le vent, bien qu'il fût attaché, et en un instant on le perdit de vue. Nous arrivâmes ainsi à la maison anglaise y lieu de refuge, construit en i8to, par les soins du général Duncan et des Anglais stationnés à Messine, ainsi que par ceux de notre ami M. Gcmmelaro , qui plaça des pierres milliaires pour guider les voyageurs de Nicolosi à ce4te maison ; la treizième de ces bornes est la seule qui soit restée debout. Nous ne pûmes pénétrer dans la maison , dont le toit et le haut de la porte s'élevaient seuls au-deasu6 de la neige. A peu de distance sur notre droite, on apercevait

^4^ MOKT ET^Â.

avec difficulté , par suite de Tétat de l'atmosphère^ la tour du philosophe, torre del filosofo. Cet ^utre lieu de refuge que les iretnblements de terre et les torrents de lave ont jusqu'à ce jour . épargné, comme par miracle, est antique. Quelques inscriptions trouvées sur les lieux font voir qu'il est de construction romaine. Ce fut justement ici que , parvenus à huit cents pieds audessous de la cime de l'Etna (i), nous renonçâmes à tout espoir d*y atteindre. C'était à grand'peine que nous pouvions nous soutenir contre la violence du vent et les fragments de glace qu'il chassait devant lui ; il était en outre impossible de rien voir distinctement au-delà de quelques toises; enfin, malgré la précaution que j'avais prise d'attacher solidement mes souliers avec une corde passée autour de chaque pied, un faux-pas me déchaussa , et toutes les tentatives pour remettre mon soulier furent inutiles ; mes doigts engourdis, ainsi que ceux de nos guides , n'en purent venir à bout. Gra\ir le cône en pantoufles eût été par trop magnanime: il nous fallut donc, en dépit de nos regrets, revenir après sept heures de fatigues ; et , pour ajouter à notre mortification^ l'alouette invisible au* dessus de nos têtes insultait par ses chants à nos impuissants efforts. S'il nous eût été possible

(i) On a trouvé que le mercure descendiTit d'un pouce, du bas du cône i\ son sommet.

MOUt STHA. %^t

d^atteîndre le somroet de l'Etna , et si le tertips eût été assez beau pour nous permettre Fusage de nos yeux , notre vue eàt embrassé un cerele de cent trente-huit milles de rayon, c est-à-dire ^' à-peu- près toute la Sicile, la Calabre , la cime du Yésuve et les points élevés de Tile de Mahe. Virgile nous représente les Troyéx» à leur sortie du golfe de Tarente , découvrant toat-à-coup le fumant Etna : ce qui prouTe que sa hauteur a<;taelle est, à peu de chose près, ce qu'eHe Ifttait quand Virgile écrivait. £n descendant nous visitâmes plusieurs des cratère» inférieurs dans lesquels, font subalternes qu'ils paraissent, les af^ £aires de FEtna s'expédient réellement, tandis que IjB grand cratère du sommet n'est qu'an volcan d*ap)>arat, qui, dans les grands jours, élève an ciel ses colonnes de flamme et de fumée, et joua au bilboquet avec d'énormes quartiers de roc (i) qu'il lance et reçoit tour-à-tour. C'est des cratères inférieurs que sortent ces laves en fusion qui, descendant le long des flancs de TEtna, dévorent ses forét&, ses villages tout entiers , ses <^arops fertiles et quelquefois repoussent la mer

(i) Oh «ptvçpit. ditUnctement, et Toa peut stÙTre des yeux les nasseï de rochers incandescents, dans leur tmjet aérien , comme on verrait une bombe lancée d'un mortier. Quelques-unes ont mis jusqu'à vingt secondes à retoipjker, ayant atteint à l'incroyable Hauteur de six mille pieds an^ dessus du eratère.

II, ï6

14^ Hoirr inrM.

loin de se^ rWage». Plusieurs amoncelleofteûts €0* niqties portent en commun le nom de Monté Rosso , de la couleur des scories dont ils sont composés. Nous iumes voir le Monte Rosso qui est situé le plus près du grand cratère^ et par lequel se fit jour la terrible éruption de 176?; puis beaucoup au-dessous, nous vîmes aussi Monte Nero et Monte Leone ^ où un savant du seizième siècle rencontra le sort de Pline; et enfio mi autre Monte Rosso^ le même d'où s'échappa le torrent de lave qui , en 1669 , détruisit ta mohié de Catane. Toutes ces accumulations régulières , que forment les cônes des divers cra<tèrés du volcan , sont semblables. A Textérieur , c'est un pain de suCre , à Tintérieur un entonnoir* Il ne faut pas croire que ces ouvertwes ou cratères soient tout simplement des trous percés dans le flanc de l'Etna; chaque éruption latérale est précédée d'une déchirure , longue souvent de plusieurs milles j qui se fait tout au travers de l'enveloppe de la montagne^ et dont l'extrémité inférieure donne passage au courant de lave , et devient un cratère. Nous suivîmes la traiîç de plusieurs de ces déchirures qui s'étendaient fort loin y et nous pouvions sentir la cfaa- Icuc et les vapeurs humides qui s'en exhalaient encore. Lors de la mémorable éruption de 1669, l'Etua se fendit du haut en bas , sur une longacyi^r de douze milles , et la crevasse avait six

It02ft ZT]fA> Ù4)

pieds en largeur. D^autres crevasses s'ouvrirent inarallèlemeiit à la première avec un bruit qui fut c«t»»daàladislance de quarante milles. La nuit, on en voyait sortir une lumière éclatante. Quoique le grand cratère parut tranquille pendant l'ériiption^ son c6n6> croulant sur lui-même, laissa un gouffre effroyable de plusieurs milles en largeur et d'une incalculable profondeur, que comblèrent les éruptions subséquentes, un nouveau cône s'éievant à la place de l'ancien. Le torrent de lav« «le 1669 qui avait deux milles en largeur , rencontra sur son chemin un ancien cône au travers duquel il se fit lïn passage par la fusion seule, et, poursuivant lentement sa route , atteignit ^ifin tes murailles de Catane, qui d'abord l'arrêtèrent ; à la fin , quoiqu'elles fussent hautes de soixante pieds, il passa par-dessus. La ville de Catunia semblait perdue sans ressource; ce* pendant, il n'y eut que trois cents maisons de brûlées. Enfin , le courant principal se fraya un chemin jusqu à la mer ^ après avoir parcouru quinze milles : il avait quarante pieds de hauteur sur dix-huit cents pieds de largeur. La lave, qui n'était qu'à demi liquide , retardée dans sa course par l'inégalité du sol et avançant plus rapidement en haut qu'en bas, ne coulait point, mais jroulait, et, s'avançant ainsi dans la mer, produisait d'affreux si£Elements. Pendant cette même éruption, un rocher mesurant cinquante pieds

cabes tomba à k distance d ua milie du craière> après avoir décrit une parabole de prodigieuse dimension , et s'enfonça <le vingt-<?in<| pieds dans le sable volcanique. Des petits fragments du poids de quelques onces et allant même jusqu'à treize ODces, atteignirent la distance de quinze milles dans des lieux où la pluie de cendres intcroep* tait complètement la lumière du jour. Ces cendres &irent portées par le vent jusqu'à Yiie de Malte ^ éloignée de cent cinquante milles*

En traversant la zone boisée de l'Etna , comme nous cheminions le long d'un ancien courant de lave, nous remarquâmes que plusieurs des arbres qui en étaient à huit ou dix pieds se trouvaient d'un côté réduits en charbon , tandis que le côté opposé était plein de vie ; d'autres arbres , crois* sant beaucoup plus près de* la lave^ paraissaient intacts. Le fait est, que la lave en fusion se recouvre d'une épaisse croûte qui ne renvoie pas beaucoup de chaleur; mais quand ce^te croûte vient à se rompre accidentellement et à.tomber^ alors toute substance coipbustible placée k un0 certaine distance s'embrase aussitôt. Lorsque le torrent approche d'un arbre ^ la sève transude et humecte Téçorce , et quoiqu'une flamme légère brille alors à sa sur&ce , l'arbre cependant en réchappe souvent. Dans une éruption qui eut lieu justement vingt ans après celle, que je viens de décrire , quelques curieux s'étant aventurés

MONT £TNA. a45

trop près du courant de lave, un filet qui s^en détacha , vint à pénétrer au travers des interstices d'un ancien monticule volcanique, sur lequel ils s'étaient placés, afin de mieux voir, et cette émiaence entrant soudainement en fusion sous leurs pieds; deux d'entre eux périrent sur le lieu même, et deux autres plus tard des suites de l'accident. Recupero en raconte un autre semblable : « Je montii , dit-il ( 1 766 ) , sur une butte a formée de lave ancienne dans le dessein d'ob- 0^ server l'approche lente et graduelle de l'im- 5c mense coulée de lave qui avait deux milles et « demi de largeur ». Mais, pendant qu'il était oc-> cupé à la contempler, son guide lui fît observer des filets détachés du courant principal qui , 'avançant plus rapidement que le reste (ils parcouraient quatre-vingts palmes en huit minutes) , touchaient déjà le monticule sur lequel fis étaient montés, et qu'ils se hâtèi'Pnt, en conséquence , de quitter. Ce monticule avait cinquante pieds d'élévation et se composait d'énormes fragments de luve amoncelés et séparés par des interstices où croissaient des arbres. En moins d'un quart d'heure ceux-ci commencèrent à flamber, et le monticule s'affaissant finit par couler avec la lave. Ceux qui prennent plaisir à lire des descriptions de ce genre , peuvent eu chercher dans les deux gros volumes du bon Canonico Récupéra^ le même, auquel le voyageur Brydone prodigna

î46 It05T tmi.

SCS imprudents éloges. On peut également recourir à un ouvrage bien plus récent , meilleuf et moins volumineux, qui a été publié pat \ Abbate Ferrara^ PalermOy i8i8. C'est là qu'on trouvera décrits les mugissements de la terre et ses soubresauts, les broiements réciproques des rocs embrasés , qai s'élèvent en colonne au travers des aiîrs avec différents degrés de vélocité J le rdiementj le gargouillement du volcan plein jusqu'au bord , mais qui ne couici pas encore; lé cri perçant de misericordia écbarppé à la population entière, qui voit la mort s'approcher. Ré^ cupero rapporte des faits géologiques fort curieux. Tels sont l'existence de coquillages marins trouvés- snr d'anciennes laves de l'Etna, et, des lits de terre végétale interposés entre des couches de lave. Il parte aussi de certaines urne$ antiques remplies de cendres et d'ossements que l'on a trouvés sur de la lave , et cite ce £iit en preuve de l'antiquité de cette lave. Mais que font tes quinze ou vingt ou trente &»iècles d'antiquité que cette découverte prouverait , si on les compare aux milliers d'années en faveur desquels déposent les couches de terrcf végétale alternant! avec des couches de làve, et surtout les coquillages marins à la hauteur de douze ou quinze cents pieds au-dessus de Nicolosi, cinq mille pieds y par conséquent , au-dessus du niveau de la mer ! Nous trouvâmes des vignes qui crois*

MÔKT ÊTNA. 447

saient fort bien dans les interstices d'une tave dure et stéiîle, où le vent, la pluie et la fonte des neiges ont accumulé un peu de terre , qui est couleur de chocolat, légère , friable et qui contient des particules brillantes. Dans les régionv^ supérieures de la montagne, le sol végétal^ len** tement formé; est bientôt entraîné par les vents ou les eatix ver& la base de VEtna ; et c'est ainsi que s^éxpKque son étonnante fertilité. Quelques sources jailtissent au pied de la montagne , mais on n'en voit aucune près de son sommet. Nos guides (1), supérieurs à tous égards à ceux du Vésuve, étaient des jeunes gens instruits et de bonnes manières, Tun et Tautre actifs et vigoureuse. En descendant, nous rencontrâmes fin joH enfant de cinq ans, fils de l'un d'eux , qui s'était hasardé tout seul et assez loin sur la plaine de cendres, pour venir au^evant de son père. Ces cendres, que nous avions déjà traversées avant le jour , couvrent un espace de plusietirs milles et datent de Tannée 1669; cependant elles n'ont encore rien perdu de leur première ^érilité, si ce u^est en quelques endroits où des arbres à demi enterrés, ont survécu k la catastrophe.

Pardini , 16 mai. — Notre hôte obligeant de Nicohsi s'était levé ce matin de bonne heure , 'Hfîn de nous Are adieu, et nous fîmes, en par-

'{1) Antonio Iklazzaglio et Autonîo TomascHo.

a4S Btoirr trsA.

tant, un échange de livres, comme souvenirs; U nous donna la relation &ite par lui-même , de réruption de 1 809 , ainsi qu'une carte du mont £ti)a , et nous lui offrîmes en retour Texcellente traduction italienne du Giaour de iordBjron,par M. Rossi > genevois. Tandis que le bagage prenait la route directe ou plutôt le sentier, conduisant à la NtaiziatUy nous allâmes à cheval, accompagnés d'un guide , voii* le célèbre châtaignier connu sous le nom de Castagno dei cento cavalU ^ par la raison que cent chevaux pourraient à-lafois trouver place sous son ombrage , et à la rigueur, dans son intérieur. Cette course, faite sur des courants refroidis de lave raboteuse, souvent au bord de précipices qui exigeaient toute la sûreté du pied de nos montures pour s'en tirer sans accident, nous prit sept heures. Chemin fgûsant, nous eûmes l'occasion de remarquer les funestes traces du tremblement de terre, qui eut lieu en février dernier ; surtout au village de Rufarana ^ où la chute du toit voûté de l'église écrasa le curé , avec quarante et un de ses paroissiens. Parmi les victimes, il ne se trouva pas une seule femme; elles avaient été à l'église dans la ttiatinée, et le service du soir n'était célébré que paur les hommess , que leurs travaux avaient retenus dans les champs ce jour-là. Les ejifants du village s'ébattaient joyeusement parmi les ruines, et noks obser vàiTies de Jeunes femmes qui , oubliant

iioirr rrjxi. a^g

les morts, ajustaient, pour plaire aux vivants, de grands voiles noirs qui leur allaient fort bien.

L'on remarque que la lave d'une grande éruption, qui arriva la première année de la quatre* vingt-seizième olympiade ^ et dont se forma le promontoire à!Jci^ est encore presque partout dépourvue de sol et de végétation, tandis que celle de Tannée 1669, plus récente de dix-huit siècles, se montre déjà couverte de vignes et cFarbrea fruitiers. Au fait« la lave compacte n'est guère plus susceptible de décomposition que la plupart des rochers ; mais les scories se décomposent aisément , et probablement que la lave de 1669 en avait beaucoup. Le promontoire àiAciy dont je viens de parler, a neuf cents pieds de hauteur ; mais loin d'être formé de la lave d'une seule éruption , il n'offre rien moins que les traces de neuf éruptions successives et les couches de lave alternent avec des couches d'argile. La merveilleuse fertilité du sol sur toute la base de l'Etna , et la vigueur des plantes et des arbres, nous avaient en^quelque sorte préparés au prodige végétât que n^s allions voir, eijorsque le châtaignier 'a^3: fient cbè^aux^ parut à notre vue , il ne nous ^irfifil p^cTabord f jktfél&ement; son effet iR|ir*1HHfi Inft le fÊKfilâfl ^ la réflexion et d'un •IPPIW attentif. Voici fa section horizontale de Tartre, où les cinq divisions se trouvent marquées avec leurs iptervalle^. Cette esquisse en

donnera une idée plus claire qu'aucune desa-iption.

• Écorce tout «it<MiP}lM«utm«rbM»d'i« c4(b Bcatennil.

Môirt trifk. . aSi

hecupero affirme, qu*ayatit iâit creuser autour du tronc, il a trouvé, dans les întervailes des cinq divisons, une continuité de racine et de l)Ois mort. L'aspect actuel est certainement celui d'un groupe circulaire de cinq gros arbres dont Tun est sain et revêtu de toute son écorce, tandis que les quatre autres, revêtus de la leur, d'un coté seulement , sont entièrement creux et découverts de l'autre, et ont l'air d'être les restes de très-gros arbres, quoique infiniment moins gros que le géant végétal dont ils marquent la circonférence de cent dotue pieds. Cette circon*> fcreuce, mesurée en dehors des protul>érances des racines qui grossissent l'énorme base, serait même .de cent quatre-vingts pieds. I^s mat* tresses branches, bien que vigoureuses et dé grande dimension, ayant perdu leurs extrémités , la masse de feuillage n'était aucunement en rapport avec le tronc. L'on voyait, dans le voisinage , à la distance de quatre cents pas, d'autres individus de la même famille gigantesque ; )*un d'eux parfaitement sain , se divise en deux , en sortant de terre, de manière à donner un diamètre de vingt-quatre pieds dans un sens et de dix à douze dans l'autre sens. Le second châtaignier avait quarante-cinq pieds de circonférence ; il était creux et présentait , dans son intérieur, des sortes de stalactites végétales; Oe jeunes Hges , de six ou huit pouces de dia*

mètre, qui se joignaient par le sommet au vieux tronc, faisaient Teffet de stalactites dans une caverne. Il est probable que , l'inlmeur de l'arbre tombé en pou^rilut'e, étant devenu terre végétale, des racines poussèrent au travers jusqu^'au sol, mais qu'avec le temps, cette terre, entraînée par Teau des pluies , abandonna ces racines intérieures, qui, exposées à l'air, devinrent autant de tiges renfermées dans l'antique tronc. A. un demi-mi!ie de là était un quatrième arbre de la même espèce , mutilé par la dme , mais dont le tronc , parfaitement conservé , avait environ soij^ante-dix pieds de circonférence , c'est-à-dire, treize fois l'étendue que mes bras pouvaient embrasser, lie terrain dans lequel croissaient ces arbres, couleur de tabac d'Espagne, semblait trèsmeuble et fin. Le fruit, surtout celui du plus grand arbre est encore abondant, mais fort petit et de qualité médiocre. Ils croissent tous à environ quatre mille pieds au-dessus du niveau de la mer. •

Le sentier par lequel nous descendîmes à la JVunziata ^ suit précisément le cours du torrent d'eau bouillante qui, en 1776, balaya le flanc de l'Etna , et dont les traces sont encore visibles. Toutes les fois que ce dangereux sentier nous laissait le loisir de regarder autour de nous , nous admirions les points de vue que présente la base de l'Etna, dont la fertilité «ans égale nourrit

sujorcffATA. a 53

cent cinquante mille habitants. Derrière nous s^éle^ait la ré^on boisée avec ses forets, dont les masses obscures se détachaient , non sur le del ^ mais sur la vaste région des neiges; ces neiges étaient eUes-mémes sillonnées par des bandes ir-* régulières de lave anciennement descendue des divers cratères. Plus haut encore , d'épais nuages chassés par le vent roulaient en longs replis autour de la cime ({uiles retenait, et , s'entr'ouvrant quelquefois , nous laissaient apercevoir dans le ciel le cône isolé et resplendissant de blancheur. A notre gauche, du côté de Messine , s'étendait une longue chaîne de montagnes noires dont les âpres profils, adoucis par la distance, se croisaient et se fondaient harmonieusement les uns derrière les autres. Chacun de leurs sommets , qu'on aurait pu croire n'être habités que par l'aigle et le vautour, était néanmoins surmonté de maisons groupées à l'entour d'un château féodal , d'un couvent ou d'une église ; le tout flanqué de murs crénelés.

Près deXaNunziata est une source abondante, il fiume freddo ^ qui, outre sa température trèsfroide , possède encore certaines propriétés délétères , qui font supposer aux gens du. pays que ses eaux contiennent.de l'arsenic. Mais, fatigués comme nous l'étions par notre course du matin , le besoin de repos l'emporta sur la curiosité et nous n'allâmes pas la voir ; nous aimâmes mieux

in 54 TAcmoMfivïmt.

jouir clc trois heures de tranquillité daiis une dmnibre qu'au moyen de contrevents délabrés j[ious rendîmes aussi sombre qu'il nous fut possible , précaution qui avait pour but d'endormir des myriades de mouches , et par là de nous endormir aussi. Nous atteignîmes fort tard Giar^ dinij joli village situé sur le bord de la mer. Les habitants y passèrent la moitié de la nuit à chanter et à danser en rond, se tenant par la main , de manière à présenter alternativement le dos et la figure. Peut-4tre était-ce l'antique danse pyrrhique des Grecs. L'un d'eux chanta longtemps d'un ton grave et nasal, et à la grande satisfaction de son auditoire, de la poésie qui nous paraissait improvisée.

Messine ,17 mai. — Nous avons ce matin gravi la voie antique qui mène aux ruines de Taurornenium appelées Tbormf/ia, véritable casse-cou ressemblant à un escalier dégradé. Quoique le théâtre de cette ville, creusé en partie dans le roc vif, et en partie construit en briques , fût immense (il avait près de deux cents pieds de diamètre); la scène ou l'espace réservé aux acteurs n'avait que quelques pieds de profondeur , n'excédant guère l'intervalle qui, dans nos théâtres modernes , sépare l'orchestre du rideau quand celui-ci est baissé ; l'écho était si fort que le plus léger bruit, celui, par exemple, d'un, morceau de papier froissé entre les doigts , s'enteirikît distinct

GIAUDIlrf. i5â

temcnt d'une extrémité à l'atUre de Tédificc. On suppose que les réservoirs adjacents, qui sont de dimensions prodigieuses, étaient destinés aux naumachies. Des évolutions navales , exécutées dans lin bassin artificiel 9 quelque vaste qu'on le suppose, sont partout quelque chose d'asseï; mesquin ; mais en vue de la mer, et ici cette vue est immense, elles auraient été tout-^-&it pué« riles. Je serais donc disposé à croire que ces réservoirs avaient pour objet d'alimenter des bains ou de fournir de l'eau à la ville en cas de siège , lorsque Fennemi aurait coupé les acqueducs qui l'amenaient d'une distance de quatorze milles : caminando nella viva rocca magistrevolmente tagUatay dit le prince de Biscari , e cavulcando le valu. Ce prince, dans son ouvrage, conseille fort SMx/brestieri d'aller à la recherche des restes de ces aqueducs; mais ayant eu ce jour-là et les jours précédents asseft de cavalcando au milieu des rochers et des précipices, *ayant vu assez d'autres aqueducs, et le scirocco, en outre, s'étant levé, nous nous contentâmes de les admirer de confiance. La ville de Tauromeniinn , située sur les confins nord^est de l'Etna , fréquemment ébranlée par les tremblements de terre , fut enfin presque entièrement détruite et la plupart des babitants se retirèrent à Giardiriïy où nous avons couché la nuit dernière, et qui, sous le rapport du commerce et de la pèche, est de beaucoup

préférable à leur aDCtoune demeure. Les Sicth ifoQt plus d'ennemis étrangers, contre lesquels des murailles ou des rochers puissent les dé» fendre ; le gouvernement qui les a tous, réunis sous le même jpug , leur assure la paix , mais il a d'ailleurs plus &it pour la dépopulation et Tap^ pauvrissemeut du pays j. que les guerres destructives des temps anciens.

En rejoignant le gros de notre caravane , par une autre route plus mauvaise encore que la première, nous remarquâmes à notre gauche une ville dont j'ai oublié le nom^ perehée cinq fois plus haut encore que Taaroineruum : il allait en vérité que les raisons de sûreté qui avaient déterminé le choix d'une pareille situation fussoit bien urgentes. Vers midi nous nous arrêtâmes à une espèce d'aubei^, au bord de la mer, où nous ne trouvâmes ni une table ni une cuiller. Notre frugal repas nous fut sefn sur une espèce de commode à tirotrs qui ne posait que sur trois piods; mais certains vestiges de dorure indi-* quaient l'illustre origine de ce meuble. Notre hôtesse elle-même portait de ¥or sur sa personoe, c'est-à-dire 9 des pendants d'oreille d'une teUe longueur, qu'ils hii descendaient jusque sur les épaules. C'était un dimanche, jour où l'on fait ici la chasse à certains insectes immondes : assise devant sa ' porte , notre hôtesse livrait sa tête aux soins officieux de quelque membre de la. famille^

et alternativement leur rendait le même service , avec une sorte d'ostentation de propreté que nous aviobs déjà remarquée en Italie. Quant à lious, nous n^avons eu à nous plaindre que des attaques d'insectes un peu moins ignobles , maiâ actifs et nombreux au-delà de toute croyance*

Quoique nous eussions cheminé toute la journée au travers d'une magnifique contrée , nous avons pourtant été fort aises d'atteindre Messine et de terminer heureusement notre excursion en Sicile ; nous étions contents de prendre congé des milles et des muletiers , et de ne plus entendre les cris assourdissants que du matin au soir ils adressent à leurs bétes, qui marchent d'un pas égal et sûr, insensibles au torrent d'injureâ qu'elles reçoivent et aux expressions de tendresse qui leur sont aussi.souvent adressées. J'ai enténdti les muletiers conjurer leurs mules de hâter le pas au nom de la bella madonna Maria.

Malgré le sciroccOy le thermomètre placé à l'ombre, marquait, quoiqu'il ne fût encore que midi, 86^ de Farenheit (24* de Réaumur). L'hy* gromètre indiquait une grande sécheresse, circonstance qui, en provoquant l'évaporation sur la surface du corps , rendait la chaleur plus supportable. Le thermomètre se maintient en Sicile pendant toute l'année, entre le second et le trente-cinquième degré de Réaumur.

11 semble probable que, du temps d'Homère,

lî. 17

a58 MEâSIKS»

TEtiia était ua volcan éteint ^ aiqsi que le Vésuve continua de l'être , jusqu'à une époque beaucoup plus récente ^ car Homère ^ en parlant de TEtua, ne fait pas mention de ses feux. Cependant, plus tard , Thucydide nous a conservé la mémoire de tiois grandes éruptions, et Diodore parle d'une quatrième qui eut lieu la première année de la quatre-vingt-seizième olyippiade, cent vingtdeux ans avant J.-C. La terre trembla, vomit des feux même du fond de la mer, et des vaisseaux périrent près des côtes de Sicile. Du temps de César , il y eut également une éruption peutêtre même deux, puisque nous lisons qu'à sa mprt la terre trembla et que le jour fut obscurcL L'éruption de l'année quaraxite-quatre après J.-C. est mentionnée par Suétone, en raison de cette seule circonstance que Caligula, épouvanté, s'enfuit de Messine. C'est à une pareille cause que nous devons là connaissance de celle de 8ia, laquelle effraya un autre personnage impérial ( rien ip9Qins que Cbarlemaghe ), £n ^5^, des torrents de feu, coulant sur les flancs d|e l'Etna, se détournèrent devant la tombe de Sainte- Agathe > sainte du pays , qui , l'année précédente , avait souffert le martyre sur le lieu même. Il est probable que les. éruptions étaient aussi fréquentes alors que de nos jours ^ mais personne ne faisait attention aux phénomènes naturels, à moins qu'ils ne se rattachassent à. quelque importante

circonstance , telle que Teffroi d'un empereur oti lagloire d'uu saint II n'est question dans le douzième siècle que de deux éruptions; on en compte une dans le treizième, deux dans le quatorzième , quatre dans le quinzième « autant dans le seizième ; il y en eut vingt-deux dans )e dix-septième , trente-deux dans le dix-haitièaue , et dans le peu d'années qui se sont écoulées d^ puis le commencement du dix-neuvième siècle, huit éruptions ont déjà eu lieu. Ebranlée et plus ou moins endommagée par chacune de ces con* Yulsions de l'Etna, la ville de Catanefut c<9niplètement renversée et incendiée dans le douzième siècle ; cependant cette ville soufirit moiâs en proportion que Messine , lors de la grande éruption de 1785, qui ébranla une étendua de pays de cinq cents milles , en ligne droite , répandant sur l'Italie entière et sur une grande partie de l'Europe , une brume permanente que la pluie et le vent ne purent dissiper qu'au bout de quelques mois» J'ai entendu des. témoins oculaires comparer le soulèvement et l'abaissement alternatifs de la terre aux environs de l'Etna, pendant cette mémorable catastrophe , aux ond)ila^ tions d'un tapis de pieds, quand le vent vient à s'jn-» troduire entre lui et le plancher. Ce mouvemOBnt Élisait éprouver tous les symptômes du mal de ïdbt. Les murs des édifices ne furent pas seulemidiit jetés hors de la perpendiculaire, mais, cédsaoot

^Gù Û! VoLCAtc.

en même temps à deux impulsions opposées , on les vit se briser en Tair avant de tomber. La même cause fit encore que, dans la région boisée de FEtna , Igs arbres s'inclinaient l'un vers l'autre et se relevaient alternativement comme les mâts de différents. navires obéissent aux vagues de la mer. Ces phénomènes étaient accompagnés d'effiayants bniits souteri^ains , rimbombi emuggiti^ comme l'exprime très-bien la langue italienne. De temps à aotré se faisaient entendre des» exj>lo3ion8 si[ terribles qu'où eût dit que la terre allait s'ouvrir, et en effet, elle s'ouvrit dans diverses parties de la Calabre > engloutis^ sant les villes et les villages avec leurs habitants. Pentrétre cette bnmie ou vapeur singulière, dont j'ai parlé plus haut, provenait-elle de ces ouvertures. Le grand spirragUo de l'Etna (le cratère du sommet) resta fermée circonstance qui peut expliquer la violence des secousses (i). Il paraît que pltiS' du tiers de ces éruptions (quinze sur quarante et rniè) ecLreht lieu dans les mois de février et de mars, ce qui n'est pas indigne de remarqi^} car cette époque de l'année arrivant

(i) Au moment où, en .1693, les maisons de Catane s'écroulaient de toutes parts, ensevelissant sous leucs raines dix-liuit mille habitants, une épouyantable éruption mît soudainement fin aux tremblements' de terre qui duraient depuis plusieurs jours avec une violence toujours croissante* Le sommet conique s'abîma dans le cratère.

LK voLCAir. a6f

îtnrhédhitement après les pluies de janvier, ou peut en inférer que l'eau du ciel , en pénétrant dans le cœur de la montagne , d'où si peu de sources s'échappent, contribue à allumer les feux du volcan. Cependant les pluies qui tombent en hiver dans les régions les plus élevées de l'Etna se convertissent en neige, et celles qui tombent sur sa base , peuvent seules être absorbées, d'où l'on peut conclure que le foyer de ces feux, que Teau contribue à allumer, serait placé à line très-grande profondeur. C'est encore ici une question que de savoir si l'eau de la mer ontre pour quelque chose dans ce grand phénomène. Plusieurs des éruptions ont été accompagnées de prodigieuses inondations qui ont rava* gé les flancs de l'Etna , et que quelques auteurs; Recupero entre autres , ont prétendu être des eaux de la mer, vomies par le volcan; ils citent, à l'appui de leur opinion, des coquillages marins déposés par ces torrents. Mais l'eau < élevée de cette grande profondeur au travers du canal embrasé du volcan , se serait échappée dans les airs sous la forme de vapeur, et n'aurait point causé d'inondation; de plus , tes coquillages réduits en chaux , et aussitôt dissous par l'eau en vapeur, auraient totalement disparu avant que d'atteindre la boucha dii volcan. Ces grandes inondations s'expliquent ^d'ailleurs fort naturéllement par la fonte subite des neiges amon-

%fyx LX VOLCAK.

celées sur le passage d'un torrent de lave. Quoique ce ne soit point Teau de la mer que rejette le volcan , elle peut cependant contribuer à son embrasement , et c'est un fait certai*uement très-digne de remarque que la plupart des volcans sont situés près de la mer et même sons les eaux. Cependant Teau en trop grande abondance ne tarderait guère à éteindre les feux qu'elle aurait alluinés. Cette théorie est donc accompagnée de graves difficultés. L'élévation souvent immense à laquelle on trouve les cratères des volcans ne prouve rien contre la ^vo" fondeur à laquelle leurs foyers sont placés, et viendrait plutôt à l'appui de l'opinion contraire ; car les montagnes volcaniques étant formées des matières qu'elles rejettent, leur hauteur peut servir de mesiâre pour évaluer cette profondeur: plus elles sont hautes, plus leur foyer doit être bas. Les tremblements de terre simultanés de la Calabre et de la Sicile, immédiateoient avant les grandes éruptions de l'Etna et la coïncidence de ces éruptions avec celles de Stromboli^ ne psermettent guère de douter qu'il n'existe des communications souterraines et sous-marines, entre la Sicile , la Calabre , les îles de Upari et trèsprobablement le Vésuve ; peut-être même ces communications s'étendent-elles beaucoup plus loin.

La plus grande partie de la cô^e au 9ud*est

LB TOILCA.!r. a63

de TEtna se compose de laves qui , à des épo* ques antérieures à Thistoire^ ont coUlé de ses flancs. Il n'y a que deux de ces éruptions dont les dates soient connues : savoir, celle de la quatre* yingt-seiziètue olympiade dont la lave forme le promontoire d'Aci, puis une autre subséquente. Recupcro estime] que la quantité de matières volcaniques sorties de TEtna, lors de l'éruption de 1669, certainement l'uBe des plus mémorables, formait une masse de onze milliards sept cent 'cinquante millions pieds cubes ^ masse qui suf« (jrait pour bâtir vingt villes comme Paris. Mais, au lieu de servir à construire , cette même éruption de 1669, renversa les habitations de vingt* sept mille individus.

La contrée qui s'étend vers le cap PachinOy au sud de l'Etna, sur une longueur de cent milles, présente souvent, à de grandes profondeurs , des couches de roche calcaire à coquilles, alternant avec ce que l'abbé Ferrara appelle de la lave antique; et les lieux bas offrent, en outre, de grands dépôts marins et argileux qui, autant qu'il est possible de s'en assurer, forment la base* de l'Etna (1). Le savant abbé infère de ces faits que cette lave antique est de formation sous^ marine, tandis que la masse superposée de la

(1) Dolomiea parle de lares et d'otttres productions voU caniques troBTées, àfdns de cinq cents pieds de profondeur, sous des couches verticales de roches calcaires et coquincres.

a64 LE voLCÀir.

montagne s'est élevée postérieurement , à Vépo* que où U Sicile est sortie de la mer ; mais cette lave antique, visible en beaucoup d^endroits, et particulièrement à laMotta^ très-près de FEtna, n'est y dans le fait, que du basalte , substance qui , bien que ressemblant à la lave , et ayant été, ainsi qu'elle, liquéfiée par le feu , en diffère pourtant trop, surtout par son abondance, pour avoir une même origine, et pour être delà même formation^

Quoiqu'il soit situé à-peu-près dans la direction de la grande chaîne des Apennins, l'Etna est' isolé: il offre l'aspect d'un cône tronqué, d'environ quatre-vingt-dix milles de circonférence, à sa base, et de dix milles au sommet (i) où se trouva ime espèce d'esplanade à l'entour du COTie que forme le cratère. Pendant les grandes éruptions, ce cratère occupe toute l'étendue de l'esplanade, tandis qu'en d'autres temps, il ne pi*ésente qu'une ouverture à y mettre la tête, ainsi que je l'ai entendu dire ici. C'est la soupape de sûreté de cette prodigieuse chaudière , qui ne peut être entièrement bouchée sans de terribles conséquences.

Lorsque le volcan est en pleine activité, A est sans doute impossible d'arriver assez près pour

(i) Dix mille deux cents pieds de hauteur, ou environ deux milles , et trente milles de diamètre k la l»ase^ donnent aux âaucs de l'Etna u|ie pente fort douce > cpioiqa'elle ne le paraisse pas.

Lï VOLCiW. a65

observer Tétat du dratère et de ses alentours; mais comme, après Téruption, on trouve que tout a un autre aspect, et qu^le cône en particulier a souvent changé de place et de forme, on ne saurait douter quece cane*' et -^ toute Tes^ planade ne soient, dans' ces occasioiis, énglou* tis et formés de nouveau. En effet, dès que Tactivité du feu commence à se rallentir, la lave, au lieu de déborder en bouillonnant, s'enfle, sans dépasser l'orifice du cratère, et alors, se durcis* saijt.par le contact de l'air, forme une surface iinie, ou nouvelle esplanade semblable à celle q^ui ^existait auparavant. Un nouveau cône s'élève pareillement bientôt autour de la bouche, comparativement très-petite, du volcan, qui continue à rejeter des cendres et des pierres j et à former un talus, incliné extérieurement et intérieurement à l'angle, de 45**; les deux pentes opposées forment entre elles un angle droit , ou à-peu-près. La hauteur actuelle du cône est de mille trois cent vingt pieds; il a deux raille huit cents pieds de diamètre à sa base; mais seulement six cent cinquante de profondeur intérieurement, et le foUd de l'entonnoir n'a pas plus de soixante-dix pieds de large. A chaquegrWnde éruplion, ce cône qui, dans la plusgrandfe |>artie de rEurdJ)e, passerait poiy iine»mén.tagne de taille fort raisonnable, s'abîme de ilouveau dans le gouffre dont il est sorti. Si l'on prend la moyenne d'un gi*and nombre

^66 HESSIKS.

d'observations barométriques, faites eo mécne temps, au bord de la mer et au sommet de l'Etna, l'on trouve une différence daneuf pouces et quart (mesure de France)^ dans la hauteur comparée du mercure; ce qui donpe un peu plus de dix mille pieds, pour la hauteur de la montagne. La différence de température, entre la base et le sommet, est de 1 8**de Réaumur» Quoique le sommet soit de quinze ou seize cents pieds au-dessus de la ligne des neiges perpétuelles sous cette latitude ( 37** 5 1' ), on n'y trouve cependant de neige, en été, que dans quelques endroits abrités, et surtout dans le cratère lui-même, où elle se conserve à-peu^près toute l'année. C'est de cette glacière naturelle que toute la contrée environnante s'approvisionne de ce qui est regardé ici comme un des objets de première nécessité de la vie. La masse entière de l'Etna, autant qu'on a pu s'en assurer, consiste en laves et en cendres amoncelées; leur analyse peut seule jeter quelque jour sur la nature des substances soumises à l'action des feux souterrajns, et cette opération a souvent été faite : le silice et l'alumine y dominent.

Messine, qui a si souvent et si cruellement souffert par l'effet des tremblements de terre, et qui fut complètement renversée en 1783, doit à cette catastrophe l'avantage d'être bâtie à neuf, et sur un plan régulier. Un beau qusû , de plus d'un mille en longueur, s'étend le long du port

de mer le plus propre et le moins vulgaire qu'il y ait au monde , ayant tout juste assez de commerce pour l'effet pittoresque, si ce n'est pour la richesse du pays. Nous vîmes, en nous promenant, des matelots dansant, au son de la cornemuse, avec leurs belles; mais nous n'entendîmes entre eux ni disputes ni paroles ignobles. La peste de 1743 emporta soixante à soixante«dix mille des habitants de Messine, qui sont actuellement réduits à ce dernier nombre.

Un promontoire de rochers et de sable, qui s'avance en demi-cercle, forme une rade profonde et spacieuse, ti*anquille même , en dépit de Carybde et de Scylla; les maisons qui bordent ce beau quai, ont lair d'édifices rasés à la hauteur du premier étage, au-dessus duquel paraissent des bases de colonnes et de pilastres tronqués. J'ignore si les étages supérieurs furent renversés par les tremblements de terre, ou démolis par précaution ; le -pavé est partout formé de grands morceaux de lave. On m'a montré des fragments de charbon de terre que les torrents déposent dans le voisinage; les femmes de soldats, lors de l'occupation anglaise , en ramassaient pour faire bouillir la marmite, mais ce fossile ne brûle que difficilement.

Un habitant de Messine , à qui nous étions recommandés , nous mena a l'Opéra, dans sa loge , le lendemain de notre arrivée : on donnait Paolo

!k68 ntËSSixt;.

e Firginià ^ musique de GugUelmi^ pièce fort goûtée que Ton jouait tous les soirs. Ne pouvant, par suite du bruit qu'on faisait dans la salle, parvenir à entendre la musique, je trouvai cet op&ra fort ennuyeux; mais comme, pendant la représentation, mes amis avaient dormi lin bon somme, ils en jugèrent autrement. Les loges décorées avec goût étaient garnies de beau monde qui ne dormait pas, mais paraissait occupé de toute autre chose que de l'opéra; les femmes semblaient pour la plupart agréables, quoique mises avec toute l'exagération de la mode , c'est-à-dire, coiffées d'immenses chapeaux. Rien n'annonçait, dans les fréquentes allées et venues d'une loge à l'autre, un commerce de galanterie, et si les gens que l'on voyait là étaient des amans, au moins à leur air tranquille et à leurs regards domptés, les eût-on pris pour maris et femmes. Les habitans de Messine avec lesquels nous avons eu l'occasion de nous entretenir, ne nous ont pas paru avoir une opinion très-favorable de leur ville , qui semble en arrière de Catane et de Palerme. L'éducation des jeunes gens y est plus négligée, et très-peu d'individus des classes inférieures savent lire; la noblesse, en général, ne vit pas à Messine : enfin cette ville n'est, ni savante, ni riche,' ni, à ce qu'il nous a semblé , fort hospitalière. Ici , comme partout en Sicile , nous avons entendu les plaintes

les plus graves contre les tribunaux; Tavocatde celle des parties qui paye le mieux, dicte aux juges leur arrêt; mais au moins ne se fait-il pas attendre. La cause est plaidée pour la forme, et ^ il arrive fréquemment que les juges, après queU ques mots , interrompent l'avocat , et , se décla* tant suffisamment informés, prononcent ainsi qu'il a été convenu d'avance. 11 peut y avoir quel* que exagération dans tout ceci; mais tel est le langage des Siciliens eux-mêmes, et il s'y trouve sans doute un grand fond de vérité.

Le jeudi 20 était une grande fête, celle dii corpus Dominiy et les habitants en ont été occupés du matin jusqu'au soir ; cette journée cependant s'est annoncée par un événement tragique. Les détenus de la prison commune, aussi nombreux qu'à Palerme, à ce qu'il semble, s'étant querellés en jouant aux cartes, on fit venir la force armée pour mettre le holà; et, dans le but sans doute de rétablir la paix, les soldats ont fait feu et tué ou blessé un certain nombre de ces malheureux. Parmi les blessés , se trouve lin individu détenu pour meurtre depuis plusieurs années, mais qui, ayant des protections, n'avait point encore été mis en jugement. Cet homme, depuis son arrestation, avait commis un second ineurtre dans la prison même, sans qu'on s'en ifiit autrement inquiété. Mais , pour cette fois-ci , s'il survit' à ses blessures, il sera

indubitablement condamné à mort, non pour les meurtres qu'il a commis, mais en effet à cause du scandale donné dans un jour comme celui-ci. Il ne me parait pas que Ton s'étonne beaucoup ici de voir retenir de la sorte en prison les gens^ pendant plusieurs années sans forme de prc^cès , et de ce qu'ils sont ainsi fusillés au hasard pour leur bien ; je n'ai pas entendu désapprouver de semblables mesures. Il y a eu grand'messe ce noatin , et le canou n'a cessé de ronfler toat le jour. Vers le soir, IgL processkm est sortie de }a catiiédrale; d'abord les diverses confréries de pemtenU dans leurs costumes particuliers » c'est-à-dire , la tête dans un sac, noir ou blanc, percé de deux trous sous les yeux^ descendant jusqu'aux pieds ^ et liés d'un cordon au* tour de la ceinture* Ils portaient des bajuières et des torches allumées. Leur nombre était si grand , qu'il se passa près de deux beuo'as av^nt que le corps de la procession descendit les degrés de l'église , qui était magnifiquement éclairée. Cependant, l'air retentissait du bi*nit de quelques milliers de boites rangées à doubles rangs sur les flancs de la procession, et dont les décharges étaient simultanées. Les nombreuses troupes sous les armes resscsnblaient absolument à celles du reste de l'Europe ; elles sont, comme jel'ai déjà &it remarquer ailleurs, toutes jetées dans le même moula Mais

sLESsiins. ayi

il n'en est pas ainsi des carrosses de cérémonie ; car bien certainement celui du sénat de Messine ne ressemble à aucun autre. jUgnore absolument ce que peut être le sénat de Messine ; tout ce que je sais, c'est qu'il existe un honorable corps de. ce nom*, composé de dignes personnages d'un âge mûr et d'un maintien sage ; je n'en ai pas compté moins d'une dizaine arrangés dans une lourde voiture vitrée tout à l'entour, comme une serre chaude , et tout ce qui n'était pas verre était or. Cette mtachine, montée sur quatre roues fort basses et massives f était traînée par quatre mules, dont les deux premières étaient attelées à une immense distance des autres, sans doute afin de mettre celles-ci à l'abri des ruades* Le corpus Vomini, ou la relique vénérable quelconque, que Ton portait en procession, sortit enfin de son sanctuaire au milieu des décharges redoublées de Tartillerie; elle était coo^ verte d'un dais de couleur blanche portlà par des nobles du pays, et, à sa vue, tout le peuple s'est prosterné; mais les étrangers, qui se con« tentaient d'ôter leur chapeau, ne furent point molestés. Nous retournâmes à notre hôtel, devant lequel la procession devait passer, et nous y arrivâmes assez à temps pour la voir défiler sons nos fenêtres. L'obscurité croissante ajoutait beaucoup k son effet, certainement très-im^ posant^ mais» comme disait l'homme le plus cé«

àj^ MESSIIfË.

lèbre de notre temps, le ridicule est toujours voisin du sublime. Chaque porteur de cîQrg^, c'est-à-dire, chacun des individus composant la procession , avait à ses côtés un petit polisson pourvu d'une espèce de lèchefrite destinée are-, cueillir la cire qui dégouttait du cierge allumé, le grave personnage ayant soin pom* cela de tenir son cierge penché du bon côté;. c'était Fidée dominante de toute la procession du corpus Domini. Une garde nombreuse fermait le cortège , et sa musique , comme la plupart des musiques militaires d'à présent, était plus bruyante qu'harmonieuse. Nous remarquâmes .que les boutiques,, généralement ouvertes le dimanche^ étaient fermées à l'occasion de celte fête. Le samedi suivant, nous eûtnes encore des processions , qui se firent au , bruit du canon , de la mousqueterie et des boîtes; car, comme en France , tout finit ou finissait autrefois par des chansons, et en Angleterre par un dîner, ici et en Italie , c'est en brûlant de la poudre , mais sous la forme d'innocents pétards et senlemeiU pour badiner. On me montra un jeune moine (jacobin blanc) qui maniait l'encensoir avec un zèle remarquable : c'était le ci-devant prince P..., et, à quelques pas de là, on voyait le palais qu'il avait abaridotmé à son frère cadet, avec toutjS sa fortune et son titre, pour embrasser- ïat profession religieuse. Quelque peu que j'appron-

LÀ sictLft. 173

Và^se la \iô moDastiqtie et le culte dont les c(> rémouies étaient sous nos yeux, je ne pouvais m'empêcher de contempler avec respect ce jeune enthousiaste et de m^ sentir prévenu en sa faveur. « La crânerie, ai-je entenjdu dire à un ce grand général , est une qualité sî précieuse « <c qu'il ne faut jamais la décourager, n)énle*dans «ses etcès, ni punir sévèrement les fautes à qu*elle fait commettre ». Au milieu de cet égoîsme universel d'un monde calculateur , la crânerie religieuse de ce jeune prince-tnoine a également son beau côté, et un peu d'absurdité ne salirait 'entièrement effacer l'honneur d'un grand sacrifice. D'ailleurs cela fait du bien de rencontrer dans la vie l'enthousiasme pour quelque cause que ce soit , et le dévoûment où il h'y a rien à gagner. Le personnage qui me racontait cette anecdote avait sur ses lèvres un rire' malin, et l'ironie brillait dans ses yeux. C'est un de ceux qui pensent qu'une révolution eu Sicile serait juste et patriotique, qu'elle. est indispensable, que c'est un devoir sacré que de la faire. Mais il n'ose, à cause du risque qu'il y aurait pour lui-rtiême ; or, il me semble que ce patriote timide prête décidément plus au ridicule que le, prince-moine, dupe d'un zèle erroné, iûpis qui, au moins , a le courage défaire ce que doit y advienne que pourra.

Sa majesté sicilienne a une statue qn bronae II. t8

Page 1