‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 89 sur 99 · SICILE · texte numérisé non relu

SICILE

élevée en son honneur au milieu de la place qui est vis-à-vis nos fenêtres; ses traits ont une assez

grande ressemblance avec ceux de Washington. Voici la teneur d'une inscription gravée sur le piédestal : Ferdinando IV Siciliarum regipoten^ tissimOypio ^felici, augusto , ex unanimi omnium senteutiâ Messinœ restùuto, i'jq^. A la lecture de l'inscription et à l'idée de cette ressemblance que je trouvais entre ce roi et le héros américain /je vis ma nouvelle connaissaace sourire encore ; et cette fois , nous fumes tout-àfait d'accord.

Le gouvernement de la Sicile , je dois le dire, serobte réunir à lui seul tons les défauts dont les institutions politiques sont susceptibles, tant en théorie qu'en pratique ; c'est des abus le parfait modèle : nous y voyons un système de lois tout-à-fait barbare , à l'application desquelles préside la corruption la plus déboutée ; de forts impôts sont répartis d'une manière inégale, et perçus arbitrairement. Les terres y so.nt possédées à titre inaliénable, de telle façon qu'elles restent concentrées en un petit nombre de mains ; les baux , ceux au moins des bie;us d'église , ne sont obligatoires que pour le fermier. Faute de routes , les produits ne peuvent être transportés d'un lieu à un autre , d'où il résulte que la disette et l'engorgement des subsistances peuvent exister simili tanéiuent sur divers points de File;

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le cas n est pas rare, sans qu'il y ait possibilité d*y remédier à temps et d'une manière effîçwe (i). Le blé est le principal des produits du pays , mais on n ea permet l'exportation qu'autant que le gouvernement juge la i*écolte plus que suffisante pour la consommation ii][térieure; le privilège exclusif d'exportation est alors accordé pour une certaine quantité à un ou plu* sieurs individus favorisés (%) qui, dans le fait, règlent les prix , de sorte qde ce sont eux.et m)n les cultivateurs qui en recueillent tout Tav^pintage ; d'où il résulte que les récoltes, abondantes ou non , n'offrant aucune chance de gain aux fermiers, le découragement qui en résulte fait que souvent le blé est rare dans un pays qui fut autrefois le grenier de Rome , bien que sa population fût alors quatre fois plus grande qu'elle n'est à présent. Le système de règlements vexatoires est porté à un tel point , que personne

(i) Le roi a fait une foift le tour de Tilei accompagm^ dn pnnce héréditaire, et non-eeulement il a pu voir le manvais état ou le manque total des routes, maïs il éprouva un accident qui parut être une occasion favorable pour renouveler les demandes souvent faites à ce sujet. Les rccpiétes arrivèrent de toutes parts ; mais le roi , revenu chez lui sain et sauf, réponditqu'a)Fiint lui-même accompli cette tournée y les auttcç povTaient bien en faire autant.

(a) La leue reine feiaait un grand commerce de §^in^ pow son propre compte^

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ne peut, sans permission spéciale, porter, poai* son nàage, delà ville à la campagne, ou de la campagne à la ville , un pain ou de la viande. Les lois fiscales sont ailleurs passablement vexatoires , mais au moins elles atteignent leur but, tandis qu'ici elles pèsent gratuitement sur le peuple ; car, en définitive ^ il n'arrive au trésor que peu de chose ou même rien de ces £iibles sources de reveriu , taries en chemin par des malversations de toute* espèce.

La conquête des Normands, dans lé onzième siècle , soumit la Sicile au régime féodal ; et ici , comme^partout ailleurs en Europe, les mêmes circonstances placèrent la propriété entre les mains des vainqueurs ; mars le clergé , en possession de cette prépondérance morale quW sure la supériorité des lumières el; d6s mœurs , armé eu outre des espérances et des tendeurs de la religion , partagea avec les Normands à pôr* tion égale. Dans cette division , la grande masse du peuple conquis se trouva totalement oubliée. Cependsmt , lorsqu'à vec le temps les villes furent devenues puissantes, il fallut bien s'entendre avec elles pour régler certains points importants , tels surtout que la levée des impôts. En conséquence , cinquante villes environ , désignées sous le nom de domaniales , par la rai* son qu'elles avaient été fondées sur les domaines royaux y en voyèrent au parlement de Sicile des

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députés librement élus, qui constituèrent la troisième branche, ou plutôt le troisième bras (^braccio) de cette assemblée; ils s'y trouvèrent, comme on peut le croire, accablés par la majorité que formaient la noblesse et le clergé.

Lorsque , dans le treizième siècle , les Siciliens eurent , au moyen de l'expédient sommaire des Vêpres Siciliennes, brisé le joug imposé par d'insolents étrangers, leur parlement devint, sous Pierre d'Aragon et ses successeurs , une institution plus régulière, et se composa alors de trois chambres délibérant séparément. Chacun des barons avait, dans le sien, autant de votes qull possédait sur ses terres de bourgs de quarante feux. Les dignitaires ecclésiastiques formaient la seconde chambre , et enfin les délégués des villes et des bourgs, élus parles municipalités, composaient la troisième , dont le consentement était rigoureusement nécessaire pour toute loi concernant les impôts. Pendant un certain temps, ce parlement s'assemblait chaque -année, puis tous les quati*e ans;' mais, dans l'intervalle des sessions, l'autorité législative •était exercée par un comité composé de douze membres^ dont les fonctions étaient en quelque sorte de surveiller le gouvernemejit. Les actes du parlement avaient besoin de l'adhésion du roi, pour acquérir force de loi.

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