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Le principal grief de la Sicile a toujours été de se voir possédée par un gouvernement étranger , à titre de colonie; cependant, lorsqu*en 1807, ce pouvoir étranger, dépossédé en Italie })ar les armes victorieuses de Bonaparte, vint chercher un refuge en Sicile , elle devint la métropole , mais n'y gagna rien ; car ce gouvernetnent fugitif essaya bientôt d*y établir, comme à Naples, le pouvoir absolu, de lever des impots sans la ^ sanction du parlement , de se saisir des propriétés communales des villes, et même de disposer de celles de Téglise au moyen d'une loterie. I^es contestations, qui s'élevèrent à cette occasion entre le monarque et ses sujets , en vinrent au point ,qae cinq des grands barons furent arrêtés , et arbitrairement détenus dans une des îles voisines. £n cet état de choses, le prince de Bélmonte, le plus habile et le plus populaire des nobles de ce temps-là, s'étant adressé à l'ambassadeur anglais, lord Amhcrst, pour savoir de quel œil l'Angleterre , dont les troupes occupaient alors la Sicile, verrait une résistance ouverte faite dans le but d'obtenir le redressement des abus eiistants et des garanties pour l'avenir , le prince ne fut pas encouragé ; mais le successeur de cet ambassadeur , lord William Bentinck, entra chaudement dans les vues du prince de Belmonte , et entreprit de persuader à la cour de Sieile que, dans la
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liberté du peuple, on trouverait la force et la richesse, et qu'avec une constitution libérale fidèlement maintenue, la Sicile serait en état de braver les armes de Bonaparte, et se montrerait invincible. La liberté toutefois est un calice amer pour ceux qui toute leur vie ont administré le despotisme- Lord William Bentinck trouva donc la cour inaccessible à la persuasion, et perdit bientôt toute son influence, surtout au* près de la reine. Cette princesse altière , aveuglée par SCS préjugés, et d'ailleurs offensée par les formes peu conciliantes et même peu respectueuses du négociateur, aima mieux se jeter entre les bras de ceux qui Pavaient chassée de Naples et avaient fait mourir la reine de France, sa sœur, sur Téchafaud (r). Elle préféra ce parti à un arrangement, en vertu duquel le pouvoir royal eût gagné en force ce qu'il aurait perdu en étendue, et aurait été consolidé et augmenté par, les limites mêmes qu'il se serait données.
(i) On croît qu'un agent affidé de la reine eut, dans le pliare de Messine , une entrevue secrète avec un officier de Mnrat, et qu'elle écrivît à Bonaparte une lettre qui fut interceptée; maïs la reine a touJQurs défié ses ennemis de produire cette lettre qui, dans le fait, n'a jamais été rendue publique. L'intimité qui a existé entre cette princesse et une femme trop connue ( lady'Hamilton ) no donne pas une opinion favorable de son caractère moral y et fiiit preuve de mauvais goût, tout au moins, dans le choix des personnes à cpii elle accordait sa confiance et son amitié.
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La reine enfin consentit à se retirer; et le roi, abdiquant temporairement, remit le pouvoir entre les mains de son fils, le prince liéréditaire« qu'il fit son vicaire général en Sicile, son alter ego. Ce fut en cette qualité que le prince . accepta la constitution de 18111, imitée en grande partie de celle d'Angleterre, ^t composée d'éléments qui ne manquaient pas d'analogie , savoir : une noblesse féodale s'unissant avec les communes contre les empiétements arbitraires de la puissance royale. Lorsque la noblesse accepta la nouvelle constitution j elle parut avoir renpncé de bonne foi à tous ceux de ses anciens droits qui étaient incompatibles avec le nouvel onlre de choses. Les fidéicommis (substitutions sur la tête de l'ainé) furent conservés comme nécessaires à l'influence héréditaire des grandes familles, sans laquelle une monarchie limitée ne tarde guère à devenir absolue. Quelques personnes ici soutiennent que le maintien des /?dêicommis fut fatal à la constitution de 1812; c'était l'opinion de l'astronome Piazzi, que j'ai connu à Naples , et de ses amis ; car les ultrapatriotes ne savent voir la liberté que dans l'égalité de rang et de fortune , et se passeraient plutôt de l'égalité de\'aut la loi que de celle-là» C'est ce sentiment, devenu une passion politique de la dernière violence, qui amena en France les eicès de la révolution d'abord , et
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par suite le despotisme militaire , comme il ar* rivera toujours avec les mêmes données. L'er* reur vient de ce qu'on veut chercher des droits abstraits eu politique et remonter au principe des choses, au lieu de prendre les choses comme elles sont, et d'en tii*er le meilleur parti possible , sans vouloir tout refaire* Qu'im*portent les droits et les principes lorsque, après tout, c'est la force et l'habileté qui décident de leur application? Il en faut toujours venir à faire la part des forts et des habiles, et à la leur maintenir de bonne foi , au lieu de se gendarmer inutilement contre les distinctions de fait. Les constitutions sont des traités de paix entre ennemis, plutôt que des traités de métaphysique ou de morale. La seule chose à demander , c'est que le rang des forts , le xarig aristocratique, soit toujours ouvert aux forts qui naîtront dans la suite parmi les faibles ; car autrement on aurait le gouvernement de Ve^^ nise e^ de bien d'autres prétendues républiques grosses de talents, qui, ne pouvant venir au monde naturellement , déchirent le sein de leur mère. Les peuples qui ne veulent pas d'une aristocratie composée de la naissance, des richesses et des talents, finissent par en avoir une des talents tout seuls qui est la plus dangereuse de toutes*
La nouvelle constitution de Sicile n'eut pas
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d'abord des résultats très-satisfaisants. Les trois premières sessions parlementaires et les seules qui eurent lieu, présentèrent un lamentable spectacle d'ignorance , d'égoïsme et de corruption ; mais il aurait fallu attendre pour en juger que plusieurs générations eussent été élevées sous son influence. Les paysans, qui forment presque la totalité de la population, quoique frappés des abus existants, pouvaient à peine être amenés à comprendre comment les formes d'un gouvernement constitutionnel seraient capables d'y remédier : pttdroney serhpre padrone^ avaient-ils coutume de dire.
Nous n'avons pas encore acquis assez d'ex* périence sur le résultat des gouvernements re^ré« sentatifs à la longue, pour nous en former une opiaîon décidée; mais nous avons pourtant des données suffisantes pour encourager l'espoir consolant qu'au lieu de se corrompre avec le temps comme les autres , ils se perfectionnent et tendent toujdtirs à devenir meilleurs. Si l'on tourne ses regards vers l'Angleterre, où la première expérience en a été faite, je crois qu'on y reconnaîtra plus d'esprit public et de désintéressement, certainement plus de lumières, dans la composition actuelle de son parlement et même de son administration, qu'à aucune autre période de son histoire. Que les motife qui déterminent Fadoption de telle ou telle m^ure
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parlementaire y soient toujours purs , toujours tels qu'ils puissent être avoués, je suis loin de le croire ; mais cette corruption déhontée , qui tend presque la main pour recevoir son salaire ^ n'existe plus. Ne serait-ce pas simplement que la publicité, qui fait justice de tous les vices et de tous les abus, comme elle rectifie toutes les erreurs à la longue , est l'essence de ce gouver^ nement; tandis que le secret est celui de tous les autres gouvernements?
Nous avons vu qu'en Sicile , les bases nécessaires pour fonder une monarchie tempérée étaient bonnes en elles-^mémes, et avec le temps on en eût acquis la preuve* Malheureusement ceux qui, effrayés des succès de Bonaparte, avaient encouragé les efforts du patriotisme sicilien pour s'en faire un allié, retirèrent leur prolfection aussitôt que Bonaparte eut cessé d'être à craindre. On ne* peut douter que lord William Benttnck n'eût été autorisé par son gouvernement dans ce qu'il fit; cependant , la guerre une fois terminée, le parti national se vit tout«à-€oup abandonné au ressentiment de la cour et du parti napolitain , sans qu'une seule tentative fût faite par lord Casteireagh au congrès de Vienne pour acquitter l'espèce d'engagement pris antérieurement d'appuyer leurs efforts. L'héritier même du trône de la Grande-Bretagne, qui avait écrit au prince de Belmonte pour l'encourager, changea
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d'avis avec les circonstances (i). Les Anglais, it faut le dire, n'ont laissé ici aucune trace honorable d'une puissance presque égale à la souve* raineté. Après avoir protégé rétablissement d'une constitution libérale , ils ne lui conservèrent leur appui que justement aussi long-temps que cela convenait à leurs vues; ils n'employèrent jamais leur influence à la réforme d'anciens abus ; les routes, les prisons^ les hôpitaux, l'administration à-la-fois barbare et corrompue de la justice, tout enfin resta tel qu'ils l'avaient trouvé. Ils sauvèrent l'ile de l'invasion française , de la violence et du pillage qui en avaient été la suite à Naples et dans la Calabre; ils maintinrent la plus exacte discipline, payant généreusement tout ce dont ils avaient besoin ; mais il ne s'établit entre eux et les gens du pays aucun rapport favorable à ces derniers. Soit qu'ils prissent la cause des réformateurs ou de leurs adversaires, il fallait que tout allât à leur gré. Ils se mêlaient de tout, faisaient hautement la loi à tout le monde, et ne prenaient pas la peine de cacher le sentiment de leur supériorité en toutes choses. ' Enfin, ils lassèrent la patience des Siciliens, qui les virent partir avec plaisir , mais qui cependant les regrettent, parce que leur présence les affranchissait du joug déteste des Napolitains.
(i) Je n'ai point VB^la lettre , mais je crois pouvoir assarer qu'elle existe.
£d vertu (le la nouvelle constitution', la Sicile était devenue un état indépendant , et dans le cas où le roi retournerait un jour à Napies ,' la couronne devait passer à son fils; mais le congrès de Vienne décida que le royaume de Sicile appartiendrait de nouveau au roi de Naples , et que les deux pays réunis porteraient le nôni dé Royaume des Deux-Siciles ^ voulant ^ar ce tour d'adresse politique empéclier que là Siôile cod-^ servât une constitution séparée. L*on notnma à cette occasion une commission destinée à revoir la constitution de i8îsi et à l'adapter aux deux royaumes réunis; mais cette commission ne fit rien, et ne devait rien faire. Cependant la noblesse sicilienne, qui dvait reriducé en faveur de la constitution à ses anfiqùes privilèges, aux droits féodaux et aux anciens parlements, se trouva* perdre avec la constitution tout ce qu'elle avait sacrifié pour elle , et le pays n'offre pluâ à présent qu'une sorte de table rase de despotistîle , comme à Naples. 11 ne s'est pas passé xm seul jour, depuis que nous avons abordé en Sicile, sans que nous n'ayons entendu quelqu'un déplorer la chute de Bonaparte et la retraite des Anglais, par cette seule raison que l'existence du premier et la présence des autres, maintenaient la- constitution et séparaient Naples et la Sicile, l'antipathie la plus invétérée existant entre les deux pays. Si quelque chose avait pu me porter
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à douter de la réalité de ces abus , dont je n'avais que trop de preuves, c'eût été , je dois le dire , l'universalité des plaintes qui 3e font entendre partout en Sicile et dans toutes les classes de la société; personne p'y fait un secrot de son mécontentement. En effet, j'ai toujours trouvé que le meilleur gouvernement est celui contre lequel on crie le plus fort sur lés lieux mêmes, et il suffît de citer l'Angleterre et les £tat»-Unis de l'Amérique du nord ; car cela prouve que l'on a l'œil sur ceux qui dirigent les affaires, et qu'on peut impunément censu^rer leurs mesures. «Mais le correctif n'a pas encore eu le temps de pro* duireicison effet. La population de File, réduite a un quart de ce qu'elle était anciennement , est pourtant du double plus considérable qu'elle ne l'était il y a cinquante ans ( i ) ; ce qui me semble faire croire que l'état des choses , tout mauvais qu'il est à présent, éta^t encore pire à cette époque ; opinion qui , comme je l'ai dit plus haut , me parait rendue plus probable encore par l'universalité des plaintes des habitants.
On a. si souvent dit que les homqaes appelés à gouverner lesnations oqt le même intérêt matériel à leur bien-être que le berger à celui de
(i) On trouve un million cent vingt -> trois mille cent soixante-trois habitants poar Tannée 1770; en 1798» an mil* Hon six cent dix«neuf mille trois cent cinq, et aiQOurd'lmit environ un million hmt cent mille*