‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 91 sur 99 · LA SICILE · texte numérisé non relu

LA SICILE

son troupeau , qu'il n'y a pas moyeu de répéter une vérité si rebattue; mais peut-être serait-il encore permis de la reproduire sous une autre forme 9 et d'exprimer son étonnementde ce que les gouvernements persistent à vexer ceux qu'ils voudraient k tout prix hivQ tenir tranquilles , à les appauvrir , lorsqu'ils voudraient en tirer un gros revenu, à leur tout refuser, afin de ne les pas accoutumer à demander. En admettant que les formes représentatives sont de leur nature incommodes au gouvernement, ce serait^ à ce qu'il semble, raison de plus pour qu'il fit de luimême toutes les réformes d'abus , toutes les améliorations sans conséquence que cette forme représentative est destinée à assurer , et rendit ainsi le remède superQu, en évitant la maladie. On ne découvre pas à priori pourquoi un pays serait moins soumis et pourquoi les impôts y seraient plus mal payés , si la justice y était promptement et impartialement rendue , entre particuliers au moins ; si le commerce n'y était pas entravé , si les routes étaient passables, les communications faciles , et les terres affermées à des conditions rassurantes pour le cultivateur; et cependant nous voyons les dépositaires du pouvoir peu disposés à accorder au peuple de pareils avantages: ils s'attachent aux abus comme à leurs alliés nat^irels , et semblent les regarder comme leur ancre de salut dans la tempête^

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L'agriculture de là Sidîle à , dit-on , bieii degé^ néré, depuis le temps où cette ile alimentait Té* Aorme population de Rome; mais en réalité^ 4^e n'a fait que demeutét^ ce qu'elle était aloi*s \ é'est-à-dire , mauvaise , aucun des perfectionnements modernes n'y ayant pénétré. Il serait plu^ exact de dire que le gottvernement a dégénéi-é^ étant encore pltis mauvais que du temps des Bo^ mains. La Sicile pourrait encore nourrir cinq fois le nombre de ses habitants , si l'on voulait bien seulement; leà laisser à eux-mêmes , et que leur industrie né fïit pas entravée par des régie* fnents ab§ni*des, les ressources naturelles du sol triomphant d'un système de culture vicieux. Les prairies artificielles sont inconnues en Sicile; les pommes de terre , les raves , les bettes-raves et les autres racines-fourrages , le sont également. L'on fait porter à la terre des grains et toujours des grains, c'est-à-dire,. du froment et dé l'orge, avec une ou deux années de jachère morte entre les récoltes. Pendant ce temps , la terre se couvre de mauvaises herbes qu'on laisse mûrir et répandre leurs semences, hormis les cas où , an lieu de jachère , l'on sème às^ pois et des haricots, mais surtout de grosses fèves si-' ciliennes ; et en ce cas seulement on fume. Ce sol, mal nettoyé, presque jamais fumé, donne six à huit pour un; dans quelques parties du pays il donne seize , Ton dit même jusqu'à trente-

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deux pour un ( i ) ! Le même mot sert ici à désigner la mesure de terre labourable et la mesure de grain (^salma)y parce que cette dernière est la quantité nécessaire pour ensemencer la première. La salma de terre est égale à environ quatre arpents, et vaut 2,000 francs, autant qu'il est possible de dire le prix d'une chose qui se vend rarement; La sabna de grains pèse six cent quarante livres, poidsdedouzeonces,etsevend en moyenne 11 francs de France dans l'intérieur du pays , et souvent le double , rendue à un port de mer. Les terres sont affermées par grandes divisions à des compagnies de fermiers ou, pour mieux dire, de bergers^ dont quelques-uns possèdent jusqu'à dix ou douze mille moutons. Les divers troupeaux pâturent ensemble , et une fois l'an on en fait le dénombrement de la manière suivante : on prend une table partagée en autant de compartiments qu'il y a de copropriétaires, et à mesure que les moutons passent par un étroit passage , l'on jette une petite pierre dans le compartiment du propriétaire à qui l'animal appartient ; la couleur de la pierre désigne le sexe et l'âge, et indique si les brebis sont pleines ou non. Le résultat de l'opération est enregistré

(i) On n'emploie jamais le fumier de bt'tes à cornes, cclqî de mouton étant seul estimé. Près de la mer j*al entendu dire qu'on recueillait les plantes marines jetées sur le rivage^ pour servir d'engrais.

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