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290 L AGRICULTUHE.
dans le grand livre de la société, où chacun des propriétaires a son compte ouvert ; les profits et ies pertes sont divisés dans la proportion du nombre de bétes de chacun d'eux. Les frais principaux sont le fermage et les gages des bergers qui sont tous copropriétaires. Le revenu provient, i<> du lait (Toi^ trait les brebis deux fois par jour), dont on fait du fr^image; r^*" du petit I^it, qui donne une seconde sorte de fromage et des recuites; 3*^ de la laine, qui est très-inférieure et fait un drap grossier consommé dans le pays; 4° du sous-fermage des meilleures terres à de petits fermiers dont l'agriculture vient d'ètrè décrite. Les gages des bergers sont de deux et demi à cinq louis par an , avec leur nourriture qui n'est autre chose que du pain et de l'eau. Ils passent le jour en plein champ avec leurs troupeaux, et doi*ment dans de petites cahutes de paille: ce sont de bonnes gens, en qui l'on peut se fier. Près des villes et sur le penchant des collines dont elles occupent le sommet, on voit des vignobles bien cultivés , mais dont cependant le vin , en général mal fait , ne se garde pas. Celyi de Milazzo, de Syracuse, (ïyiuola^ de FUtortUy va en Italie; le vin de Marsalla est le seul qui s'exporte dans toutes les parties du monde , et , ce qu'il y a de remarquable , il est préparé par des Anglais (MM. Woodhouse et compagnie). Le chanvre croît fort bien eu Sicile, et tant que les Ânglaia
l'agaicultoiuz. 2^91
y onl été , leurs vaisseaux en étaient abondamment pourvus; mais Texportation n'en étant plus permise , on devine aisément [tourquoi il y en a si peu actuellement. Le principal produit du pajs est le blé, que l'on reçoit sans frais dans certains magasins publics {carkatori) ^ pourvu qu'il soit de bonne qualité, mercantabiUe recetti" biUt et qu on le dépose aussitôt après la moisson , ou dans le courant du mois d août. Ce qu'il gagne en volume à dater de cette époque ( à^peu-près cinq pour cent en moyenne) couvre tous les frais d'emmagasinage.|Lfe reçu du caricatore^ ou gard&r magasin, étant une valeur transférable, devient l'objet d'une sorte d'agiotage à la bourse de Pa^ lerme, ainsi que de Messine et de Catnne, où l'on joue à la bausseou à la baisse présumée duprixdes grains. Ces magasins publics sont, dans quelques parties de l'île , taillés dans la roche calcaire , conmie de vastes cavernes , ou bien creusés en terre dans la forme d'une bouteille , bien murés et à l'épreuve de l'eau. Ces derniers magasins contiennent environ deux cents salma de blé ( mille deux cent quatre-vingts quintaux, poids de douze onces). L'orifice de la bouteille est hermétiquement bouché au moyen d'une pierre scellée avec du plâtre. A l'aide de ce procédé, lo blé se conserve pendant un temps indéfini ; au moins Fa-t-on trouvé parfaitement sain, aprjèsi l'intervalle d'un siècle,
^1 L AÔRICtLTtïir.
L'olivier devient plus grand en Sicile que sût le continent de Tltalie, et son âge se compte par siècles. Je tiens de M. le baron F.... que ses ancêtres ayant acheté, l'an 1610, une terre a« midi de la Sicile, près de Terra IVuoua^ Taete désigne certains vieux oliviers, qui sont encore debout et en plein rapport y sans que les deux siècles et plus, qui se sont écoulés, aient fait snr eux une impression sensible. Les paysans ont pour cet arbre une sorte de respect, et ne peuvent souffrir qu'on le détruise; mais ils n'en prennent cependant aucun soin, et l'huile qu'ils en retirent n'est bonne , si l'on en excepte celle, de Palerme et de Termini, que pour la fabrication du savon. Le bois est tellement rare en Sicile, que Ton trouve des gens qui entreprennent de détacher l'amande de sa capsule pour cette capsule seulement. L'amande est un des principaux produits du pays. Le pistachier y est cultivé en abondance, et, dans les* plantations. Ton greffe un individu mâle sur chaque dixième arbre du verger ( tous de l'autre sexe ) , ce qui suffit pour féconder le verger entier.
Les fèves sont ici d'une grosseur extraordi* naire ; je n'en ai vu nulle part de semblables : elles remplacent la pomme de terre et donnent une récolte sûre et abondante, qui nourrit les hommes et les animaux. On les exporte pour TEspagne et le Portugal , et leur culture, qui
lVgricdltube. 293
remjDiace les jachères, est sous cé point de Vue d'un grand avantagé.
lie miel de Sicile est fort estime, et, attenclù la grande quantité de cire consommée dans lès églises , le produit des ruches forme un bon article de revenu pour le cultivateur. Ces ru*» ches, en forme de carré long, et tiSsues avec la fibre à-la-fois forte et légère de la férule, sont enduites d'un vernis qui les rend impénétrables à la pluie. Chaque année on les ti'ansporte à dos de mulets sur les montagnes, d'où elles redescendent à Tapproche de Phi ver, et 'ces tr'anspdfts ont lieu de nuit. IjB miel se re- "cueille deux fois par an, dans les mois de mai et d'août.
Le coton e$t cultivé avec beaucoup de soin et de profit dans les environs de Terra Nuova et de Catane.
. Autrefois on retirait beaucoup d'alcali de^ cendres de la sdude , mais depuis qu'on ^aît l'extraire en grand du sel marin , cette industrie est tombée. Tels sont les principaux produits d'un pays que la nature avait fait riche, Tnais que ses institutions condamnent à la pau- 'vreté.
Le lundi soir, iS mai, nous montâmes à bord de la felouque ia Madonna, que nous avions louée pour nous transporter à Naples , moyennant la somme de 100 ducats (18 louis);
^94 CHAETBDE ET SCTLLA.
c'était une embarcation poutée , longue de trente-trois pieds, large de neuf, et où il y avait justement assez de place sous le pont pour nous glisser à quatre pieds et nous étendre sur nos fidèles matelas. Le soleil se couchait dans tout son éclat , derrière les montagnes de la Sicile, tandis que la lune ï>rillait déjà au côté opposé du firmaipent. Une légère brise du midi enflait nos voiles , et tout semblait promettre une traversée prompte et heureuse. Une sorte de bouillonnement des eaux, qui en même temps pf*ésentaient certaines places unies comme si elles eussent été couvertes d'huile, nous annonça bientôt que nous étions entre Charybde et Scylla, deux écueils, dont l'un était devant nous sur la côte de Galabre, et l'autre, son ancien camarade S<^lla , en arrière sur la côte de la Sicile. A certaines phases de la marée (car il existe des marées dans la Méditerranée ) , les courants opposés , venant à se rencontrer avec violence dans cet étroit canal, forment des remous ou tournoiements d'eau qui ne sont pas sans danger ; mais en tout autre tenips ce passage est parfaitement sur, et nous n'aurions rien remarqué d'extraordinaire à la surface de la mer si nous n'y avions été préparés d'avance. Les poètes de l'antiquité peuvent être accusés d'avoir calomnié les talents nautiques de leurs contemporains^ en décrivant les ter-
STROMBOLI. agS
reurs que Charybde et Scylla leur inspiraient. Le matin du jour suivant nous découvrîmes StromboUf vaste cône qui s'élève du sein de la mer ; mais malheureusement pour nous son Volcan ne brûlait pas. Nos marins, depuis Messine, avaient suivi la côte de Calabre pendant la nuit , et continuèrent toiit le jour , au lieu de se diriger droit sur Naples ; ils n'avaient ni boussole. ni carte, et tout Téquipage , composé de huit matelots et de leur patron ( un vaisseau américain de trois cents tonneaux n'en a souvent pas un plus nombreux ) , se pressait autour de la belle carte dltàlie , par Orgiazzi , que nous avions étendue sur le pont ; ils y cherchaient avec empressement, et reconnais* saient fort bien les différents points de la côte^ sans pour cela qu'il leur vhit dans l'esprit d'y arrives autrement qu'en longeant le rivage. La seconde nuit, le vent ayant tourné au nord-est, et soufflant frais, nous nous trouvâmes affalés dans une espèce de baie près de PoUcastro et forcés de jeter l'ancre pour ne pas échouer. Dans cette situation désagréable, nous vîmes nos gens tirer d'une caisse sept vieux mousquets qu'ils se mirent à nettoyer, et, après les avoir chargés , ils les disposèrent autour du mât pour s'en servir en cas d'attaque de la part des brigands calabrais ou napolitains. Le pays sous nos yeux était composé de mon-
agÔ LES "PAKDECTES.
tagnes peu élevées , sur le sommet desquelles on voyait des groupes d'habitations entourées de murs ; les vallées intermédiaires, brillantes de verdure , étaient inhabitées ; quelques cimes encore couvertes de neige se faisaient remarquer derrière la première ligne de^ montagnes, mais nous n'aperçûmes pas un seul être vivant sur la terre , pas une embarcation sur la mer, et nous n'eûmes à nous plaindre que du vent et des vagues. Ayant remis à la voile, noi*s fûmes de aouveau contraints de jeter Fancrc près du cap LycosUy à l'endroit même où le pilote d'Enée, Palinure, tomba à la mer et se noya; comme nous étions en vue de la baie de Salerne^ nos hardis mariniers^ dédaignant de suivre plus long-temps la côte, cinglèrent droit sur l^aples. Nous avions eu l'intention, et notre convention avait été faite en conséquence, d'aborder dans la baie de Salerne , afin de visiter les tem-^ pies de Pestnm et la ville d'Amalfi qu'ont rendue célèbre l'invention de la boussole et la découverte qui y fut faite d'un manuscrit des Pan-dectes (i); mais l'espoir séduisant d'être bien-
( I ) La découverte de ce manuscrit ,.dans le douzième siècle » excita un grand intérêt en Europe, où l'on commençait à sortir de cette léthargie intellectuelle quT se prolongeait dé> puis tant de siècles. Cette découverte, dît-on, fut due aux Pisans , qui s'emparèrent de la ville ; mais de vieux manuscrits ne sont pas, même de nos jours, un butin bien tentatif pour
PROBÏONTOIHE DE SALERWE. Ctgj
tôt déKvrés des misères de la felouque, et les instances du patron et de l'équipage , remportèrent chez nous sur l'amour du pittoresque et du classique. On ne saurait imaginer de spectacle plus ravissant que le point du jour sur les côtes et le promontoire de Salerne, derrière lesquels s'élevaient des montagnes cou*vertes de forêts dont le profil fantastique se dessinait en noir sur le fond d'or d'tin ciel qu'éclairaient peu-à-peu les feux de l'orient; Le soleil, caché derrière l'horizon, ne s'annon-»
des soldats dans une ville au pillage , et , en 1 1 3o > ils devaient Têtre moins <*ncot*e. Plus de vingt ans avant que cette pré<^ tendue découverte eût eu lieu à Amalfi, le cours de droit civil donné à Bologne , par Irncsius , n'était autre chose que les Pandectes, que ce savant jurisconsulte avait pu étudier à Constantînople, où il avait été. Pendant lés six siècles de té^ nèbres qui séparèrent l'antique civilisation dfe la moderne ^ c'étnit la puissaffte intellectuelle qui était perdue, bien plutôt que les Pandectcs, Le manuscrit trouvé à Amalfi avait , sans aucun doute , été vu plus d'une fois durant cette longue période ; mais y sans y attacher aucune importance , on l'avait rejeté dans cette poussière savante où reposaient oubliés tant d'autres trésors : le temps n'était pas encore venu où ils pouvaient être appréciés. Ce temps parut enfin , et aux yeux des Italiens , qui conservaient encore un vague souvenir de la grandeur et de la civilisation des anciens Romains , leyrs an^ cétres, les P^z/?^c^6;y acquirent presque l'autorité des livres saints. Le clergé y trouva beaucoup de passages qui convenaient à ses vues, et les souverains de l'Europe moderne, encliainés par les institutions féodales du moyen âge , durent
çait que par de longues traînées d'une lutnîère étincelante, qui, tra-versant toute Tétendue du firmament , en Élisaient disparaître les étoiles. Les formes hardies de ce promontoire, celles plus frappantes encore de l'île de Capri, présentaient des aspects toujours nouveaux a me« sure que nous avancions , jusqu'à ce qu'enfin des flots d'une lumière beaucoup trop vive et beaucoup trop blanche vinrent gâter Teffet du premier point du jour, comme il arrive toujours dans les climats méridionaux. L'on distinguait a leur couleur blanche des habitations éparses
naturellement se sentir prévenus en fayeur d*an Code de Kms dans lequel ils lisaient : « Princeps legibus sobttus est,,^. qmod principi plaçait legis kabet vigorem ». Cependant les légistes, dont les conseils éclairaient les dépositaires dn pouvoir temporel et ceux du pouvoir spirituel, expliquaient, chacun à leur manière , ce système de législation artificiel et compliqué. Quant aux masses, elles devaient apprécieme menfaît dW corps de lois, quel qu'il fût, qui définissait minutieusement tout ce qui a rapport à la sûreté et à la propriété. Cette compilation, faite dans le sens, à Tusage du pouvoir absolu, était cependant bien plus rassurante pour les peuples que les lois de circonstance ou les arrêts purement arbitraires qui jusqu'alors les avaient régis. Les Vénitiens , comparativement libres à cette époque , lurent les seuls de toute Tltalie qui rejetèrent les Pantlectes, s*imaginant avoir déjà qu^qué chose de mieux; et, hors de Tltalie, les Anglais seuls, avec plus de raison, n'en voulurent point; mais les Ecossais, leurs voisins , furent moins difficiles et se rangèrent sons la loi des Pandectes*
Càpri. a99
sur le vert foncé de la côte et même des sen^ tiers tracés des unes aux autres, lesquels suggéraient Vidée de liaisons sociales entre les ha-' bitants de ces demeures présumées délicieuses ^ tandis que vues de près elles n'auraient peutêtre offert que le spectacle de la saleté , de la misère et des vices.
La célèbre île de Capriy lorsqu'on s'en approche, n'est plus qu'un rocher nu, de trois à quatre lieues de tour , auprès duquel des masses détachées s'élèvent, comme d'énormes piliers, hors de la mer où elles sont tombées. On distinguait des chemins taillés dans le roc , qui probablement offrent les seuls moyens de communication d*un lieu à un autre; pas un brin d'herbe ne relevait la teinte uniforme des rochers. Il y a dans l'intérieur une vallée fraîche et riante, in- / > visible à l'extérieur , où le bourg de Capri est situé; c'est près de là qu'était la délicieuse résidence de Tibère, qui s'y livrait à ses honteux plaisirs, et y méditait les ordi*es sanguinaires qu'il envoyait à Rome. L'île étant presque inabordable^ il croyait y être plus en sûreté qu'ailleurs.
La quantité de cailles et autres oiseaux de pas- ^g^) qui, dans leurs émigrations annuelles d'un bord à l'autre de la Méditerranée, viennent s'abattre sur Caprin est telle, que la dîme perçue par l'évêque, sur cette singulière récolte, forme à elle seule la principale branche de son gros
.^OO BAIE i)E NAPL£S.
revenu. Caprin été le théâtre d'un des plus brillants exploits de Murât; il s'était vanté de la prendre , et le hasard lui en fournit l'occasion. Un vent favorable s'étant élevé pour ses bateaux, tandis que la flotte anglaise» qui avait couru une trop longue bordée, se trouvait tout-à-coup ar* rêtce par un calrae plat , il se hâta d'exéduter son projet, et la flotté anglaise le vit s'emparer de l'île sans pouvoir l'en empêcher.
Entrés dan& la baie de Naples, nous suivions doucement la côte de Sorrento^ voyant passer en. détail , sous nos yeux, toutes les beautés de cette baie célèbre. Les rochers calcaires, dont elle se compose, sont interrompus par des massels dé tuf volcanique, qui remplissent les intervalles eritre les différents promontoires. Ces rochers calcaires offrent de nombreuses caveriles ou grottes natu^relies, dont les otivertures sont de niveau avec la tner qui y pénètre; d'autres, bien plus spacieuses encore, ont été creusées dans le tuf, par la main des hommes: on les attribue aux Romains, dont les nombreuses -i;///^ couvraient les pentes verdoyantes de la côte. Les escaliers taillés dans le roc, qui conduisaient à ces différentes grottes, se voyent encore suspendus, de la manière la plus pittoresque, parmi des touffes de vigne sauvage, de figuiers et de lierre; l'action des flots de la mer, durant quinze ou dix-huit siècles, a fait disparaître leurs degrés inférieurs.
HUIT jfCUOS. 3of
Rien de plus attrayant que le calme et la limpidité des eaux qui remplissent ces cavernes, dont le fond est d'un beau sable fin. Nous apercevions, au milieu des bois et sur le flanc des montagnes qui dominent Sorrento, des couvents bâtis dans de magnifiques situations. Ces biens monastiques n'ont pas tous été vendus dans la révolution ^ mais le souverain actuel ne veut pas rétablir ceux qui ne l'ont pas été : à considérer la chose soup le point de vue politique, c'est-à-dire, dans l'intérêt de tous, il vaudrait mieux que les terres eussent été vendues; mais, ne l'ayant pas été, il vaudrait mieux qu'elles fussent rendues à leurs anciens propriétaires; car les moines les administre-^ raient mieux que ne le font les ministres; ils consacreraient une plus grande partie des revenus à de louables travaux, et en détourneraient moins pour leur satisfaction personnelle. Près d'ici, était la villa de Séjan, le digne ministre de Tibère; elle portait le nom d^Equa; c'est là qu'il fut assassiné. II y a des échos prodigieux tout le long^ de la côte, et la détonnation des armes à feu , que nos matelots déchargèrent successivement, répétée et augmentée, ébranlait toute la rive. L'effet variait à chacune des expériences. Nous devions débarquer à Sorrento^ lieu de naissance du Tasse j mais nos marins, prétextant le vent peu favorable, nous firent aborder à Castellaf?îare, où probablement ils avaient à faire. Il était midi lorsque