PISE. S
de bois plus grossière encore, s'il est possible, que celle de la Sicile! Toute la population était dans les champs au travail , et la vallée retentissait des chants gais , mais point du tout mélodieux de tous ces travailleurs. On voyait peu de mendiants', et ceux«-ci étaient principalement des en&nts et des aveugles qui demandaient au nom de la madoima tanta miraculosay mais nous n'entendîmes pas le mot de tanta famé, comme à Rome et à Naples'.
J'ai déjà &it observer, plus d'une fois peut<«tre, qu'un des signes d'un bon gouvernem^it est le mal même qu'on en dit sur les lieux, puisque cela montre au moins qu'on le surveille et qu'on ose en parler. Ici j'ai entendu louer les minisires' toscans , ce qui aérait suspect ; mais comme c'était pour des quatités autres que celles qu'exigeaient^ leurs situations respectives, il ne Êiut pas se hâter d'en lien conclure k leur désavan- ' tage; Le ministre des finances, par exemple, s'entend bien , dit^n , à la politique extérieure « et le ministre des offirires étrsMifières esc grand financier. Quant aux juges , il est vrai ^fu^on les accuse euvertanent é^ corruption et dinci^*cké: il langoeur, il en fiaiudrait conclure qu'il y a bonne, et promue justice ; mais je n'oserais affirmer q«e mon pRUsciipe, vrai es général, qirtaat âi la politique, s^'étende smix tribunaux, itetxxprindpttles branches, d'industrie parvii
aa.
340 ' LUCQUÏS.
le petit nombre de celles qui appartiennetit au pays, ont été découragées par la permission anti-nationale (comme on l'appelle ici) d'exporter les matières premières : celle des figures et vases en albâtre et celle des chapeaux de paille. L'albâtre toscan , il est vrai , ne se trouve nulle autre part ; mais la paille dont on fait les chapeaux peut être recueillie partout , pourvu que l'on sème le blé trop tard, trop dru et sur un terrain qui soit suffisamment mauvais. '
Lacques, le ^ijuin. -^ Nous solnmes partis de Pise dans l'apres-^linée , et nous avons tra*» versé un pays florissant et qui passe même pour sain , quoique bas et humide. Les habitants pa-* raissaient nombreux et de bonne apparence ; il est vrai que c'était dimanche et qu'ils avaient leurs beaux habits. Lucques, autrefois indépen^ dante comme toutes les autres villes toscanes, est maintenant englobée dans le grand état , encore bien petit, dont Florence est la capitale. Elle a ses remparts menaçants , ses orgueïleux palais à murs épais et à fenêtres grillées comme celles d'une prison. Elle a ses statues et ses monuments historiques relatifs anx hommes d'état, aux guerriers, aux patriotes des t^mips passés^ Les églises sont ornées, dans un goût bizarre et coûteux, de marbres divers en bandes , quadrillés, rayés de toutes sortes de couleurs et dans le plus mauvais gont possible; une promenade
BAINS DE Ll}€QTT£S. 34 1
poudreuse, plantée de magnifiques arbres, fourmillait de beau monde que nous aperçûmes en passant. Cette ville a trente mille habitants.
Les bains de Lacques sont très-fréquentés ; leurs eaux thermales sortent de la terre à la haute température de 60^ degrés de Réaumur. La route qui conduit à ces bains est d'une beauté remarquable, ainsi que d'une grande bonté. Nous avons parcouru ce beau pays de plusieurs côtés, et Tune de nos promenades nous conduisit à travers un superbe bois de châtaigniers au Praro FioritOysnv le sommet d'une montagne qui ne peut avoir moins de six à sept mille pieds d'élévation , puisque , dans cette saison , on y trouvait encore de la neige dans divers endroits. Ces vastes pâturages méritent bien le nom qu'ils portent, et feraient honneur à la Suisse. Leurs divers points de vue sont variés et magnifiques. Ces montagnes fournissent aux bains leurs renommés porteurs de chaises, qui vous conduisent lestement, d'ici à Gènes, quati^-viugts railles, à travers les montagnes, au plus fort de la chaleur 9 eu trois jours pour 4 louis. Ils sont six, et se relayent alternativement. Ces montagnards ont une réputation de grande probité et nous firent voir qu'ils la méritaient. L'un d'entre eux retourna un mille ou deux *cn arrière, chercher un châle qu'on avait laissé tomber, et le rapporta , quoiqu'il eût pu si aisément
34^ BAinS DE XUOQTIZS.
dire qu'il ne l'ayait pas trouvé. Après la poussière et la chaleur des grandes routes , la sécheresse , les voleurs et la saleté de lltalie, on se sent renaître au milieu de toute cette verdpre, de ce bon air et de cette conâance qu'inspirent les habitants de ces montagnes. La glace est pour eux un produit industriel qu'ils exploitent; ils en fournissent tout l'été à la vallée de l'Amo et à Livourne ; ils la transportent même à dos de mulets pendant la nuit jusqu'à Modène, qui est à quai*ante milles. Un trou creusé dans un sol sablonneux, garni xle branchages à l'intérieur et couvert d'un toit de chaume et de gazon , sufiSt pour conserver la glace d'un hiver à l'autre. Ils en tirent aussi de certaines glacières naturelles.
Massa Carrara, i^ juin. — Nous avons été deux jours ici retenus par la beauté peu commune du'pays; je ne parlerai que de la vallée de Fiume Frigido y torrent de montagne dont Teau, provenant de la fonte des neiges, est froide comme elles. Cette vallée, très^nnte dans plusieurs endroits , est ensevelie àèxf^ l'ombre de fort beaux ai4>res, et l'on y entend le bruit des eaux du torreot et de plusieurs cascades qui ajoutent l'idéal de la fraîcheiur à la réalité, iiprès s'être' enfoncé plus d'une heure dans cette délicieuse solitude , Ton arrive à ^on extrémité , qui en est la partie la plus magnifique ; c'est la mon-
MASSà CARRA.R4. 343
taghe d^où descend le torrent, encore chargée d'une partie des neiges de Thiver, lesquelles ont lapparence de guirlandes blanches (i) jetéesd'un rocher à l'autre à travers des pâturages du plus beau vert. Divers promontoires s'avancent dans cette inégale et tortueuse vallée ; et lorsque, vers le ^oir , le soleil lançait obliquement ses rayons sur leur profil boisé, c'était comme une ligne de feu tracée sur le fond obscur du paysage; tandis qu'une vapeur dorée flottait sur ses liauteurs. Mais les ombrages de Fiume Frigidoy plus éloignés delà Toscane, ne sont pas tout-àfait aussi surs à la chute du jour que ceux du PratO'Fiorito y et Ton pourrait fort bien y être volé.
I^ célèbre carrière qui, de l'antiquité jusqu'à nos jours, a fourni pendant vingt siècles le marbre aux sculpteurs et aux architectes, mérite bien d'être vue. Anciennemqnt baignée par la mer, elle forme à présent un enfoncement dans la montagne qui annonce tout ce qu'on en a extrait de marbre et la grande consommation
(i) Ceux qui ne connaissent pns les montagnes comprendront diflicilement Teffet ici décrit. Voici comment il s'explique : La neige ne s'arrête que sur les pentes les moirs inclinées ; ces parties du flanc de la montagne sont vues du bas, fort en raccourci et sans rien perdre de leur longueur; leur largeur est réduite à peu de chose, ce qui leur donpc l'aspect d*une guii^lande.
344 I^ASSA <^ABRAKA.
qui en a été faîte. Mais toute Fltalie, toute TEiirôpe et le inonde entier, pourraient être couverfs de temples bâtis de marbre de Carrare ainsi que p?uplés de statues, que la masse d'^où on le tire n'en serait guère diminuée. La terre est jonchée de fragments détachés des hauteurs par les pyg* mées , à peine visibles , qui picotent le rocher avec leurs faibles instruments, et détachent des morceaux qiii tombent à grand bruit et seront peut-être convertis en chefs-d'œuvre. La façade de ce beau rocher , long-temps etposé aux injures du temps , devient noire , tandis que les nouvelles fractures sont du blanc le plus éclatant, cristallin , demi-transparent; il semblerait que ce marbre n'attend qu'un coup de ciseau, d'une main habile, il est vrai , pour respirer et vivre. Plusieurs artistes demeurent à Carrare à cause de la facilité qu'ils trouvent à se procurer presque pour rien leurs matériaux , et à s'essayer sur le marbre comme ils travailleraient ailleurs sur la terre glaise. Un de ces artistes est occupé à faire une statue d'Alexandre ( de Russie ), dont la tête est très-ressemblante quoique pîus animée que l'original; car Alexandre a de la beauté, mais peu de physionomie. Le héros s'avance- la main sur la garde de son épée à moitié hors du fourreau , et dont la lame porte ces mots : toujours pour la pairie! L'aigle placé à ses pieds , tient dans son bec une ban«
UASSA CARRIRA. 345
delette sur laquelle on lit : droit à Paris , ou peut-être mon vol est pour Paris ^ je ne me souviens pas exactement lequel des deux. Ce n'est certainement pas là le modeste langage que tenait Alexandre exi \%\l\ ^l \%\^\'A xx^ savait pas s'il pourrait arriver droit à Paris ^ et avait la véritable gràndetir ou tout au moins le bon goût d'avoueh ses doutes. Pourquoi en faire l'imitateur des vanteries de son adversaire ; maintenant surtout que Tévénement a montré combien elles étaient vaines? On dit que cette devise a été donnée à l'artiste par le fidèle sujet de sa majesté moscovite, pour qui se fait la statue, et non par sa majesté elle-même, ce que je suis bien aise d'apprendre. Il y a dans le même atelier une autre statue qui attire l'attention ; c'est celle de M. Necker. Cet homme célèbre est enveloppé d'une ample robe de chambre, en façon de draperie , rejeté à l'antique sur le bras gauche et posé nonchalamment sur la hanche, dans une attitude que l'on a voulu rendre classique , mais qui ne se retrouve point parmi les chefsd'œuvre antiques sous la toge d'un sénateur ror main. Décolleté et la chevelure bouclée, moitié à la Brutus et moitié à la Louis XIV , la mise de M. Necker n'est ni antique ni moderne. On nous le montre la tête haute et gesticulant de la main en orateur animé. L'intention est de lui donner cet air noble et cette attitude du commandement
346 LA BAGCIOCHÎ.
qui, à mon sens, gâte tant de portraits de grands hommes modernes et n'en fait que des héros de théâtre. Si l'on veut absolument leur faire jouer un rôle, pourquoi ne serait-ce pas celui de la simplicité et de la modestie antiques ; il en vaut bien un autre.
la Bacciochi^ lorsqu'elle était reine d'Etrurie, ordonna la démolition de l'ancienne cathédi^ale de Massa parce qu'elle était trop près de son palais , que le chant d'église l'attristait , et que l'odeur de l'encens la faisait tousser. La con« sternation des habitants fut extrême , et le préfet lui même, quoique étranger, donna sa démission plutôt que de mettre l'ordre à exécution. Le vénérable édifice n'en fut pas moins rasé, mais les fondations sont restées : on les montre aux étrangers. C'est le monument durable d'un abus de pouvoir qui atteste cette vérité utile à connaître , savoir, que la tyrannie est tout aussi naturelle aux parvenus qu'à ceux qui n'ont jamais fait autre chose que d'exercer le pouvoir arbitraire, exercé avant eux par leurs ancêtres , et qu'en fait de liberté, l'on ne gagne rien à changer les personnes, si ceux qui viennent après ne donnent. pas de meilleures garanties que ceux qui s'en vont.
On raconte que cette princesse prenait un plaisir tout particulier à humilier les grandes dames italiennes qui, après s être moquées d'elle
LA BAGCIOCHI. 347
de tout leur cœur\ et avoir accablé de sarcasmes son trône et sa personne, en étaient venues à solliciter des places, même les plus humbles, dans sa maison. Elle fît une fois semblant d'avoir mal au cœur, afin de se faire tenir la cuvette par la marquise D... en présence de toute la cour , qui savait qu'elle le faisait exprès. Plusieurs autres dames du même rang étaient obligées de mettre un genou en terre pour chausser ses souliers au milieu du bal, devant tout le monde, lorsqu'elle voulait danser. Nonobstant l'affaire du duomo (la cathédrale) qui montrait une mauvaise tête non moins qu'un mauvais cœur , cette sœur de Bonaparte savait gouverner ; elle établit des maisons d'éducation pour les jeunes personnes, et sans mœurs ellemême, elle en aurait pu en donner aux italiennes en les excitant à cultiver leur esprit. Elle fit aussi beaucoup debiendansFadministration desaffaires de son petit royaume. Son mari , d'une origine très-obscure , n'en passe pas moins ici pour avoir été un homme de sens ; sans ambition comme sans prétentions, il ne chercha. pas à gouverner; mais il aurait cependant pu faire un bon prince. La princesse, autrefois dépossédée par Bonaparte afin de faire, place pour sa sœur , rendue à ses fidèles sujets lors de la restauration générale de toutes les légitimités , parait avoir perdu toute la popularité qu'elle avait à sa rentrée ; et ses fi-
348 IirSTROCTIOlf CRUflirBLUE.
dèles sujets voudraient peut-être bien à présent ravoir celle qui mit insolemment à bas leur duomo.
Il y a ici un vieux château qui est maintenant la prison ; nous y avons, vu des cachots de huit pieds sur huit où Ton renferme au secret les prévenus de crime, pour les empêcher, nous dit-on, (ï arranger leur défense^ procédé qui, en Angleterre, paraîtrait monstrueux; mais en £iveiir duquel , sauf excès , il y a bien quelque chose à dire. L'interrogatoire des prisonniers en cour et surtout devant le jury, est sujet à de graves inconvénients ; il complique Tinstruction et la rend plus difficile à saisir; il tend à exciter les passions , l'indignation , la pitié , et il vaut mieux sans doute ne soumettre à Topinion du jury que les dépositions de témoins désintéressés. Mais l'interrogatoire du prisonnier , pendant les premiers jours de sa détention et lorsqu'il n'a pas eu le temps d^ arranger sa défense , est infiniment propre à diriger les poursuites dans le sens de la vérité , et Ton peut, par conséquent , en faire usage dans ce but, pourvu que ni les aveux du prévenu ni rien de ce qu'il a pu dire ne soit mis sous les yeux du juge ou du jury. L'abus ici est qu'au lieu de quelques jours ce sont des mois et quelquefois des années que le prisonnier passe au secret! C'est pour son bien, dit*on; car il est probablement coupable ; et si on lai
îtrSTRUÊTlON CElMltrELlE. 349
Élisait son procès , il lui en coûterait la vie. Il est inutile de dire combien ce raisonnement • suppose d'ignorance touchant les premiers prin* cipes de la justice criminelle qui repose sur Tin^ térét de la société , san^ motif personnel de faveur ou de dé&veur. D'ailleurs c'est l'intérêt du prévenu coupable , et non celui du prévenu in«nocent qui se trouve ici consulté. En dernière analyse , l'interrogatoire du prévenu peut être ou n'être pas le meilleur moyen d'arriver à k vérité , mais le droit d'y avoir recours me paraît incontestable*
Gènes ^ le ^^juin. — De Massa Carrara nous fumes coucher hier par Sarzana à Leiice , sur lo baie délia Spezia^ Entre ces deux endroits l'on rencontre les ruines d'un amphithéâtre et d'autres édifices qui marquent le lieu où florissait l'antique ville étrusque , appelée Portas Lunœ : quoiqu'elle se trouve, à présent, bien en avant dans les terres , cette ville était anciennement un port de mer. La baie deUa Spezia peut être com* parée à celle de Naples , sous le point de vue des l^autés pittoresques , de l'étendue et de la sûreté ; peut-être même y a-t-il plus de fond ici. Une source d'excellente eau , on pourrait dire une rivière tout entière , s'élève de la profondeur de vingt toises dans le milieu de la baie, Ibnxiant une colonne du diamètre de trente pieds d'eau bouillonnante parfaitement douce et bonqq
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à boire ; le nom de cette fontaine extraordinaire est Alfa Sema.
Les gens du pays nous ont para remarquables pour l'obligeance et la politesse ; je n'en donnerai qu'un exemple. Nous étions recommandés à on habitant de Sarzana , le signor Ravani , il était absent; mais pendant qu'on le cherchait, un autre habitant , dont le nom ressemblait à celuilà , croyant que c'était lui , vint nous voir , et quoique Terreur fiit bientôt découverte, n'en offrit pas moins ses services et eut la bonté de nous rendre tous ceux dont nous avions besoin, c'est-à-dire , de nous procurer une bonne felouque, à des conditions modérées, pour nous conduire à Gênes. Je dois dire <]pe ce n'est point la première fois que j'ai éprouvé les effets de la même disposition obligeante dans diverses parties de l'Italie , et de la part de personnes desquelles je n'avais aucuiie raison d'en attendre ; elle est dans les mœurs italiennes.
Notre felouque était un bateau non ponté à trois voiles ktines et huit avirons, qui nous transporta avec deux voitures de leticie à Gàms (soixante-cinq milles) potir 4 louis. Le trajet se fit en seize heures, avec un vent très^fiiBble , xnais favorable. Les fod&ers à pic, trèa-élevés^ et en apparence de late ou de basalte qui bordent la eâte ^ continuent jusqu'à Pe)rto finù , ^t ^ mer dan^ laquelle plongent w$ m^mto eai ^P«b»
RIVJÈEE DE GàWBS. 35 f
grande pi*ofondeur. Les montagnes arides doni ils font partie , étant assez hautes pour attirer les sapeurs invisibles de l'atmosphère avaient leurs sommets les plus élevés enveloppés de nuages. Toute la côte jusqu'à Gènes porte le nom assez singulier de limera di Cenoa, Après avoir dépassé Porto Fvio , les montagnes s'éioignant un peu de la côte, celte*ci devient plus praticable et parait couverte de villes y de villages et d'habitations éparses parmi des bosquets de myrtes et d'orangers ^ jusqu'aux portes mêmes dd Gênes.
Le capitaine ou patron de notre barque et son équipage exprimaient ouvertement leurs regrets du changement de domination et déploraient le retour de la paix; « Cependant, leur disionsnous y vous ne pouviez naviguer sans danger ? — Ah! bah! le danger ! repliquaient-ils, on était pris quelquefois, mais on était bientôt relâché. Une fois notre bateau fut coulé bas , mais nous gagnâmes la côte à la nage. Chaque voyage de Gènes à Lerice valait 1 5 à ao napoléons ^ et le retour lo à la. Les matelots mettaient chacun un napoléon et demi dans leur poche. — Mais la conscription ? * — Quant à cela , nos jeunet gens étaient avancés. Ils aimaient assez l'uni*» forme. I^a gtieire vaut oûeux que la paix ! -» La guerre à l'étranger, peut-être, noiais la guerre dans vos foyers, â Gênes , par exemple , où tant
Vi^ RIVlèRE DE cèKEd*
de gens sont morts de faim pendant le si^e. —' Nous n'y étions pas, »
Telle est, autant que j'ai pu m'en assurer , l'opi* nion presque générale parmi le peuple. Mais il faut faire observer qu'après vingt-cinq ans de paix une déclaration de guerre aurait sans doute produit le sentiment opposé. Ceux qui perdent leur gagne -pain par la transition de l'état de paix à l'état de guerre s'en plaignent tout autant que de l'autre transition. Lorsqu'après notre arrivée à Gènes , nous eûmes payé le patron , que nous ne devions plus revoir et avec qui nous n'avions plus rien à démêler , il nous rapporta un sac de nuit, plein d'effets divers et oublié à bord, qu'il aurait fort bien pu s'apf)roprier.
La première vue de Gènes de la mer est sans doute très-frappante, et pour en jouir, nous avons été favorisés par l'heure et le temps : c était le soir d'un beau jour, et les derniers rayons du soleil répandaient leurs plus riches teintes sur tous les objets. Deux môles gigantesques s'avancent dans la mer et défendent rentrée du port y au fond duquel s'élève un fanal bâti dans les mêmes proportions. Derrière la ville on voit uae colline tellement aride et brûlée, que sa couleur dominante est celle d'une crème au chocolat ; elle. est néanmoins parsemée de maisons de campagne , renfermées dans les murs de la ville « lesquels couronnent, et enveloppent cette éoni-
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nence , aboutissant des deux côtés à la mer et formant un deroi«cercle de douze milles d'étendue. Quant au célèbre amphithéâtre du palais, il est à peine visible derrière la première ligne d'édifices peints en vert et en rouge, dont on découvre les étages supérieurs au - dessus de la haute muraille qui environne immédiatement le Port franc (i). L'intérieur de la ville se compose de rues extrêmement étroites, sortes de tranchées de huit à dix pieds de largeur , entre des palais d'une hauteur démesurée; leurs corniches semblent se Coucher ou ne. laisser entre elles qu^me simple ligne de ciel blea Ces rnes trop rapides , ainsi que trop étroites pour les voitures, sont toujours propres , fraîches et tranquilles. Les moins étroites ont dans le milieu une sorte de sentier, pavé de briques et large de deux ou trois pieds seulement, pour la comniodité du transport, qui se fait à dos de mulets et plus' souvent à dos d'hommes; tout le reste est pavé de grandes dalles de piéride. 'L'on voit partout des fruits de toute espèce , en âbôddance , et à trèshow marché , ainsi que des fleurs qui parfument Fair , ce qui n'a pas pour la saiïté les mêmes inconvénients qu'à Rome. Deux rues seulement sont accessibles aux voitures, et l'une d'elles , la Strada Balbi^ est entièrement composée de palais
(i) Les ma rclinndises, destinées à être exportées, sans payer âc droits , sont déposées dân9 l'enHeinte de cette mnraille,
ir. a3
154 ÇrianES,
plus magjQifîques^que ceux de Borne, plus propres certaineinent, moins tristes et moins délabrés; mais^ quand je dis plus prises, je veux parler de l'intérieur seulement , car les portes de rue sont également souillées d'ordures. Ces palais sont bâtis, autour d'une cour, et les principaux appartements sont au troisième, où Ton a un peu d'air et de jour. Les toits en terrasse sont ornés de plaintes, d'arbrisseaux et même d'arbres , tels qiDe le tayrtiè j le grenadier , l'oranger , l'oléandre, qui ont jusqu'à Yingt-dnq pieds de haut eK. qui croissent, non«^s^ilement dans des cai^sest mais d^nâ une couche de terre sou'vent profonde de plusieurs pieds, qui a été s^porlée sur la terrasst et r^>06e sur une voûte. L'on y laiit monter de Teati qui coule par4ni ces bosquets, et y entretient }a verdiu^e et Voah^ brage pendaat led ehalei)ps. de l'été. Quelquesunes de ces terisu^sesi, eoQsitruîtes au. niveau des aftpartenv^nts, pavée^i dfi 91^19^. oparbre , décorées des noême^^plaïai:^ » et>de n4tft,.,édairée9de la même manière,,! .par&îs3Qnt e4 être* la contiana* fion;.se«lemmt^.si v0as Jevea^ 1^ tête ^ au lieu de la dcvure et :4e.la^t)eint;ure du plafond, vous apercevez les étoile» La promenade publique de ÏJqua soh est fprt, agiréable et de .meilleur goût <|u'à l'ordinaire : on y a unp zna^ifiqi^e vue. Le peuple» en général^ a fort bonne &çon, surtout les femtDes« Gellesrqj. portent i^n^ ample' voile
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blanc, qui leur cache une grande partie du visage et qui les enveloppe de la tête aux pieds-; des souliers fins , des bas de soie bien tirés et toujours très-propres , et cela dans les classes les plus inférieures , si l'on en excepte pourtant celle des mendiants, qui sont très-nombreux et portent l'aniforme de leur état.
J'ai trop peu vu la société de Gènes pour en juger; cependant je crois pouvoir dire que les femmes ont en général Tesprit plus cultivé et sont par conséquent plus agréables que dans le midi de l'Italie. Celles que j'ai eu occasion de voir parlaient bon français et presque aussi bon miglais. J'en pourrais signaler plusieurs qui avaient le teint des femmes du tiord, ainsi que les manières. J'ai lieu de croire qu'elles étaient irréprochables du côté des mœurs, et que si elles avaiem de& copalieri setventi^ leurs soins étaient tout-à-fait gratuits. Nous autres gens du nord ^ accoutumés que noua sommes à feire quelque choôe y nous ne cohcetons pas qu'on puisse ainsi' se dévduer sans objet, et nous ne prenons pâa gafde que le célèbre yàr niente deâ italiens est pour eux un objet important > lequel se trouve aÎBsi pav&itement rempli. Lés liobles génois , dans la société £stmilière , métteltt souvent entré eux- les titres dé' coté et s'appellent par leur nom toutf cdtirt-, ou mémo simpl€«aent par leur lioni de baptême, ce qiQ^a tmai^d'intânlté dont l'in^t