‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 95 sur 99 · GÊNES · texte numérisé non relu

GÊNES

pression est agréable. Les titres, au reste, ne dérivant d'aucun fief ou même d'aucune propriété territoriale 5 peuvent bien leur paraître à euxmêmes de peu de valeur. Leur fortune étant principalement placée dans les fonds étrangers , ils perdirent dix-sept millions de rente en France^ à la révolution. Comme partout en Italie, le^ théâtre est presque entièrement consacré à la représentation d'opéras que personne n'écoute; c'est en vain que le malheureux chanteur remplit Tair d'accents harmonieux, l'auditoire est sourd , on plutôt n'a d'oreille que pour lui-même* On se fait visite dans les loges , dont les porte» s'ouvreûf et se ferment à grand bruit. Dans cette ville de palais , le théâtre m'a paru moins bien tenu qu'ailleurs.

Nous avons été dimanche au sermon, dans l'église du Corpus Dominij et quoique l'accent du prédicateur nous fît perdre beaucoup de son discours, nous avons compris que la charité en était, comme à l'ordinaire, le texte; et la charité est ici l'aumône faite auxmendiants. Le riche, disent les prédicateurs italiens , n'est que l'administrateur du bien des pauvres, et doit leur rendre toi|t ce qm ne lui est pas absolument nécessaire à lui-même; doctrine trop agréable à la populace, pour qu'elle pufsse réfléchir sur ce qu'elle a d'absurde. Avec de l'argent, on ne peut acheter plus qu'il n'y a au marciiié; il &ut produire ayant de mettre en

vente, et sans industrie, on ne produit rien. L'argent lui-même sort bien vite d'un pays sans industrie, et c'y rentre plus. Qui d'ailleurs se donnerait la moindre peine pour acquérir ce qu'il faudrait donner bien vite sans équivalent ? et les Italiens^ déjà si enclins à la paresse, ue se prévaudraient - ils pas de cela, comme d'un nouveau motif pour ne rien faire? Enfin, quand tout le monde serait réduit à la mendicité , qui est-ce qui donnerait l'aumône ? .

L'on trouve à Gènes moins de traces de splendeur passée qu'à Venise ; mais plus d apparence de richesse actuelle. L'on entend parler de la décadence de Génês; mais on voit celle de Venise. Les églises ne sont pas comparables à ce qu'on voit à Rome en ce genre :il y en aurait cependant de fort belles, si Ton ne faisait pas tant d'efforts pour les rendre telles, et surtout si elles n'étaient surchargées de dorure. Celle de VAruiunziada ressemble à une tabatière d'or. Quelques-unes sont intérieurement décorées de marbre rouge et blanc, en bandes superposées. La cathédrale Test extérieurement en rouge et noir. L'Annonciade possède quelques tableaux des anciens maîtres, fort estimés, et que j'estime beaucoup moi-même ; mais il en est un, dont on ne dit rien, qui ma beaucoup frappé : c'est la mère de Jésus, abîmée dans sa douleur, au pied de la croix. Malheureusement pour l'artiste (Scotti de Milan), il n'est

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pas encore moit, et sa célébrité e&t à veoir. VMbergo dei poveri est un établissement magnifique et qui, je l'espère , est aussi utile qu'il est beau. Quinze à seize cents individus , en£uils orphelins ou vieillards, y trouvent un asile. Ceux-ci couchent seuls dans d'iounenses dortoirs, et ne travaillent pas. Les enfants apprennent divers métiers exercés dans la maison , et, à un certain âge, reçoivent la ïnoitié du produit de If ur travail, avec lequel ils doivent se fournir de vêtements et d'une partie de leur nqurriture, ne recevant que le pain , la soupe et le logeaient. On veut par là leur apprendre ^ pourvoir à leurs propres besoins, par leur travs^il. Cbci est fort bien; mais l'objection fondamentale à laquelle tous ces établissements sont sujets, c'est que le travail donné aux pauvres, dans l'intérieur, est autant d'ôté à ceux de l'extérieur, 'de sorte que la tendance inévitable est d'envoyer, peu-à-*peu, tpute la classe ouvrière à l'hôpital. En effet, les ouvriers consultent la consommation, et.ne font en général que ce qu'on leur commande ou que ce qu'ils peuvent vendre avec profit, tandis que l'hôpital, tra voilant à tout hasard, et vendant comme il peut, à quelque prix que ce soit, élève une concurrence trop redoutable, et que l'ouvrier ne peut soutenir long-temps. Si ces établissements ne travaillaient que pour l'ouvrier du dehors et toujours de commande, l'ineonvénient ne serait plus le

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même. Une autre objection, non moins fonda^^ mentale^ c'est que les en£ants reçus dans Téta* blissement, font place à d autries à l'extérieur, et qu'il en n^it d'autant plus que l'on en reçoit davantage ; c'est une véritable prime donnée à la population, déjà trop grande; et l'on ne saurait trop répéter qik'elle est trop grande , toutes le$ ibis que, naturellement et sans l'artifice des mai* sons de charité , elle ne trouve pas de l'ouvrage et du pain. Sur un millier d'enfants reçus dans l'établissement, il n'y en avait que quarante oucin* quantexjui sussent lire et écrire, attendu, noirs dit-on > qu'il aurait fallu trop de maîtres pour donner l'enseignement au» plusgrand nombre. Lesdi«recteurs ignoraient totalement l'existence de renseignement mutuel; ils n'eu avaient aucimeidée. Gènes a plusieurs hôpitaux ouverts aux malades de tous pays^ qui y sont reçus sans distinction. Le plus considérable de ces hôpitaux, maintenu par les donations particulières, est orné des bustes et des statues de ses nombreux bienfaiteurs. 11 y a de l'espace et beaucoup de propreté; les malades sont seuls dans leurs lits, séparés de quatre pieds, et l'intervalle entre les deux rangs, est de vingt pieds; le plafond est très-élevé; pas la moindre odeur, même dans les rangs des blés- 6és.Un pont de cent pieds de hauteur réunit l'une à l'autre, en trois enjambées, deux parties élevées de la ville, passant par-dessus des maisons à six

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étages qui n'atteignent pas à la base des arches. Gènes doit ce bel ouvrage à la munificence d'un de ses citoyens qui vivait dans le seizième siècle. Un autre individu, de la même &nûlle des Sauli^ éleva, à l'entrée de ce pont, une église, Santa Maria Carignano, qui est dans le meilleur goût d'architecture. Les quatre statues colossales qu'on voit dans cette église, et qui sont du Michel-Ange de la France (Le Puget), ne m'ont paru remarquables que par l'affectation et Texagération. De la coupole de Santa Maria Cari- ^imnOy l'on jouit d'une vue ti*ès-étendue sur la mer, sur la ville et sur la pente brûlée que les fortifications enveloppent, laquelle est parsemée de maisons de campagne avec leurs terrasses bien découvertes et bien nues, où l'on arrive entre deux rangs de charmille. Ces prétendues maisons de campagne ne sont habitées que pendant quelques semaines du printemps et de l'automne , et ce peu d'intérêt fait honneur au goût des propriétaires. Le vin des environs de Génes^ dont la situation paraîtrait si £aivorable à la culture des vignes, est^ comme celui du reste de ritalic, médiocre à tel point, que les Génois en tirent de Marseille pour leur consommation.

Le guide qui nous accompagnait nous raconta fort en détail les incroyables souffrances des habitants pendant le mémorable siège que Gênes, défendue par Masséna, a soutenu contre les

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Autrichiens. L'on a peine à comprendre la rési* gnation de tout un peuple, souffrant sans se plaindre les extrémités de la faim , tandis que nous en voyons d'autres se soulever dans Tespoir seulement d'être un peu mieux que bien , ou pour éloigner des maux incomparablement moindres que celui de mourir de faim. Les Gé« nois, il est vrai, n'aimaient pas les Autrichiens, mais ils n'aimaient guère mieux les Français, dont ils avaient cherché à secouer le joug immédiatement avant le siège; ils étaient dix contre un; rien ne leur était plus facile qued^ouvrir leurs portes, et les moiudres avances de la part des Autrichiens les auraient décidés à le faire ; mais, par entêtement, ceux-ci ne le voulurent pas. Notre cicérone prétendait que lord William Bentinck n'aurait pu prendre la ville sans les deux régiments italiens qu'il avait dans sa petite armée « et qui enlevèrent d'assaut certain fort ( fort Boùssillon , je crois ) qui la commandait. Les deux régiments italiens en question ayant été Êiits prisonniers en Espagne, nous demandâmes comment de si vaillants soldats avaient pu se laisser prendre. A quoi il répondit , d'un air de mystère : Il y à quelque chose là-dessous. L'on va voir, comme une pièce curieuse , le bâtiment de la Bourse, où la noblesse marchande de Gênes s'assemblait autrefois pour faire le pom* merce de tout l'univers. Nous y trouvâmes des

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femmes qui vendaient des cerises k la livre j et, le soir, les marches et le pavé du péristyle étaient jonchés de pauvres , qui y viennent coucher, comme à Rome et surtout à Naples. Je ne me serais par attendu à retrouver cet usage de dormir ainsi en plein air, sous une latitude ausn élevée et chez un peuple à un si haut degré plus actif et plus laborieux que ks Napolitains.

Il existe un plan de la ville de Gènes qui date de Tannée 1 364 ^t où Ton voit une incroyable multitude de palais fortifiés , chacun d'eux sur* monté de sa haute tour destinée a la défense et à .l'attaque ; car on lançait des pierres de ces lieux élevés. Cela remontait aux querelles des Guelfes et des Gibelins. Toutes ces constructioas guerrières ont disparu , et à leur place s'est éle* vée une nouvelle génération de palais, remarquable par sa beauté , son goût et sa magnificence. Rome et Venise n'ont rien de pareil ; c'est une profusion de colonnes et de statues. Les murs, les escaliers, le pavé, tout est de marbre. Les palais sont remplis de tableaux ; il y a beaucoup plus de collections particulières qu'à Rome. Au reste, je me garderai bien d'entre- ^ prendre la description de ces palais et de ces tableaux, qui donnerait aussi peu de plaisir au lecteur que la possession elle-même en donne au propriétaire. 3e ne m'y arrêterai qu'un moment. Les deux palais Durazzo sont au nombre

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iies plus rcnnarquables. Le plus grand, dans la rue Bailli , a deux cent cinquante pieds de façade; j'y ai beaucoup admiré un tableau du Guide 9 la Cliarité romaine ; c'est un vieillard condamné à mourir de faim dans sa prison, qui est allaité par sa fille. Tout ce que la physionomie humaine peut inspirer de pureté, de piété filiale et de joie céleste , se trouve là. Ce tableau cependant est peint avec moins de force qu'une Madelaine également du Guide qui se voit dans le même lieu ; mais ce dernier tableau n est pas comparable à Tautre quant à l'expression. Un portrait d'Anne de Boulen , par Holbein , est le seul que j'aie encore vu qui rende justice à la beauté de cette reine infortunée. Nous avons beaucoup admiré un excellent Albert Durer, représentant quelque célébration religieuse, où il entre un grand nombre de figures. Je suis bien aise qu'il se présente une occasion de rendre ainsi justice au talent de deux grands artistes que je n'ai pas toujours su apprécier. Parmi plusieurs chefs-d'œuvre de Vandyk, je conserve le souvenir du portrait d'un prince enfant, en habit de cour du vieux temps ; la gaucherie extrême de cette parure qui sied si mal à son âge, n'en fait que mieux ressortir ses grâces ^aïves; je ne pouvais en détourner mes yeux. Ecrivant de mémoire, quoiqu'à peu d'heures d'intervalte , je ne puis dire exactement auquel des

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deux palais Durazzo chacun de ces tableaux ap* partient ; mais il importe peu, et eu bons voisins ils s'arrangeront.

Le Palazzo Serra est orné avec beaucoup de luxe. I>e grand salon , achevé il y a vingt-six ans, coûta lui seul un million de francs ; il* est tout or , tout marbre , et lapis lazuli ; il y a des glaces partout; rien de plus gai et de plus riche : mais Tceil fatigué de tant d'objets variés et brillants cherche en vain quelque endroit ou il puisse se reposer. Ce salon est d'ailleurs trop petit n'ayant que quarante pieds sur vingt-buit. Rien de semblable ne s'était encore fait à Genes^ et suivant toutes apparences ne se fera jamais.

Les deux i^^nies an Palazzo Brignate^ divisées par la rue, sont réunies par un pont qui la tra* verse. Ce palais est encoi*e plus frappant par la fraîcheur et l'air soigné de son intérieur que par sa grandeur et sa magnificence ; il fait le plus grand contraste avec l'aspect pauvre et négligé des palais de Rome et de Venise.

L'étroite oligarchie de Gènes, établie en f 5^8 par Timmortel Doria qui , bien qu'un héros n'était pas au fond un fort bon législateur , se soumit sans résbtance dans Tannée 1 797 ( comme taqt d'autres états plus puissants ) à l'irrésistible ascendant des nouvelles opinions. Bonaparte , qui était alors le représentant de ces opinions , fît à MontebellOy un traité avec la république ,

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par lequel on lui donnait une augmeftitation de territoire pris sur TAutriche (i), avec une population de cinquante raille &mes. Les anciennes institutions, en partie maintenues par ce traité, firent place bientôt à des formes plus populaires, calquées sur celles qui régissaient la France; mais le rapide accroissement des impôts, la stagnation du commerce et surtout la suppression de labanque de Saint-Georges, ne tardèrent pas à dépopulariser le nouveau gouvernement. Cette banque de Saint-Georges, plus ancienne que celles d'Amsterdam , de Venise et de Londres , était à certains égards , indépendante du gouvernement, et formait une sorte d'imperium in imperio ; c'était le dépôt général de la richesse individuelle aussi bien que publique ; elle facilitait les moyens de rendre ces richesses productives, et par là d'en prévenir la dispersion dans les fonds étrangers ou les entreprises étrangères; contribuant ainsi à identifier les Génois avec leur patrie par des liens qui, sans être d'une- nature fort relevée , étaient pourtant assez forts.

Bientôt après que le nouveau gouvernement se fut approprié la régie de rinstitutîoh , elle fit banqueroute, et, quoique les individus reçussent un tiers de leur créance, les hôpitaux etle^ autres établissements .de charité n'eurent rien ,

(i) Les Ûeh impériaux de ia vuUée de Scrivia et de celte duTaro. • .

attendu que, parrinterprélatiau lapins injuste, on les qualifia de main-mortabies ; de manière qu'ils furent abandonnés à la eharîté publique. Tel était le mécontentement des Génois , que si j après la bataille de Novi, le général autrichien eût proclamé Findépendance de la république et l'oubli du passé ^ les Français ^'auraient pu se maintenir du ligurie. Mois il né le fiEt pas et Gènes soutint ce siégo de Tanbée 1800, à jamais mémorable dans les fastes milkaires. Masséna qui commandsrit dans la ville , avait jpoop ansdBaire le souvetiir encore vivant, olie2 uzl certain nombre d'habitants, des excès commis en; 1746 par utie armée impéiiale (i). L'oti aissure que la garde nationale eut plus de part à fa défense de Gènes que les troupes de lignes de Masséna, eomftosées en générai de mauvais bataillons^ Mais cette fois le général autrichien , comte HohenzoUem , par sa coniiluite biunat&e , lors de ta reddition de la tille, effa^ de ËLcheux sou-* venîFS} et l'es hablitants n'eurent à teuflEirip

r (i) L'an montre encore ^pm de YA&ergQdaipùveri,^i» U rue Portaniér, Ten^roit oà, le 10 décembre 1746,. ocmdmei^ça rémoate <iai obligea les Aatrichiens i cyactter la villo» Une pièce d'artillerie très plante avait enfoncé le pavé aadessus d'un égout souterrain ^ les soldats voulnreiit forcer les passants à uâralllbr pour la sortir^ ceui^ci r^sCèrent, et laquerelle dBTint; gf^nérale. Cette pièce était un mortier de bronze que Ton montre également

d'une épidémie dan gereuse^ résultant de tous les inaux qu'ils avaient endurés pendant le siège. £n cinqiuinlie-neuf jours ( terme de sa durée ). il était mort de faim quinze mille personnes sur une population de cent soixante mille, et pendant plusieurs mois après , la fièvre emportait encore jusqu^à cent personnes par jour.

£n Piémont 9 la classe moyenne^ celle des professions savantes dans les villes^ et même lespropriétaires roturiers de la campagne, étaient unanimement portés pour la révolution , dans l'espoir qu'elle) corrigerait de graves et nombreux abus. L'expérience ne leur avait pas encore ap* pris que les réformes soudaines et violentes sont ordinairement suivies de réactions- d'une égale violence qui tamènent les choses au point où elle3 étaient auparavant , tandis que les ainéko-* rations graduelles sont seules durables* Les gouverncnvents de leur côté ignoraient encore le* dmgftp d'uûe résistance obstinée à tout changement, et^ mêvae à présent, il est.douteux que. gouvernants Qja gouvernés connaissent encore bien lews véritables intérêts. Quoi qu'il en soit, les deux partis étaient aux prises , et. les republicains-deOénes assistaient avec zèle leurs: frères* du PiémoBt, malgré la haine que les deux peu* pies s'étaient portée de tout temps , lorsqu'une armée française vint décider la question : le roi* de Sardaigpe 4étroné se retira dans sou île de

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Sardaigne qui lui restait, et le Piémont, fut bien* tôt après, réuni à la France. Bonaparte, maître du nord de lltalie après la bataille de Marengo , nomma à Gênes, à Milan et à Turin des corn* missaires chargés de réorganiser les pays dont ces -villes étaient les capitales respectives ; mais ils ne firent rien , et Gènes à la fin , s^adressa à Bonaparte lui-même, pour obtenir ime constitution de sa main, se flattant qu'il respecterait son propre ouvrage. Bonaparte accepta en riant cette tâche, et, quoique occupé delà guerre qui allait éclater d^ nouveau après la paix d'Amiens, il donna quelques heures à la discussion d'un projet de constitution rédigé, d'après ses aperçns^ par un conseiller d'état et par un plénipotentiaire génois ; mais cet homme extraordinaire éprouvait^ avec le besoin pressant de créer, le besoin non moins pressant de détruire, et il envoya bientôt après Salicetti à Gênes pour être la constitution vivante du pays, comme il était loi-méme celle de la France. Au renouvellement périodique du tiers des sénateui's, on trouva moyen de faire sortir ceux qui s'étaient constamment op* posés au despotisme du ministre étranger, et il ne resta qiie des hommes faibles ou corrompus qui signèrent, en i8o5, l'anéantissement delà république, à l'époque même où Bonaparte mettait à Milan la couronne de fer sur sa tête , en prononçant ces vaines et imprudentes paroles :

CENES. SGc)

c( Malheur à quiconque y touchera ! » Ainsi dépouillées d'une ôtnbre d'indépendance politique. Gênes et la Ligùrie furent au moins délivrées de fci présence de Saliceti, dont le despotisme n*éta(ît que trop réel ; maïs ce changement n'en fut pas moins très-impopulaire à Gènes, et produt- * stt de la part de TAutriche une déclaration de guerre.

Quoique les Génois bloqués par les Anglais eussent vu se consommer la ruine de leur commerce, ils n'en furent pas moins assujétis à l'însfèription maritime comme à la conscription, et tes parents de ceux qui avaient quitté le pays , avant même qu'il devînt français, furent poursuivis avec la dernière rigueur. L'on exigea aussi des nobles qu'ils envoyasserit leiirs fils en France poUr y être élevés dails des principes qui dévoient les séparer pour jamais de leurs familles. Cependant les agents civilis et militaires de cette tyrannie paraissent avoir cherché à en mîtiger la rigueur. L'architrésorier Lebrun , envoyé par

Bonaparte ^your réorganiser l'état dé Gênes ^

remplit sa tâche avec douceur et avec habileté, et s'attira l'estime et l'iàttà'chement des Cénoîs. En dernière analyse, leur âssujétissemènt leur valut de bons établissements d'éducation , Un code de lois uniforme, la publicité judiciaire et le jury, la suppression de la mendicité et des assassinats; et s'ils furent pillés sans II. a4

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miséricot^de , au moins les spoliateurs, -fid^^s au caractère ^ue Machiavel leur attribuait^il y a trois siècles, dépensèrent-ils tout sur les lieux. £n i$xa ils prireat jusqu'aux tableaux des églises et même des palais^ acte de violence pour lequel ils n'avaient pas jnéme le prétexte de la conquête , puisque le pays s'était donné et avait toujours été l'allié de la France. Lorsqu'ils onleyèrent le chef-d'œuvre de Jules Komain (le martyre de saint Etienne), il y eut à Gènes uo soulèvement. Cette dernière spoliation eut lieu à l'époque où Ton pouvait prévoir la perte d'une partie au moins .du pays conquis ; mais de teb actes étaient le moyen de réaliser ce ({u'on craignait. Aussi, dès queiord William Bentinck se présenta avec des forces peu considérables , trouva-t*il les Génois si bien disposés à le recevoir, que le général français qui commandait dans la ville\ fut obligé de la rejndre presque sans résistance. Plusieurs indices devaient faire croire aux Génois que les Anglais voulaient la liberté de ritalie; telle était la devise que deux règlements italiens, faisant partie de leur petite armée, portaient. sur leurs étendards : la proclamation de4ord William Bentinck , son caractère bien connu , le choix même que son gouvernement avait fait de lui , tout en6n tendait k confirmer cette espérauce.

Le gouvçmen^eiit provisoire ^ établi sous Vin-

fliieoce immédiate de lord William B^itinck, pendant rorganis^tion de la répiibHqu^, fut composé d'éléments hétérogènes » sept nobles et six roturiers ; les premiers voulaient l'ancien régime et rien autre ; les derniers prétendaient que les qualités personneltes et la richesse di6vaient être les seuls titres au pouvoir, et ne "voulaient pas même de noblesse constitutionnelle. Impatient des délais de ces législateurs, le général proteo teur, se chargeant de leur tâche, fit une constitution à l'anglaise , où l'on trouvait combinés divers principes en apparence opposés, Tariatocratie et la démocratie , Tégalilé devant la loi et la féodalité. Persoime n!en fut «onteot , les roturiers pas plus que les noUes; et 4es plmaants donnèrent à Géaes le nom de répid^lique de Pare e sembra. Les libéraux da nouvelle date , sur tout le continent de l'Europe, aiment trop TégaMlé pour vouloirde la noblesse constitution* nelie ; mais la nature vent Tifiégalité, et, en la vo«4aiit apsai, on peut lui &tre sa part, qu'autre*meut eUe se &it à eUe^snérae. Point dé monar* diie amstitutîoniielle qui aoit durable* sans no* Uessfe ; point de grande répdbdîque même, sans oorps intermédiaires entm le peuple «t le gouvemem^it. Ces politiques rspéculaXâsb n'aipem pas mieux deux corps de législature dans la république, qu'une chambra haute et une chambre basse dans la monarchie. Franklin , qui était de

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leur opinion , se donna le plaisir de faire, eti Peti' sylvanie, une constitution où il n'y avait qu'une chambre : elle ne tint pas.

Quoi qu'il en soit, le nouveau gouvernement de Gènes fit des merveilles pendant les sii. on sept mois de sa durée (de juin i8i4 à la fin de Tannée). Quelques-unes des taxes les plus op pressives, par exemple^ •les droits réunis et les patentes, forent abolis; le port redevint pott franc; le Code français, maintenu, reçut des améliorations ; la banque de Saint-Georges fut rétablie, avec tous ceux de ses anciens privilèges qui n'étaient pas iucompatibles avec la liberté ; on rétablit les finances au point de liquider d'anciennes dettes, et on laissa, à la fin, un rniHion dans le trésor. Le gouvernement provisoire comptait parmi ses membres plusieurs sénateurs distingués y qui s'étaient opposés avec courage aux empiétements de Saliceti sur l'indépendance génoise; ils s'élevèrent (i), avec le même cousage , contre les attentats médités par le congrès de Vienne tor les petits états ^ et notamm^it sur leur patrie, attentats qui ressemblaient trop à ceux dont Bonaparte s'était rendu coupable, et dont ce même congrès prétendait faire justice, tout en les imitant On y parlait des limites naturelles

(i) n existe une protestation énergique du président de ce gouTemement proTÎsoire* qui lui fera toujours lé plu» grand bonneor.

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