‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 96 sur 99 · GÉ1I2S · texte numérisé non relu

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du Piémont, dans lesquelles Gènes, disait-on, sô trouvait; c'est tout ce que Bonaparte aurait pu &ire en semblable occasion. Au fait, il fallait à l'Angleterre un port dans le nord de lltalie , où , en cas de nouvelles entreprises militaires de la part de la France, elle pût débarquer des troupes sans difficulté et les tenir en réserve pour agir suivant les drconstances.Génes remplissait toutes les conditions requises ; mais une république in* dépendante pouvait faire des difficultés que le gouvernement sarde, plus immédiatement menacé par la France, ne ferait pas. Lord Castelreagh n'aimait guère les républiques ; il se mettait peu en peine de compromettre lord William Ben* tinck , en ne tenant pas les engagements tacites ou positifs qu'il avait pu prendre; peut-être même craignait-il aussi peu de compromettre la bonne foi de son propre gouvernement (i) lorsqu'il avait un objet politique en vue-, aussi ne parait«il pas s'être le moins du monde opposé à la cession de Gênes au roi deSardaigne. Lord William Bentintk,* après avoir, dit-on, dépensé 3o,ooo livres sterling de sa propre fortune pour la liberté de Gênes, se vit à la fin réduit' à s'éloigner secrètement de la ville, poursuivi par les malédictions de ses habitants, et la garnison anglaise, emportant

( I ) Lord Wellesley , alors ministre des aliaires étrangères , parait avoir donne à lord William Bentinck des instmctions générales, tendantes à favoriser la liberté de tous les Italiens.

3^4 ROTADME OX SARDAIGNC.

l'artillerie et les inanitions de Génes^ remît la place à ses nouveaux maîtres*

Le roi de Sardaigne, à qui le congrès de Vienne avait prescrit de ménager les Génois , leur laissa le code civil et le code de commerce; mais le code civil a été matériellemenl changé en^ ce qui concerne les actes de Fétat civil ^ les conventions matrimoniales et les successions (i); quant au code pénal ^ et aux codes d'instruction criminelle et de procédure civile , ils ont été remplacés par le règlement du j5 noai i8i5, qui ne contient que les anciennes lois du Piémont (sans la torture pourtant) , étrange amalgame de lois disparates faites dans des temps barbares et pour un autre pays que Gènes, par Amédée de Savoie, en i43o; par Emmanuel Philibert, en t5i6; par Charles Emmanuel, en i6o3, etc., et que les jurisconsultes ne regardent qu'avec effroi. Sous leur empire, le droit public n'est plus que Texpression de la volonté absolue du prince, qui peut disposer des biens de ses sujets à titre de contributions ou d'impôts (a) , et de leur personne par un mandat d'arrêt. Elles pu-

(x) Les fils héritent à Texclosioa des filles, «iixq[uelles il n'est accordé qu'une petite légitime.

(2) Les soUTerains assemblés au congrès de Vienne décidèrent que t la xémikmdé Gènes avec ks états de sa ma- « jcsté le roi de Sardaigne seraît ctaMe sar des bases solides « et libévales^ conformément aux yucs géaéialés des pois-

BOTAUilE DE SA.BDAf6irB. 37 S

nîssent d'amendes et depeiaes infainantes jusqu'à la. simple tenis^tive d émigration ; la peine de la confiscation s y trouve au bout d'une multitude d'articles qui contiQuneat des diâpositious pro« hibitives. La. ju^lice est vénale , les juges ^ nommés et révoqués k vcHonté y vivent d'épices ^ et fixent les frais à Iciir.gré. Leurs appointements sont très-faibles (i). Tous les actes quelconques

(t sances et à rititérêt réciproque des états de sa majesté le roi n de Sardaîgne et à celui de Gènes. »

Dans le cbiquièmc arlide de la oonTention passée au con-»> grès il est dit: « Jl sera établi dans d^aque arrondissement « d'intendance un conseil provincial coinposé de tientc mem- « brcs, choisis parmi les notables des différentes classes. Lors- « que les besoins de Tctat exigeront rétablissement de nont veaux impôts , le roi réunira les différcns conseils provin- « ciaux dans telle ville de l'ancien territoire génois que sa « majesté désigncia^ et sou3 la présidence de telle personne « <{u'elle aur^ déléguée k cet eiîet. Le roi n'enverra à Ten- « regislrement du sénat de Gènes aucun, édit portant créatioa a d'ûmpôt extraordinaire , qu'après avoir reçu le vote appro- « batif des congrès provinciaux, comme ci-dessus. »

Or, il est notoire que les conseils provinciaux n'ont point été formés^ quoique de nouveaucc imp4^ aient été c/^és,

(i) Les juges de la cour suprême ont un traitement fi^ d'environ i^5oo fran<;s, et environ alitant de droits çasuels légitimement perçus. Ce sont ordinairement de vieux avoeats qui ont de la fortune : on ne les accuse pas de corruption. Mais les juges inférieurs n'ont que leurs épiées, et leur rapa<» cité est extrême. J'ai entendu parler ^'un ]>rocès qui a duré deux ans , lequel avait été cnjlamé. pour forcer le locataire d'une maison à la quitter à la fin du bail^ Depuis l'institution

S^B BÛTAUIO I>E SkRI>AlGSi1i.

tient des heures et des journées entières dans les cep^ ( Les pieds pris dans des trous ).

l^ noblesse de Gènes , malgré ses grandes ru chesses et même rinteliigence qui la distingue très-généralement, ne jouit plus (i) d'aucune influence politique , quoique le i*oi de Sardaigoe ait fait et ù^sq tous les jours des avances, pour la rapprocher de son gouvernement et de luimême* Jusqu'à présent cette noblesse, dépos* sédée de la souveraineté , mais qui , se croyant légitime, espère encore qu'elle aussi aiura sa restauration , a dédaigné les grands emplois et la. liante magistrature; elle préfère la retraite. Le peuple se plaint, des impôts et de la conscription, celle-ci n'étant plus adoucie par le prestige de la gloire militaire. Le clergé non régulier partage même l'aversion universelle pour l'état présent des choses. Jamais un nom de terrible mémoire n'a été si souvent répété dans les jours de sa gloire , qu'il ne l'est presque ouvertement id et daus une grande partie de l'Italie; Que les souverains y prennent garde ; ce n'est point Bonaparte que l'on regrette , mais c'est eux que l'on craint. PourqucH justifier, cette crainte; que leur en reviei>t-il ? Si la tyrannie impériale £ait naître des regrets, il £aut assurément que ce soit la faut^ de ceux qui gouvernent à présent; car

(i) Da tous «ss ancîbDs privilèges, elle ne conserve que celui de i\e poavoir ùiie arrêté» pour dettes*

ftOTAUME DE SkkhàJ&UfE. 3'JQ

là tâche de se faire aimer était facile après ce régîme-ià. Un gouveroeDie&t représentatif, daas lequel la iu>blesse géiioise aurait la principale part , lui ferait oiJ>lier bien vite son ancienne souveraineté.

Qaant à Vile, de Sardaigne, bieu qu'elle soit sous i|n régime féodal y elle possède au cnoins par tradition tous les éléments d'un gouvernement représentatif; savoir les stamerui o\k assemblées des trois ordres, sans la coopération desquelles on ne pouvait lever d'impôts ; mais le gouvernement s'efforce à présent de les mettre de côté. La législation de la Sardaigner est un roé* lange de vieux statuts espagnols j de droit ro* main et de droit canon ; le tout, comme on le peut bien croire , dépendant du bon plaisir du roi,

. Rien de plus simple que le gouvernement du royaume sarde, puisque la volonté du souverain ou de ses. délégués est la seule loi; cependant il y a des conflits dans l'administration executive. Tel ministre empiète sur le département de tel antre, et les ordres du monarque luimême sont exposés à être contrariés; c'est un gâchis politique, où il entre plus de faiblesse encore que de tyrannie. Le ministre de la guerre vient de refuser de faire évacuer ^n ancien couvent de capucins , qui servait de dépôt d'artillerie. Quatre vieillards, seuls religieux encore

38o nOYAVUB DE SARBAIGNS.

vivants, avaient demandé au roi et obtenu de lui que leur couvent leur serait rendu. Le ministre delà guerre , quand ils se présentèrent, leur ordre du roi à la main , leur dit que cela ne se pouvait pas; et sa majesté , lorsqu'ils retournèrent auprès d*elle, se contenta de faire observer qull aillait bien que le ministre eût pour son refus quelques bonnes raisons, que lui-même n'avait pas prévues. Voilà un bonhomme de roi sans doute ; mais est*ce tout-à-fait un bon roi? On avait de même rendu à d'autres moines leur vieux couvent, qui servait à une grande manu&cture où six cents ouvriers travaillaient. Point de résistance possible ici; il fallut déguerpir bien vite. Le gouvernement de Toscane, mettant à profit cet événement, a depuis ouvert un asile au manufacturier et à ses six cents ouvriers, qui s'y sont transportés*

Il y a ici , pour les enfants des classes inférieures, des écoles gratuites où l'ancienne et pénible méthode d'enseignement est encore en usage; mais elles sont peu suivies, et l'université, dans le fait, ne l'est guère davantage, si ce n'est par les élèves en droit et en médecine. Les émoluments des professeurs ne s'élèvent pas audessus de 5o à 60 louis. Point d'éducation domestique; les filles sont élevées au couvent comme autrefois.

Plusien rs des nobles génois sont encore, ainsique jadis, intéressés dans le commerce maritime, et.

moins oisifs que leu rs pareils, leurs facultés in tellec-* tuelles y gagnent. Les dames de haut rang avaient àuti*efois leurs cicisbei;, que Ton appelait /7a^//z; personnage choisi par le tnari^ dont les moments étaient dévoués aux affaires de Tétat ou aux dienhes propres, tandis que Tunique affaire du patito était d'accompagner sa dame ^au théâtre bu dans son cours de visites journalières, faites à pied avec une suite de domestiques , dans les rues étroites de Gènes où les voitures ne pénètrent pas. C'était communément Un parent , ou très-jeune , ou très-vieux iBt, dans ces deux cas , sans conséquence.

Aussi absolue que' dans l'ancienne Rome, Tau'* torité paternelle équivalait, chez les patriciens génois, à celle du gouvernement lui-même, et l'esprit d'imitation avait étiibli led choses sur le même pied dans la classe plébéienne. Un fils de quarante ans n'osait dîner dehors sans en avoir obtenu la permission de son pèi*e. On s'élève beaucoup , même en Italie, contre le peu de probité du bas peuple* Cependant , comme ce bas peuple est employé par les négociants , qui s^occupent du commerce de transit; encore très-considérable, la confiance ne serait pas continuée aux individus qui te trahiraient , et l'on en peut conclure que 6ette classe est au contraire moins corrompueque le bas peuple des autres parties de l'Italie , où elle est moins occupée et plus pauvre. D'ailleurs i^

38a Gâif^.-

il y a 6u pendant la révolution des exemples d'attachement entre des maîtres et leurs dômestiques , entre des individus du plus haut rang et ceux du rang le plus bas, qui paraissent incompatibles avec une grande corruption de mœurs, soit d'un côté , soit de l'autre. Le grand non^re d'hôpitaux, et d'établissements , lîbéraleme&t fon* dés pour le soulagement des indigents ( quelque peu judicieuses que soient d^mlleui^s les institu* tions de ce genre )^ prouve au moins kt disposition charitable des classes riches de la société. Campo Maronej ^juillet — Nous avons quitté Gènes cet après*midi et sommes venus coucher dans ce village, au piied du 'formidable passage de la Bocchetta , afin de le franchir demain ma* tin avant la grande chaleur. Géhes n'a que deux portes ; l'une et l'autre débouchent sur le xrvage de la mer et occupent les deux extrémités du vaste demi-cercle de 9es fortifications. Celle par laquelle nous sommes sortis aujourd'bm est taillée au travers du promontcnre de rochers, qui s'avance dans la mer, et sur lequel s'élève Je phare dont il a déjà été question. La route de Turin , qui passe sous cette porte , longe la vallée de Polcevem^ en suivant le lit rocailleux d'un torrent maintenant à sec, que dominefit de nombreuses maisons de camp^^e ^[alem^at dépourvues d'eau et d'ombrage. Celte route, mal entretenue à présent^ est due à la mnoifi*

tk BOGCHETTA' 383

eeuce d'un individu de la noble famille de Ca/n^ biaso 9 qui , depuid l'année 1778 , jusqu'à Tannée ] 776, eix^ploya constamment de cinq cents à huit oents ouvriers à ces trayanx* On accuse le gouvernement d'épuiser les ressoucces du pays , tout en négligeant cet objet d'utilité publique, ainsi que beaucoup d'auti^es. I^ route ' du Liante (du coté de l'Italie ) et celle du Ponente (du coté de la France), étant l'une et l'autre impraticables, pour les voitures, nécessitent l'emploi d'uu nombre prodigieux de bét^ de somme., et il en entre journellement à Géoes 1 6,000 , à ce qu'on assure. Trois quintaux sont leur charge ordi-naire , tandis que chacune d'elles pourrait tirer dix-rhuit quintaux sur une charrette , ce qui épargnerait cinq sixièmes de leur nombre et les deux tiers de celui des conducteurs. Il y aurait là de quoi couvrir en peu de temps les dépenses qu'occasionerait la confection d'une route pro* pre pour les voitures. La partie de l'Apennin que nous avons franchie ce matin est moins dépourvue de sol et de végétation que ne l'est en général cette chaîne de montagnes. La vue que nous avions sur Gènes et la mer en nous retour* naojt était d'une beauté remarquable ; et , sur le revers septentrional, on s'apercevait déjà d'un changement en nûeux dans la température et la végétation , la chaleur étant moins excessive qu'à Gènes, et l'olivier monotone, ainsi que le

lourd oranger, ayant fait place aux pittore^qn» Ëioyers et châtaigners. On raconte nombre d*histoit*es lamentables d'assassinats et de vols, com-* mis jadis au passage de la Bocchetta; mais ii est tnaintenant gardé. et beaucoup plus sur. On tra*" Vaille à une nouvelle route, qui réduira la hau* leur perpendiculaire du passage, de sept cent toixante-dix-sept mètres, qu'il a présentement , à quatre cent soixante-neuf. Mais il est à craindi^ que le péage perçu sur Tancienne route , pour la tonfection de la nouvelle, ne la retarde au Heu de Tavancer, à cause du revenu qu'il produit au gouvernement. Après être descendu dans la plaine, nous avons traversé le champ de bataille de MarengOj à cinq milles au sud d'Alexandrie. On montre l'endroit où tomba Desaix , au coin d'un champ, entre la route et un petit ruisseau; mais le monument qu'on y avait élevé a disparu^ par l'effet des vicissitudes de la guerre.

Turin ,4* — ^^ magnifique profil des Alpes s'est enfin montré à l'horizon d'un pays fertile , mais plat et monotone. La lilie de Turin , ainsi que ses verdoyantes collines couvertes de maisons de campagne se détachaient sur ce lointain de montagnes. Le mémorable hiver de 1 709 rendit à cette ville le service de Étire périr s^ plantations d'oliviers qui, à cette proximité des Alpes, ne rendaient qu'un revenu très-précaire et devaient tout-à-fait gâter le paysage. Ces ar^

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bres sont avantageusement remplacés, sous tou^ les rapports, par les noyers.

Le Pô, qui n*est point ici le fleuve trouble et dormant que nous vîmes l'année dernière a son embouchure, offre tout au contraire laspect d'un torrent de montagnes rapide et clair ; il ne traverse malheureusement pas Turin , mais passe à quelque distance. Neuve , propre et régulière, cette ville forme uti parfait contraste avec la plupart des autres villes d'Italie, en général si vieilles et si délabrées. Ses rues sont bâties à angle droit, et les maisons, toutes semblables, ont collectivement une sorte de magnificence, quoique seulement bâties en briques recouvertes d'un enduit qui' imite la pierre, tant bien que mal. Une abondance d'eau courante entretient la propreté du pavé. Il règne tout autour de la ville des avenues de grands arbres d'une beauté re* marquable et dont l'épais feuillage est impénétrable aux rayons d'un soleil brûlant. En s'y promenant , On jouit de la Vue des Alpes.

Turin est une sorte de Versailles d'autrefois; l'on sent que l'on est à la cour. Tout à l'entour du palais du roi , qui n'a d'ailleurs rien de bien magnifique, on voitdesgensfrisés, poudrés, portant ia bourse à cheveux , à l'ancienne mode,et Tépée au côté, qui vont et viennent d'un air affairé, s'arrêtent dans les coins, où ils ont l'air d'attendre quelque chose ou quelqu'un , partagés entrela crainte

If. a5

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^etTespérance, saluant avec un humble enopressemeut les personnages importants qui viennent à passer. Le valet de place que nous avons pris pour nous accompagner porte la livrée de sa majesté. Le lendemain de notre arrivée , il nous conduisit à la chapelle où le roi entend la messe; et, comme il était encore de trop bonne heure^ nous eûmes tout le temps d'examiner l'église de Saint- Laurent, dont cette chapelle fait partie: elle est revêtue de marbre noir, et je n'ai jamais rien vu de si beau ni de si Imposant. La chapelle y construite des mêmes matériaux, est admirable; plusieurs chaînes suspendues à la voûte soute-

' naient jadis des lampes d argent massif que les pillards de 1798 emportèrent. Les beaux candélabres de Tautei , qui sont en bois argenté, ont été faits à l'imitation des anciens qui , aussi précieux que les lampes, subirent le même sort. «Que voulez- vous? nous dit notre cicérone; heureusement ils n'ont pas emporté nôtre saintsuaire! «(i) Enfin nous vîmes paraître le roi: grand et mince, il a une physionomie distinguée^ sur laquelle on remarque, sinon une expression fort spirituelle, du moins un grand air de

(1) On conserve ici le linceul dans lequel lut enseveli le Saaveur ; cependant je dois dire qu'on en montre un autre à Gènes, également entier, et qni lîit, dit-on, rapporté par les croisés au treizième siècle. D'autres villet ont aussi la protention de posséder le vxai saint-soaire.

TURIÎT. 3^7

bonté. « Pour moi, je ne crains point de révolution , dit-il, car je suis un bon enfant, et j'ôte mon chapeau à tout le monde. » Avec la permis* sion de sa majesté , je lui répondrais que ceci est db sa part une erreur fatale; Taffabilité personnelle du monarque ne compense pas les vices d'un mauvais gouvernement. Il peut être d'un caractère facile et bienveillant, avoir les meilleures intentions du monde , et n'en pas moins souffrir qu'il se commette en son nom toute sorte d'iniquités. Loin d'offrir la moindre sécurité contre les. révolutions, son affable bien veiU lance ne servira au contraire qu'à les encourager. Il faut tout au moins qu'un mauvais roi se fasse craindre. Quant à ce bon roi-ci , il lui arrive fréquemment de se prom^ener à pied par les rues , suivi seulement de deux ou trois domestiques; mais l'on a soin de foire éloigner les mendiants (i), et probablement l'on écarte plus soigneusement encore tout ce qui pourrait l'éclairer sur le véritable état des choses et les abus ssms nombre die son gouvernement, A sa restauration, il se creusa assez long -temps la tête à étudier le Code Napoléon , dans le désir d'en extrsôre quelque chose d'utUe; mais, ne pou-

(i) Sous te rc^gîme français , fous les mendiants Airi^nt Saisis à-la-fob et renfermés danâ nne maison de travail ; mais, le» fond» manquant, on fii^t par en otivnr l^ portes , <it F«biia ncommença.

388 TDWir.

vant faire cadrer des lambeaux de ce code avec Faticienne jfirisprudence , il suivit enfin le conseil qu'on lui donna de remettre toutes choses sur le pied où elles étaient, Tannée où il se vit expulsé de ses états. Il faut cependant convenir que tout n'était pas mauvais, dans cet ancien ordre de* choses : il y avait, par exemple, beaucoup d'ordre dans les finances; et, avec un revenu de a4 millions , on trouvait moyen d'entretenir une armée de trente mille hommes et trente forteresses. Les émoluments d'un ministre ne montaient qu'à 5oo louis ; l'administration était douce et libérale; en un mot, c'était un gouvernement paternel satisfait , tandis qu aujour* d'hui c'est un gouvernement paternel âché , ce qui est fort différent.

Une i*ue régulière et longue d'un demi -mille conduit à une belle place , piazza del CasieUo , sur laquelle est situé le palais du roi; au centi^ s'élève isolé le palais d'Aost : ce n'est point un colifichet semblable à l'arc de triomphe du Can» rousel à Paris , mais un édifice imposant par sa masse et qui ne manque pas de beauté; il est gothique d'un côté, et grec de l'autre; quelque étrange qu'il paraisse, je ne voudrais point qu'on rôtât de cette place, et je n'y changerais que peu de chose. L'escalier intérieur est le plus magnifique que j'aie encore vu, et surpasse même ceux des palais napolitains. Il est assez

remarquable que les deux royaumes les plus pauvres , les plus &ibles et les plus mal gouver* nés de r£urope, Rome exceptée, se distinguent justement par le même genre de luxe, par de s escaliers d'une magnificence sans égale , tandis que le roi d'Angleterre ne possède pas une seule habitation décente. L'intérieur de ce palais d'Aost a l'air d'avoir été mis au pillage ; et, en effet, tous les tableaux de quelque mérite en fii* rent enlevés par les vainqueurs de l'année 1 800, comme l'attestent les grandes taches carrées que l'on voit sur les murs; car, bien que les tableaux soient la plupart revenus , quinze ans après , on ne les a pas encore remis en place. En l'honneur d'Alfieri, nous avons voulu voir l'université, dont la cour, belle et régulière, renferme quatre statues revenues de Paris ; deux d'entre elles sont grecques, mais sont loin d'être excellente ; les autres, dans le goût égyptien, sont tout^-fait bai^bares, et, sauf le mérite historique qu'elles l^euvent avoir , ne valaient guère la peine d'être prises et reprises, à la manière dont les enfants s'arrachent leurs jouets, les uns aux autres. Une multitude de bas-reliefs et d'inscriptions antiques incrustés dans les murs de la cour, lui donnent un aspect des plus classiques. Les étudiants vivent au-dehors xhez'les particuliers.

La Ismgue française, que déjà l'on comprend à Gênes, est ici correctement parlée par la plu»

3gO LE BEAU PETIT ROTAUMÏ DÉ SARDAI6]f&.

part des habitants , quoiqu'un patois italien soit plus généralement en usage. L'argent de Oénes n'a pas cours à Turin , circonstance qui , indé<^ pendamraent de ce qu'elle a de singulier depuis la réunion de Gènes, feit voir quel chemin prend son numéraire : il va à Turin et n'en revient pas.

Suze, ^juillet -— Depuis Turin jusqu'ici Is route présente une succession non interrompue de vues magnifiques , un haut degré de fertilité et d'abondance. Ceci est vraiment un beau petit royaume; c'est seulement grand dom-» mage qu'il ne soit pas mieux gouverné, et qu'il y fosse si chaud en été, et ^ à ce que Ton dit, si froid en hiver; car tel est le climat de la vallée du Pô. Non loin Ae Soze , une antique voie romaine franchissait les Alpes en suivant le cours de la Dora. Près de l'endroit où elle coupe presque à angle droit la nouvelle route du Mont-Cé« nis, on voit un arc de triomphe élevé en Thonneur d'Auguste , par les habitants de Suze , Tan 745 de Rome. Ayant obtenu trois fois les honneurs du triomphe et donné son nom à l'un des mois de l'année, qui jusqu'alors avait porté ceivi de sextilis^ Auguste atteignit à cette époque la plus glorieuse période de son long règne. Des monu* ùients pareils à celui-ci fui-ent élevés à sa gloire d^ns toutes les pi-ovinces de l'empire et jusque chez des peuples alliés de Renne. L'are triomphal

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