‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 105 sur 126 · LA BUONA MANO · texte numérisé non relu

LA BUONA MANO

raie de la lettre r, extrêmement désagréable. Les sonnets furent tous plus ou moins applaudis avec une sorte de bonhomie, aimable sans doute, mais nuisible aux progrès de l'art. On donne ici et on reçoit des louanges trop facilement, par envie de plaire , mais sans y attacher assez d'importance pour qu'on puisse être accusé de fausseté. On craint peu le ridicule, et l'on s'y expose gratuitement et sans y faire attention. La traduction italienne de Sapho fut admirablement bien lue par M. Feretri , poète lui-même. Le domestique qui éclaira la compagnie, en descendant l'escalier de l'académie , vint le jour suivant demander sa buona mano ( son pour-boire de trois paoli ou trente sous de France), et cinq minutes après nous vîmes aussi paraître le domestique de la personne qui nous avait présentés à l'académie , quoiqu'il ne nous eût lui-même rendu aucun service. L'abus de cette coutume de la buona mano est universel. Bientôt après notre arrivée à Rome , je reçus un billet de visite du cardinal Consalvi , premier ministre de sa sainteté, par un domestique portant sa livrée qui demanda sa buona mano. M'étant le jour suivant présenté chez son excellence, et ayant été reçu, je pris soin, afin de motiver ma visite , qu'il n'ignorât pas que je venais en conséquence de l'honneur inattendu qu'il m'avait fait. A peine de retour chez moi, un autre domestique du cardinal vint, comme le premier, présenter

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