‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 107 sur 126 · LES PEINTRES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LES PEINTRES ALLEMANDS

peuvent en fournir, au grand étonnement des Romains, qui ne savent que penser de ces héros de mélodrame.

Il y a évidemment dans le caractère moderne allemand, une certaine exagération, un manque démesure et de naturel ; il semble que, las de s'entendre dire qu'ils sont les portefaix de la littérature et des beaux-arts, ils veulent à toute force se faire une réputation d'excentricité dans les idées, comme àeforcenerie dans les passions, au lieu du flegme qui leur était attribué. Mais en dépit de toute cette misérable affectation, leur constance dansles travaux, leur véritable sensibilité et surtout leur penchant à la solitude, multiplient de plus en plus parmi eux les savants du premier ordre, les grands poètes et les penseurs originaux. Tout récemment, revenant chez moi assez tard , je rencontrai dans l'obscurité six ou huit hommes, chantant en parties délicieusement, et je les suivais depuis long-temps de rue en rue dans l'obscurité, lorsque, s'arrétant, ils se mirent à causer entr'eux. Je reconnus alors que c'étaient des Allemands qui sérénadaient ainsi les enfants de Melpomène, beaucoup mieux que ceux-ci ne savent le faire; car les chants populaires, en Italie, ne sont pas beaux, et l'on trouve très rarement un piano dans une maison , de sorte qu'à moins d'avoir une belle voix, on n'y pratique pas la musique et on en perd le goût.

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