‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 108 sur 126 · LE PAPE · texte numérisé non relu

LE PAPE

Le pape officiait en personne, ce matin, au Quirinal, et sa musique était, comme à l'ordinaire, admirable. C'était, je crois, à l'occasion d'un nouveau cardinal, et le sacré collège, qui occupait les trois côtés d'un carré dont le trône pontifical formait le quatrième, a joué le rôle principal dans cette solennité. Le chef de file, parmi les cardinaux, s'est levé d'un air solennel, et plaçant ses deux mains sur la poitrine du cardinal son voisin de droite, leurs deux têtes vénérables se sont inclinées l'une vers l'autre, et on les a vus s'embrasser sur les deux joues. Après avoir ainsi reçu le baiser fraternel, le second cardinal , se levant à son tour, a croisé les mains sur sa poitrine dans une attitude de recueillement béatifique et a fait plusieurs fois le signe de la croix. Passant alors du rôle passif au rôle actif, il s'est tourné , plein d'amour, vers la troisième éminence et lui a rendu le baiser fraternel qu'il venait de recevoir. L'extase et la tendresse se sont ainsi propagées d'une éminence à l'autre, pendant une bonne heure, et comme il y en avait une soixantaine, cela faisait un baiser par minute, ce qui n'était pas mal pour des personnes, presque toutes d'un âge très mûr, et point ingambes. Le cardinal Fesch s'en est acquitté à merveille ; personne ne baisait avec plus de ferveur et ne faisait le signe de la croix plus souvent ni de meilleure grâce. Sa Sainteté avait cependant l'air de

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