‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 111 sur 126 · LE CARNAVAL · texte numérisé non relu

LE CARNAVAL

verser la place d'Espagne. Il fut i-encontré , auprès de la via Frattinn , par une troupe de masques , dont les petits visages blancs , si graves et si tranquilles, re&tèrent un moment fixés sur l'autre petit visage blanc qui passait : celui-ci était aussi im masque, qui se retirait après avoir joué son rôle, et comme eux allait se reposer, mais pour ne plus recommencer.

Ces masques ne cherchent guère à soutenir un caractère quelconque , et les poignées de confetti^ qu'ils se jettent, tiennent lieu de vivacité et d'esprit ; les rues en sont toutes blanches ; personne n'est épargné , et les voitures en sont accablées. Le ministre d'Autriche (prince Raunitz), dans une voiture ouverte, avait l'air d'un meunier ; mais le ministre de France ( M. le comte de Blacas ) , levant les glaces de la sienne , se contentait d'abandonner aux confetti les livrées écarlates de ses laquais. Un immense char se faisait remarquer dans la file des voitures, plein de inatti (fous); ils étaient au moins vingt, pourvus de sacs et de barils pleins de confetti. Comme un vaisseau de ligne , au milieu de frégates, ses bordées de tribord et de bâbord éloignaient le feu de l'ennemi et le réduisaient au silence. Cette énorme machine était traînée par deux pauvres haridelles , attelées avec des cordes , mais d'ailleurs couvertes de rubans , de fleurs artificielles et de grelots. Lorsque le char s'arrêtait , ils

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