‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 116 sur 126 · LES BRIGANDS · texte numérisé non relu

LES BRIGANDS

Le départ soudain du cardinal Gonsalvi, pour Terracina, sur la frontière de Naples, avait donné lieu à diverses conjectures, mais l'on sait maintenant que c'était pour traiter avec certains chefs de brigands , à qui il avait donné rendez-vous. Il en est arrivé neuf ici qui se sont rendus à certaines conditions , avec leurs femmes et leurs enfants. Plusieurs d'entr'eux avaient été pris où tués en conséquence de mesures énergiques, et les voies conciliatrices, qui ont ensuite été suivies, paraissent avoir eu du succès. Quelle chute cependant pour l'antique reine du monde, que son premier ministre soit réduit à s'aboucher avec des voleurs de grand chemin , à traiter avec eux comme d'égal à égal , et qu'il reçoive à présent des félicitations de tout le monde sur le succès de ces négociations! C'est la mode d'aller voir ces neufs brigands dans les fossés du château Saint-Ange , où ils sont au large et commodément logés. Leur détention doit durer un an. Ces hommes, jeunes et vigoureux , sont bien vêtus et ont moins l'air d'assassins que beaucoup d'honnêtes gens que l'on rencontre tous les jours dans les rues de Rome. L'un d'eux, parlant de son ci-devant métier , disait l'autre jour, qu'il était redevable de sa conversion à deux dames; et, d'un air dévot et galant à la fois, il tirait de son sein une image de la Vierge qu'il baisait, montrant, en même temps, sa femme qui était présente. Les étrangers raffolent de ces gens-

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